La Société Le Nickel (ou SLN) est une entreprise minière et métallurgique néo-calédonienne, détenue par la multinationale minière française Eramet et les provinces de la Nouvelle-Calédonie à travers la Société territoriale calédonienne de participation industrielle (STCPI).
Historique vignette|gauche|Le cofondateur de la SLN, John Higginson.
La société Le Nickel (SLN) est fondée le pour l’exploitation de mines de nickel en Nouvelle-Calédonie.. Elle naît par le regroupement de deux sociétés d'exploitation et de transformation du nickel nées en 1877 : celle de l'aventurier et industriel d'origine britannique John Higginson, détenant une usine à la pointe Chaleix à Nouméa, et celle de Henry Marbeau et de Jules Garnier (ingénieur des mines qui a découvert le minerai de nickel néo-calédonien en 1864), qui ont pour leur part installé une fonderie à Septèmes dans les Bouches-du-Rhône..
vignette|droite|Carte postale montrant les cubilots de l'usine de la société Caledonia à Nouméa à la fin des années 1920. En 1883, la famille Rothschild rachète la société. Alphonse de Rothschild délègue la direction de l'entreprise à Ernest Denormandie et Ernest Tambour. Ernest Denormandie joue un rôle déterminant dans l’ouverture de crédits pour la société Le Nickel, en usant de sa position de président de la Banque de l’Indochine pour soutenir financièrement l’entreprise. Ainsi, en 1890, il accorde un crédit de 200 000 francs depuis la succursale de Shanghai, afin de faciliter le recrutement de travailleurs chinois. Les conditions de travail dans les mines de nickel de Nouvelle-Calédonie sont souvent difficiles et précaires. Les ouvriers, parmi lesquels figurent des condamnés et des engagés asiatiques, sont soumis à de longues journées de travail et à de faibles salaires, ce qui suscite des critiques sur les pratiques d’exploitation de la main-d’œuvre. La société Le Nickel obtient des contrats de main-d’œuvre pénale, notamment grâce à l’action de Denormandie, qui lui permettent d’employer des condamnés à faible coût, ce qui aggrave le chômage et contribue à la baisse des salaires parmi les travailleurs locaux. Les taxes d'export sur le nickel, le chrome et le cobalt sont limitées grâce à l’intervention de la société auprès du gouvernement de Jules Grévy et ensuite de Sadi Carnot. Avec le soutien de la banque de la famille Rotschild et ses relations avec les autorités locales, la société parvient à limiter la concurrence et à gagner le monopole de l’industrie minière en Nouvelle-Calédonie. Jusque dans les années 1930, le cœur des activités de l'entreprise est basé à Thio, sur la côte Est de la Grande Terre, village minier dont le développement est si étroitement lié à la société que le journal La France australe la surnomme « Nickeltown », et le Bulletin de Commerce pour sa part l'appelle « Thio-lès-Rothschild ». Le Nickel y exploite successivement deux fonderies produisant des mattes : une première à Ouroué de 1889 à 1891 puis celle de Thio-Mission de 1912 à 1930. Le siège social est même implanté à Thio-Village de 1921 à 1923. La crise des années 1930 touche fortement le secteur et pousse la société Le Nickel à fusionner avec son principal concurrent en 1931, la société Caledonia (ancienne société des Hauts Fourneaux de Nouméa qui avait été créée en 1909 par l'homme d'affaires bordelais André Ballande) : la fusion garde le nom de société Le Nickel, mais le principal centre de transformation est à partir de cette date l'usine fondée par Ballande en 1912 à Doniambo, à Nouméa, toujours en activité de nos jours.
Le Nickel devient dans les années soixante, société-mère de l’ensemble de ses filiales minières dans les années 1960, pendant les années dites du « boom du Nickel ». En 1970, elle s'est associée au CNEXO pour l'exploration des nodules polymétalliques dans le Pacifique Sud. L’activité Nickel est filialisée en 1974 ; sous le nom de Société Métallurgique Le Nickel-SLN : Elf Aquitaine prend une participation de 50 % dans cette nouvelle société., qui est réunie avec Peñarroya et Mokta au sein de la holding Imétal qui détient les 50 % restants de la Société Métallurgique Le Nickel-SLN..
Toujours en 1974, elle se joint au CEA, aux Chantiers France Dunkerque, pour former l'Association Française d'Étude et de Recherche des NODules océaniques (AFERNOD)..
Les actifs localisés en Nouvelle-Calédonie sont regroupés, en 1985, dans la Société Métallurgique Le Nickel-SLN, filiale à 100 % d’une nouvelle société mère, dénommée Eramet-SLN, dont l'actionnariat demeure à 70 % ERAP, 15 % Imétal, 15 % Elf Aquitaine..
En 1991, un partenariat est signé entre Eramet-SLN et le sidérurgiste japonais Nisshin Steel, qui prend une participation de 10 % dans la Société Métallurgique Le Nickel-SLN. En 1992, la Société Métallurgique Le Nickel-SLN devient la Société Le Nickel-SLN et Eramet-SLN devient en 1994 Eramet. En 2000, à la suite de négociations tant politiques que financières et industrielles, 30 % du capital de la SLN est cédé à la nouvelle Société territoriale calédonienne de participation industrielle (STCPI), une structure publique réunissant les provinces néo-calédoniennes. En 2007, les parts de cette STCPI dans la SLN montent à 34 %. À partir du , la gouvernance de la SLN est transformée à la suite d'une réforme engagée par la direction du groupe Eramet à partir de 2007 et entérinée par le conseil d'administration de la société en : si jusqu'alors le président-directeur général (P-DG) de la SLN était celui du groupe Eramet (Patrick Buffet depuis 2007), l'entreprise dispose désormais à sa tête d'un président du conseil d'administration non exécutif (Pierre Alla, jusque-là directeur général délégué de la SLN depuis 2006 ce qui en faisait déjà l'exécutif effectif depuis Nouméa) et d'un directeur général (DG, Pierre Gugliermina, qui était auparavant le directeur général adjoint de la société Le Nickel depuis 2010).. La SLN en 2013 représente directs et plus de indirects et induits sur l'ensemble du Pays, contribuant ainsi à un rééquilibrage Nord/Sud et Est/Ouest sur l'île principale de la Nouvelle-Calédonie, du fait de l'éclatement des activités minières et métallurgiques de la SLN.
Au début du , avec l’appauvrissement des gisements, l'enrichissement des minerais latéritiques devient essentiel à la rentabilité de la société. Mais .
La situation de l'usine en 2024 se détériore face aux mauvais rendements, à une énergie coûteuse et à une forte concurrence étrangère qui ont fait plonger dans le rouge les trois usines de raffinage de l’archipel dont SLN (son endettement atteint 493 millions d’euros, et son actionnaire majoritaire, Eramet, a confirmé qu’il n’injecterait pas plus d’argent dans sa filiale), où près de 25 % des emplois dépendent de la mine et de la métallurgie.
Installations
300px
Sites miniers
Le minerai extrait par la SLN se fait dans des mines à ciel ouvert, peut parfois subir certaines premières transformations simples sur site (notamment le tri mécanique et granulométrique qui permet d'augmenter la teneur en nickel) en éliminant les grains stériles et est essentiellement destiné à l'usine métallurgique de Doniambo (production de mattes et de ferronickel). Seuls des minerais non valorisables à Doniambo, d'une teneur inférieure à 1,6 % sont exportés, essentiellement vers le Japon (Nippon Steel, où se trouvent les partenaires traditionnels de la SLN. Sur ses estimés en 2013 par la SLN, (45,45 %) travaillaient sur mine, 97 % sont Calédoniens.
La SLN exploite directement en 2013 cinq sites miniers, plus ou moins anciens : thumb|right|upright 1|Minerai de garniérite extrait au Camp des sapins à Thio Thio (côte Est, Province Sud) : le centre historique des activités de la SLN, où elle fut fondée en 1880. Si cette commune n'est plus le pôle de la société depuis les années 1930 et a connu un profond ralentissement des activités minières dans les années 1970 et 1980, elle reste fortement liée à l'entreprise. Cette dernière emploie dans la commune quelque 180 salariés (7,5 % des effectifs totaux de la société et environ 15 % de la population active de Thio), à quoi s'ajoutent les 75 personnes recrutés par trois sous-traitants (la Somikat pour l'exploitation minière de Dothio, l'APST pour le gardiennage des sites et la Sudnordmines pour les travaux et l'environnement, c'est ainsi pratiquement un quart des actifs de la localité qui travaillent dans ce secteur). Deux gisements à ciel ouvert sont aujourd'hui exploités. Tout d'abord, la mine du Plateau, proche de la mer et du village, est le berceau de la SLN, sur la rive gauche de la Thio à environ d’altitude. Elle produit encore grâce à des innovations techniques permettant de valoriser des gisements de plus en plus difficiles (le transport se fait jusqu'au port par roulage sur une route de ). Ensuite, la mine du Camp des sapins, ouverte en 1972, se trouve à d’altitude, sur la rive droite de la Thio, à près de de la mer et du village (le transport se fait jusqu'au port de Thio-Mission par un téléphérique long de , le Tamon, puis par roulage sur jusqu'à la mer). La SLN estime en 2010 que 40 millions de tonnes de minerais ont été extraites des mines de Thio depuis le début de leurs exploitations, soit environ tonnes de nickel. La production annuelle est d’environ tonnes de minerais brut (environ 10 % du total extrait en Nouvelle-Calédonie). L'importance de la SLN se retrouve dans l'aménagement de la commune, une grande partie des infrastructures ayant été financées par la compagnie. Par exemple, en 2007, elle a cédé à la municipalité les réseaux de voirie et d'alimentation en eau potable (AEP) du lotissement des Pétroglyphes (à environ au sud-ouest de Thio-Mission et au sud de Thio-Village, sur la rive droite de la Thio) en incluant une compensation financière de 100 millions de Francs CFP destinée à leur remise en état . De plus, la commune a profité de cette histoire pour développer des activités culturelles et touristiques autour de la thématique minière et des infrastructures de la SLN. Le musée de la mine a été installé à Thio-Village dans les locaux de l'ancienne direction du centre minier dans les années 1890, repérable par la petite locomotive à vapeur qui se trouve à l’entrée et les pylônes de l’ancien téléphérique qui, de 1951 à 1974, transportait le minerai sur près de , de la mine du Plateau au port minéralier. Il bénéficie d'importantes collections, notamment photographiques et de minéraux mais également d'outils plus ou moins anciens et de la vaisselle de l'ancienne marine de la SLN.. De plus, l'office de tourisme organise chaque mois, ainsi que lors de la foire municipale tenue annuellement en juillet depuis le début des années 1990, des visites de la mine du Plateau, commentées par un historien local, suivies d'un repas traditionnel en tribu.. thumb|right|Minerai de népouite, muséum de Toulouse