droite|300px|vignette|Limites (en trait rouge) du « Tibet historique » revendiqué par le gouvernement tibétain en exil. Ces limites sont superposées sur les limites officielles des provinces chinoises actuelles. vignette|300px|Zones culturelles et/ou administratives. thumb|right|300px|Situation approximative de l'Amdo et des deux autres anciennes provinces tibétaines (Ü-Tsang et Kham), superposées aux provinces administratives de la république populaire de Chine. Lhistoire du Tibet, zone géographique des confins et des cimes enneigées, charnière stratégique entre le monde chinois et le monde indien, est une histoire mouvementée, entrecoupée de longues périodes d'isolement.

Préambule L'histoire du Tibet est intimement liée à celle de ses voisins, Chine, Inde, Mongolie, Népal. La présentation et l'interprétation de son histoire peut varier radicalement selon les historiensThomas Laird, Tackling Tibet, Phayul.com, 11 janvier 2008., allant d'une présentation d'un Tibet indépendant durant la plus grande partie de son histoireTibet has a recorded history of statehood extending back to 127 B.C, http://www.rangzen.com/history/views.htmMichael van Walt van Praag: "In the course of Tibet's 2000-year history, the country came under a degree of foreign influence only for short periods of time in the thirteenth and eighteenth centuries. Few independent countries today can claim as impressive a record. As the ambassador for Ireland at the UN remarked during the General Assembly debates on the question of Tibet, "[f]or thousands of years, or for a couple of thousand years at any rate, [Tibet] was as free and as fully in control of its own affairs as any nation in this Assembly, and a thousand times more free to look after its own affairs than many of the nations here." From a legal standpoint, Tibet has to this day not lost its statehood. It is an independent state under illegal occupation." voir http://www.culturalsurvival.org/ourpublications/csq/article/the-legal-status-tibet à une perspective intégrant l'histoire du Tibet à celle de la Chine. Cet article présente de ce fait le point de vue du gouvernement de la RPC et celui du gouvernement tibétain en exil.

La Préhistoire du Tibet reste très mal connueChronologie du Tibet Clio.

Paléolithique moyen : Homme de Denisova

Des scientifiques ont découvert des empreintes de mains et de pieds réalisées entre - 226.000 et - 169.000 ans et créées près du village de Quesang, à environ 80 kilomètres au nord-ouest de Lhassa..

L’Homme de Denisova vivait au Tibet il y a .. Une demi-mandibule de ce groupe humain a été découverte dans la grotte de Baishiya, dans la Préfecture autonome tibétaine de Gannan dans le Gansu. Des outils en pierre et des os d’animaux avec des marques de découpes y furent aussi trouvés. Les Tibétains contemporains ont en commun avec l’Homme de Denisova une version particulière du gène EPAS1, caractérisé par une grande concentration d’oxygène dans le sang quand celui-ci se raréfie dans l’airL’homme de Denisova découvert au Tibet Le Temps, . Cet haplotype s'est introgressé chez les humains modernes à partir des Denisoviens. Il est détecté chez 11 des 17 individus du site de Zongri (âgés de 4 800 à 3 900 ans), chacun ayant une copie de l'haplotype adaptatif, montrant que l'haplotype était présent à une fréquence assez élevée au début de l'occupation humaine du plateau du nord-est.

Paléolithique supérieur et les origines mythiques Les premiers humains modernes sont apparus sur le plateau central il y a au moins 40 000 à 30 000 ans. Cependant, l'établissement permanent des humains modernes sur le plateau et la relation des Tibétains d'aujourd'hui avec les premiers occupants du plateau font l'objet de nombreux débats Hongru Wang, Melinda A. Yang, Shargan Wangdue , Human genetic history on the Tibetan Plateau in the past 5100 years, Science Advances, Vol 9, Numéro 11, 17 mars 2023, DOI: 10.1126/sciadv.add558.

Des découvertes sporadiques ont longtemps laissé penser que le territoire fut très tôt sillonné par des chasseurs nomades parvenus entre et 8 000 Les premiers sites néolithiques ont été découverts dans les années 1950 à Yunsing, Hongkung, Jumu et Gyarama (Nyingchi), Bai-bung et Marniyong (Mêdog), Qukong au nord-est de Lhassa et Karub (Karo) dans le Qamdo (1978). Seuls les deux derniers ont fait l’objet d’une exploration archéologique systématique. Les artéfacts de Karub remonteraient de 3000 à 2000 . La découverte d'empreintes de mains humaines à Chusang (nord-ouest de Lhassa, à plus de au-dessus du niveau marin) fait remonter à un temps bien plus ancien que ce que pensaient les archéologues (au moins ) la première présence humaine sur les hauts-plateaux du Tibet où l'air est raréfié (deux fois moins d'oxygène qu'au niveau de la mer) Jane Qiu (2017), Hunters lived on Tibetan plateau thousands of years earlier than thought Genetic and archaeological evidence points to pre-agricultural residents of the 'roof of the world, Nature News, 5 janvier 2017.

Les modèles génétiques soutiennent que les premiers humains du plateau tibétain datant d'il y a 5100 à 2500 ans sont étroitement liés aux anciens Asiatiques du Nord-Est. En effet, les anciennes populations de l'arc himalayen et toutes les populations actuelles des plateaux tibétains sont étroitement liées aux anciennes populations d'ascendance du nord de l'Asie de l'Est trouvées dans les régions de la vallée du fleuve Jaune et de l'Amour, et toutes montrent une petite quantité d'ascendance profondément divergente qui n'a pas encore été échantillonné directement. Alors que la plupart des populations tibétaines actuelles vivant sur le plateau partagent aujourd'hui une relation génétique étroite, et des études comparant des individus du Népal âgés de 3400 à 1200 ans aux Tibétains actuels révèlent une grande continuité génétique, la structure de la population sur le plateau tibétain révèle trois ancêtres locaux avant 2500 AP.

La culture de l'orge commune a permis aux populations de résider de manière permanente à des altitudes supérieures à . Il semble que l'arrivée du Néolithique sur le plateau tibétain ait été accompagnée de l'arrivée d'une nouvelle population qui s'est mélangée génétiquement avec la population locale. Ainsi, les chercheurs observent un flux de gènes dans les régions de basse altitude du nord-est du plateau tibétain à partir de 4700 AP. Mais si la migration de populations non locales a fortement affecté les populations qui vivaient dans le bassin de Gonghe, ces impacts externes n'ont pas atteint la région voisine à plus haute altitude du plateau tibétain dans la préfecture de Yushu vers 2800 . Par ailleurs, une composante ancestrale a dû se diffuser dans le sud du plateau tibétain avant 3400 ans AP en provenance de l'est et en remontant le Brahmapoutre vers l'ouest. La large étendue de l'ascendance du plateau sud est probablement liée à la migration humaine préhistorique en amont de la rivière, peut-être facilitée par des conditions environnementales favorables pour les humains le long de cette vallée fluviale.

Depuis les années 1990, le territoire de Zhang Zhung a révélé plus de 500 sites de l’âge du fer dont l’exploration progresse lentement. Une parenté a été proposée entre les ancêtres des Tibétains et ceux des Qiangs.

Bien que le Tibet soit mentionné dès le dans la géographie de Ptolémée sous le nom de βαται, transcription grecque de Bod, son nom indigène tibétain, et que l’ancien royaume de Zhang Zhung (Tibet occidental) apparaisse dès le dans le Shiji sous le nom de Shantong (单同), le pays ne fait réellement son entrée dans l’histoire qu’au avec l’envoi en Chine d’une ambassade par l'empereur Namri Songtsen (601-629) (Dissertation de Ph.D).

Les origines mythiques Selon l'histoire mythique de l’empire tibétain (-127-842), le premier roi (Nyatri Tsenpo) serait descendu du ciel sur la montagne sacrée Yalashangbo — ou serait venu d'Inde ou du Népal. En raison de particularités physiques étranges, comme des mains palmées et des paupières se fermant par en bas, il aurait été accueilli comme un dieu par les indigènes, qui le prirent sur leurs épaules pour l'introniser roi, ce qu'indiquerait son nom : souverain (Tsenpo) intronisé par le cou (nyatri). Une autre histoire permet de comprendre pourquoi les Tibétains de l'époque l'ont pris pour un dieu : ne comprenant pas leur langue, celui qui allait devenir le roi montra le ciel (le sommet de la montagne) pour dire d'où il venait, les Tibétains auraient interprété ce geste comme étant un dieu venu du ciel. Les premiers rois étaient immortels, reliés aux cieux par une corde au moyen de laquelle ils y remontaient à la fin de leur séjour terrestre. Tout cela aurait pris fin avec le roi Dri-dgum-brtsan-po (Drigum Tsenpo) : ayant provoqué son palefrenier Lo-ngam, la corde le reliant au ciel fut coupée durant le combat et il en mourut ; il fut le premier à laisser un cadavre et à être enterré Haarh, The Yarlu Dynasty, Copenhague, 1969..

Suivant un ensemble de mythes préservés dans la tradition bön, l'origine du monde est géminée : Les dieux et l’humanité sont sortis de deux rayons de lumière ou de deux œufs, un blanc et un noir. Du blanc est sorti Shiba Sambo Benchi, père des dieux et des humains ; de l’œuf noir est sorti le père des démons et des forces destructrices. Certains voient là une influence du zervanisme, avant-coureur du manichéisme..

Selon un autre mythe, qui apparaît tout d'abord dans le Mai Bka' 'bums, les Tibétains sont issus de l'union d'un singe, Pha Trelgen Changchup Sempa, et d'une ogresse des roches, Sinmo, le singe étant la manifestation du bodhisattva Avalokiteśvara (tib. Spyan-ras-gzigs) et l'ogresse celle de la déesse Târâ (tib. Grol-ma).

L’empire tibétain vignette|300px|Les quatre cornes de l'Empire du Tibet.

Au , une monarchie d’une certaine importance émerge sur le territoire du Tibet actuel, marquant sa naissance comme entité politique unifiée. Les rois ou empereurs de la dynastie Yarlung, dans la vallée duquel leur capitale de Yumbum Lhakang aurait tout d’abord été installée, prétendent remonter au , où le mythique Nyatri Tsenpo descendu du ciel aurait été intronisé (en -127 selon l’historiographie traditionnelle). Leur chefferie de Sheboye deviendra un royaume appelé Pugyäl (Tufan ou Tubo 吐蕃 par les Chinois et Tüböt par les Mongols, d’où le nom de Tibet).

Ayant conquis Zhangzhung, ils contrôleront le territoire jusqu’au milieu du , étendant au faîte de leur puissance leur emprise jusqu’en Mongolie et au Bengale, et menaçant les empires Chinois et Abbasside. À partir de 846, le pouvoir central s’efface au profit des féodaux. Suit une période de division politique jusqu'à l'arrivée des Mongols au .

Les petits royaumes Durant les premiers siècles de l’ère chrétienne, en dehors du Zhangzhung qui se développe à partir du cours supérieur du Sutlej (actuel Kinnaur, Himachal Pradesh), un ensemble culturel et politique qui donnera naissance à l’empire tibétain se constitue à partir de la vallée du Yarlung et des vallées voisines de la Lhassa, de la Nyamchu et de la Nyiyam. Sur l’ensemble du futur Tibet, des chefferies ou fédérations de tribus à la fois rivales et alliées constituent les « royaumes » que les traditions chiffrent à quarante ou douzeChos'byung mkhas pa'i dga' ston (1564) édition tibétaine. Un document retrouvé à Dunhuang en donne la liste suivante : Zhang Zhung au Ngari et au Ladakh Nyamrochegar, Norbo et Nyamroshambo à Jamtse et à Shigatse Chomonamsung s'étendant de Yadong au Sikkim Gyirojamen, Yambochasung et Lhongmoroyasung le long de la Lhasa Yaroyuxi, Eryubamgar et Eiyuchuxi dans la région de Shannan Gongbozhena à Gongbo Nyamyudasung à Nyambo Tabozhuxi à Tagung Shenyuguyu dans la région de Samyé Sobiyasung du nord du plateau tibétain à Yushu et Gamze Sheboye, berceau des fondateurs de l’empire, à Qoingye dans la région de Shannan