La perversion narcissique est une notion théorisée par le psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier dans le domaine de la psychopathologie. Elle indique, non pas un type de personnalité, mais une pathologie relationnelle consistant en une déstructuration de la personnalité dans laquelle la notion d'altérité n'existe pas.

Bien que les notions de perversion narcissique et de pervers narcissique aient été reprises et popularisées, elles ne sont pas reconnues par la communauté scientifique et ne figurent pas dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), ni dans l'ICD (Classification internationale des maladies). Plus encore, ces termes sont souvent galvaudés, renvoyant la plupart du temps à des troubles de la personnalité narcissique.

Historique de la notion Définition de Paul-Claude Racamier en 1986 La perversion narcissique est identifiée initialement par Paul-Claude Racamier en 1986 comme une forme particulière de perversion. Il précise ensuite cette notion en 1987 et 1992, ainsi que dans deux chapitres de son livre Génie des origines en 1992. Il explique :

Il précise qu'il parle d'une affaire collective, loin d'être individuelle ou intrapsychique. Source : Racamier, Paul-Claude (1992), « Pensée perverse et décervelage », Secret de famille et pensée perverse, Gruppo n° 8, Revue de psychanalyse groupale, Paris : Apsygée, p. 137-155..

Paul-Claude Racamier, dans son article fondateur de 1986, explique que la pensée de la notion de perversion narcissique a précédé sa formalisation (p. I306).

En 2012, les chapitres 9 et 10 de son livre Génie des originesPaul-Claude Racamier, Génie des origines, 279-340, Payot, 1992 ., qui font référence sur le thème de la perversion narcissique, sont réédités sous le titre Les perversions narcissiquesPaul-Claude Racamier, Les Perversions narcissiques, Payot, 2012 ..

On trouve également en 1993 la définition concise suivante de Racamier :

Autres auteurs La notion de perversion narcissique est explicitée par Alberto Eiguer en 1989 dans Le Pervers narcissique et son complice. Il parlera plus tard d'un Dans une Interview Vidéo.

La notion de harcèlement moral, décrite par Marie-France Hirigoyen en 1998, s'appuie sur celle du « pervers narcissique » et la popularise. Dès lors, de multiples articles de presse s'en emparent. dans lesquels il n'est plus question de l' ni du de l'article fondateur de Paul-Claude Racamier.

Les premiers mentions médiatiques de l'expression interviennent entre et et ne servent alors qu'à caractériser un criminel dans la presse nationale.

La perversion narcissique n'a jamais été un trouble clinique reconnu, contrairement au trouble de la personnalité narcissiqueCatégorie F60.8 du CIM-10 inclus les troubles de la personnalité narcissique..

Situation dans l'œuvre de Paul-Claude Racamier La thématique de la perversion narcissique émerge chez Racamier en 1978 dans son article sur les paradoxes de la schizophrénie : « Schizophrénie et Paradoxalité », au sous-titre évocateur : « Où l’on voit les schizophrènes donner une réponse inédite à la question de Hamlet » :

Deux ans plus tard, en 1980, il énonce explicitement la notion de « perversion narcissique » dans Les Schizophrènes au chapitre 2 : « De plusieurs constantes psychotiques, où l'on oppose l'anticonflictualité des schizophrènes à l'intraconflictualité des névroses »Les Schizophrènes (1980), Paul-Claude Racamier, éd. Payot & Rivages, coll. « Petite bibliothèque Payot », 2001 , partie Les paradoxes des schizophrènes, chap. 2. p. 66. :

La notion de perversion narcissique n'est définie finalement par Racamier qu'en 1986 dans son article : « Entre agonie psychique, déni psychotique et perversion narcissique »Paul-Claude Racamier, « Entre agonie psychique, déni psychotique et perversion narcissique », Revue française de psychanalyse, vol. 50, (1986) : Reprenant la notion freudienne de déni, il précise : Puis il évoque le principe de la (p. I304), avant d'aborder l'auto-engendrement de la psyché autour de ce qui la satisfait par des dont font partie les perversions narcissiques.

La psyché, incomplètement construite, heurtée par des blessures infantiles et une mauvaise estime de soi, tente de se construire, ou du moins de calmer sa douleur, par la mainmise sur autrui et un plaisir de toute-puissance.

Il rappelle l'utilisation préalable de cette terminologie par lui-même, ainsi que par P. Greenacre et J. Chasseguet (p. I306), avant de la définir (p. I307) comme une : qu'il s'agit. Il explique :

D'autre part, il attache la perversion narcissique à un rapport singulier à la verbalisation (p. I308) : Ce qu'il synthétise :

Il précisera encore la notion de perversion narcissique dans ses articles de 1987 : « De la perversion narcissique »Paul-Claude Racamier, « De la perversion narcissique » ; Gruppo, Revue de psychanalyse groupale, (1987) p. 11-27. et de 1992 « Pensée perverse et décervelage »Racamier, Paul-Claude (1992), « Pensée perverse et décervelage », Secret de famille et pensée perverse, Gruppo n° 8, Revue de psychanalyse groupale, Paris : Apsygée, p. 137-155..

Il conclura également : . 1987 :

Réutilisations et réajustements En 1989, un autre auteur, Alberto Eiguer, utilise cette notion de pour décrire dans un ouvrage du même nomLe Pervers narcissique et son complice, Alberto Eiguer, éd. Dunot, coll. « Psychismes », 1989 .. Il y cite Racamier, mais décrit une personnalité, alors que Racamier se borne plutôt à expliquer un mécanisme, lui parle de mouvement, et dans l'article de 1992 il explique :

Selon Gérard Bayle, Racamier ne cherche pas à qualifier des individus mais à identifier l'origine d'un dysfonctionnement dans les interactions : il explique que la notion « sert son souci de décrire et de traquer les processus pervers dans les familles et dans les groupes »Gérard Bayle, Paul-Claude Racamier, PUF, « Psychanalystes d’aujourd’hui », 1997. (source). Racamier précise : P.-C. Racamier, Cortège conceptuel, Éd. Apsygée, Paris, 1993. (source).

Concept de Racamier par rapport aux notions respectives de perversion et de narcissisme

Par l'étymologie, la perversion peut être définie au sens B donné par le CNRTL comme l'Définition de perversion par le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), sens B..

En référence au mythe de Narcisse, le narcissisme peut être défini psychologiquement (Sens A du CNRTL) comme un Définition du narcissisme par le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL), sens A..

En tant que notion de Paul-Claude Racamier au départ, la est issue de l'association théorique opérée par celui-ci des notions freudiennes de « perversion » et de « narcissisme » auxquelles il fait référence : dans .

. La Revue française de psychanalyse fait le lien avec la notion d'anti-narcissisme de Francis Pasche pour expliquer que :

Relativement à la perversion chez Freud, la distinction conceptuelle de la perversion narcissique ne fait pas l'unanimité en matière de pertinence. Paul-Claude Racamier distingue une perversion à but exclusivement narcissique, ce qu'il exprime dans la phrase Paul-Claude Racamier, Génie des origines (source). D'autres psychanalystes, dont Marie-Claude Defores, Dominique-France Tayebaly ou Serge Reznik, soutiennent que, dans la réalité clinique, elle ne diffère pas de la perversion selon FreudSerge Reznik et al., Le Malaise pervers, Che Vuoi ? n° 32, L’Harmattan, décembre 2009.. Cette notion suffirait dans la mesure où Françoise Davoine et Jean-Max Gaudillière, Histoire et Trauma, La folie des guerres, Stock, L'Autre Pensée, 2006, p. 322..

La distinction relativement à la perversion sexuelle est explicite chez Racamier (p. I307). défini par Jean Bergeret qui distingue la « perversion de caractère »Jean Bergeret (psychanalyste), La Personnalité normale et pathologique, Dunod, 2007, p. 160 et 169. .

Le placement de la perversion narcissique relativement à chacune de ces deux pathologies est pourtant explicite dans la définition de 1986(p. I307) :

Racamier précise avant qu'il peut s'agir de . On a donc, d'après la formalisation de la notion de 1986, affaire à la fois à une sorte de narcissique, et une sorte de pervers, mais hors du cadre clinique habituel, car, comme il le précise ensuite, .

Références psychiatriques

Le trouble narcissique correspond à l'installation durable d'une attitude compensatoire chez l'adulte, répertoriée sous la catégorie des troubles spécifiques de la personnalité du classement international des maladies (CIM) et dans l'axe 2 (Troubles de la personnalité) du DSM.

La psychiatrie définit une organisation perverse comme caractérisée par . . . Définition de la perversion par « psychiatrie infirmière » (Dominique Giffard et Comité de lecture)..

Réception Popularisation de la notion Une incarnation de la notion de perversion narcissique a été faite par l'ouvrage d'Alberto Eiguer en 1989 Le Pervers narcissique et son complice. Cette idée très marquante « du pervers narcissique », demeure même si Paul-Claude Racamier a signifié qu'il parlait pour sa part des « mouvements pervers narcissiques » au pluriel, décrivant des processus interpersonnels, relatifs aux familles et aux groupes, n'étant pas assimilables à un processus intrapsychique. C'est ensuite la notion de harcèlement moral, décrite par Marie-France Hirigoyen en 1998Le Harcèlement moral : la violence perverse au quotidien, Marie-France Hirigoyen, Éditions La Découverte & Syros, 1998 ., qui met en lumière un type d'acte pouvant être le fait du personnage préalablement décrit du "pervers narcissique". C'est alors une véritable notion populaire qui émerge, reprise dans de nombreux articles de magazines et ouvrages diversMaurice Hurni, Saccages psychiques au quotidien perversion narcissique dans les familles, L'Harmattan, 2002 , p. 48. Jeanne Defontaine, L'Empreinte familiale : Transfert, Transmission, Transagir, L'Harmattan, 2007 , p. 81..

Le terme s'étend alors dans la psychologie populaire commune, où il prend des sens qui relèvent d'un jugement de valeur. On enseigne ainsi en 2013 dans une école d'avocats que "l’utilisation de la notion du pervers narcissique, notion psychanalytique, est devenue inquiétante tant l’expression est galvaudée et employée sans qu’un diagnostic médical ait été porté par un médecin psychiatre"Le pervers narcissique, « Les violences morales et psychologiques au sein du couple et dans le monde du travail », edago.fr, 2013..

Le thème est ainsi fortement relayé dans les médiasFrance Info, chronique Tout comprendre, entretien avec Anne Dufourmantelle sur la manière de déjouer les pervers narcissiques., au travers le plus souvent d'une stigmatisation du « pervers narcissique », et non plus de la notion de perversion narcissique elle-même. Ce phénomène de la dérive populaire de l'idée originelle est également traité par les médias, par exemple dans une émission intitulée : « Le pervers narcissique existe-t-il vraiment ? »« Le pervers narcissique existe-t-il vraiment ? » sur France Inter. Citation : (11 min Serge Hefez psychiatre psychanalyste) ; (9 min, Yvonne Poncet-Bonnissol, experte psychologue).

Critiques du concept Marie-France Hirigoyen, une des théoriciennes et vulgarisatrices du concept, dit regretter le succès populaire qu'a connu cette expression pour désigner toutes sortes de personnes extraverties, alors que selon elle cette pathologie demeure ..

On trouve des critiques du principe de Racamier, discutant le cadre d'admissibilité comme la position de Claude Nachin en 1996 :

Pour Marcel Sanguet, le concept de pervers narcissique est une invention, comme l'a été l'hystérie au . Ce concept n'est selon lui pas utilisé dans d'autres pays que la France, comme les États-Unis, et est fortement galvaudé.