Une biorégion correspond à un territoire dont les limites ne sont pas définies par des frontières politiques, mais par des limites géographiques qui prennent en compte tant les communautés humaines que les écosystèmesWorld Ressources Institute. 2000. What is a bioregion ?, concsulté en mars 2011 sur http://www.ibiblio.org/intergarden/links/start-392001/msg00549.html.
Ce concept est issu d’un mouvement appelé le biorégionalisme, dont Peter Berg, Judy Goldhaft et Raymond Dasmann comptent parmi les fondateurs. Le biorégionalisme est une approche proactive visant la formation d'une harmonie entre la culture humaine et l'environnement naturel. Le biorégionalisme est considéré comme une branche de l'éco-anarchisme, au même titre que l’écologie profonde, l'anarcho-primitivisme et l'écologie sociale qui sont issues des courants de pensées libertaires, localiste et régionaliste.
Le modèle biorégional combine une série d’éléments spatiaux, en s’appuyant sur le principe de l’écologie du paysage et de la biogéographie insulaire, mais avec la volonté d’intégrer les conceptions sociétales provenant du concept de territoireFall, Juliet J. Drawing the Line. Boundaries, Identity and Cooperation in ‘Transboundary’ Protected Areas. Thèse de doctorat ès Sciences Économiques et Sociales, mention géographie. Université de Genève. 2003: .. Le biorégionalisme est à la fois une philosophie et un engagement social qui met l’accent sur de petites échelles, la décentralisationMcGinis, Micheal Vincent. Bioregionalism, in Encyclopedia of Religion and Nature, London & New York, 2005. et la « réhabitation » du territoire. Comme l’avance Peter Berg, le concept de biorégion est un concept plus culturel que scientifiquePlanet Drum Foundation. Présentation de Peter Berg à l'Université de Californie du Nord en 1983, consulté en avril 2011 sur : http://www.planetdrum.org/shadow/bioregion_and_human_location.htm.
Les biorégionalistes mettent en avant le fait que la protection de l'environnement devrait être fondée sur des caractéristiques locales, à savoir les biorégions. Cette approche met l'accent sur l'environnement unique de chaque région par la promotion de la consommation de produits locaux et de la culture d'espèces indigènes, en vue d'atteindre un développement en harmonie avec les régions biogéographiques. Comme l'écrit Michael Vincent McGinnis, il est important de noter que le biorégionalisme n'est pas limité à un groupe d'intellectuels, d'universitaires et de visionnairesMcGinis, Micheal Vincent. Bioregionalism, in Encyclopedia of Religion and Nature, London & New York, 2005. Ce mouvement est avant tout un appel à l'action, à un activisme en faveur d'un renouvellement de la responsabilité civique et de l'intendance écologique dans le respect des communautés en placeMcGinis, Micheal Vincent. Bioregionalism, in Encyclopedia of Religion and Nature, London & New York, 2005. .. vignette|center|redresse=2.2|La biodiversité mondiale estimée à partir de la richesse spécifique en vertébrés terrestres dans 32 biorégions (les plus riches sont en rouge, celles les moins en vert)
Les origines de la biorégion Le terme de biorégion a été défini pour la première fois dans l’article « Bioregions : Towards Bioregional Strategy for Human Cultures » de Allen Van Newkirk, avant d'être repris et développé dans l'article « Reinhabiting California » publié en 1977 dans la revue « The Ecologist » par Peter Berg et Raymond Dasmann (traduction française "Réhabiter la Californie", 2019). Ils rédigent cet article dans un contexte où les milieux de vie, les écosystèmes de la Californie et de l'Amérique du Nord ont déjà été affaibli. Ils mentionnent notamment la pollution qui affecte la vie de plusieurs endroits en Californie au point de les avoir rendus « invivables ». Pour développer le biorégionalisme, Berg et Dasmann s'inspirent notamment de certains modes de vie autochtones précoloniaux. Selon Allen Van Newkirk, le concept de biorégion peut se définir ainsi : « Les biorégions sont provisoirement définies comme des aires remarquables de la surface de la Terre, du point de vue biologique, qui peuvent être cartographiées et discutées comme des modèles existants distincts, de plantes, d’animaux et d’habitats ; des distributions liées aux modèles d’aires de répartition et aux processus complexes de construction de niches culturelles – tout en tenant compte des déformations attribuées à l’occupation d’une ou plusieurs populations successives du mammifère culturel » (traduction en français de Mathias Rollot et Marin Schaffner, 2021). Par la suite, nombre d'auteurs sont venus compléter les publications sur les biorégions tels que : Gary Snyder, Freeman House, David Simpson, Doug Aberley, Jim Dodge, David Haenke, Stephanie Mills, Kirkpatrick Sale, Daniel Kemmis, Robert Thayer, Serge Latouche et, plus récemment, Cheryll Glotfelty, Karla Armbruster, Tom Lynch, Mathias Rollot, Marin Schaffner, Alain Deneault, Agnès Sinaï …
Les biorégions selon Peter Berg et Raymond Dasmann Peter Berg est codirecteur et cofondateur avec Judy Goldhaft de la Planet Drum Foundation, une fondation qui œuvre dans le biorégionalisme, il a également publié divers ouvrages sur cette notion. Raymond Dasmann, écologiste et biogéographe américain, est un des pères fondateurs de l'environnementalismePlanet Drum Foundation. Présentation de Raymond Dasmann par Peter Berg, consulté en avril 2011 sur : http://www.planetdrum.org/ray_dasmann.htm, décédé en 2002. D'après Peter Berg, une biorégion se définit selon les termes du modèle unique des caractéristiques naturelles que l'on trouve dans un territoire spécifiquePlanet Drum Foundation. Définition du Biorégionalisme par Peter Berg, consulté en avril 2011 sur le site de la : http://www.planetdrum.org/bioregionalism_defined.htm : : Berg, Peter. Aux sources du biorégionalisme. In : Element n°100, mars 2001. Propos recueillis par Alain de Benoist et Michel Marmin.. La signification du terme peut ensuite plus ou moins diverger en fonction des auteurs qui l'utilisent.
« Ré-habitation » et « vivre in-situ » D’après les auteurs, cette notion appelle à un nouveau mode de vie en relation avec le territoire qui se base sur le long terme, la « ré-habitation » : . Ce mode de vie s’oppose à celui d'une société occidentale dont la devise est de gagner sa vie grâce à une exploitation destructrice de la terre et de la vieBerg, Peter et Dasmann Raymond. Reinhabiting California. In : The Ecologist, vol. 7, n°10, décembre 1977. .
La notion de communauté est très forte dans la définition d’une biorégion. En effet, la population fait partie de la biorégion, mais comme il est mentionné dans la définition de Berg : .
Cette notion appelle donc à un développement nouveau; apprendre à « vivre in-situ », à connaître les relations écologiques particulières de et entre chaque lieu, pour mettre en place un système socialement et écologiquement durable, qui passe par le développement d'une identité biorégionale. La « ré-habitation » implique donc le développement d'une identité biorégionaleBerg, Peter et Dasmann Raymond. Reinhabiting California. In : The Ecologist, vol. 7, n°10, décembre 1977: , qui signifie développer une identité en rapport à un territoire et une conscience relative.
À l’intérieur des biorégions, les auteurs distinguent encore les bassins versants, qui permettent une gestion rationnelle des ressources en eau, à l’échelle d’un territoire : Berg, Peter et Dasmann Raymond. Reinhabiting California. In : The Ecologist, vol. 7, n°10, décembre 1977.. Définir les bassins versants permet, comme l’avancent les auteurs, une meilleure gestion des ressources en eau à l’échelle régionale, nécessaire à l’agriculture et à tout développement. Les auteurs s’opposent au développement de grandes aires de production, protestant contre le développement agricole insoutenable à long terme. Selon les mots des auteurs: il est nécessaire qu'il y ait une redistribution massive des terres afin de créer des exploitations plus petites, qui se concentreraient sur la production d’essences indigènes, la protection de la terre, l’utilisation d’énergie alternative ainsi que de développer un système de marché à petite échelleBerg, Peter et Dasmann Raymond. Reinhabiting California. In : The Ecologist, vol. 7, n°10, décembre 1977: ..
Définir les limites des biorégions Une biorégion est déterminée par l'utilisation de critères de délimitation issus de la climatologie, de la géomorphologie, de la géographie de la faune et de la flore, de l'histoire naturelle et d’autres descriptions des sciences naturelles. En effet, la démarcation des biorégions prend en compte le climat, les sols, la végétation, les ressources minérales, mais également les cultures et sociétés qui sont natives de cette régionOrganisations biorégionales.org, consulté en avril 2011 sur : http://bioregion.org/. Comme l'avancent Berg et Dasmann dans l'article Reinhabiting California, la biorégion désigne à la fois un terrain géographique, un lieu, ainsi qu'un terrain de la conscience et des idées qui se sont développées sur la façon de vivre à l'intérieur de ce lieuBerg, Peter et Dasmann Raymond. Reinhabiting California. In : The Ecologist, vol. 7, n°10, décembre 1977: .. Ils ajoutent que les frontières définitives d'une biorégion sont mieux décrites par les individus qui y ont longtemps vécuBerg, Peter et Dasmann Raymond. Reinhabiting California. In : The Ecologist, vol. 7, n°10, décembre 1977 : . En effet, une biorégion est également déterminée par sa population. Elle doit avoir une identité culturelle unique et être un lieu à l'intérieur duquel les résidents locaux ont le droit primaire de déterminer leur propre développement. Mais la suite de l'article relativise cet état de fait, en déclarant que ce droit n'est pas un droit absoluWorld Ressources Institute. 2000. What is a bioregion ?, consulté en avril 2011 sur http://www.ibiblio.org/intergarden/links/start-392001/msg00549.html : . De plus, la population est un facteur déterminant la taille des biorégions, car celles-ci doivent être suffisamment petites pour que les résidents locaux puissent les considérer comme leur maisonWorld Ressources Institute. 2000. What is a bioregion ?, concsulté en mars 2011 sur http://www.ibiblio.org/intergarden/links/start-392001/msg00549.html : ..
Selon Peter Berg, les frontières des biorégions ne sont pas, contrairement aux frontières administratives, des limites strictes. Dans une présentation faite en à l’Université du Montana (Planet Drum Foundation), Peter Berg met en avant la morphologie particulière des frontières des biorégions. Berg présente les frontières biorégionales comme des frontières douces pouvant atteindre 50 miles de large. Il précise que parfois ces frontières peuvent être une ligne, comme dans le cas d'une crête de montagne à travers laquelle nous passons d’une biorégion à l'autre, mais dans la plupart des cas, ce passage est progressif et se fait graduellementPlanet Drum Foundation. Présentation faite par Peter Berg à l'université du Montana en avril 2001, consulté en avril 2011 sur: http://www.planetdrum.org/Post-Enviro.htm.