Le style mosan.., aussi appelé Renaissance mosane, est un style d'architecture traditionnel propre à la région de l'ancienne principauté de Liège, couvrant la période de la fin du au début du .
Historique Le style mosan apparaît progressivement à Liège et sa principauté durant le , ses caractéristiques finales s'établissant durant le dernier quart de ce siècle. Durant cette période, il s'étend dans toute la principauté et les entités voisines comme le comté de Namur ou le duché de Limbourg. Il est porté par la section de la Meuse qui traverse le territoire de l'ancienne principauté, ainsi que ses principaux affluents et sous-affluents de la région comme la Sambre, l'Ourthe, la Vesdre, le Geer, la Rour et la Wurm.
Son étendue couvre les pays et régions modernes suivants : en Allemagne, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie ; en Belgique, les provinces de Hainaut, Liège, Limbourg, Luxembourg et Namur ; aux Pays-Bas, la province de Limbourg ; en France, le département des Ardennes. Une partie de ces territoires couvre ce qu'on appelle le Pays mosan.
Prémices : Gothique tardif et Renaissance italienne
Au début du , la technique des colombages, héritée du Moyen Âge, est le style dominant dans les villes mosanes. Face à sa trop grande vulnérabilité face aux incendies, cette technique est interdite au par les ordonnances de Jean-Louis d'Elderen, prince-évêque de 1688 à 1694, interdisant l'emploi du bois. Les colombages auront presque entièrement disparu à front de rue à la fin du . Il faudra cependant attendre la seconde moitié du pour qu'ils disparaissent totalement de villes de la principauté comme Liège ou Verviers, qui l'utilisent encore à l'époque pour les façades arrières et mitoyennes.
gauche|vignette|redresse|Maison de style gothique tardif avec croisées reconstituées, Huy.
Au début du , un style intermédiaire entre le style gothique et le style mosan, défini par l'architecte Albert Puters et couramment nommé « gothico-Renaissance »., peut être identifié. Les bâtiments concernés peuvent aussi être qualifiés de « gothique »., « Renaissance »., « gothico-renaissant ». ou « gothique tardif ».. Ce style, privilégiant la pierre de taille, présente des traits gothiques hérités du Moyen Âge (notamment le linteau en accolade ou en batière) mélangés aux dernières innovations de la Renaissance. On le retrouve à Huy, avec notamment la maison Nokin. et l'hôtel d'Oultremont (1559). ; à Liège, avec notamment les cours intérieures (dont les colonnes de la cour d'honneur) et la façade arrière du palais des princes-évêques (1526)., la maison d'Amay (c. 1544)., l'hôtel de Sélys-Longchamps., le refuge de l'abbaye d'Aulne, l'hôtel Brictius (c. 1540) et l'hôtel de Cortenbach (démoli en 1974). ; à Maastricht, avec l'hôtel du gouvernement espagnol aux colonnes semblables à celles du palais des princes-évêques de Liège. et le cloître du ..
Ensuite, durant la seconde moitié du même siècle, l'architecte Lambert Lombard importe les canons de l'architecture de la Renaissance italienne. Quelques constructions de Lombard à Liège s'inscrivent dans cette approche, dont le portail de l'église Saint-Jacques (1558) et l'hôtel Torrentius (1565). D'autres édifices lui sont hypothétiquement attribués, dont l'hôtel Desoër de Solières (1555), la maison Porquin (1570, démolie en 1904).., une maison rue Grande-Bêche (démolie en 1908). et une avenue Blonden (démolie avant 1936), qui aurait aussi été son domicile. À la fin du cependant, ce style n'a pas perduré et les architectes locaux renouent avec des styles plus autochtones.
C'est dans ce contexte qu'apparaît le style mosan, un alliage des trois styles cités précédemment. Il conserve des éléments gothiques (fenêtres à croisée), intègre quelques éléments hérités de la Renaissance (maçonnerie mixte, arcs en plein cintre), et applique à la maçonnerie la structure du colombage.
: Apogée du style mosan droite|vignette|redresse=1.2|Halle al'Chair (1588), Namur.
Les premiers exemples de style mosan proprement dit apparaissent durant le dernier quart du . Il voit ensuite son apogée durant la majorité du , principalement durant la première moitié, la seconde moitié du siècle voyant à nouveau une diversification des styles.
Le terme « Renaissance mosane » (en néerlandais « Maaslandse renaissance », littéralement « Renaissance du Pays mosan ») est attribué à l'historien de l'art Joseph Timmers qui l'aurait défini pour souligner l'individualité de l'architecture du pays mosan liégeois et limbourgeois du . Il est relayé par d'autres spécialistes tels que l'architecte Albert Puters. Il ne fait pas cependant pas l'unanimité chez les spécialistes. Selon certains, ce style est un dérivé du style gothique brabançon qu'on retrouve durant la même période à travers le duché de Brabant, province des Pays-Bas espagnols, état voisin de la principauté à l'époque. Pour d'autres, le rapport avec la Renaissance, qui renoue avec les canons antiques, est inexistant. Pour cette raison, des spécialistes comme l'historien Jacques Stiennon., l'historienne Ann Chevalier ou encore le professeur d'histoire de l'architecture Konrad Ottenheym. considèrent que l'utilisation du terme « Renaissance mosane » est incorrect. Le terme « style mosan » (en néerlandais « Maasstijl ») est préféré à la place, ou aussi le terme simplifié et générique, « traditionnel ».
gauche|vignette|redresse|Auberge Het Sweert (1659) et sa façade à colombages, Hasselt.
Le style mosan est principalement utilisé pour les maisons (à usage civil ou religieux) ou les bâtiments publics, rarement pour les lieux de culte, le vocabulaire gothique, baroque et classique prévalant plutôt pour ces dernières (notamment l'église Saint-Jean-Baptiste de Tongres dont seul le clocher (1615) est de style mosan, tandis que la nef de la même époque est de style classique).
Les techniques des colombages cohabitant encore à cette époque avec les techniques de maçonnerie, chacune a ses caractéristiques. La façade à colombages mosane, tout d'abord, présente une structure réticulée (quadrillée) créée par la régularité de placement des poutres horizontales et verticales, et l'utilisation systématique de la fenêtre à croisée, souvent en baie jointive, elle-même reprenant le quadrillage à travers les carreaux des fenêtres, renforçant en deux temps l'aspect réticulé. La façade présente un étage en encorbellement par rapport à l'étage inférieur, et le tout repose sur un soubassement de pierre.
Les compartiments entre les poutres, remplis de torchis ou de brique, sont renforcés par des croix de saint André, tandis que sur les façades latérales de grandes guettes obliques sont utilisées au lieu des croix.
vignette|redresse=1.2|Hôtel de ville de Looz (1680), présentant un grand nombre des caractéristiques du style mosan.
La façade maçonnée de style mosan, sobre, a souvent une allure massive et défensive, surtout dans les bâtiments importants ou à la campagne.
Comme dans la façade à colombages, on retrouve la fenêtre à croisée, la plupart du temps sans modénature. Les fenêtres peuvent aussi être à simple meneau ou traverse, voire aucun pour les fenêtres de petite taille. La fenêtre à croisée compte de quatre à douze jours. Ils sont tous de taille identique, ou très semblable, les différenciant du style brabançon où le jour supérieur est plus petit et où les croisées sont moins épaisses.
Les linteaux des fenêtres sont coiffés d'arcs de décharge en brique, remplissant une fonction à la fois décorative et fonctionnelle. Les tailles des fenêtres suivent une hiérarchie décroissante de bas en haut dans la façade : des fenêtres à croisée aux deux premiers étages, et des fenêtres à simple meneau ou sans division au troisième étage. Les carreaux de fenêtre sont rectangulaires et mis en plomb, et sont de couleur rose ou verte. Ils sont parfois décorés d'armoiries peintes. Seuls les jours inférieurs des fenêtres à croisée sont ouvrants, et sont protégés par des volets. Les vitres des jours supérieurs sont fixes et affleurantes à la façade. Les jours ouvrants sont parfois protégés de barreaux de fer forgé.
La porte d'entrée est à vantail unique, basse, avec un linteau droit ou en plein cintre, souvent surmontée d'une imposte (rectangulaire au , puis ovale au ) séparée de la porte par une traverse. On y accède par un perron.
gauche|vignette|redresse=1.2|Palais Curtius (1600), Liège.
La façade de style mosan est à l'origine marquée par son horizontalité appuyée par l'usage des cordons de pierre sur toute la largeur de la façade, sans modénature comme les croisées, donnant une alternance brique / pierre sur toute la hauteur pour donner des jeux de couleur. En Belgique, leur usage est moins marqué à la campagne. Aux Pays-Bas, on retrouve une utilisation fréquente de l'alternance brique / pierre à taille égale sur toute la façade, appelée aussi « couche de lard », de son apparence rappelant l'alternance viande / gras du lard. Les chaînes d'angle des façades et les piédroits sont à l'origine à chaînage de pierre (donc de taille irrégulière), et plus tard harpés (donc de taille régulière). La façade réticulée, présente dans les colombages par le prolongement des piédroits, ne fait son apparition dans la maçonnerie que durant le dernier quart du .
Les compartiments, repris des colombages, sont remplis par de la brique. À l'opposé du gothique tardif où elle domine, la pierre de taille est moins utilisée, et l'usage des moellons est fréquent à la campagne. Le soubassement est en moellons ou pierre de taille. La pierre utilisée est celle endémique à la vallée de la Meuse, à savoir le calcaire, le grès dans une moindre mesure, et le tuffeau.
Les corniches sont soit à cymbales (des consoles de bois décorées de pendeloques en forme de glands ou d'olives), soit en briques en arrangement denté ou redenté (plusieurs rangées de briques posées obliquement), ou denticulé. Le pignon à rue n'est pas courant ; c'est le mur gouttereau qui sert la plupart du temps de façade principale. Certains pignons sont cependant à gradins, à volutes ou à croupette.
droite|vignette|redresse|Maison dite "espagnole", fortement influencée par le maniérisme flamand, Bouvignes-sur-Meuse (c. 1620).
La toiture est d'une hauteur importante, parfois rehaussée de coyaux. Les lucarnes sont nombreuses et parfois rehaussées d'épis. Les tours peuvent être parfois surmontées d'un toit à bulbe.
Dans les constructions plus riches, les allèges, assez hautes, sont parfois décorées de bas-reliefs, souvent en tuffeau, et dans les cas des établissements, c'est aussi dans les allèges que les enseignes, en pierre, sont placées, même si à cette époque l'enseigne de métal perpendiculaire à la façade est encore de rigueur. D'autres éléments sculptés peuvent être présents entre les consoles des corniches. Ces éléments étaient souvent polychromes. Des ancres sous forme de volutes ou de millésime parsèment la façade. L'usage d'un enduit de couleur sang de bœuf sur les façades est assez répandu.
Certains bâtiments plus riches comme les hôtels particuliers, les châteaux et monastères présentent des galeries couvertes avec colonnes toscanes galbées.
: Styles tardifs et disparition
gauche|vignette|redresse=1.2|Hôtel de ville de Bilzen (1686), de style tardif réticulé du .
À la fin du , le style mosan vit ses dernières années et cohabite avec d'autres styles architecturaux qui influencent ses caractéristiques.