La famille Mzali () est une famille tunisienne dont les membres ont servi dans la magistrature, l'armée et l'administration, et qui a joué un rôle dans l'histoire contemporaine de la Tunisie. Établie à Monastir depuis la fin du , elle s'est progressivement intégrée au makhzen — l'appareil de l'État beylical — par l'illustration militaire, les charges caïdales et une politique d'alliances matrimoniales avec les grandes familles du Sahel et de Tunis..

Étymologie

D'après Mohamed Salah Mzali, dans son autobiographie Au fil de ma vie, la famille serait « de race berbère et d'origine marocaine » et viendrait de l'Oued Souss, « berceau des Aït Mzal », où elle aurait fait souche à Monastir « deux siècles avant que [son] père y naquît », cité dans .. Le terme aït (ⴰⵜ) désigne la filiation en amazigh ; quant à Mzal (ⵎⵣⴰⵍ), le le glose « le forgeron » en chleuh, ., tandis qu'Elyès Jouini le rattache à la racine msl/mzl (« façonner, pétrir, lutter, combattre »), faisant du Mzali « le combattant » ou « le façonneur ».. Cette même racine se retrouve dans le patronyme Tamzali, que portent notamment Haydée Tamzali et Wassyla Tamzali.

Origines et histoire Origine berbère et ascendance hafside Selon Elyès Jouini, le patronyme renverrait à la tribu berbère des Aït Mzal, originaire du Souss, et pourrait être apparenté au royaume antique des Mezala — associés aux Massyles et aux Massæsyles mentionnés par les auteurs romains. Cette origine serait également à rapprocher de formes onomastiques voisines telles que Massali, Messali, Tamzali ou Souli, toutes susceptibles de dériver de la racine msl/mzl, que l'on retrouverait notamment dans le nom des rois numides Hiempsal, considérés comme des descendants de Massinissa.

La première mention d'un Mzali dans l'histoire de la Tunisie serait liée à la dynastie hafside. Son fondateur, Abou Hafs Omar al-Hintati, portait initialement le nom berbère de Faska u-Mzal Inti, avant qu'Ibn Toumert ne lui attribue le nom arabe d'Omar. D'abord membre du Conseil des Dix almohade, Abou Hafs devint l'ancêtre de la dynastie qui gouverna l'Ifriqiya de 1207 à 1574. Ses descendants adoptèrent toutefois le nom de Hafsiyine, abandonnant progressivement la référence à Mzal..

Les chroniqueurs mentionnent également un imam Mzali établi à Kairouan vers le , auteur d'un ouvrage de piété. Cette présence ancienne témoigne des liens religieux et intellectuels qui reliaient alors Fès, Kairouan et Monastir. Certaines branches de ces lignées auraient par la suite regagné le Maroc, à l'image de Sidi Ali El Mzali, réputé pour ses soins contre la coqueluche et dont le mausolée se trouve à Fès. Le site homonyme de Sidi Ali Mzali, dans la médina de Fès, s'étend sur le versant reliant la mosquée de aux : un texte de 1936 de l'écrivain Charles Sallefranque (1896-1973), alors professeur au collège Moulay Idriss de Fès (notice d'autorité)., en évoque le petit cimetière et la vue qu'il ménage sur la ville, texte de 1936 reproduit en ligne..

Implantation à Monastir

Selon la tradition rapportée par Mohamed Mzali, l'ancêtre de la famille se serait arrêté à Monastir au retour du pèlerinage vers 1670 avant de s'y établir, tradition qu'il rattache au mausolée de Sidi Ali Mzali, à Fès, qu'il visita lors du premier sommet arabe de la ville.. La lignée monastirienne proprement dite est en revanche attestée et documentée depuis le milieu du : un arbre généalogique remontant à ce premier ancêtre a été établi par Mohamed Salah Mzali (homonyme de l'ancêtre) puis complété par son gendre Sadok Mzali, à partir de la transmission orale et des nombreux actes de notaires que compte la famille.. L'ancêtre en est le cheikh Mohamed « Chékir » Mzali, surnommé ainsi en raison de son teint clair et de ses cheveux blonds (achqar, ). Né aux alentours de 1670 — un siècle après la fin de la dynastie hafside —, il voit le jour en pleine guerre civile, celle qui oppose les fils de Mourad II Bey et que marque l'intervention du dey d'Alger.

Arbre généalogique simplifié Filiation principale d'après les planches généalogiques d'Elyès Jouini ; les dates approximatives sont précédées de « v. » et le symbole ⚭ signale une alliance...

Deux filles de Chaabane Mzali, Zeineb et Rekaya, avaient épousé les frères Mohamed et Salah figurant ci-dessus ; par ses autres enfants, cette branche est en outre apparentée à plusieurs figures tunisiennes : Aïchoucha (grand-mère d'Abdelaziz El Aroui), Khadouja (grand-mère d'Habib Bourguiba) et Mahmoud (grand-père du Premier ministre Mohamed Mzali).

Du notariat aux charges caïdales

La famille compte plusieurs générations de notaires et de lettrés. Parmi les petits-enfants du cheikh Chékir figure son homonyme, le cheikh mufti Abou Abdallah Mohamed Mzali El Monastiri (v. 1735-1819), notaire, mufti et imam de la Grande Mosquée de Monastir ; l'un de ses fils, également notaire, émigra à La Mecque où il fit souche et mourut en 1841, son surnom d'al-'âlim (« le savant ») devenant le nom de la branche saoudienne El Alem. La notabilité de ces premières générations se lit aussi dans leurs sépultures, plusieurs membres étant inhumés dans les principales zaouïas de Monastir : Ahmed Badr à celle de Sidi Jendoubi, le cheikh mufti et son fils Hadj Hamouda au mausolée de Sidi El Mazeri, et Salah Mzali à la zaouïa de Sidi Abdessalem Lahmar.

La profession de notaire (adl) conférait alors, selon l'historien Hassan El Annabi, une autorité juridique et une notabilité qui pouvaient prédisposer aux fonctions de magistrature.. L'arrière-arrière-grand-père de Mohamed Salah Mzali, Hadj Hamouda Badr Mzali (mort en 1841), petit-fils du cheikh Chékir et cousin du cheikh mufti, est notaire à Monastir, comme ses deux fils Mohamed (né vers 1817) et Salah (né vers 1823). Ces deux frères épousent deux filles de Chaabane Mzali, Zeineb et Rekaya (voir plus haut) ; c'est en hommage à cette fratrie — son grand-père Mohamed et son grand-oncle Salah — que le père de l'auteur, Mohamed Mzali, prénommera plus tard son fils aîné Mohamed-Salah.

C'est Salah Mzali (vers 1823-1884) qui marque le passage de la famille vers le pouvoir d'État. Après des études à la Zitouna, il est notaire à Monastir puis à Tunis avant d'être de nouveau affecté à Monastir par décret beylical du 27 janvier 1857. Entre 1843 et 1857, il sert dans l'armée — la régence de Tunis participant alors à la guerre de Crimée (1853-1856) aux côtés de l'Empire ottoman — et atteint le grade de miralay (« colonel »)D'après le chapitre publié par Elyès Jouini en 2025, la chronologie militaire de Salah Mzali s'ordonne différemment : nommé youzbachi (capitaine) en 1855, il n'accède au grade de miralay (colonel-major) qu'en janvier 1883, soit après — et non avant — sa nomination comme khalifa de Monastir en 1865 ; son décès y est daté du 18 novembre 1884.. Il devient ensuite khalifa (vice-caïd) de Monastir en 1865, fonction relevant du grand caïdat du Sahel ; révoqué en 1870, il y est rétabli en 1878 et la conserve jusqu'à sa mort.. En 1881, lors de l'escale de l'escadre française à Monastir après le traité du Bardo, il obtient qu'aucune garnison ne soit installée dans la ville : le ribat ne sera occupé par les nouvelles autorités militaires qu'après sa mort, survenue au dernier trimestre de 1884. Cette accession fait entrer la famille dans le makhzen et illustre le passage type, décrit par l'historien Khalifa Chater, du domaine militaire aux charges administratives caïdales.. Organisés selon un système d'« entreprise générale » où l'administrateur centralisait les clientèles d'approvisionnement, ces hauts postes constituaient en outre d'importantes sources de rentes.. À la fin du , les Mzali comptent, avec les Sakka, parmi les familles les plus en vue de Monastir.

Alliances matrimoniales L'ancrage dans le makhzen se consolide, sur plusieurs générations, par des alliances avec d'autres lignages caïdaux. Hamouda Mzali (1834-1887)Les dates retenues ici suivent les planches généalogiques de l'ouvrage de 2023. Le chapitre d'Elyès Jouini paru en 2025 donne, pour cette génération, 1848-1895 pour Hamouda et 1870-1952 pour son fils Mohamed. La position généalogique et les alliances étant identiques (Hamouda époux de Hannouna Nouira, Mohamed époux de Mannana Sakka), ces mentions désignent les mêmes personnes et non des homonymes distincts., fils de Mohamed, épouse Hannouna Nouira, petite-fille du caïd Hadj Houssine Nouira et issue de la principale famille caïdale de Monastir — les Nouira ayant, selon l'historienne Dalenda Larguèche, dominé le caïdat local de 1759 à 1817, cumulant trente-sept ans de charge avec vingt-sept caïds. Son fils Mohamed (1869-1952), caïd à Djerba puis dans plusieurs provinces, épouse Mannana Sakka, fille du caïd Mohamed Sakka (1829-1897) : engagé volontaire en 1844 et devenu bimbachi (commandant) en 1855, celui-ci avait accompagné le général Osman à Constantinople pour la guerre de Crimée avant d'être fait caïd de Monastir ; comme les Mzali, les Sakka devaient leur entrée dans le makhzen à une ascension militaire préalable. Mohamed Mzali fait ses premières armes auprès de son beau-frère Hassen Sakka avant d'être nommé caïd le . Veuf en 1944, il se remarie l'année suivante avec Bakhta Jouini, d'une famille caïdale rattachée à la confédération des Drids et petite-nièce des bach-agha de Tunis Ali et Ahmed Jouini.

À la génération suivante, les enfants de Mohamed Salah Mzali s'allient à de grandes familles tunisoises : son fils aîné Réchid épouse Lily Djellouli, fille du caïd Hassine, petite-fille du grand vizir Mohamed-Taïeb Djellouli (1915-1922) et arrière-petite-nièce du grand vizir M'hamed Djellouli ; Béchir, entré dans le corps caïdal comme khalifa stagiaire en 1943 à la demande du grand vizir M'hamed Chenik, épouse Melika Sakkat, fille d'Ali Sakkat, cheikh el-médina puis ministre de la Justice, et nièce du grand vizir Slaheddine Baccouche ; le benjamin, Hassan, épouse Jaouida Annabi, d'une famille tunisoise d'origine algérienne comptant le premier polytechnicien tunisien, Mohamed-Ali Annabi, et cousine germaine de Hédi Annabi (1943-2010), futur sous-secrétaire général des Nations unies. Mohamed Salah Mzali avait lui-même épousé sa cousine Nejia Sakka, dont le frère Taïeb devint inspecteur général des caïdats, surnommé « caïd des caïds ».

La permanence de ces familles dans le corps caïdal ressort de l'analyse des vingt-trois caïds en poste en 1923-1924, dont trois monastiriens — Sakka, Haddad et Mzali : après Tunis, Monastir était alors la ville la mieux représentée. Selon Jouini, l'appartenance au makhzen ne se transmet pas par la naissance : seul l'exercice continu d'une charge permet de s'y maintenir. Le caïd choisissait ses collaborateurs parmi ses proches, les associant comme secrétaires-interprètes puis khalifa avant qu'ils ne soient eux-mêmes nommés caïds ; ainsi Mohamed Mzali (1869-1952) débute-t-il comme khalifa sous le caïdat de ses beaux-frères Sakka avant d'accéder lui-même à la charge. L'historien Mehdi Jerad note par ailleurs que les Nouira contractaient des alliances avec des familles monastiriennes comme les Mzali et les Snoussi..

Ces alliances éclairent les liens de la famille avec plusieurs figures tunisiennes. Khadouja, fille de Chaabane Mzali, est la grand-mère du futur président Habib Bourguiba et l'arrière-grand-mère de Hédi Khefacha, futur ministre de l'Intérieur ; sa sœur Aïchoucha est la grand-mère du journaliste Abdelaziz El Aroui ; et leur frère Mahmoud est le grand-père du futur Premier ministre Mohamed Mzali.

Une généalogie du savoir