La grange de Vaulerent ou Vaulerand est une ancienne grange cistercienne située à Villeron, dans la plaine de France à l'est du Val-d'Oise.
Il s'agit d'une exploitation agricole ayant appartenu à l'abbaye de Chaalis à partir du . La grange assure encore aujourd'hui, presque plus tard, cette fonction agricole. Exploitée directement par l'abbaye cistercienne royale et ses moines convers jusqu'en 1315, elle est ensuite mise en fermage. Elle reste propriété de l'abbaye royale jusqu'en 1791, date à laquelle elle est vendue comme bien national.
Les bâtiments actuels comprennent notamment un bâtiment de stockage, la grange proprement dite, dont la construction remonte au et qui, longue de , constitue l'un des bâtiments agricoles cisterciens parmi les plus imposants en France. Cette grange est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1889, le colombier des , le puits et les caves des étant inscrits au titre des monuments historiques depuis le .
Localisation et topographie Le domaine de Vaulerent est situé sur un large plateau culminant à une centaine de mètres, situé au nord-est du pays de France. Il est bordé au nord-est par la butte de Montmélian sur la commune de Saint-Witz, qui marque le début du Valois, et au sud par la haute vallée du Croult, sur les communes de Louvres et de Chennevières-lès-Louvres qui ne forme ici qu'un petit vallon faiblement encaissé dans lequel le ruisseau ne coule que par intermittence.. Le sous-sol du plateau est composé de calcaire dit de Saint-Ouen (Bartonien), recouvert par une épaisse couche de limons de plateau. Celui-ci est à l'origine des qualités agricoles remarquables de la terre. Il atteint en moyenne une épaisseur moyenne de mais peut atteindre jusqu'à comme l'ont montré les sondages effectués à Roissy-en-France, un peu plus au sud..
Comme toutes les granges céréalières de Chaalis, Vaulerent est isolée de toute agglomération, au milieu des champs ouverts cultivés. Le centre du village de Villeron est situé à de là. À à l'ouest passe l'ancienne voie romaine puis route royale entre Paris et Senlis, devenue par la suite Route nationale 17 et actuelle route départementale 317. L'abbaye de Chaalis se trouve pour sa part à au nord-est de la grange, soit environ par la route au Moyen Âge. De nos jours, l'urbanisation progresse sur toute la périphérie du domaine, avec la présence de l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle situé à plus au sud, le développement de lotissements autour du village de Villeron ainsi que d'une zone d'activité à proximité de l'ancienne route nationale....
Toponymie vignette|alt=Plan avec les bâtiments de la ferme en rose, formant un U autour de la cour, fermée par la grange et d'autres bâtiments annexes, avec une grande mare au centre|Les bâtiments de la grange dans le cadastre de 1823. Le nom Vaulerent vient du latin , le « val de Laurent ». La graphie du nom évolue sans cesse au cours du temps : Vallorens (1289), Vaulaurent, Volleron... Encore aujourd'hui, et même localement ou sur les cartes de l'IGN ou ., l'orthographe varie entre Vaulerand, Vollerand, Vaulerant et Vaulerent. Cette dernière graphie est retenue par les chercheurs car elle est la plus proche de l'étymologie et de l'évolution phonétique..
Historique Au début du , l'abbaye de Chaalis possède onze granges dont trois sont situées dans la plaine de France : la grange de Stains, située dans l'actuelle commune de Villeneuve-sous-Dammartin (Seine-et-Marne), la grange de Choisy-aux-Bœufs à Vémars (Val-d'Oise) et enfin, la plus grande de toutes, celle de Vaulerent..
La constitution du domaine L'histoire de ce domaine est très bien connue, pour ces périodes anciennes, grâce aux documents originaux de l'abbaye conservés aux archives départementales de l'Oise à Beauvais et au cartulaire de cette même abbaye conservé à la Bibliothèque nationale de France..
Dès la fondation de l'abbaye de Chaalis en 1136, la terre de Vaulerent lui appartient. Une charte datée de 1138 précise que cette terre fut achetée pour moitié par le roi Louis VI le Gros et pour moitié par les moines eux-mêmes. Il s'agit de terres appartenant auparavant à de petits seigneurs locaux : les seigneurs de Villeron, la famille Suger de Chennevières (sans doute celle de Suger de Saint-Denis). Il s'agit alors de territoires en grande partie occupés par des bois et des terres incultes. Après cette première donation royale, d'autres dons proviennent de seigneurs des environs : Barthélemy de Montgé donne en 1139, Guillaume de Goussainville donne en 1140, Gautier d'Aulnay donne un bois tout proche vers 1143, que les moines cisterciens obtiennent le droit de défricher et de cultiver..
Entre 1140 et 1145, de petits bâtiments sont construits sur place : aussitôt de nouvelles donations apparaissent : de terres sont effectuées entre 1145 et 1148. Ces terres sont situées dans les paroisses de Villeron, Saint-Witz, Épiais. Une terre isolée est par ailleurs donnée à Goussainville. Ces dons sont effectués au moment même où Bernard de Clairvaux étend l'influence des Cisterciens grâce notamment à son prêche de la deuxième croisade. En 1160, () sont donnés par Gui de Senlis, bouteiller du roi..
À partir de 1163, les moines se mettent à acheter de nouvelles terres tout autour de leur domaine, achats souvent déguisés sous la forme de donations. Ces achats, effectués auprès de seigneurs locaux ou d'autres établissements ecclésiastiques, permettent de développer le domaine mais aussi de réduire les parcelles enclavées. Cette expansion s'arrête assez nettement en 1173. Elle ne reprend que de manière plus épisodique jusque vers 1212, avec des achats auprès de petits seigneurs en difficulté économique. sont ainsi achetées jusqu'en 1248. On ne connaît la surface que de 52 d'entre elles : elles couvrent , soit .. La superficie totale en 1248 est estimée, à l'aide d'un document appelé État général des terres de Vaulerent, à une fourchette située entre 320 et . Elle couvre une surface d'un seul bloc long de du nord au sud et large de au maximum, située entre les paroisses de Survilliers, Louvres, Roissy et Épiais..
L'exploitation de la grange au Moyen Âge L'exploitation directe par les moines () vignette|alt=Moines agenouillés en prière à gauche et moines convers maniant des haches|Enluminure représentant des moines travaillant aux champs. Manuscrit de la bibliothèque de l'Université de Cambridge, fin du . Lorsque les moines acquièrent ces terres, aucune d'entre elles n'est exploitée par un tenancier. Elles sont donc exploitées en faire-valoir direct par les moines convers de l'abbaye. Comme l'exige le statut de l'ordre en 1134, il y a moins d'une journée de marche entre ces terres et l'abbaye mère. Tous les moyens modernes de l'agriculture de l'époque sont mis en œuvre. Des chevaux sont utilisés comme animaux de trait et non des bœufs, des défrichements sont pratiqués ainsi qu'une amélioration des terres, probablement par marnage. Mais surtout, les moines mettent au point sur l'ensemble de leurs parcelles un assolement triennal assez strict permettant des rendements à l'hectare très élevés pour l'époque. Le texte de 1248 indique que les premières soles sont consacrées aux blés, les deuxièmes en jachères et les troisièmes aux céréales de printemps, l'orge principalement. Les documents d'archives du sont suffisamment précis pour déterminer quelles parcelles étaient dans quelles soles et en quelle année. Ce système va perdurer jusqu'au .. Par ailleurs, les moines pratiquent un remembrement profond de leurs terres. Sur les recensées dans les acquisitions, lÉtat général de 1248 n'en mentionne plus que 31 au total, soit une réduction de près des deux tiers. Parmi ces parcelles, neuf d'entre elles comptent entre 50 et soit entre 22 et chacune, occupant plus de 90 % du domaine. Il faut donc imaginer un territoire de vastes champs céréaliers ouverts, contrastant avec les petites parcelles villageoises des alentours..
L'affermage de la grange () Au début du , la région du Parisis subit une grave crise agricole liée à des conditions climatiques exécrables, qui entraîne des famines et une mortalité en forte hausse. À cette crise, s'ajoutent des difficultés à recruter de nouveaux moines convers pour faire fonctionner l'exploitation. Selon Charles Higounet, ces problèmes conduisent à la décision prise en de louer à ferme 3/ des terres à un certain Pierre Bove demeurant à Vémars, pour une durée de neuf ans avec les bâtiments rattachés. Selon Georges Duby, la crise agricole doit être relativisée et cette décision est davantage liée à une tendance générale à cette période, parmi les fermes ecclésiastiques et seigneuriales, à cesser l'exploitation directe et à favoriser l'affermage..
La ferme comprend, d'après l'inventaire de 1315, , et mais surtout . Le fermage, payé par le fermier à l'abbaye, permet de donner une idée du rendement des terres en blé à l'époque. Le montant de ce fermage étant fixé à de blé, le rendement minimum pour atteindre un seuil de rentabilité permettant de payer ce fermage atteignait à l'hectare soit . Selon Higounet, le rendement à l'hectare devait être supérieur à les meilleures années. La ferme cultive par ailleurs de la guède tinctoriale et un peu de vigne..
Le morcellement de l'exploitation de la grange se poursuit tout au long du et son exploitation en faire-valoir direct totalement abandonnée. D'après l'aveu et dénombrement de 1401, le domaine monastique atteint alors mais il est divisé en sept fragments exploités de manières différentes. Ainsi, une nouvelle grange est affermée en 1375, au nord de la propriété, sur les terres du Guépelle (actuelle commune de Saint-Witz) soit . D'autres fermes sont créées au sud de la propriété, à Goussainville, Louvres et Épiais. Par ailleurs, une partie des terres de Louvres est louée à des tenanciers sous la forme de censives. Ces différentes terres restent, en partie, la propriété de Chaalis mais ne dépendent plus de Vaulerent. La grange elle-même est signalée en ruine en 1446, ayant perdu sa charpente, à la suite des combats locaux de la guerre de Cent Ans. Elle est sans doute restaurée dans les années qui suivent. Sa ferme, celle créée en 1315, couvre, pour sa part, entre 194 et ..
L'exploitation de la ferme à l'époque moderne vignette|upright|alt=Dessin représentant le laboureur allongé habillé en tenue Renaissance les mains jointes en prière entouré de décorations architecturales et d'inscriptions|Relevé de la pierre tombale d'Anthoine Guérin, laboureur à Vaulerent et décédé en 1612. On retrouve la trace, dans les archives de l'exploitation, de la ferme située au centre du domaine monastique en 1537. À cette date, elle couvre et est divisée en trois au sein d'une même famille, Jean, Claude et Jeanne Bruslé, avec des exploitations de 75 à chacune. Cette situation perdure à la génération suivante, les Le Maire-Bruslé, sans plus de division du domaine. Au tournant du , la partition du domaine est réduite à deux, à la suite du déménagement d'une branche de la famille. La ferme est finalement totalement réunie par Adam Le Febvre en 1649. Malgré ces successions d'une même famille sur la ferme, la situation reste précaire pour chaque fermier car leur bail doit être renouvelé toujours au même rythme de neuf années, soit le rythme de trois assolements, comme c'est le cas depuis 1315. Ce renouvellement s'accompagne souvent du paiement de pots-de-vin, nécessaire pour le conserver : Noël Le Maire paye ainsi en 1630.. La ferme reste la propriété de l'abbaye de Chaalis et de son abbé commendataire jusqu'à la Révolution. Chaque année, les fermiers doivent apporter par convoi de charrettes le montant de leur fermage en nature à l'abbaye mère. Ils sont même contraints de réserver une chambre « preste et bien garnie » aux officiers et serviteurs de l'abbé pour permettre la vérification de l'état du domaine..