Paris sous l'Occupation ou Paris sous l'occupation allemande est la période de l'histoire de Paris entre le (arrivée des troupes allemandes) et le (entrée de la ). Cette occupation se caractérise par la pénurie, la dictature de l'occupant et les rafles de Juifs, comme celle du .

Contexte en 1939-1940

Le , la France déclare la guerre à l'Allemagne. Pendant ce conflit, la ville est déclarée ville ouverte lors de la débâcle militaire de 1940. Ainsi épargnée dans l'immédiatParis souffrit malgré tout de bombardements, qui se multiplient à partir de 1942., Paris est dès lors occupée par les troupes de la Wehrmacht jusqu'à la Libération de 1944.

Paris cesse d'être la capitale du pays et devient le siège du commandement militaire allemand en France (Militärbefehlshaber in Frankreich), impliquant une forte présence de troupes et de services des ennemis.

L'occupation de Paris Les troupes allemandes entrent dans Paris le . Le drapeau à croix gammée flotte sur la tour Eiffel. Von Bock descend les Champs Élysées avec ses troupes. vignette|gauche|Défilé de Panzers à Paris sur les Champs-Élysées en 1941. Les chars sont des Somua S-35 et Hotchkiss H-35/39 () français capturés, que l’armée allemande a réutilisés en les réimmatriculant.

Installation des troupes allemandes Dès leur arrivée, les Allemands marquent leur empreinte dans une ville déclarée ville ouverte et qui n’est dès lors plus défendue, et amputée des deux tiers de sa population (il ne reste qu’un million de personnes) et de son gouvernement (installé en Touraine puis à Bordeaux). L’historienne Christine Levisse-Touzé dit, à propos des nouveaux occupants : , bien qu’un des soucis de l’occupant allemand soit de maintenir la paix civile. Les habitants sont interdits de sortir. Les soldats allemands ont de leur côté ordre de bien se comporter sous peine de sanctions ; des affiches vantent, pour la population, les mérites de ces derniers (« Faites confiance au soldat allemand »).

vignette|Panneau en allemand. Peu à peu, de nouveaux panneaux voient le jour, écrits en allemand pour aider l'occupant à se diriger, les horloges principales sont réglées à l'heure de l'Allemagne, un nouveau cours monétaire entre le franc et le mark est imposé. Quatre cents millions de francs sont demandés quotidiennement à titre de frais d'occupation. L'écrivaine Cécile Desprairies note que l'occupation de Paris par les Allemands, si elle est plus rapide que prévu, ne montre .

Immeubles réquisitionnés vignette|Propagande allemande sur la façade du Palais Bourbon : (« L’Allemagne vainc sur tous les fronts »).

Ces immeubles étaient. :

hôtel Majestic, avenue Kléber : siège du « haut commandement militaire allemand en France » (MBF, Militärbefehlshaber in Frankreich). hôtel Lutetia, 43 boulevard Raspail : siège de l'AbwehrAntoine Lefébure, « Quand Vichy s'appuyait sur les PTT pour surveiller les Français », slate.fr, 6 mai 2018.. hôtel Ritz : siège de la Luftwaffe. hôtel Meurice : commandement du Gross Paris (où siègent les différents gouverneurs militaires de Paris). angle de la rue du 4-Septembre et de l'avenue de l'Opéra : siège de la Kommandantur. 52 avenue des Champs-Élysées : Propagandastaffel. hôtel de Beauharnais, 78 rue de Lille : ambassade d'Allemagne (Otto Abetz est l’ambassadeur). hôtel Continental, 3 rue de Castiglione et rue de Rivoli : tribunal d'exception. 31 bis avenue Foch (surnommée « avenue boche ») : Affaires juivesVanina Prélat L'Hermitier et Jean-Baptiste Roques, « Splendeurs et misères de l'avenue Foch », Vanity Fair , août 2016, .. 72 avenue Foch : Sipo-SD (Police de sûreté allemande, intégrant Gestapo et police criminelle allemande) pour la France. hôtel Crillon (place de la Concorde) : siège du gouverneur militaire de Paris, de la Feldgendarmerie et logement d'officiers du tribunal militaire de la Kommandantur« La 5ème colonne », liberation-de-paris.gilles-primout.fr, consulté le 23 février 2018.. 180 rue de la Pompe : bureaux de la Gestapo de la rue de la Pompe (dirigée par Friedrich Berger). Travaillait en lien avec la Gestapo de l'avenue Foch. 93 rue Lauriston : bureaux de la Gestapo française ou La Carlingue (dirigée par Henri Chamberlain dit Lafont et Pierre Bonny. Aussi appelée la bande Bonny et Lafont).. Il y a une annexe au 3 bis place des États-Unis. 11 rue des Saussaies : autre siège de la Sipo-SD (Police de sûreté allemande) à Paris. Appelé KDS Paris (Kommando des Sipo-SD). Il s'agit aujourd'hui du ministère de l'Intérieur. rue d’Anjou : Un des bureaux de la Feldgendarmerie (Police aux armées de la Wehrmacht) et au n°51 l’Armeefeldpostmeister. hôtel Ambassador, 16 boulevard Haussmann : siège du commandement du secteur est du Gross Paris hôtel d'Orsay, 93 rue de Lille : siège du commandement du secteur sud du Gross Paris hôtel Vernet, 23-25 rue Vernet : siège du commandement du secteur nord-ouest du Gross Paris palais Bourbon, quai d’Orsay : administration du Gross Paris palais du Luxembourg : État-Major de la Luftwaffe-ouest.. hôtel des Invalides : service de l’État major 12 rue de Varenne : tribunal militaire allemand de la Wehrmacht rond-point des Champs-Élysées : siège de l’Oberkommando der Wehrmacht (OKW) École militaire, caserne du Château-d'Eau (actuelle caserne Vérines, 17 place de la République), caserne de Clignancourt : casernes hôpital de la Salpêtrière et hôpital Lariboisière : hôpitaux allemands 27 et 57, boulevard Lannes : domicile de Carl Oberg (pour le 57) et bureaux du Sicherheitsdienst (Service de sécurité, SD) et de (Sicherheitspolizei) (SIPO, Police de Sûreté) 41-49 rue de la Faisanderie : une partie de l'état-major du Befehlshaber der Ordnungspolizei (BdO) y est logée. palais Rose (avenue Foch), villa Coty (avenue Raphaël), hôtel Ritz (place Vendôme) : domiciles des hautes personnalités allemandes (palais Rose : le commandant en chef des troupes d’occupation allemandes en France, d’abord le général Otto von Stülpnagel, puis à partir de 1942, son cousin, le général Carl-Heinrich von Stülpnagel, et enfin pendant un mois, à partir de fin , le général ). hôtel de la Marine (place de la Concorde) : lieux occupés par la Kriegsmarine.. institut dentaire George-Eastman : hôpital militaire pour les soldats allemands lycée Claude-Bernard : caserne SS (un bunker est construit dans ses sous-sols). lycée Jean-de-La-Fontaine : services administratifs de la Kriegsmarine. Grand Palais : des véhicules militaires allemands y sont stationnés. En août 1944, la nef est bombardée et un incendie se déclare, sans grandes conséquences, dans une partie de l'édifice ; les pompiers sont toutefois gênés dans leur travail par le sauvetage des animaux d'un cirque qui a élu domicile sous la grande verrière. Ils doivent aussi protéger les œuvres envoyées pour une exposition par des artistes mobilisés ou prisonniers. hôtel Commodore (12 boulevard Haussmann) puis 54 avenue d'Iéna : Einsatzstab Reichsleiter RosenbergBernard Génies et Jean-Gabriel Fredet, « Le casse de Hitler - À la recherche des chefs-d'œuvre volés aux Juifs », Le Nouvel Observateur n°2575, semaine du 13 mars 2014, pages 64-77.. Grands Magasins Dufayel : lieu de stockage.

Des bunkers sont également construits dans la capitale, notamment dans la gare Saint-Lazare, au premier sous-sol face aux voies 4 et 5 à l'arrière de l'ancienne galerie marchande ; il est détruit en 2009 lors du réaménagement de la gare.

Le siège de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF) se trouve 19 rue Saint-Georges (9 arrondissement de Paris). et le ministère de l'Information du régime de Vichy 10 rue de Solférino (7 arrondissement).

Métro parisien Les autorités d'occupation imposent leurs conseillers à la direction du métropolitain et les agents sont mobilisés pour y assurer le maintien de l’ordre ; certains, au contraire, rejoignent la Résistance. Les militaires allemands ont accès gratuitement au réseau et les civils de même nationalité de certains avantages, comme la première classe. Le métro devient ainsi l'un des lieux de cohabitation les plus marqués entre Français et Allemands, ce qui peut occasionner des conflits. Entre 1941 et 1944, 325 incidents sont recensés dans le métro (rixes, coups de feu, rafles, resquilles, etc.), souvent près des lieux où l'Occupant est installé. Les longs couloirs et les quais sont des endroits privilégiés pour des actes de résistance individuels (lacérer des affiches de Vichy, découper des V de la victoire dans des tickets de métro et les jeter sur les quais, déposer des journaux clandestins, etc.). Des actions plus violentes ont aussi lieu (bombes, pannes) ; le , le colonel Fabien assassine un militaire allemand à la station Barbès - RochechouartValérie Antelmi, « Les incidents dans le métro parisien sous l’Occupation », in Noëlle Gérôme et Michel Margairaz (dir.), Métro, dépôt, réseaux, Éditions de la Sorbonne, 2016, p. 83-91..

Visite d'Adolf Hitler à Paris

Le 23 ou (la date reste aujourd'hui discutéeCédric Gruat, interviewé par Jérôme Gautheret et Thomas Wieder, « Une journée très particulière », Le Mensuel. Les meilleurs articles du Monde n°7, août 2010, p. 96-97.Dans leurs mémoires, Arno Breker indique le , Albert Speer le .), Adolf Hitler visite la capitale française, de façon brève et discrète (trois véhicules) en compagnie du sculpteur Arno Breker et des architectes Albert Speer et Giesler, essentiellement pour s'inspirer de son urbanisme (il avait donné l'ordre d'épargner la ville lors des opérations militaires).. Dès six heures du matin, en provenance de l'aérodrome du Bourget, il descend la rue La Fayette, entre à l'Opéra, qu'il visite minutieusement. Il prend le boulevard de la Madeleine et la rue Royale, arrive à la Concorde, puis à l'Arc de Triomphe. Le cortège descend l'avenue Foch, puis rejoint le Trocadéro. Hitler pose pour les photographes sur l’esplanade du Trocadéro, dos tourné à la tour Eiffel. Ils se dirigent ensuite vers l'École militaire, puis vers les Invalides et il médite longuement devant le tombeau de Napoléon (c'est également aux Invalides qu'il fera transférer les cendres du fils de Napoléon , l'Aiglon). Ensuite, il remonte vers le jardin du Luxembourg qu'il parcourt, mais ne souhaite pas visiter le Panthéon. Pour finir, il descend le boulevard Saint-Michel à pied, ses deux gardes du corps à distance. Place Saint-Michel, il remonte en voiture. Ils arrivent alors sur l'île de la Cité, où il admire la Sainte-Chapelle et Notre-Dame, puis la rive droite (le Châtelet, l’Hôtel-de-Ville, la place des Vosges, les Halles, le Louvre, la place Vendôme). Ils remontent ensuite vers l'Opéra, Pigalle, le Sacré-Cœur (qu'il aurait jugé ), avant de repartir. Un survol de la ville complète sa visite. Il ne reviendra plus jamais à ParisHistoria hors série , juin 1969 ; Paris ville ouverte par Pierre Bourget / Charles Lacretelle.Le choc de 1940 / Jean Cau..

Cette visite d'Hitler à Paris et surtout la diffusion de son reportage photographique permettent aux Allemands d'immortaliser leur victoire aux yeux du monde. L'historien Cédric Gruat, auteur d'un livre sur le sujet (Hitler à Paris, ) insiste sur la posture rapide et conquérante de cette visite, qui par ailleurs s'orchestre autour de lieux culturels, le Führer étant accompagné de ses deux amis artistes, . Enfin, la mise en scène photographique se révèle sophistiquée, l'image d'Hitler devant le tombeau de Napoléon évoquant le tableau de Ponce-Camus de 1808 montrant l'Empereur devant la sépulture de Frédéric II de Prusse à Potsdam. Ainsi, conclut Cédric Gruat, .

Vie des Parisiens sous l'Occupation « La loi et l'ordre »