vignette|Les épouses de Mahomet, « mères des croyants », en calligraphie arabe. Les épouses de Mahomet sont les treize femmes épousées par Mahomet, le prophète de l'islam. Les musulmans les appellent les mères des croyants (en arabe : Ummahāt ul-Muʾminīn). Les musulmans utilisent ce qualificatif avant ou après leur nom en signe de respect, d'après le verset du Coran suivant (33:6) : Le prophète est plus proche des croyants qu’ils ne le sont eux-mêmes ; ses femmes sont leurs mèresVoir sourate 33 sur Wikisource.
Tous les mariages furent contractés après l'Hégire, excepté deux, dont celui avec Khadija bint Khuwaylid, première épouse de Mahomet et qui aurait eu un rôle très important pour celui-ci.
Sources anciennes
Dans le Coran Le Coran évoque à plusieurs reprises le fait que Mahomet ait été marié ou qu'il possédait des femmes-esclaves. Ces passages peuvent être contextualisés comme des épisodes de la vie de Mahomet ou peuvent appartenir à des passages normatifs"Epouse du Prophéte", Dictionnaire du Coran, 2007, Paris, p. 262 et suiv.. Ainsi, par exemple, les « versets du voile » possèdent un contexte qui les associent à un épisode de la vie de Mahomet même si ceux ne font pas l'unanimité dans leurs interprétations. Une tenue vestimentaire particulière aurait été ainsi prescrite par le Coran aux femmes de Mahomet. Cette prescription permettait de les protéger, mais aussi de les reconnaître comme « mères des croyants ». Cette tenue est perçue dans le monde islamique comme le témoin de la précellence des épouses de Mahomet sur les autres femmes musulmanes. Une lecture diachronique du Coran montre une mise en valeur progressive de la « maisonnée de Mahomet » (ahl al-bayt) comme image de la perfection"Wives of the Prophet", Encyclopedia of the Qur'an, vol. 5, pa. 506 et suiv..
Le deuxième passage important dans le Coran concernant les femmes de Mahomet est l'épisode du mariage de Mahomet avec Zaynab bint Jahsh, l'épouse de son fils adoptif. Ce passage semble s'inscrire dans le cadre d'une évolution politique faisant évoluer la place des enfants adoptifs et l'abandon de l'égalité entre les enfants naturels et les enfants adoptés.
D'autres versets sont liées aux épouses de Mahomet comme l'injonction contre la calomnie (Q. 24:11-26), le « verset du choix » (Q. 33:28-9) ou le verset expliquant que les épouses de Mahomet recevront le double en punition ou en récompense pour leurs actions (Q. 33:30 et suiv)... La sourate 33 (Al-Ahzab, « Les Confédérés ») est fortement liée aux épouses de Mahomet. Elle s'adresse directement à la communauté pour légitimer, par voix divine, les actions de Mahomet. Pour Van Reeth, cette sourate pourrait être une composition tardive ( siècle de l'islam) composée à partir d'éléments plus anciens sortis de leurs contextesJ. Van Reeth, "Sourate 33", Le Coran des Historiens, 2019, p. 1120 et suiv..
Dans les hadiths Les épouses de Mahomet apparaissent dans les hadiths .
Le premier aspect est particulièrement présent dans les hadiths qui ont servi à la mise en place de la loi islamique, le second dans les récits hagiographiques et le troisième dans des récits biographiques comme ceux d'Ibn Sa'd. Ces descriptions négatives des épouses, « peut-être en partie historiquement corrects » et qui se trouvent dans des hadiths anciens, ont connu un intérêt important à l'époque médiévale où ils soulignaient l'opinion des oulémas sur les femmes.
Statut 500x500px|thumb|Arbre généalogique de MahometLes épouses de Mahomet possèdent un statut particulier dans la communauté naissante. Le verset 30 de la sourate 33 souligne le fait qu'elles doivent servir de modèle. Le verset 50 de cette même sourate semble suggérer qu'il existe une hiérarchie au sein des épouses de Mahomet et en particulier la précellence de Khadija, mais l'interprétation de ce passage ne fait pas consensus. Certains versets soulignent ainsi que ces épouses ne peuvent se remarier après la mort de Mahomet.
Ces épouses, excepté Maria qui serait restée concubine, portent, pour les sunnites, le titre de « mère des croyants » (Q. 33:6). Celui-ci donne un statut social important à ces femmes. En outre, elles appartiennent à la catégorie des « Gens de la demeure » (Ahl al-bayt), cités dans le Coran, qui possèdent un caractère sacral fort. Cette catégorie a été sujette à débat puisque, pour les chiites, les épouses de Mahomet en sont exclues. Ce titre empêche les femmes de se remarier après la mort de Mahomet puisque cela serait une sorte d'inceste. Pour des raisons politiques, les responsables musulmans du siècle préféraient que Mahomet n'ait pas de descendance masculine. Sous sa forme actuelle, les versets 4-6 de cette sourate semblent un ajout tardif.
Si ces épouses possèdent une place particulière dès l'islam naissant, le statut de celles-ci s'accroit au cours du temps. Les épouses de Mahomet sont considérées comme des modèles pour les femmes musulmanes et les règles coraniques qui les concernaient ont été étendues à toutes les musulmanes, comme dans le cas du voile. Avec le temps, le comportement de celles-ci a été considéré comme un modèle impeccable (sunna) applicable à tous les musulmans. .
À l'époque moderne, les aspects anecdotiques, trop humains et ceux hagiographiques ont tendance à être lissés dans la littérature islamique. . Cela implique une sélection différente ou une relecture des hadiths anciens. Pour Barbara Freyer Stowasser, .
Approche historique Les spécialistes des hadiths ont particulièrement écrit sur les compagnons et leurs vies sont racontées par des collections de hadiths qui mettent en valeur leurs vertus. Néanmoins, pour Shoemaker, « les transmetteurs du Ier siècle de l'Hégire — les « compagnons du Prophète » et leurs « Successeurs » — qui sont mentionnés dans les chaînes de traditions les plus anciennes constituent l'un des éléments les plus suspects et artificiels de ce système de légitimation »St. Shoemaker, "Les vies de Mahomet", Le Coran des Historiens, t.1. 2019, p.185 et suiv.. Ainsi, il a été démontré par Goldziher et Schacht qu'un certain nombre des personnalités citées dans les isnad ont été inventées a posteriori à des fins de légitimation. Les récits autour des épouses de Mahomet ont été embellis de récits miraculeux par la littérature des hadiths : plusieurs d'entre elles auraient notamment eu des visions avant leur mariage.
Shoemaker résume la question de cette manière : « Ainsi est-il largement admis dans les études occidentales sur les origines de l'islam que quasiment rien de ce qui est rapporté par les sources musulmanes anciennes ne peut être considéré comme authentique, et que la plupart des éléments au sujet de Muhammad et de ses compagnons contenus dans ces récits doivent être considérés avec beaucoup de méfiance ». Inscrites dans la tradition musulmane et dans des textes qui, à partir du , « ont donné une image très particulière des grands personnages qui ont marqué l’histoire de l’islam à ses débuts », pour Imbert, « l'image de ces personnages illustres ne reflète plus qu'elle-même »Frédéric Imbert, "Califes, princes et compagnons dans les graffiti du début de l'islam", Romano-arabica 15, 2015, .. Deux épisodes de la vie de Mahomet en lien avec ses épouses ont, en particulier, été sujets à débat quant à leur historicité :
Zayd ibn Hâritha et l'épisode de sa séparation avec Zaynab bint Jahsh est cité dans la sourate 33 du Coran. Celle-ci a connu certainement un « remaniement substantiel du texte » après la mort de Mahomet. La compréhension du contexte de la sourate en est complexifiée. Elle est particulière en ce qu'elle évoque un événement historique précis et par l'évocation d'un contemporain de Mahomet. Powers considère ainsi que les versets 36-40 sont des ajouts « de la génération suivant la mort du Prophète »Van Reeth J., "Sourate 33", Le Coran des Historiens, t.2b, 2019, p.1119 et suiv.. Ce passage a été élaboré à partir de plusieurs récits bibliques. La trame du récit autour de Zaynab et de Zayd est ainsi fournie par le récit de David et Bethsabée. Pour Powers, la majeure partie de l'histoire de Zayd appartient au monde des légendes. Les hadiths qui permettent la contextualisation de cette sourate « n'ont pas pu être fabriqués plus tôt que la fin du premier siècle de l'hégire, c'est-à-dire sous le califat de Abd al-Malik ».
Pour Guillaume Dye, . Pour l'auteur, Maria la Copte est une fiction littéraireAzaiez, M. (Ed.), Reynolds, G. (Ed.), Tesei, T. (Ed.), (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter., passage QS 30 Q 33:40. Pour Claude Gilliot, « La figure et « l'histoire » de Māriya al-Qibṭiyya sont truffées de traits légendaires et mythiquesCl. Gilliot, "Oralité et écriture dans la genèse, la transmission et la fixation du Coran", Oralité & écriture dans la Bible & le Coran, 2014, p. 107.». Le récit de Maria la Copte et de son fils Ibrahim a été construit de manière à prouver que Mahomet n'est le père d'aucun homme. Pour le coptologue Christian Cannuyer, Maria, sa sœur et (peut-être également) Ibrahim n'ont jamais existéPour Van Reeth, celui a "démontré définitivement qu'il s'agit d'une légende".. Cette démonstration s'appuie sur les anachronismes, les invraisemblances du récit ainsi que sur son apparition tardive dans la tradition. Ce récit a pour source l'histoire de Marie la romaine et de S(h)irine l'araméenne, épouses du roi persan Chosroès.
Biographies traditionnelles des épouses de Mahomet Treize femmes ou concubines sont attribuées à Mahomet même si l'identité de celles-ci ne fait pas consensus. Bien que le Coran limite la polygamie (polygynie) à quatre femmes, certains penseurs musulmans considèrent que les mariages ont été conclus avant cette révélation tandis que l'orientaliste Stern considère que ces mariages ont eu lieu après celle-ci. Dans les hadiths, l'autorisation donnée à Mahomet de ne pas se restreindre à cette limite serait d'origine divine tandis que les sources musulmanes classiques voient dans le verset 50 de la sourate 33 une légitimation de celle-ci, même s'il pose des problèmes d'interprétation. Certains mariages de Mahomet respecteraient une forme préislamique Hiba qui aurait disparu au cours du Ier siècle de l'islam.
Outre ces treize femmes, un certain nombre d'autres sont évoquées dans les sources anciennes, souvent contradictoires et plus douteuses. Ainsi, Mahomet aurait été marié avec plusieurs femmes avec qui il aurait divorcé avant la consommation du mariage et la liste des femmes qui se seraient données par hiba est « obscure ».
Khadidja bint Khuwaylid vignette|Gabriel et Mahomet, en présence de Khadija
Née en 556 ou entre 555 et 560 à la Mecque chez Khuwaylid bin Assad"Khadīja", Encyclopedia of the Qur'an, vol. 3, p. 80 et suiv., Khadidja était une marchande aristocrate"Wives of the Prophet", Encyclopedia of the Qur'an, vol. 5, p. 508 et suiv.. Elle s'est mariée deux fois avant son mariage avec Mahomet. Veuve, elle engagea un jour le jeune Mahomet, qui s'était fait remarquer par son intégrité, pour conduire son commerce caravanier vers la Syrie. Il devient vite son homme de confiance, et elle lui propose le mariage, qu'il accepte en 595 avec la permission de son oncle Abû Tâlib. Elle avait, selon la majorité des sources, alors 40 ans et lui 25. Ils auront ensemble environ six enfants, possiblement deux ou trois fils (Qasim et ) et quatre filles (Zeynab, Rukayya, Umm Kulthum et Fâtima). Tous ces fils seraient morts jeunes.