Thomas Loren Friedman, né le à Saint Louis Park (Minnesota), est un journaliste et auteur américain, triple lauréat du prix Pulitzer.. Il est actuellement éditorialiste au New York Times., dans lequel ses tribunes bihebdomadaires ont pour principal sujet les affaires étrangères.
Friedman milite pour une solution de compromis dans le conflit israélo-palestinien, pour une modernisation du monde arabe, pour l'environnement et la mondialisation. Ses ouvrages analysent de nombreux aspects de politique internationale d'un point de vue centriste et progressiste sur la politique américaine.
Biographie Jeunesse Thomas Friedman naît à St. Louis Park dans la banlieue de Minneapolis. Enfant, il est envoyé dans une colonie de vacances juive où le jeune Abe Foxman est moniteur. Au lycée, il écrit des articles pour le journal de l'établissement., notamment un dans lequel il interviewe Ariel Sharon, général israélien et futur premier ministre d'Israël.
Formation Friedman obtient un B.A. en études méditerranéennes à l'université Brandeis en 1975, où il s'est inscrit en 1973. Il poursuit ses études au St Antony's College de l'université d'Oxford grâce à une bourse (la Marshall scholarship). Il y obtient un M.A. en études du Moyen-Orient. Il rendra hommage au professeur Albert Hourani, figure importante dans son parcours universitaire.
Carrière À la fin de ses études, Friedman est engagé dans le bureau londonien de United Press International. Il est envoyé l'année suivante à Beyrouth, où il reste jusqu’en 1981. Il est alors recruté par The New York Times comme reporter et réaffecté à Beyrouth au début de l’intervention militaire israélienne au Liban de 1982. Sa couverture de la guerre, particulièrement le massacre de Sabra et ChatilaArticle de Thomas Friedman dans The New York Times. lui vaut le prix Pulitzer pour un reportage international. Avec David K. Shipler, il est également lauréat du prix George-Polk en 1982 pour le meilleur reportage à l’étranger.
Il est envoyé en poste à Jérusalem de 1984 à 1988, et reçoit un second Pulitzer pour sa couverture de la première Intifada. Après quoi, il écrit From Beirut to Jerusalem, livre décrivant ses expériences au Moyen-Orient.
Friedman est le journaliste chargé de suivre le secrétaire d'État James Baker durant la présidence de George H. W. Bush. À la suite de l’élection de Bill Clinton en 1992, il devient correspondant du New York Times à la Maison-Blanche. À partir de 1994, il se consacre plus exclusivement à la politique étrangère et à l’économie, et commence l'année suivante à tenir une chronique internationale pour The New York Times.
Honneurs Il reçoit en 2004 la récompense de l’Overseas Press Club pour l’ensemble de son œuvre. La même année, il est fait officier de l'ordre de l'Empire britannique par la reine Élisabeth II.
En 2014, il est nommé docteur honoris causa de l'université de Hasselt..
Vie privée En , Friedman se marie avec l'économiste Ann Bucksbaum, native de Des Moines, diplômée de l'université Stanford. et membre de la société Phi Beta Kappa.
La famille Bucksbaum est connue pour être une des plus riches d'Amérique : le père d'Ann, Matthew Bucksbaum, est président du bureau de la compagnie General Growth Properties, un groupe de développement immobilier qu'il fonda avec son frère en 1954. Les Bucksbaum furent des pionniers du développement des centres commerciaux aux États-UnisVoir sur Generalgrowth.com.. Le magazine Forbes estime les actifs de la famille à 2,7 milliards de dollars, incluant près de 200 millions de m² d'espaces commerciauxVoir sur Bloomberg.com et Forbes.com..
Le couple Friedman vit à Bethesda, une banlieue de Washington. L'édition de du Washingtonian rapporte qu'ils possèdent une propriété luxueuse de plus de habitables« Thomas Friedman’s World Is Flat Broke », Vanity Fair, 12 novembre 2008.. Le couple a deux filles : Orly Friedman (née en 1985) et Natalie Friedman (née en 1988). Les deux sont nées en Israël quand leur père était correspondant pour The New York TimesVoir :College of Liberal Arts and Sciences, Iowa State University et Notable Names DataBase.. Friedman leur a dédié plusieurs de ses ouvrages.
Réception Son ouvrage sur la mondialisation, The World is Flat a été un succès mondial, encensé par la critique et best-seller. Philippe Boulet-Gercourt du Nouvel Observateur évoque « Une vision très américaine, aussi, de la mondialisation, avec ses engouements parfois naïfs et un pragmatisme à toute épreuve... »Face à la mondialisation « Il n'y a pas de troisième voie », Le Nouvel Observateur Nº2189 SEMAINE DU JEUDI 19 octobre 2006
La position de Friedman sur la mondialisation à travers le libre marché est consensuelle aux États-Unis. Elle a cependant pu être critiquée occasionnellement. Ses détracteurs soutiennent qu'elle se fonde sur des convictions plutôt que sur des faits et des statistiques. Dans un article qui réclame le rétablissement de barrières douanières pour protéger les produits américains, le journaliste David Sirota du San Francisco Chronicle présente Friedman comme le « grand prêtre du libre-échange ». Sirota attribue cette déclaration à Friedman : « J'ai écrit une chronique pour soutenir l'ALÉAC. Je ne sais même pas ce dont il s'agit. Je ne connais que deux mots : libre échange » "I wrote a column supporting CAFTA. I didn't even know what was in it. I just knew two words: free trade.". Sirota, très engagé en politique, critique démocrates comme républicains, en leur reprochant de ne pas être protectionniste.
Mark Rupert, critique de la , reproche à Friedman de méconnaître le rôle moteur du pouvoir d’achat des travailleurs autochtones dans le développement de la production économique. Cependant, Friedman répond qu’en délocalisant les emplois peu qualifiés et peu payés dans des pays étrangers, on libère davantage d’emplois qualifiés pour les nationaux touchés par les délocalisations, sous réserve que ces derniers reprennent une formation et se spécialisent dans leur secteur.
Prises de position Sur la mondialisation Friedman développe sa vision de la mondialisation pour la première fois dans The Lexus and the Olive Tree (« La Lexus et l'Olivier »), livre publié en 1999. Une de ses idées-force est que chaque pays doit sacrifier une partie de sa souveraineté au bénéfice d'institutions internationales (telles que les marchés financiers et les multinationales) dans le but de parvenir à la prospérité économique de la civilisation occidentale. Il nomme ces contraintes la « camisole dorée » (golden straitjacket en anglais).
Bien que Friedman soit partisan de la mondialisation, il note que chaque pays doit préserver ses traditions locales alors même qu’il se globalise, processus qu’il nomme « glocalisation », d'un terme déjà utilisé par d'autres théoriciens de l'anthropologieCf. The Lexus and the Olive Tree.. Il estime que la mondialisation a pour effet de diminuer les différences à l'échelle mondiale, notamment par une série de levellers ou « niveleurs » comme la chute du mur de Berlin, l'externalisation économique, les délocalisations ou les révolutions informatiques.
Cette vision, si elle peut apparaître comme logique dans un premier temps, s'oppose à la thèse défendue par de nombreux géographes comme l'Américain Richard Florida ou le Français Laurent Carroué. Pour eux, la mondialisation a pour principal effet de renforcer la polarisation mondiale, polarisation qui s'organise autour de la maîtrise des connaissances.
En , Friedman déclare dans The New York Times :
Sur l'interventionnisme américain Il se montre partisan de l'intervention de l’armée américaine afin de défendre les valeurs libérales. En 1999, peu avant le début des bombardements de l’Otan contre la Yougoslavie, il déclare :
Friedman défend vigoureusement le principe de l'indépendance énergétique des États-Unis, qui doivent, selon lui, être le leader de la recherche en matière de technologies durables. Il pense que la chute des revenus du pétrole obligera les dirigeants autoritaires du Moyen-Orient à quitter le pouvoir face à une population où le pourcentage de jeunes ne cesse de croître. Selon lui, c'est la seule façon d'introduire la stabilité et la modernisation dans une région du monde où un pouvoir théocratique est concentré entre les mains d'une minorité. Pour lui, l’indépendance énergétique renforcera l’économie américaine lorsque son infrastructure énergétique reposera sur des produits américains (le E85 et le biodiésel) tout en diminuant les tensions internationales résultant d'une augmentation de la demande énergétique exacerbée par le décollage de pays comme l'Inde ou la Chine.
Sur le terrorisme Après les attentats du 11 septembre 2001, Friedman se concentre sur la menace terroriste et le Moyen-Orient. En 2002, il obtient le Pulitzer Prize for Commentary « pour la clarté de sa vision, fondée sur des reportages exhaustifs, commentant l’impact mondial de la menace terroriste ». Le recueil de ces chroniques est publié sous le titre Longitudes and Attitudes (« Longitudes et comportements »).
Pendant un temps, ses reportages sur des thèmes développés après le l’amènent à s'écarter de ses anciens sujets, avancées technologiques et mondialisationIl reprendra ses recherches en 2004 lors de visites à Bangalore et à Pékin, qui lui donnent de nouvelles idées sur les grandes tendances de la mondialisation et sur les forces qui l'animent ; il en sortira The World Is Flat (La terre est plate : une brève histoire du )..
Après les attentats du 7 juillet 2005 à Londres, il en appelle au département d'État des États-Unis pour qu'il « fasse la lumière sur tout discours haineux, d’où qu’il vienne » et qu'il publie un bulletin trimestriel contenant un « rapport sur la guerre des idées, qui se pencherait sur les chefs et écrivains religieux qui incitent à la violence contre autrui. »
Friedman affirme que l'État devrait contrôler les déclarations non seulement des incitateurs à la violence mais aussi de ceux que l’ancien porte-parole du département d’État Jamie Rubin appelle les « inventeurs de circonstances atténuantes » (“excuse makers”). Dans sa tribune du , Friedman s'élève contre les « ratiocinations » des terroristes et de leurs apologistes qui font peser la responsabilité de leurs actes sur des tiers ou des pressions diverses :
Sur la guerre d'Irak Friedman soutient l’invasion de l’Irak de 2003, écrivant que l’établissement d’un État démocratique au Moyen-Orient forcerait d’autres pays de la région à se libéraliser et à se moderniser. Dans sa tribune du , il dénonce l'incohérence des membres de l'ONU avec la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sur les armes de destruction massive irakiennes :
Son hostilité envers la France, qui cherche à prévenir la guerre, s'exprime notablement dans son éditorial du , intitulé « Notre guerre avec la France"Our War with France", The New York Times. », où il écrit :
Il réclame notamment que la France soit privée de son siège au Conseil de sécurité des Nations unies pour s’être comportée comme un enfant « en classe maternelle » incapable de « jouer avec les autres ».
À partir de l'intervention américaine, Friedman s'est dit inquiet de la conduite des opérations par le gouvernement de George W. Bush. Néanmoins, jusqu’à son article du (voir ci-dessous), ses tribunes demeuraient optimistes quant à la possibilité d’une issue positive du conflit irakien (encore que cet optimisme semble avoir diminué depuis le début du conflit).
En , il participe à un forum sur Slate.com intitulé "Liberal Hawks Reconsider the Iraq War" (« Les faucons progressistes reviennent sur la guerre en Irak »), dans lequel il écarte le manque de docilité de l’Irak envers les résolutions des Nations unies comme justification à la guerre :
Il écrit aussi que le changement de régime était la seule justification à l'invasion :