vignette|La façade Est du château de Königsberg en 1900.

Koenigsberg ou Königsberg in Preussen (en bas prussien : Twangste, Kunnegsgarbs, Knigsberg ; en ; en ; en tchèque Královec) est le nom de l'ancienne ville disparue qui se trouvait avant 1945 au bord de la mer Baltique à l'emplacement de l'actuelle ville russe de Kaliningrad (en ), qui en conserve quelques vestiges.

Capitale de la Prusse-Orientale, elle fut d'abord la capitale du duché de Prusse, avant de devenir l'une des principales villes du royaume de Prusse puis de l'Empire allemand. Presque totalement détruite durant la Seconde Guerre mondiale, elle subit un nettoyage ethnique de ses habitants allemands (ayant fui ou été expulsés vers l'Allemagne) et est ensuite repeuplée de Russes. Elle devient Kaliningrad après son annexion par les Soviétiques immédiatement après la guerre.

Géographie

Haut Moyen Âge On a retrouvé sur le site de la ville des vestiges d'habitats des , à l'époque où les Goths occupaient la Prusse Baltique, initialement peuplée de Baltes dont deux tribus, les Yotvingiens et les Prussiens (en allemand Pruzzen) demeurèrent sur les rives de la Baltique lorsque les Goths migrèrent vers la mer Noire. Ces derniers à leur tour seront plus tard remplacés par des Slaves puis des Varègues qui fondèrent au la ville de Truso sur la lagune de la Vistule (en allemand Frisches Haff, aujourd'hui golfe de Kaliningrad). À l'emplacement actuel de la vieille ville se trouvait alors le village prusse de Tvankste. Au des Baltes, les Coures, s'installèrent aussi dans la région, laissant leur nom à la Baie de Courlande (en allemand Kurisches Haff).

Bas Moyen Âge Contexte de la fondation En 1226 le duc polonais Konrad de Mazovie appela à l'aide les chevaliers Teutoniques pour l'aider à reprendre la Coujavie (en allemand Kulmerland) aux païens prusses. Les chevaliers commencèrent donc par s'emparer en 1231 des terres occupées par ces tribus. Afin de tenir les territoires conquis, ils firent venir de toutes les régions du Saint Empire des colons de langue allemande, afin de former l'État teutonique.

Fondation de la ville En 1255, les chevaliers teutoniques, avec l'autorisation du roi Ottokar II de Bohême, rasent le village prussien de Twangste et édifient un château en bois pour pérenniser leur présence dans la région, point de rassemblement préalable à l'érection d'une petite ville du nom de Königsberg (Mont-royal), dont les premiers édifices maçonnés datent de 1257.

Édifiée non loin des rives du Pregel, au nord du fleuve, cette construction teutonique attire rapidement des habitants, ces derniers s'installant entre le château et la rive.

Les quartiers de la future Königsberg apparaissent alors comme des villages épars : Juditten (en vieux-prussien : noir), Kosse (arbres morts), Tragheim (foyer), Sackheim (pinède), Laak (coudrier), Ponarth (estrans).

Puis, en 1283, une première ville est fondée, désignée ultérieurement sous le nom de Altstadt, la vieille ville ; cette ville reçoit droit de cité en 1286, selon le droit de Kulm.

En 1300, une seconde cité est fondée, à l'Est de la première implantation, à Löbenicht, sur les mêmes rives, puis en 1327, la ville de Kneiphof sur une île du Pregel. Les trois cités ainsi fondées constituent longtemps autant de communes avec leurs institutions propres.

Un rapide essor La ville devint la tête de pont de ce territoire teutonique, appelé Prusse (en allemand Preussen) et plus tardivement (après la réunion au duché de Prusse du Brandebourg et d'autres territoires occidentaux) : Prusse-Orientale (en allemand OstPreussen). Depuis cette extension, le nom de Prussiens désigne aussi les habitants de tout le royaume de Prusse constitué au fil des siècles en Allemagne du Nord. Aujourd'hui, cette terminologie est devenue désuète et on emploie plutôt les termes d'Oblast de Kaliningrad ou encore de Russie baltique (Baltiyskaja Rossia dans les médias russes).

Un dialecte particulier Les premières populations locales parlaient un dialecte balte particulier, le Borussien ou Vieux-Prussien (en allemand Alt-Preussisch) dont les locuteurs étaient dénommés Borussiens ou Prussiens (en allemand : Preussen).

Les mémoires du général Chlapowski évoquent la présence, en 1806, d'un corps d'armée prussien composé de Lituaniens et Samogitiens liés à la Pologne.

Capitale prussienne Siège de l'ordre teutonique Autour de la citadelle, trois châteaux furent édifiés : l'Altstadt, le Löbenicht et l'île de Kneiphof, qui avaient chacun leurs remparts, leur garnison, un marché et une église. L'Altstadt, qui s'élevait en 1256 à l'emplacement de la chaussée pavée ultérieure, succomba aux assauts des Borussiens en 1263 et dut être reconstruit plus près du Löbenicht. Königsberg obtint une charte en 1286 et rejoignit la Ligue hanséatique en 1340. L'île du Kneiphof constitue depuis 1322 un sanctuaire religieux, et l'on y édifie la cathédrale entre 1327 et 1380. Après la chute de la forteresse teutonique de Marienbourg en 1457, Königsberg est choisie par le Grand maître pour être la capitale de l'Ordre Teutonique, le château de la ville devenant le lieu de résidence du Grand maître et de ses prochesLa sécularisation opérée à partir de 1525 ne modifie pas cette destination..

Capitale du duché de Prusse En 1525, le margrave Albert de Brandebourg-Ansbach, Grand maître de l'Ordre, annexa la capitale de son Ordre au duché de Prusse et y propagea la Réforme. Albert n'était toutefois pas véritablement duc de toute la Prusse, car la Pomerellie et la Warmie restèrent sous dépendance héréditaire (jusqu'en 1569 : Union de Lublin) puis militaire du royaume de Pologne.

À l'instigation du duc Albert, la première université de Königsberg (lAlbertina) ouvrit ses portes en 1544 pour propager le nouvel Évangile luthérien. Le recteur du lycée d'Elbing, Willem van de Voldersgraft, fut appelé à l'Albertina comme doyen et reçut la charge de conseiller ducalOn doit à l'historien prussien Christoph Hartknoch une biographie (en latin) de ce conseiller Vita Guilielmi Gnaphei (Acta Borussica III).. Il recrute alors l'érudit Andreas Osiander comme professeur.

Comme ses prédécesseurs, Albert avait dû toutefois se reconnaître comme le vassal du roi de Pologne. Placée dans la dépendance du duc de Prusse, vassal du roi de Pologne, la cité se trouve engagée dans les conflits menés par le roi de Pologne contre la Suède. Dans le même temps, les ducs qui se succèdent sur le trône prussien réduisent l'autonomie dont dispose la ville, en contrôlant l'ensemble des troupes présentes dans la cité puis en matérialisant ce contrôle par la construction d'une citadelle sur la rive gauche du fleuve, puis, à partir du règne de Frédéric-Guillaume , en renforçant systématiquement la présence militaire dans la ville, en modifiant de manière significative la physionomie de la ville pour en faire une ville de garnison, ou encore en tentant de réduire l'autonomie municipale.

Par la suite, par une série de manœuvres diplomatiques auprès des autres cours d'Europe, l'électeur Frédéric Guillaume de Brandebourg fit reconnaître sa souveraineté pleine et entière sur le duché de Prusse, avec les forteresses d'Altstadt, Kneiphof et du Löbenicht (traités de Labiau en 1656, de Wehlau en 1657, et paix d'Oliva en 1660). Il eut cependant à combattre le soulèvement de Königsberg contre la pression fiscale du duché.

Ville royale de Prusse En récompense de son ralliement à la cause autrichienne au début de la guerre de Succession d'Espagne, l'électeur Frédéric III de Brandebourg obtint l'élévation de la Prusse au rang de royaume, et c'est naturellement à Königsberg qu'il se fit couronner en tant que Frédéric , roi en Prusse. Avec la requalification de l'électorat de Brandebourg en tant que fief du roi de Prusse, l'ensemble des territoires de la couronne Hohenzollern reçut le nom de royaume de Prusse.

Le nouveau roi en Prusse Frédéric Frédéric III ne pouvait être sacré roi de Prusse, puisque la Prusse occidentale ne relevait alors pas de sa suzeraineté., sacré roi au cours d'une cérémonie dans sa capitale le , embellit sa capitale, dote sa nouvelle royauté d'un château royal, mais sa mort en 1713 interrompt les travaux, sur l'ordre de son fils et successeur Frédéric-Guillaume , le Roi-Sergent.

La Prusse-Orientale fut décimée par une épidémie de peste de 1708 à 1710. Pour repeupler la région, le « Roi-Sergent » Frédéric-Guillaume combina colonisation forcée et octroi d'avantages fiscaux : ainsi, en 1732, les protestants, chassés de Salzbourg, y furent accueillis à bras ouverts.

Königsberg fut plusieurs fois assiégée au cours des guerres de Frédéric II Le Grand entre 1741 et 1762. Menacée par les troupes russes dès , la ville se rend aux généraux russes le . Occupée par les Russes, la ville voit ses privilèges conservés par un décret de l'impératrice Elisabeth, tandis que la physionomie de la ville et de sa population évolue et qu'il est question d'annexer la ville à l'empire russe.

Disparition de la ville allemande (1945) Contexte politique et stratégique La ville et plus généralement la Prusse orientale constituent des buts de guerre soviétique dès 1941 : au mois de septembre, Staline confie au Bulgare Dimitrov son souhait de . Cet objectif est révélé aux Alliés occidentaux lors de la conférence de Téhéran.

À la conférence de Téhéran fin 1943, Staline avance des arguments ethniques, souhaitant rendre la région aux Slaves, tandis que les amiraux soviétiques, repris en par Litvinov, commissaire adjoint aux affaires étrangères, souhaitent disposer d'un port libre de glace sur la Baltique. Selon Staline, la région de Königsberg constitue la seule région que l'URSS souhaite annexer directement.

Certains argumentaires soviétiques souhaitent une annexion de la région à l'URSS, plus simplement afin de donner à l'Union soviétique un surcroît de sécurité, selon les propres mots de Staline, dans le cadre du dessin de , incluant la ville à l'intérieur des territoires annexés à l'Union soviétique. En effet, la ville a été utilisée comme base logistique arrière pour les opérations allemandes contre la Russie en 1914, puis contre l'Union soviétique en 1941.

Cependant, ces ambitions soviétiques se heurtent aux aspirations du gouvernement polonais en exil ; en effet, lors des négociations entre Polonais et Soviétiques, le sort de la ville est clairement laissé en suspens par les Polonais, au grand déplaisir de Staline.

Premières attaques À l'été 1944, l'armée rouge lance l'opération Bagration qui est un formidable succès, et l'amène aux portes de la Prusse au terme de l'opération le 19 août. Si l'opération Bagration est terminée, les offensives se poursuivent et Königsberg (entre autres) est maintenant directement menacée. Cette menace s'accroit pendant l'offensive de la Baltique.

La ville, défendue par un réseau de forts de médiocre valeur, et sa population subissent alors des bombardements anglo-américains sévères, dans les nuits du 26 au 27 puis du 29 au , ruinant la ville, tout en lui donnant de solides moyens de défense. A posteriori, il apparut que le centre historique fut presque détruit alors que des endroits stratégiques comme les gares ou les forts sont, dans la majorité, encore intacts de nos jours. Du vieux Königsberg subsistent aujourd'hui quelques quartiers, notamment le quartier « Central », dont le nom vient du fait qu'après la guerre ce fut le seul encore habitable.

Durant la même période, ces mêmes habitants sont enrôlés de force par le Gauleiter de Prusse Orientale, Erich Koch, afin de participer à l'érection de lignes de fortifications dans la région, en application des dispositions du décret qu'il a pris le .

La première offensive soviétique contre la Prusse orientale s'arrête en novembre 1944, mais Königsberg reste un des objectifs militaires soviétiques à court terme à partir de la fin de l'automne 1944 et l'attaque reprendra dès janvier 1945.

Conquête soviétique