vignette|350px|Indice de perception de la corruption, 2010.

La république populaire de Chine souffre d'une très large corruption. En 2008, la Chine était classée . sur 176 pays selon l'indice de perception de la corruption 2012 de Transparency International. Sont désignés comme actes de corruption le trafic d'influence, le détournement de fonds, le népotisme ou encore la falsification statistiqueLü 2000, .

La corruption des cadres dans la Chine d'après 1949 résulte des « évolutions organisationnelles » du parti unique qui touchent les politiques publiques, les normes et institutions, et de l'incapacité du régime à s'adapter à un environnement changeant après la mort de Mao ZedongLü 2000, . Comme les autres économies socialistes, la Chine a vécu une transition profonde vers l'économie de marché entachée par des niveaux de corruption sans précédentYan 2004, , faisant du Parti communiste chinois au pouvoir « l'une des organisations les plus corrompues que le monde ait jamais connue » selon Will Hutton Will Hutton, "Pouvoir, corruption et mensonges", The Guardian, ..

Les enquêtes d'opinions réalisées sur le continent depuis la fin des années 1980 ont montré que la corruption est l'une des premières préoccupations de la population. Selon Yan Sun, professeur agrégé en science politique à l'université de New York, c'est la corruption, plus que le manque de démocratie, qui fut la source du ras-le-bol général qui mena aux manifestations de la place Tian'anmen en 1989. La corruption sape la légitimité du PCC, accroit les inégalités économiques, porte atteinte à l'environnement et provoque des troubles sociaux.

Depuis lors, la corruption n'a non seulement pas ralenti du fait de la libéralisation de l'économie, mais elle s'est même amplifiée et répandue dans tout le pays. Selon la vision qu'en a la population, il y a aujourd'hui plus de cadres malhonnêtes au sein du parti au pouvoir qu'il n'y en a d'honnêtes, alors que les enquêtes menées au cours des années 1980 quand commencèrent les réformes montrent le contraire. Le spécialiste de la Chine Minxin Pei affirme que l'échec dans la lutte contre la généralisation de la corruption est sûrement la menace la plus sérieuse qui pèse sur l'avenir de l'économie et de la stabilité politique du pays Minxin Pei, La corruption menace le futur de la Chine, Carnegie Endowment for International Peace, Policy Brief No. 55, octobre 2007.. La corruption, les pots-de-vin, le vol et le gaspillage des fonds publics coûtent chaque année au minimum l'équivalent de 3 % du PIB.

Contexte historique

Chine impériale

La propagation de la corruption dans la Chine traditionnelle est liée au concept de « renzhi », le « gouvernement du peuple », par opposition au légisme, le « gouvernement de la loi ». Le profit (li en mandarin) est une préoccupation populaire qui a été très tôt méprisée, le vrai confucéen étant censé être guidé dans ses actions par le principe moral de justice (le yi). De ce fait, toutes les relations étaient uniquement basées sur la confiance mutuelle et la bienséance. À l'évidence, ce principe n'est pourtant applicable qu'à une minorité de personnes. La célèbre tentative de Wang Anshi d'institutionnaliser les relations monétaires au sein du pays, donc de réduire la corruption, fut considérablement critiquée par l'élite confucéenne. Il en résulta une intensification de la corruption, aussi bien dans les tribunaux avec des personnalités telles que Wei Zhongxian ou Heshen qu'au sein des élites locales, fait très critiqué dans le roman Jin Ping Mei. À l'origine, la corruption serait née sous la dynastie Tang, à la suite de la mise en place des examens impériaux.

Période républicaine

La large corruption du Kuomintang, le parti nationaliste chinois, est souvent considérée comme la cause de la défaite du KMT face à l'Armée populaire de libération communiste. Alors que l'armée nationaliste était initialement mieux équipée et supérieure en nombre, la corruption qui la rongeait a terni sa popularité, limitant sa base de soutiens et aidant les communistes dans leur propagande de guerre.

République populaire de Chine

Obtenir des résultats d'enquête de qualité, fiables et standardisés sur la sévérité de la corruption dans la RPC est extrêmement difficile. Cependant, il existe une petite quantité de sources qui peuvent être exploitées, dressant « un portrait qui donne à réfléchir » selon Minxin Pei Minxin Pei, Daniel Kaufmann, Corruption in China: How Bad is It?, ..

La déviance des cadres et la corruption ont pris de l'importance tant au niveau individuel que de l'appareil de la RPC. Au départ ces pratiques ont beaucoup à voir avec le système danwei une excroissance d'organes de décisions communistes issus de la période de guerreLü 2000, . Les réformes économiques de Deng Xiaoping ont également été critiquées pour avoir fait de la corruption le prix du développement économique. La corruption existait pourtant déjà du temps de Mao ZedongLü 2000, : "It is true that corruption by cadres existed in the Maoist era.".

L'émergence du secteur privé dans la Chine post-maoïste a poussé les membres du PCC, notamment au sein du gouvernement, à abuser de leurs prérogatives. Les puissants leviers économiques dont dispose l'élite ont propulsé les fils de certains membres du parti à des positions extrêmement profitables. Pour cela, le PCC est surnommé le « parti des petits princes » (taizidang), en référence au caractère familial et népotique de la corruption à certaines périodes de la Chine impériale. S'attaquer à la corruption du Parti communiste était l'un des motifs qui ont mené aux manifestations de la place Tian'anmen Anderlini, Jamil "Chinese officials’ children in corruption claim", Financial Times, ..

En 2010, dans un rare élan dû à sa perception de l'impact de la corruption sur la stabilité sociale, Li Jinhua, vice-président de la Conférence consultative politique du peuple chinois et ancien auditeur général de l', tira la sonnette d'alarme dans le Quotidien du Peuple, appelant à de meilleures structures législatives et une plus grande supervision des transactions financières des officiels du parti et leurs enfants. Il affirma également que l'enrichissement rapide des membres des familles d'officiels était « ce pour quoi le public est le plus mécontent ».

Le caractère incontestable du régime politique chinois crée des opportunités pour les cadres qui peuvent ainsi exploiter et contrôler les éléments les plus prometteurs de la croissance économique, d'autant plus que les contre-pouvoirs effectifs diminuent à mesure que la corruption augmente. La corruption structurelle comme non structurelle ont toujours été très fréquentes en Chine. La corruption non structurelle existe dans le monde entier, et désigne toute activité qui peut clairement être définie comme illégale ou criminelle : détournement de fonds, extorsion ou intimidation par exemple. La corruption structurelle, elle, est le fait de systèmes économique et politiques particuliers, auxquels elle est inhérente. Par exemple l'absence (volontaire) de mention de certains délits et crimes dans la Constitution ou le code civil d'un État est une forme de corruption structurelle. La lutte contre celle-ci devient alors impossible sans modification de la loi.

La faiblesse des institutions d'État a été accusée d'avoir approfondi la corruption durant la période de réformes de la Chine contemporaine. Les intellectuels chinois de la Nouvelle gauche critiquent le gouvernement pour sa « confiance aveugle » dans le marché, ainsi pour l'érosion de son autorité et sa perte de contrôle sur les agences et agents locaux depuis 1992. D'autres voient également des liens étroits entre le déclin institutionnel et la montée de la corruptionYan 2004, . La corruption en Chine résulte de l'incapacité du Parti-État à maintenir un corps administratif discipliné et efficace seon Lü Xiaobo, professeur adjoint en science politique au Barnard College. L'État chinois durant la période de réformes a également joué un rôle permissif, notamment depuis que les agences d'État ont régulièrement vu augmenter leur pouvoir sans subir aucune contrainte institutionnelle, leur permettant d'exploiter à leur tour les nouvelles opportunités de la croissance rapide de l'économie et du milieu des affaires afin de faire du profit. Ces faits se produisent autant au niveau départemental et régional qu'au niveau individuelLü 2000, . La corruption est ici partie intégrante du dilemme auquel font face tous les pays socialistes réformés, où l'État est censé jouer un rôle actif dans la création et la régulation des marchés, alors même que sa trop grande présence nuit au bon déroulement de ceux-ci et pèse sur le budget des administrations. Plutôt que de réduire la taille de son énorme complexe administratif, et par là même les opportunités de corruption, la Chine a été tentée de l'étendre au maximum. Les officiels ont alors pu s'appuyer de nouveau sur leur pouvoir réglementaire pour « rechercher des rentes »Lü 2000, .

En 2014, Transparency International une ONGI ayant pour principale vocation la lutte contre la corruption des gouvernements et institutions gouvernementales mondiales, considère que les modalités dont les . Toujours selon cette ONGI, la Chine doit protéger les dénonciateurs des faits de corruption. En réaction, les autorités chinoises critiquent cette analyse de Transparency International La corruption s’aggrave en Chine et en Turquie Libération, 3 décembre 2014.

Perceptions du public

Les enquêtes d'opinion auprès des officiels du parti et des citoyens chinois ces dernières années placent la corruption au sommet des préoccupations du public. Chaque année des chercheurs de l'École centrale du Parti communiste chinois, qui forme les hauts dirigeants et cadres moyens du régime, questionnent plus de cent officiels à l'école. Entre 1999 et 2004 les sondés ont toujours placé la corruption comme le plus sérieux ou le deuxième plus sérieux des problèmes sociaux. De même, fin 2006 le Centre de Recherche pour le Développement du Conseil d'État a demandé à entrepreneurs et managers, dont 87 % travaillaient dans des entreprises du secteur privé, de commenter l'intégrité des officiels locaux. Plus d'un quart l'a qualifiée de « faible », et 12 % de « très faible ».

Dans le secteur commercial, la corruption est courante du fait que de nombreux employés ne sont pas loyaux envers leurs employeurs, se voyant d'abord eux-mêmes comme des « travailleurs indépendants ». Ils se servent uniquement de leur emploi pour avoir de l'argent, autant pour eux-mêmes que pour leur guanxi. L’impératif de maintien de ce cercle social et pécuniaire est vu comme un objectif de premier ordre par de nombreuses personnes impliquées dans la corruption.

Selon Shaun Rein, analyste du marché chinois, alors que les Américains font confiance aux autres jusqu'à ce que ceux-ci prouvent qu'ils ont tort, en Chine c'est l'inverse qui se produit : les Chinois ne se font mutuellement confiance qu'après s'être assurés de la bonne foi de leur partenaire Shaun Rein, "How to Deal with Corruption in China", Forbes.com, ..