Les Quatre Fils Aymon est le premier grand ballet populaire de Maurice Béjart.

L’œuvre a été créée au Cirque Royal de Bruxelles le par le Ballet du ; elle a été dansée à Bruxelles, dans des villes wallonnes et flamandes, en Écosse et en France.

Ce ballet d'action, inspiré d'une légende médiévale, résulte du travail commun de Béjart, Janine Charrat et Herman Closson. Il marque le début de la collaboration du chorégraphe avec Fernand Schirren et traite du thème de la révolte des jeunes contre la société.

Étape dans l’œuvre chorégraphique

Lorsque Béjart envisage de monter ce ballet, il est installé au théâtre de la Monnaie depuis deux ans ; il a créé le Ballet du l’année précédente.

Ses créations chorégraphiques majeures en Belgique ont été Le Sacre du printemps qui, présenté au Théâtre des Nations, a valu à la compagnie sa première reconnaissance internationaleLe Sacre est primé « meilleur spectacle chorégraphique » et Béjart « meilleur chorégraphe de l’année » 1960. Lire Antoine Livio, Béjart, La Cité, 1970, p. 258, 82., et le Boléro, qui sera repris dans de nombreuses compagnies et servira de final au film de Claude Lelouch, Les Uns et les Autres ; elles ont à la fois choqué les balletomanes traditionnels et remporté un beau succès auprès d’un public cultivé. Maurice Huisman, le directeur du Théâtre de la Monnaie, et Maurice Béjart désirent cependant atteindre un public plus large et plus jeune. C’est nécessaire tant sur le plan financier que sur celui de la recherche que souhaite mener le chorégraphe – .

Le chorégraphe décide alors de développer un de ses anciens projets de théâtre total en le centrant sur la danse. Influencé par Huisman, il choisit le thème des Quatre fils Aymon, bien connu en Belgique (et tout particulièrement dans une Ardenne qui célèbre cette légende au Rocher Bayard) et qu’Olivier Strebelle vient de remettre en évidence, en 1958, par l’installation d’une sculpture monumentale en bord de Meuse : le cheval Bayard.

La base de travail est Le jeu des quatre fils Aymon, un texte écrit par Herman Closson en 1943 pour les Comédiens routiers (dirigés par Jacques et Maurice Huisman lui-même), acteurs amateurs belges qui ont parcouru la Belgique sous l’occupation avant de constituer le noyau de départ du Théâtre national de Belgique ; la pièce frondeuse fut interdite par l’occupant et passa dans la clandestinitéFiche biographique de Herman Closson sur . Elle comporte un grand nombre de rôles qui permettent l’emploi de tous les danseurs de la troupe et un contexte qui va mettre à contribution les ateliers techniques du théâtre.

Ballet de théâtre total

Béjart travaille avec Herman Closson pour l’élaboration d’un texte qui va être récité en off par deux meneurs de jeu, les acteurs Raoul de Manez (le Prince de la nuit) et Paul Anrieu (Messire Robechon l’Ardennais) dont la notoriété est largement assurée en BelgiqueJean-Pierre Loriot, puis Germinal Casado et Micha van Hoecke assumeront ces rôles, selon Alain Baran de Wespin, Le Ballet du XX siècle : créations et réalisations, Ministère des Affaires étrangères, du commerce extérieur et de la coopération au développement, Textes et documents 276, octobre 1971, 64 p., 21.. Le ballet va devenir .

Le choix musical porte sur des musiques des auxquelles s’ajoutent les percussions de Fernand Schirren qui constituent une sorte de commentaire sonore soulignant l’action et accompagnant les meneurs de jeu.

Béjart confie la chorégraphie de certaines séquences à Janine Charrat, qu’il a invitée au TRM à plusieurs reprises en 1960 comme chorégrapheFantaisie concertante créé le 22 janvier 1960, Les algues créé le 12 mars 1960, Jeux de cartes créé le 8 novembre 1960 et qu’il a fait danser dans Les 7 Péchés capitauxDans le prologue de ce ballet créé le 25 février 1961..

Il règle les autres passages et coordonne l’ensemble, faisant ainsi œuvre de metteur en scène.

La compagnie tout entière est impliquée dans le travail – jusqu’aux enfants de l’école de danse du théâtre qui assument différents rôles dans le spectacle (nains, moutons et pions du jeu d’échec).

Nouvel espace

Le spectacle des Quatre Fils Aymon a pour vocation de trouver un large public à Bruxelles et de partir en tournée en Belgique. Il est décidé de le créer hors du Théâtre de la Monnaie, dans un lieu plus largement connu de l’ensemble de la population : le Cirque Royal, échappant ainsi aux scénographies propres à la scène à l’italienne.

Le Cirque se présente comme ; ce côté, qui fait face à la loge royale, permet l’installation un orchestre et constitue une scène éventuelle. Béjart va utiliser et la scène et la piste, métamorphosées par les structures des décorateurs et costumiers Thierry Bosquet, Germinal Casado, Joëlle Roustan, Francis André, Georgette Lanc et Édouard Mahillon.

Par la suite, Les Quatre Fils Aymon est présenté sous chapiteau, notamment sur la Grand-Place de Bruxelles.

Ballet d’action

Le ballet constitue une légende héroïque en deux parties et douze tableaux chorégraphiques traitant, en une sorte de bande dessinée, du départ des fils Aymon, de leur passage dans la forêt enchantée, et de la cour de Charlemagne (qui est interprété par Jean-Pierre Bras) avec ses dames nobles et ses grands d’empire. Il comporte notamment des combats, des divertissements, un pas de deux amoureux, une entrée de géants et une joute aux échecs dont les danseurs constituent les pièces blanches et noires évoluant sur un échiquier géant créé par Thierry Bosquet.

Le merveilleux, l’héroïque et le comique se combinent. Il y a des montres molles, des yeux géants, une carcasse de bœuf sanguinolente et une structure roulante en bois, , que les interprètes des quatre frères Aymon – Renaud (Pierre Dobrievich), Robert (Jacques Sausin), Guiscard (Vittorio Biagi) et Allard (Franco Romano) –, utilisent en guise de cheval Bayard. Les personnages traditionnels sont présents : Maugis l’enchanteur (Germinal Casado), des fées et leur reine, des génies, une sorcière et le diable, un bourreau, mais aussi la Reine de Saba, qui devait entrer sur scène montée sur un chameauBéjart relate dans ses mémoires, Un instant dans la vie d’autrui, que le jour de la générale le chameau se mit à uriner sur scène, ce qui lui prit longtemps et décida le chorégraphe à le renvoyer au zoo pour éviter tout risque d’interruption du spectacle. et ses suivantes.

Le final constitue un hommage à la jeunesse, , sous

Succès

Le but recherché - atteindre un public différent et jeune - est atteint : personnes ont vu le spectacle avec enthousiasmeJules Salès, Théâtre royal de la Monnaie 1856-1970, Havaux, Nivelles, 1971, p., 382.. Antoine Livio en attribue les causes aux raisons suivantes :

Le Ballet du atteint ainsi pour la première fois un large public, .

Distribution d'origine Le Meneur de jeu / Le Prince de la Nuit : Pierre Brécourt Robechon l'Ardennais : Jean-Pierre Loriot Renaud : Pierre Dobrievich / Jacques Sausin Robert : Patrick Belda Guiscart : Vittorio Biagi Allard : Franco Romano Aléis : Tania Bari Yolande : Duška Sifnios / Jaleh Kerendi Marion : Dolorès Laga Perrette : Andrée Marlière Le duc Aymon : Antonio Cano Aude, sa femme : Nicole Raes Bertholet : André Leclair Charlemagne : Jean-Pierre Bras Hommes d'armes : Jorge Lefebre, Jörg Lanner, Daniel Lambo, Guy Brasseur Maugis : Germinal Casado Les fées : Marie-Claire Carrié, Lise Pinet, Louba Dobrievich

Reprises

Les Quatre Fils Aymon connait seize représentations, du au ; il est repris douze fois, toujours au Cirque Royal, entre le 3 et le de la même année avec Yves Larec dans le rôle des deux meneurs de jeu. Treize représentations de ce « spectacle en rond » rassemblent entre et spectateursSelon Panorama 100. Ballet du XX siècle. Maurice Béjart, Théâtre royal de la Monnaie Opéra national, imp. Impresor, non daté (post 1978). à Édimbourg, du 27 aout au . Les 20 et 21 aout 1963, le spectacle est présenté au Festival international de Baalbek. En avril et , il tourne à Nivelles, Binche, Tamines, Marche-en-Famenne, Huy, Hasselt, Lier, Saint-Nicolas et Roulers.

Le , il est présenté dans la cour d’honneur du Palais des papes pour le Festival d'Avignon dans une nouvelle chorégraphie de Paolo Bortoluzzi et Lorca Massine ; Maurice Béjart n’assure que la mise en scène, Germinal Casado et Micha Van Hoecke sont les meneurs de jeu. Cette « œuvre collectiveAntoine Livio, op. cit., cite Maurice Béjart : » est dansée huit fois et remporte un grand succès auprès du public alors que la critique se montre moins chaleureuse.

Béjart remanie le ballet pour les quinze représentations (du 10 au ) qui se déroulent sous chapiteau sur la Grand-Place de Bruxelles et remportent un triomphe tel qu’. Certains pourtant , ce à quoi le chorégraphe répond que l’expérience d’une tente sur la Grand-Place est - ce à quoi servait quotidiennement la place à cette époque. Dans cette version, Franco Romano est toujours Allard mais les trois autres frères sont dansés par Jorge Donn, Daniel Lommel et Woytek Lowski.

Importance dans l’œuvre chorégraphique

Dans ses mémoires, Béjart affirme s’être beaucoup amusé avec Les Quatre Fils Aymon, mais le ballet ne figure pas dans la liste des œuvres qu’il a classées en opus numérotés, car les considérant comme importantes, et qui sont citées par Marie-Françoise ChristoutMarie-Françoise Christout, Béjart, Seghers, Théâtre de tous les temps 18, 1972, 144 p. + planches, Répertoire des chorégraphies, Tableau chronologique et Table des matières, 58 et 59 + Répertoire des chorégraphies..

Roger Stengele considère qu’il est impossible d’appliquer une étiquette aux Quatre Fils Aymon, spectacle brillant et dynamiqueRoger Stengele, Béjart et la danse. De la Symphonie pour un Homme Seul à la IX Symphonie, J. Verbeeck, Bruxelles, 1966, 64 p., 13.. Considérant que ce ballet était , il souligne que, malgré un aspect trop narratif et trop localisé pour les audiences internationales, ce ballet a révélé combien il était possible d’enthousiasmer pour la danse .

Thierry Mathis voit dans l’œuvre un exemple frappant de l’humour du chorégraphe et de sa contestation de la société : les quatre fils révoltés contre Charlemagne sont le symbole de la lutte des jeunes contre la société, un thème que l’on retrouvera dans d’autres ouvrages.

Outre le fait que le succès d’audience des Quatre Fils Aymon prépare le public belge à celui de la Neuvième Symphonie créée trois ans plus tard à Bruxelles, on note que la collaboration entamée à l’occasion des Fils Aymon avec Fernand Schirren va se prolonger durant de longues années et, notamment, dans la création de l’École Mudra ; le lieu de création – le Cirque Royal – va devenir, dans les années suivantes, un deuxième lieu de travail pour Béjart qui y créera plusieurs de ses balletsNeuvième symphonie (1964), Roméo et Juliette (1966), Hommage à Jean Cocteau (1972), Pétrouchka I (1977), La Flûte enchantée (1981), La Muette (1981), Light (1981), Concerto pour violon concerto en ré (1982), Messe pour le temps futur (1983), etc. ; le triomphe à la reprise de Bruxelles participe encore plus à la notoriété du chorégraphe.

Citation

Notes et références

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