Les Satires (en latin : ou ) sont un recueil de satires en hexamètres dactyliques du poète latin Horace, formé d'un premier livre de dix poèmes publié vers 35 av. J.-C. et d'un second livre de huit pièces paru vers 29 av. J.-C. Dédicacées au patron d'Horace, Mécène, elles développent sous différentes formes, allant de l'anecdote à la parodie de scène mythologique, les sujets les plus divers : critique des vices, récit de voyage, portraits de fâcheux, discussion littéraire.
S'inspirant avant tout de Lucilius (), Horace renouvelle pourtant le genre dont il limite la crudité et exclut la satire politique, trop délicate dans la période troublée de la fin des guerres civiles. Il prône une morale de la modération et du contentement de soi, proche de l'épicurisme, en dénonçant les vices présents dans la société romaine de son temps : l'avarice et l'envie, la gloutonnerie et le raffinement extrême et ridicule de la gastronomie, le désir sexuel incontrôlé.
Le recueil met aussi en scène le poète lui-même. En plus des nombreux éléments autobiographiques qu'il fournit, un autoportrait mitigé apparaît : malmené par son propre esclave et dupé par une prostituée, irascible et maladroit, il présente cependant de nombreuses qualités morales héritées de son père et reconnues par Mécène. Cette description s'élargit dans l'opposition entre le mauvais et le bon poète, ce dernier travaillant beaucoup et écrivant peu. Horace se montre aussi intégrant peu à peu le cercle littéraire centré autour de Mécène et fréquenté par Virgile.
Les Satires sont imitées en latin dès l'Antiquité par Perse et Juvénal, puis au Moyen Âge. À l'époque moderne, les adaptations et imitations se poursuivent dans les langues nationales, avec entre autres l'Arioste en italien, Alexander Pope en anglais, Mathurin Régnier et Boileau en français.
Texte et contexte Composition et publication Les premières satires (I, 7 et peut-être I, 2) ont été composées à l'époque du retour d'Horace à Rome, entre 42 et 39 av. J.-C., avant qu'Horace ne fasse partie du cercle de Mécène qu'il rejoint vers 38 av. J.-C.. Le premier livre est publié entre 36 et 34 av. J.-C. : comme il n'y est pas fait mention de la villa de Sabine offerte par Mécène cette année-là, la publication est supposée ne pas être pas postérieure à cet événement. Il a donc été composé lors de la période incertaine du second triumvirat. À l'inverse, le livre II paraît dans une période de détente après la victoire d'Auguste : il ne comprend aucune allusion à un événement postérieur à la victoire d'Actium et sa publication n'intervient pas après la première moitié de 29 av. J.-C., soit à la même époque que les Épodes. Au-delà, il est très difficile de dater la composition de chaque satire : la première pièce du second livre est en tout cas l'une des plus récentes.
Les Satires ont été transmises, conjointement avec les autres œuvres d'Horace, par quelque 250 manuscrits médiévaux, dont les plus anciens remontent au : l’Ambrosianus O 136, originaire d'Avignon, dont la fin des Satires, manquante, a été ajoutée à la fin du siècle ; l’Argentoratensis C, VII, 7, anciennement conservé à Strasbourg et détruit en 1870, qui comporte des lacunes dans les Satires ( ou ) ; et deux manuscrits jumeaux en provenance de Reims, Parisinus 7494 et Parisinus 7971, du . La grande homogénéité de ces manuscrits montre l'unité de la tradition et permet de ne pas douter de l'authenticité de l'ensemble de l'œuvre, à l'exception des huit premiers vers de la dixième satire du premier livre, absents de nombreux manuscrits et généralement condamnés ; Jacques Perret imagine que ces vers, authentiques, ont été supprimés par Horace lors d'une réédition.
Titre et dédicace Tous les manuscrits présentent le titre de , et Horace lui-même désigne à deux reprises son œuvre sous ce nom, la qualifiant une fois au passage . Cependant, il utilise aussi le terme de dans le recueil-mêmeII, 1, 1 et II, 6, 17.
Mécène, le grand ami et protecteur d'Horace, est le dédicataire du recueil ; en plus du poème liminaire, la sixième satire du premier livre lui est directement adressée, et il apparaît comme personnage des pièces 5 et 9 du premier livre, et 6, 7 et 8 du second.
upright=1.2|vignette|alt=gravure montrant une femme agenouillée derrière un homme couché au sol, lui fouillant dans les cheveux.|La sorcière Canidie coupe les cheveux d'un homme endormi ou mort ; page de couverture d'une édition des Épodes de 1517.
Livre I Le premier livre réunit dix satires pour un total de vers. L'inspiration est variée et les poèmes ne sont pas présentés dans l'ordre chronologique de leur composition. Emily Gowers est la première à proposer une « intrigue » continue pour le premier livre. Les trois premières satires, souvent caractérisées par des diatribes, forment un premier groupe dont le point commun est l'appel à la modération, tant en matière financière que sexuelle et morale. Le satiriste s'y fait assez discret, avant de parler en son propre nom dans la quatrième satire, où il présente des réflexions sur son modèle, Lucilius, et discute les qualités du bon poète. La cinquième satire est le récit d'un voyage vers Brindes fait en compagnie de Mécène, de Virgile et Varius. La sixième satire explore plus avant l'amitié qui lie Horace à Mécène. Les trois satires suivantes sont des anecdotes qui brossent le portrait de trois sortes de personnages fâcheux : des vétérans amers des guerres civiles, la magicienne Canidie et un arriviste importun. La dernière satire conclut sur une nouvelle comparaison avec Lucilius.
vignette|upright|alt=au-dessus d'un large escalier sont disposées une colonne entière et une base de colonne ; au fond, un bâtiment rouge.|gauche|Les deux colonnes marquant la fin de la voie Appienne à Brindisi, destination du voyage raconté dans la cinquième satire du premier livre.
Satire 1. Cette diatribe de évoque la foule des hommes qui ne sont jamais contents de leur sort. Après des tableaux d'avares et de dépensiers, Horace célèbre le juste milieu : il faut savoir s'arrêter quand on a ce qui suffit pour vivre.
Satire 2. Dans cette diatribe de , Horace mentionne diverses personnalités qui ont défrayé la chronique mondaine par leurs aventures sexuelles et vante les avantages du plaisir simple d'une aventure avec une affranchie face aux dangers d'un adultère avec une matrone.
Satire 3. Cette diatribe de évoque le chanteur Tigellius le Sarde, l'inconstance personnifiée, pour ensuite célébrer la bienveillance qui doit imprégner un homme quand il remarque les défauts de ses amis. Pourtant, contrairement à ce que disent les stoïciens, toutes les fautes ne se valent pas et doivent, si elles sont graves, appeler un châtiment sévère.
Satire 4. Dans une causerie de , le satiriste compare les qualités et les défauts de son prédécesseur Lucilius et en vient à présenter les caractéristiques d'un bon et d'un mauvais poète. La fin du poème rappelle l'éducation morale qu'Horace a reçue de son père.
Satire 5. Ce récit de voyage de montre Horace se dirigeant avec plusieurs amis, dont Mécène et Virgile, vers Brindes ; diverses mésaventures (incendie, servante aguicheuse et duel oratoire entre deux bouffons) ponctuent un récit badin et .
Satire 6. Dans une sorte d'épître de adressée à Mécène, Horace remercie son protecteur qui lui a offert son amitié malgré son humble origine, après avoir remarqué ses qualités morales héritées de son père. Mais cette amitié n'est pas le fruit de l'ambition : Horace refusera toujours d'être candidat à une magistrature.
Satire 7. Cette anecdote de présente un duel oratoire en deux plaideurs devant Brutus ; il s'agit de la satire la plus courte et peut-être la plus ancienne du recueil.
Satire 8. Dans cette satire bouffonne de , une statue de Priape raconte une scène de magie dont elle a été le témoin dans l'ancien cimetière de l'Esquilin : Canidie et Sagana sont venues déterrer des ossements et utiliser des dagydes pour évoquer les morts.
Satire 9. C'est une scène de comédie, proche du mime, de , où le poète se montre marchant sur la Voie Sacrée, poursuivi par un bavard dont il n'arrive pas à se défaire et qui essaie, par Horace, d'arriver jusqu'à Mécène.
Satire 10. Dans ce poème de 100 en comptant les huit premiers vers d'attribution douteuse, Horace revient sur les questions touchant le genre de la satire. Il critique Lucilius, espère avoir réussi dans le renouvellement du genre et recevoir les éloges de ses amis, sans s'inquiéter de savoir si son recueil plaira à la foule.
Livre II Ses huit satires s'étalent sur vers. Contrairement au premier livre, entièrement composé de monologues, six des satires du second livre se présentent comme de petites comédies, des mimesDans l'Antiquité, le terme de mime désigne une petite comédie dansée sur un sujet léger.. Font exception la deuxième pièce, dont les paroles d'un personnage sont cependant rapportées au style direct, ainsi que la sixième. La transition avec le premier livre est assurée par le premier poème, qui commente la réception des dix premières pièces. Les huit poèmes peuvent être appariés thématiquement : excès de la gastronomie (4 et 8), paradoxes stoïciens (3 et 7), simplicité de la vie rustique (2 et 6) ; les poèmes restants (1 et 5) peuvent être couplés par leur forme : Horace et Ulysse consultent leurs aînés, respectivement Trébatius et Tirésias.
Satire 1. Dans cette satire de , Horace interroge le jurisconsulte Trébatius sur l'opportunité d'écrire de nouvelles satires. Ce dernier lui conseille d'être prudent et de se tourner plutôt vers l'éloge d'Auguste. Horace ne dit pas non, mais rappelle que Lucilius n'a pas été privé de l'amitié de ses amis haut placés à cause de ses railleries. Sous la forme d'une introduction au second livre, ce poème, certainement l'un des derniers composés, est plutôt une sorte d'adieu au genre satirique qu'Horace, désormais sûr de son succès et de l'amitié de Mécène, souhaite abandonner.
Satire 2. Dans ce poème de , le poète rapporte les paroles d'Ofellus, riche propriétaire rural qui a été ruiné par les guerres civiles : il ne faut ni vivre dans le luxe quand on est riche, car la fortune a tôt fait de tourner, ni se condamner à l'avarice et à l'ascétisme. Sans ironie, ces préceptes épicuriens sont repris par Horace à son compte, alors que lui aussi possède une villa et tente d'apparaître comme un campagnard sage et sobre.
vignette|upright|alt=tête d'un homme barbu et les cheveux mal coiffé, en bronze, avec deux yeux très blancs| Statue d'homme, probablement un philosophe cynique, peut-être Bion de Borysthène, retrouvée près d'Anticythère en 1901 ; vers 240 av. J.-C., musée national archéologique d'Athènes
Satire 3. De beaucoup la plus longue du recueil avec , cette satire met en scène Horace et Damasippe, un spéculateur ruiné récemment converti au stoïcisme par Stertinius. Damasippe expose alors différents points de la doctrine stoïcienne, notamment l'idée selon laquelle tous les hommes sont fous, sauf le sage, et un classement des vices en quatre passions principales, et conclut en se moquant d'Horace qui, voulant ressembler à Mécène, rappelle la . Le poème, en forme de diatribe cynico-stoïcienne, permet au poète de dresser les portraits du néophyte et du philosophe populaire.
Satire 4. Cette satire de montre Horace discutant avec Catius (personnage inconnu par ailleurs) qui apparaît comme le nouveau converti de quelque doctrine ésotérique ; pressé de questions, il en vient à détailler les préceptes de ce nouveau savoir : quelques détails mineurs de la gastronomie. Au-delà de la critique renouvelée du raffinement ridicule en cuisine, l'intention et la cible du poète dans cette satire ne sont pas très claires.