Libanios (en / ; en latin Libanius) est un rhéteur syrien de culture grecque de l'Antiquité tardive (314-v. 393). Il occupe une place de premier plan dans la littérature grecque du , et il fut un grand défenseur de l'hellénisme.

Biographie

Famille Libanios est né en 314 à Antioche de Syrie, une des plus importantes métropoles de l'Empire romainLieve Van Hoof, « Libanius' Life and life », in . Il est issu d’une influente famille curiale, mais qui s'était appauvrie. Il perd son père vers l’âge de onze ans, et ce sont sa mère et ses deux oncles Panolbios et Phasganiois qui veillent sur ses étudesLibanios, Autobiographie, I, 5. Ses origines lui permettent de bénéficier d'une bonne formation.

Jeunesse et formation Vers l'âge de quinze ans, il décide de se consacrer entièrement à la rhétorique. Il se lance pour cela seul dans l'étude de la rhétorique classique avant de se rendre à Athènes, où il parfait sa formation auprès de Diophantus. Il y reste de 336 à 340Libanios, Autobiographie, I, 25.

Entretemps, il avait rejeté l'enseignement de Zenobios d'Elusa (auquel il devait succéder comme sophiste d'Antioche après 354) parce qu'il le trouve de piètre qualité, il suit un parcours d'études atypique en se formant par lui-même tout en continuant de travailler chez un bon grammairien, qui pourrait être Didymus ChalcenterusLibanios, Autobiographie, I, 8.

Séjours à Constantinople et à Nicomédie (340-354) En 340, Nicoklès, un grammatiste de Sparte, lui offre un poste de professeur (sophiste) à Constantinople, mais ce poste lui échappe et il doit s'installer à son compte. Professeur libre, il vit des revenus de ses cours (il a eu jusqu'à quatre-vingts élèves). Mais sa renommée grandissante pousse l'empereur à le garder à Constantinople, et à lui offrir une nomination à un titre surnuméraire.

Néanmoins ses rivaux profitent des émeutes entre ariens et nicéens et de la répression de 342 pour le chasser de la ville. Après un bref passage par Nicée, Libanios se réfugie à Nicomédie, capitale de la province de Bithynie, où son art de la rhétorique lui attire la célébrité. Il vit alors une période heureuse et très productive. C'est à cette époque qu'il aurait pu avoir dans son auditoire Basile de Césarée, et que le futur empereur Julien se fit remettre en secret ses cours.

Rappelé à Constantinople par l'empereur vers 347/348, Libanios ne s'y plaît pas. Il refuse une chaire de rhétorique en 354 à Athènes, mais en accepte une à Antioche, où il resta jusqu'à sa mort.

Retour à Antioche (à partir de 354) Peu après son retour à Antioche en 354, il prend une concubine d’origine servile avec laquelle il a un fils, Arabios (renommé Cimon). Il acquiert rapidement une grande réputation de rhéteur dans la ville. De plus, il développe de très bons contacts avec les dirigeants municipaux ainsi qu'avec les fonctionnaires de la cour de l'empereur . Son successeur, l'empereur Julien, installe un temps son palais à Antioche pour préparer une expédition contre la Perse. Mais son paganisme affiché et sa rigueur morale provoquent un conflit avec la population de la ville, ce qui n'est pas pour déplaire à Libanios qui entretient une relation amicale avec l'empereurLibanios, Aux Antiochiens sur la colère de l'Empereur (363).

La mort de Julien en 363, au terme de sa campagne en Perse, a une double conséquence pour Libanios : d'une part il est personnellement affecté par ce décès, d'autre part il voit s'effacer définitivement le projet et l'espoir d'un retour à l'empire païen d'Auguste, Trajan et Marc Aurèle. C'est vers cette époque qu'il dut avoir pour élève le futur évêque Amphiloque d'Iconium, nom auquel les auteurs chrétiens ultérieurs ajoutent celui de Jean Chrysostome, qui aurait aussi suivi ses enseignements.

La période qui suit la mort de Julien est plus difficile pour Libanios. La tentative de coup d'État menée par Procope contre le nouvel empereur Valens vers 365, à laquelle bon nombre de cités de Syrie se sont associées, et surtout la conspiration menée par Théodore d'Antioche alors que Valens venait d'établir sa capitale dans cette cité dans le cadre d'opérations militaires (371/372), entraînent des représailles sévères à l'égard des cités d'Orient et la persécution de beaucoup d'intellectuels païens. Même si, en raison de l'influence qu'il conservait à la cour, Libanios ne fut pas directement touché par les persécutions, cette affaire le marqua, même si ses écrits ne manifestent pas d'hostilité particulière à l'égard de cet empereur.

Après la catastrophe de la bataille d'Andrinople et la mort de Valens en 378, Libanios put à nouveau obtenir les faveurs de la cour du nouvel empereur . Il interpelle ce dernier en faveur des sanctuaires païensLibanios, Pour les sanctuaires (Pro templis) (386) et pour dénoncer divers abus des puissants. Vers 383/384, il reçoit le titre de questeur honoraire.

On admet communément qu'il est mort vers 393. Bien qu'il fût païen et grand admirateur et ami de l'empereur Julien, les auteurs chrétiens du siècle suivant (Socrate de Constantinople, Sozomène) lui ont attribué pour élèves Jean Chrysostome, Basile le Grand, Grégoire de Naziance et Grégoire de Nysse.

Libanios, rhéteur et sophiste Libanios exerce le métier de professeur, dispensateur de la paideia et de la tradition culturelle grecque classique, seule culture noble à ses yeux. Culture d'autant plus noble et importante que cette tradition perd son importance dans la romanité, surtout dans la partie occidentale de l'empire où la latinité s'affirme avec la montée du christianisme et de l'Église. On est loin du célèbre constat d'Horace (65 à 8 av. J.-C.)Horace, Epîtres II, 1, vers 156-157 :

Pour Libanios l'éloquence rhétorique n'est pas simplement une profession où il veut exceller; c'est un art de vivre, un élément fondamental de l'homme bien faitLibanios, Autobiographie, I, 38.. En cela, il s'inscrit dans la tradition isocratique, cette tradition pédagogique de la rhétorique où, selon le mot d'Isocrate (436 – 338 av. J.-C..-), Libanios, Discours, tome 1, Autobiographie, discours, trad. J. Martin & P. Petit, Les Belles Lettres, 1979.. De la même manière, on peut aussi trouver les racines de la de Libanios dans la célèbre remarque du même Isocrate dans le PanégyriqueCité in Suzanne Saïd, Monique Trédé, Alain Le Boulluec, Histoire de la littérature grecque, Paris, PUF, « Quadrige Manuels », 2019 [ éd. mise à jour], , p. 253. :

Conscient de l'évolution de son siècle, LIbanios combat tous ceux qui, à ses yeux, sont des adversaires de la culture grecque et de ses traditions païennes, comme les empereurs Constantin et surtout Constance II, à qui l'on doit une politique de répression contre le paganisme. Il soutient les hommes favorables à la réaction païenne, tel l'empereur JulienLibanios, Éloge funèbre de Julien (365)..

Il combat aussi l'évolution centralisatrice du pouvoir et l'interventionnisme croissant des empereurs dans la cité en ce , qui s'opposent à l'idéal libéral de la civilisation hellénique.

Œuvre

Une richesse... vignette|Libanius, Discours, in Vaticanus Urbinas graecus 126, folio 124r. Rome, Biblioteque apostolique vaticane. Libanios est un rhéteur parmi les plus doués et les plus prolifiques de l'Antiquité tardive, à quoi s'ajoute que son œuvre est particulièrement bien conservéeL. Van Hoof, « Introduction. Libanius and the margins », in . En fait, il s'agit du troisième plus grand corpus de textes de l'Antiquité classique qui est venu jusqu'à nousL. Van Hoof, « Preface », in — l'œuvre occupe onze volumes dans l'édition de Richard Förster + R. Foerster, Libanii opera, Leipzig, Bibliotheca Teubneriana, 12 vol., 1903–1927. (Le douzième volume est l'index des noms propres.). Elle fit l'admiration de ses contemporains et servit de modèle pendant toute l'histoire de Byzance. Sa notoriété fut grande aussi en Europe pendant la Renaissance. .

Son œuvre se divise en différents genres littéraires, au nombre de cinq « Appendices : Survey of Libanius' works and of available translations » in . On trouvera dans ce chapitre une liste exhaustives des textes de Libanios ainsi qu'un état des traductions existantes en 2014.: déclamations (declamatio), discours (oratio), et lettres, ainsi que des hypothèses et des progymnasmata. Les déclamations sont au nombre de cinquante et une, elles portent essentiellement sur des sujets historiques et mythologiques ; soixante-quatre discours (oratio, « oration ») sur des thèmes tels que l’art oratoire, la justice ou les problèmes relatifs à la vie des écoles et des grandes cités d’Orient ; mille cinq cents quarante-quatre lettres adressées aux empereurs, aux préfets, à des rhéteurs, des philosophes ou des évêques; d'autre part, soixante-quatre discours. Les Hypothèses sont des résumés (hypotheses) des discours de Démosthène. Quant aux Progymnasmata, il s'agit d'« exercices » (gymnasmata) « préliminaires à » (pro-) la déclamation, soit cent quarante-quatre texte relevant de différents types d'exercicesCes exercices préparatoires sont un genre très ancien. On y trouve par exemple : fable, récit, réfutation et confirmation, éloge, thèse, description, proposition de loi (L. Pernot, La Rhétorique dans l'Antiquité, Le Livre de Poche, 2000, 351 p. p. 194-199 ; 284-285). Les genres mentionnés figurent aussi dans le Progymnasmata de Libanios (dans le même ordre). Il n'est cependant pas certain que tous les textes soient de la plume de Libanios ()..

... insuffisamment connue Après avoir été plutôt oublié, Libanius est à nouveau lu et plus étudié depuis une quarantaine d'annéesSuzanne Saïd, Monique Trédé, Alain Le Boulluec, Histoire de la littérature grecque, Paris, PUF, « Quadrige Manuels », 2019 [ éd. mise à jour], , . Son œuvre occupe effectivement une place prépondérante dans la littérature du , et il est un auteur , mentionné dans la plupart des études sur l'antiquité tardive, étant souvent une des meilleures sources sur plusieurs aspects ou personnalités de la société du . Pourtant, il reste souvent mal connu et en partie négligé par la recherche. Deux raisons peuvent expliquer ce phénomène : tout d'abord, la difficulté d'accéder à une œuvre abondante, dont on a essentiellement des traductions partielles en différentes langues ; ensuite, la difficulté de mesurer son potentiel réel, son œuvre étant souvent utilisée pour chercher des informations particulières, si bien que sa richesse intrinsèque est négligéeL. Van Hoof, « Preface », in .

Sélection de textes importants Autobiographie ou Sur sa propre fortune, en deux parties écrites entre 374 et 392 Discours 12 à 18, qui concernent l'empereur Julien (parmi eux : Discours de bienvenue à Julien (« Prosphonétikos ») (362) ; Aux Antiochiens sur la colère de l'Empereur (363) ; Éloge funèbre de Julien (« Epitaphios logos ») (365) Panégyrique de Constance II (« Basilikos logos ») (346) Éloge d'Antioche (356) (« Antiochikos ») où Libanios fait l’éloge de Daphné, un des quartiers de cette ville : Pour les sanctuaires (« Pro templis ») (386) centré|vignette|350x350px|Libanios, Lettres. Trad en latin de Francesco Zambeccari, vers 1490. Florence, Bibliothèque Laurentienne.

Notes et références Notes

Références

Bibliographie

Édition et traductions

Traductions en anglais + Richard Foerster, Libanii opera, Leipzig, B.G. Teubner, coll. « Bibliotheca scriptorum Graecorum et Romanorum Teubneriana », 12 vol. 1903–1927, Réimpression Hildseheim, Georg Olms, 12 vol. en 13, 1985-1998

Traductions en français (sans texte grec)

Éd. Les Belles Lettres + T. 1: Autobiographie. Discours 1, éd. Jean Martin, trad. Paul Petit, 1979, XXXVI + 436 p. + T. 2: Discours 2-10, éd. et trad. Jean Martin, 1988, X + 400 p. + T. 3: Discours 11. Antiochicos, Éd. et trad. Michel Casevitz et Odile Lagacherie, Notes de Catherine Saliou, 2016, CIII + 398 p. + T. 4: Discours 59, éd. et trad. Pierre-Louis Malosse, 2003, 392 p. + Discours 34 - 35 - 36, Éd. et trad. Catherine Bry, 2020, 278 p.

Études

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