La Forti FG01-95 est la première monoplace de Formule 1 engagée par l'écurie italienne Forti Corse dans le cadre de sa première participation au championnat du monde de Formule 1, en 1995. Elle est pilotée par le Brésilien Pedro Diniz, en provenance du championnat international de Formule 3000, et son compatriote Roberto Moreno, dont la dernière apparition en Formule 1 remonte à la saison 1992, au sein de l'écurie italienne Andrea Moda Formula.
Conçue par les ingénieurs Sergio Rinland et Giorgio Stirano, la Forti FG01-95 est largement inspirée de la Fondmetal GR02, une des monoplaces les moins performantes de la saison 1992. Du fait de cette ressemblance avec la monoplace obsolète, la Forti s'avère être l'une des voitures les plus lentes du plateau et ne peut lutter qu'avec la Pacific PR02 et la Simtek S951.
Malgré les légers progrès réalisés en fin de saison, Pedro Diniz quitte l'écurie, emportant avec lui ses puissants soutiens financiers, mettant ainsi à mal l'avenir de l'écurie italienne pour le championnat 1996.
Contexte et développement Forti Corse, écurie emblématique des formules monoplaces
Forti Corse est fondée par l'ancien pilote automobile italien Guido Forti et l'ingénieur Paolo Guerci en 1978....
L'écurie italienne se lance initialement en compétition en Formule Ford et Formule 3, tant au niveau national qu'européen et gagne rapidement des courses. Ainsi, Teo Fabi remporte le championnat argentin de Formule 3 en 1977 tandis qu'Oscar Larrauri remporte le championnat italien de Formule Ford 2000 en 1978. Les pilotes Franco Forini, Enrico Bertaggia, Emanuele Naspetti et Gianni Morbidelli, qui se lanceront plus tard en Formule 1, remportent le championnat italien de Formule 3 respectivement en 1985, 1987, 1988 et 1989. Bertaggia gagne notamment le prestigieux Grand Prix de Macao et le Grand Prix de Monaco de Formule 3 en 1988 et Morbidelli remporte le championnat d'Europe de Formule 3 en 1989..
Dans le même temps, Forti Corse s'engage en championnat international de Formule 3000 en 1987 mais ne connaît pas le même succès immédiat qu'en Formule 3. La principale raison est liée au châssis car, au lieu d'utiliser des monoplaces conçues par Lola Cars, March Engineering ou Ralt qui produisent des voitures de Formule 3000 depuis de longues années, Forti fait appel à Dallara, la société de Gian Paolo Dallara, qui débute en Formule 3000. L'officine conçoit la Dallara 3087, châssis qui sera par ailleurs utilisé par l'écurie de Formule 1 Scuderia Italia, du fait que Dallara n'a pas eu le temps de préparer une monoplace convenable pour la première course de la saison 1988. Ces évènements expliquent que Forti ne marque aucun point pour sa première saison en Formule 3000 et ne participe pas non plus à l'ensemble des courses inscrites au calendrier. Forte de cette expérience, l'écurie italienne obtient de meilleurs résultats les saisons suivantes grâce à l'utilisation de châssis Lola Cars puis Reynard Motorsport.
Après une première saison complète en 1988 et l'obtention des premiers points en 1989 grâce à Claudio Langes, Forti devient une équipe compétitive en Formule 3000. En 1990, Gianni Morbidelli obtient la première victoire de l'écurie dans la catégorie. Si aucun de ses pilotes ne remporte le championnat, Forti s'impose comme une des plus puissantes écuries du plateau avec neuf victoires et sept pole positions. En 1992, la meilleure année de Forti, l'écurie fait courir Emanuele Naspetti, Fabrizio Giovanardi, Andrea Montermini et Hideki Noda. Montermini termine deuxième du championnat des pilotes, à douze points de Luca Badoer. En 1994, ses principales rivales, Pacific Racing et Eddie Jordan Grand Prix, étant parties en Formule 1, Forti devient l'équipe la plus expérimentée du plateau et engage en tant que pilotes titulaires Pedro Diniz et Hideki Noda. En 1995, après cinquante-et-une victoires en Formule 3, quatre titres de champion d'Italie de Formule 3 et neuf victoires en F3000, Forti Corse tente le pari de la Formule 1.
L'arrivée en Formule 1 Fort des résultats acquis en Formule 3000, Guido Forti envisage d'inscrire son écurie en Formule 1. Cependant, plusieurs écuries passées de la Formule 3000 à la Formule 1 ont fait faillite peu de temps après leur engagement comme notamment Coloni ou Onyx. À l'inverse, Eddie Jordan a montré que ce passage pouvait aussi se faire avec succès. Grâce à une première saison 1991 impressionnante, l'écurie Jordan Grand Prix, avec treize points, prend la cinquième place du championnat des constructeurs.
Forti pense que la solidité financière est la clé du succès en Formule 1 et, dès 1991, commence à travailler sur son projet. Fin 1992, il signe un accord avec le riche pilote brésilien Pedro Diniz dont la fortune familiale et les contacts avec des commanditaires brésiliens se révèlent stratégiques pour l'augmentation du budget de l'écurie. En effet, Abílio dos Santos Diniz, le père du pilote, est propriétaire de la société de grande distribution brésilienne et des supermarchés . En offrant aux entreprises un placement de produit préférentiel dans le marché brésilien, la famille Diniz obtient des contrats de sponsoring avec des marques telles qu'Arisco, Duracell, Gillette, Kaiser, Marlboro, Parmalat, Sadia et le soutien d'Unibanco pour financer la carrière de son fils...
En 1993, par le biais d'Abílio dos Santos Diniz, Guido Forti rencontre Carlo Gancia, un homme d'affaires italo-brésilien. En rachetant les parts de Paolo Guerci, Gancia devient copropriétaire de l'écurie et commence ensuite à travailler sur le projet Formule 1 de l'équipe. À la fin de l'année 1994, il garantit un budget suffisant pour engager Forti Corse en Formule 1, budget venant principalement de la famille Diniz. Gancia engage également du personnel expérimenté comme le Sergio Rinland et l'ancien directeur sportif de la Scuderia Ferrari Cesare Fiorio. De plus, l'ancien pilote de Formule 1 René Arnoux est employé comme chauffeur et entraîneur sportif de Diniz. et Guerci reste chez Forti en tant qu'ingénieur de course.. Grâce aux soutiens financiers apportés par la famille Diniz, Forti est doté d'un budget de 17 millions de dollars..
Création de la monoplace vignette|alt=Photographie du casque d'Ayrton Senna, dont les couleurs ont inspiré celles de la Forti FG01-95|En hommage à Ayrton Senna, la Forti FG01-95 reprend les couleurs du casque du triple champion du monde brésilien. Contrairement aux disciplines de formules inférieures, le règlement technique de la Formule 1 oblige chaque écurie à construire ses propres châssis. Fin 1994, Forti rachète les derniers actifs de l'ancienne équipe Fondmetal, notamment les châssis GR02 restants, et demande à Sergio Rinland, son concepteur de développer un nouveau châssis dans l'optique d'un engagement en Formule 1 en 1995. Rinland est ainsi le principal concepteur de la Forti FG01-95, aidé par deux ingénieurs expérimentés, Giorgio Stirano et Giacomo Caliri...
La monoplace arbore une livrée jaune et bleue et des jantes vert fluorescent, montrant l'influence brésilienne sur l'écurie. La teinte exacte de chaque couleur a été choisie pour rendre hommage à Ayrton Senna, tué lors du Grand Prix de Saint-Marin 1994 : les tons de couleurs correspondent aux couleurs du casque du champion brésilien. Cependant, une rumeur dit que la Forti FG01-95 est un peu plus qu'une évolution de la Fondmetal GR02.
La Forti FG01-95 est mue par un moteur V8 Ford-Cosworth EDD d'une cylindrée de , développant 630 chevaux à , qui est également utilisé sous d'autres dénominations par la Scuderia Minardi, Pacific Racing et Simtek, les écuries les moins performantes du plateau.. En effet, ce bloc est un moteur client payé en grande partie par la filiale brésilienne de Ford, développant 90 chevaux de moins que le moteur V10 Renault RS7 fourni aux écuries Benetton Formula et Williams F1 Team...
L'aérodynamique de la voiture est prise en charge par Hans Fouche, un ancien employé de Brabham, Fondmetal et Astauto, dans des souffleries basées en Afrique du Sud et le travail composite est réalisé par la société Avia Belco La voiture est angulaire et encombrante avec de faibles performances aérodynamiques ayant un impact négatif sur l'adhérence et la tenue de route de la monoplace. La FG01-95 est dotée d'un gros nez, initialement sans boîte à air, et est lourde et peu puissante. La FG01-95 est aussi la seule voiture du plateau à disposer d'une boîte de vitesses manuelle.
Giorgio Stirano s'exprime sur les nombreux problèmes rencontrés sur la Forti FG01-95 : .
Un duo de pilotes brésiliens vignette|gauche|alt=Photographie de Roberto Moreno en 2007|Roberto Moreno (ici en 2007) fait son retour en Formule 1 en 1995 après deux ans d'exil et treize ans après son premier Grand Prix. Pour piloter la Forti FG01-95, Guido Forti recrute Pedro Diniz. Diniz commence sa carrière en karting en 1987 dans son pays natal et remporte le titre deux années consécutives.. En 1989, il participe au championnat du Brésil de Formule Ford 1600 et s'y classe sixième. Il accède à la Formule 3 l'année suivante et est sacré champion d'Amérique du Sud. En 1991, Diniz rejoint le championnat britannique de Formule 3000 avec l'écurie West Surrey Racing. Il monte sur son premier podium l'année suivante.. Diniz s'engage alors avec Forti en championnat international de Formule 3000 1993 où il ne brille pas en course. L'année suivante, le Brésilien marque ses uniques points à Estoril et se classe douzième du championnat..
Pour épauler Diniz, Forti engage le vétéran Roberto Moreno, lui aussi de nationalité brésilienne, comme le veut la famille Diniz. Champion du Brésil de karting en 1976, puis champion d'Angleterre de Formule Ford 1600, Moreno s'engage l'année suivante au championnat britannique de Formule 3, sans réel succès, mais obtient un poste de pilote-essayeur pour l'écurie Lotus. En 1982, alors qu'il remporte le championnat de Formule Pacific, Moreno est appelé par Lotus pour disputer le Grand Prix des Pays-Bas en remplacement de Nigel Mansell.. Le Brésilien ne parvient pas à se qualifier et accuse quatre secondes de retard sur son coéquipier Elio De Angelis.. Sa piètre performance l'oblige à se retirer en Formule 2 en 1984 où il termine vice-champion. Il s'engage ensuite deux ans dans le championnat d'IndyCar où il n'impressionne pas par ses performances. En 1987, Moreno dispute le championnat international de Formule 3000 et termine troisième. Ces bonnes performances lui valent d'intégrer l'écurie AGS en fin de saison ; il marque alors un point au Grand Prix d'Australie 1987. Malgré ce coup d'éclat, Moreno ne trouve pas de volant en Formule 1 en 1988 et remporte le Championnat international de Formule 3000 1988. L'année suivante, il intègre la moribonde écurie Coloni avec laquelle s'accumulent les non-qualifications. En 1990, il rejoint l'écurie Eurobrun Racing qui fait faillite avant la fin de saison. Benetton Formula l'appelle alors pour remplacer Alessandro Nannini, blessé : le Brésilien monte sur le podium du Japon, juste derrière son coéquipier Nelson Piquet. Reconduit pour la saison suivante, Moreno est remplacé par le novice Michael Schumacher après que l'Allemand a démontré son talent dès son premier départ dans la discipline. Le Brésilien effectue alors quelques piges pour Jordan Grand Prix puis chez Scuderia Minardi. En 1992, il rejoint Andrea Moda Formula avec lequel il ne dispute qu'une seule course.. Moreno s'exile les deux années suivantes en championnat de tourisme en Italie, puis en France.
La Forti FG01-95 en course Championnat du monde de Formule 1 1995 Un début de championnat marqué par de graves problèmes de performance vignette|alt=Photographie de la Simtek S951|La Simtek S951, l'une des trois plus lentes monoplaces du plateau, tourne environ cinq secondes plus vite en course que la Forti FG01-95 en début de saison.