, connu comme Henri de Windsor, né le au château de Windsor et mort le prisonnier à la tour de Londres, fils du roi d'Angleterre (1386-) et petit-fils du roi de France (1368-), titré duc de Cornouailles jusqu'à la mort de son père, est roi d'Angleterre de 1422 à 1461, puis de 1470 à 1471, duc d'Aquitaine de 1422 à 1453 et roi de France à partir de 1422 sous le nom d’ (non reconnu par la postérité). Devenu roi à l'âge d'un an, Henri VI règne jusqu'en 1437 sous la régence de ses oncles Jean et Humphrey de Lancastre. Son règne personnel est marqué par la fin de la guerre de Cent Ans (1337-1453) et par le début de la guerre des Deux-Roses entre la maison de Lancastre et la maison d'York (1455-1485), deux branches de la maison Plantagenêt.

C'est en vertu du traité de Troyes (1420) qu'Henri est proclamé roi de France en 1422. Ce traité, conclu entre et , fait d' le gendre et le successeur de . Le roi d'Angleterre, vainqueur à Azincourt en 1415, bénéficie depuis 1419 au duc de Bourgogne Philippe le Bon, à la tête du puissant parti des Bourguignons. étant mort avant , la couronne de France échoit à .

Cette royauté, qui résulte des vicissitudes de la guerre de Cent Ans, est contestée par le dernier fils survivant de , le dauphin Charles (1403-1461), qui se proclame aussi roi de France () en 1422. Après une période de repli au sud de la Loire (il est alors dit « roi de Bourges »), , soutenu par le parti des Armagnacs mené par le duc d'Orléans, reprend l'offensive en 1429 grâce à Jeanne d'Arc qui oblige les Anglais à lever le siège d'Orléans (). Sacré peu après à Reims, selon une longue tradition (), reprend l'ascendant, malgré la condamnation à mort de Jeanne (brûlée vive le ) et le couronnement d'Henri comme roi de France à Paris (). Le duc de Bourgogne fait la paix avec en 1435 (traité d'Arras).

Lorsqu'il prend personnellement le contrôle du gouvernement en 1437, Henri se trouve dans une situation difficile, non seulement en France, mais en Angleterre, en raison des divisions parmi la noblesse. Décrit par ses contemporains comme un homme timide et pieux, qui rejette la guerre et la violence, il apparaît très vite comme un monarque indécis et incapable de diriger le royaume à des moments cruciaux. Voulant établir de bonnes relations avec , il épouse en 1445 une de ses nièces, Marguerite d'Anjou, fille du roi René. Mais cette politique pacifiste échoue, conduisant au meurtre de William de la Pole, son principal conseiller. La guerre reprend en France : en 1453, les troupes anglaises d'Aquitaine sont vaincues à Castillon (), et Bordeaux, capitale du duché, est finalement prise (), mettant fin à trois siècles de présence anglaise en Aquitaine (depuis le mariage d'Aliénor avec Henri Plantagenêt en 1152).

sombre dans une forme de folie après avoir appris la perte de Bordeaux. La régence est alors assumée par un cousin, Richard Plantagenêt (1411-), duc d'York, jusqu'à ce qu’Henri se remette de sa maladie l'année suivante. Mais le roi subit par la suite d'autres crises de folie, ce qui entraine des tensions entre la reine Marguerite et le duc d'York. Ces tensions dégénèrent en guerre civile en 1455.

Capturé par Richard à Northampton (), Henri est secouru par son épouse Marguerite, victorieuse à St Albans (), mais il est finalement déposé le après sa défaite de Towton face au fils de Richard, Édouard, qui se proclame roi sous le nom d'. Malgré la résistance menée par Marguerite contre Édouard, Henri est de nouveau capturé en 1465 et emprisonné à la tour de Londres. Richard Neville, comte de Warwick dit « le faiseur de rois », le rétablit sur le trône en 1470, mais Édouard bat Neville et reprend le pouvoir en 1471, emprisonnant une seconde fois Henri à la tour.

Henri meurt à la tour de Londres dans la nuit du , peut-être tué sur ordre d'. Il est inhumé à l'abbaye de Chertsey ; son corps est ensuite déplacé à la chapelle Saint-Georges du château de Windsor en 1484.

Des miracles lui sont attribués après sa mort et il est considéré comme saint et martyr jusqu'au . La postérité reconnaît à Henri la fondation d'institutions d'éducation prestigieuses, ayant fait construire Eton College, King's College et All Souls College. Il est également le fondateur de l'université de Caen en 1432. William Shakespeare a écrit une trilogie à son sujet, le dépeignant comme un roi faible et manipulé par son épouse Marguerite.

Naissance et première enfance (1421-1422)

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Contexte de sa naissance : la guerre de Cent Ans après Azincourt (1415-1421) accède au trône d'Angleterre en 1413. Voulant affermir le pouvoir royal qui a été au cours du règne de son propre père , il revendique dès 1414 le trône de France, reprenant le point de vue de son bisaïeul en 1340, qui refuse la règle de primogéniture masculine (dite « loi salique ») qui a servi en 1328 pour exclure de la succession de France les descendants en ligne féminine de Philippe le Bel, au profit d'un cousin, Philippe de Valois (). Le conflit franco-anglais est cependant peu actif depuis la victoire navale remportée par les Castillans, alliés de , à La Rochelle en 1372.

Henri pense pouvoir profiter de la folie du roi et de la situation de guerre civile qui règne depuis l'assassinat en 1407 du duc Louis d'Orléans, frère du roi. Cette guerre oppose les Armagnacs, parti du duc d'Orléans, et les Bourguignons, parti du duc de Bourgogne Jean sans Peur, cousin du roi, avec pour enjeu le contrôle de la régence lorsque le roi est incapable de gouverner.

L'offensive anglaise a lieu en avec l'arrivée de troupes à Calais, ville tenue depuis 1346 par une garnison anglaise permanente. L'armée française des chevaliers envoyée vers Calais est écrasée à AzincourtAzincourt est à environ 50 km au sud de Calais. le . Henri mène ensuite une conquête méthodique de la Normandie (1417-1419).

Face à ce danger, le gouvernement royal tente une réconciliation entre Armagnacs et Bourguignons. Une entrevue est organisée le à Montereau entre le duc Jean sans Peur et le dauphin Charles. Mais cette entrevue est catastrophique : Jean sans Peur est assassiné. Son successeur, Philippe le Bon (1396-1467), estime que le dauphin est gravement responsable de ce crime et que toute allégeance féodale envers la dynastie des Valois est annulée : il considère désormais que est le véritable roi de France.

L'épouse de , la reine Isabeau, se rallie au camp anglo-bourguignon : c'est dans cette situation que le est conclu entre et le roi , représenté par son épouse Isabeau de Bavière, le traité de Troyes, qui prononce l'exclusion du dauphin Charles de la succession. À la mort de , la couronne de France doit revenir à , à condition qu'il ait épousé Catherine (1401-1437), fille de et sœur du dauphin. Le mariage a lieu dès le .

Le traité de Troyes est contesté par le dauphin Charles, alors âgé de . Celui-ci se proclame régent pour son père, mais ne pouvant rester à Paris, ville acquise aux Bourguignons, se réfugie au sud de la Loire, en pays favorable aux Armagnacs, notamment à Bourges, de sorte qu'il est ironiquement surnommé par les Anglais « le petit roi de Bourges ». Le dauphin réussit cependant à remporter quelques succès, notamment en battant à Baugé en Anjou le lieutenant d’ en France, son frère Thomas de Lancastre, qui est tué durant la bataille. La situation est suffisamment alarmante pour qu'Henri rassemble des troupes en Angleterre et traverse une nouvelle fois la Manche ().

Naissance et baptême (décembre 1421) Le futur nait au château de Windsor, au sud-ouest de Londres, le jour de la Saint-Nicolas.

Baptisé par l'archevêque de Cantorbéry Henry Chichele, Henri a pour parrains son grand-oncle paternel l'évêque de Winchester Henri Beaufort et son oncle paternel Jean de Lancastre, duc de Bedford. Sa marraine est la comtesse Jacqueline de Hainaut, de Catherine de Valois. Elle est venue en se réfugier en Angleterre après avoir été chassée de ses terres par son oncle .

Le prince royal est proclamé duc de Cornouailles peu après.

Avènements d'Henri VI et mesures prises pour la régence (1422) vignette|Le jeune est confié au comte de Warwick.

Au printemps 1422, est en France et s'empare des dernières villes qui lui résistent au nord de la Loire. Il est rejoint par son épouse à Harfleur le . Le prince Henri est resté en Angleterre.

Le , meurt de la dysenterie au château de Vincennes. Henri de Cornouailles devient donc roi d'Angleterre sous le nom de . Le , meurt à son tour. Henri devient roi de France, reconnu comme tel par l'Angleterre, par le duc de Bourgogne et les Bourguignons, et par les villes du nord de la France, principalement Paris. Mais le , le dauphin Charles se proclame lui aussi roi de France sous le nom de .

Le , les nobles anglais se rassemblent au palais de Westminster pour jurer fidélité au roi, qui leur est officiellement présenté le .

Le , les dernières volontés d', formulées avant son départ pour la France en , sont examinées par le Parlement d'Angleterre, qui y apporte quelques modifications. Une double régence est établie et confiée à deux oncles du roi : Jean de Lancastre, duc de Bedford, reçoit la tutelle du roi et est chargé de mener la guerre en France contre ; Humphrey de Lancastre, duc de Gloucester, nommé lord-protecteur, est chargé de gouverner l'Angleterre en l'absence de son frère.

L'oncle d'Humphrey, l'évêque Henri Beaufort, tient également une place importante au conseil du roi en tant que Lord chancelier. Enfin, Edmond Mortimer, comte de March et cousin éloigné d', est désigné pour être lord-lieutenant d'Irlande.

Période de la régence (1422-1437) Éducation d'Henri VI Le conseil de régence prend des libertés avec les recommandations faites par dans son testament : Walter Hungerford, chargé au départ de la garde d', est remercié le par les régents qui décident d'abord de laisser le roi avec sa mère. Puis, le , Joan Astley est désignée comme nourrice (avec un salaire annuel de 40 livres). Le 1425, la dame Alice Butler est choisie par Gloucester pour s'occuper de l'enfant (elle est autorisée « à le châtier raisonnablement de temps en temps »).

Le conseil demande très tôt au jeune roi de remplir ses fonctions : c'est ainsi qu'il participe à l'ouverture du Parlement en .

Bedford, revenu de France après sa victoire sur à Verneuil (1424), prend en charge l'éducation de son neveu, qu'il adoube en . À partir de , c'est Richard de Beauchamp, comte de Warwick, qui l'éduque, conformément au testament d', après le départ de Bedford pour la France où il engage le siège d'Orléans. Warwick transmet à une grande piété, qui restera toujours présente en lui. Pendant cette période, Henri se lie d'amitié avec le fils de Warwick, Henry de Beauchamp, qu'il créera duc de Warwick en 1445.

En ce qui concerne Catherine de Valois, elle est peu à peu écartée par Gloucester, qui, par ailleurs, se méfie de tout mariage que pourrait contracter la reine mère. En 1427, Catherine envisage d'épouser Edmond Beaufort, cousin du roi, mais issu d'une maison qui n'est pas appréciée par les Lancastre, car , . Humphrey fait alors voter par le Parlement une loi qui impose l'accord du conseil et du roi pour qu'une reine douairière puisse se remarier. Vers 1428, Catherine passe outre et épouse un noble gallois, Owen Tudor, à qui elle donnera plusieurs enfants dont deux, EdmondPère de Henri VII, roi de 1485 à 1509. (1430-1456) et Jasper (1431-1495), atteindront l'âge adulte.

L'épopée de Jeanne d'Arc (1429) et le couronnement d'Henri comme roi d'Angleterre vignette|gauche|Jean de Lancastre, duc de Bedford. Détail d'une enluminure des Heures de Bedford, vers 1423, Londres, British Library.