Julien Weill, né le à Versailles et mort le dans le , est un rabbin français, qui était grand-rabbin de Paris lorsque les Allemands envahirent la capitale, durant la Seconde Guerre mondiale.

Biographie

Jeunesse et famille

Isaïe Julien Weill est né à Versailles en 1873Acte de décès , , Paris , Archives de Paris (vue 16/31). Son père, Emmanuel WeillVoir , rabbin de Versailles (de 1867 à 1875) puis adjoint du grand rabbin de France et à partir de 1882 rabbin de la synagogue de la rue Buffault à Paris, est originaire d'Ensisheim dans le Haut-Rhin. Sa mère, Adèle, est la fille du rabbin Heymann Dreyfuss de Saverne et la sœur de Jacques-Henri Dreyfuss, grand rabbin de Belgique et futur grand rabbin de ParisVoir .

Il étudie au lycée Janson-de-Sailly puis de 1891 à 1897, au séminaire israélite de France, à Paris.

Il épouse Hélène Kahn, la troisième fille de Zadoc Kahn, le grand-rabbin de FranceVoir Zadoc Kahn (1839-1905). Association Zadoc-Kahn.Zadoc Kahn et son épouse Ernestine (née Meyer) ont trois fils et trois filles. Deux de leurs filles épousent de futurs grands-rabbins, Israël Lévi (grand-rabbin de France) et Julien Weill.. Il est l'oncle d'Odette Monod-Bruhl, curateur au Musée national des arts asiatiques-Guimet, de sa sœur Lise Bruhl, épouse du zoologiste Georges Teissier, et de Geneviève Zadoc-Kahn, régisseuse des concerts Musigrains.

André Baur, mort en déportation à Auschwitz, le président de l'Union libérale israéliteVoir Union libérale israélite de France. et dirigeant de l'UGIF, est un neveu de Julien WeillVoir Document : Rue Amelot. J. Jacoubovitch.Michel Laffitte. L'UGIF face aux mesures antisémites de 1942. Les Cahiers de la Shoah 2007/1 (), pages 123 à 180..

Parcours Il devient le rabbin de Versailles, où son père avait été rabbin. De 1905 à 1928, il enseigne, au séminaire israélite de France, les littératures anciennes et françaises. Il remplace son maître Albert Cahen, devenu inspecteur général de l'enseignement secondaire.

En 1914, il est nommé aumônier de la CA par le grand rabbin de France Alfred Lévy en accord avec le ministère de la GuerreVoir Rabbins servant au front en qualité d'aumôniers militaires..

De 1924 à 1926, Julien Weill est rabbin à DijonVoir Les rabbins de Dijon de 1788 à 1979..

En 1931, il devient le suppléant de son oncle, le grand rabbin de Paris, Jacques-Henri Dreyfuss, ce dernier étant malade. Lorsque Dreyfuss meurt en 1933, il lui succède au poste de grand-rabbin de Paris.

Il préside aux funérailles religieuses d'André Citroën, au cimetière du Montparnasse, le vendredi .

La Revue des études juives

Julien Weill participe aux activités de la Société des études juives, aux côtés de son beau-père, Zadoc Kahn et de son beau-frère, le rabbin Israël Lévi. Il devient successivement secrétaire, puis secrétaire général, puis président et rédacteur de la Revue des études juives.

Il écrit des articles sur la Bible, l'épigraphie, la Littérature juive, l'histoire, la théologie. Il s'occupe de la revue bibliographique. Il fait des comptes-rendus d'ouvrages parus en allemand, en anglais, en hébreu et en français.

Avant la Seconde Guerre mondiale En 1938, après la nuit de Cristal (Kristallnacht), Julien Weill tombe dans un piège que lui a tendu le journal Le Matin, qui sympathise avec les thèses nazies.

L'entrevue avec Julien Weill parait en première page du Matin, sous le titre : « Pour venir en aide aux Juifs. La solution que réclame ce problème dépend surtout de l'Angleterre et de l'Amérique, nous dit M. Julien Weill ».

Julien Weill déclare dans l'entrevue : Voir, Anne Grynberg. "L'accueil des réfugiés d'Europe centrale en France (1933-1939)". Les Cahiers de la Shoah 1994.

Lucien LazareVoir rappelle :

Pour Yvette Rachel-Kaufman (1982), le quotidien Le Matin déforme les pensées de Julien Weill, le présentant comme favorable à un rapprochement avec l'Allemagne hitlérienne et affirme faussement qu'il est défavorable à l'aide du gouvernement français aux réfugiés allemands.

Certains auteurs jugent négativement Julien Weill en se fondant sur l'article du Matin. Ainsi, Jean-Pierre-Allali et Haim Musicant écrivent en 1987 : Voir Grynszpan à l'écran. Crif.

En 1998, l'historienne américaine Paula Hyman juge très sévèrement Julien Weill. Elle écrit :

Le Comité de coordination de la jeunesse, créé à Strasbourg en 1936, adresse en une lettre ouverte au grand rabbin de Paris à la suite de son entrevue avec le journal Le Matin, protestant que

En 1939, Julien Weill condamne, avec le grand rabbin de France Isaïe Schwartz et Robert de Rothschild, le président du Consistoire de Paris, le troisième Livre blanc du gouvernement britannique sur la Palestine y empêchant l'immigration juive.

La Seconde Guerre mondiale

Face à l'occupant

Vers minuit, le , deux membres de l'Ambassade des États-Unis en France, le conseiller d'ambassade, Robert Murphy, et l'attaché naval, Roscoe Hillenkoetter, sortent de l'Ambassade des États-Unis et se dirigent vers la Place de la Concorde, désertée. Voici ce qu'ils observent :

Selon Kaufman, Julien Weill suit en les autorités parisiennes à Bordeaux. Le , dès l'annonce de l'armistice, il retourne à son poste, à Paris.

Theodor Dannecker, à son arrivée à la direction de la Gestapo à Paris, contacte rapidement Julien Weill pour l'informer qu'il s'attend à ce que l'Association Consistoriale Israélite de Paris (ACIP) représente tous les Juifs parisiens. Le choix du grand-rabbin Weill pour appliquer la loi nazie n'était pas dû au seul fait que Weill apparaissait être le seul leader communautaire disponible mais correspondait à la politique des nazis dans divers pays de recruter des leaders religieux. Le but était de créer un Judenrat.

Le Statut des Juifs (1940) Le , les Juifs de nationalité française perdent, par décret du gouvernement de Vichy, leur statut de citoyens à part entière, obtenu le .

En tant que grand rabbin de Paris, Julien Weill proteste auprès du maréchal Pétain. Il termine sa lettre par ses mots : Voir Le statut des Juifs en 1940. Marianne Picard.

L'après-guerre

Reconstruire Le , la délégation du Consistoire central pour la zone occupée, qui a fonctionné à Paris depuis 1943, se réunit au 17 rue Saint-Georges dans le , sous la présidence de Julien Weill.

Elle vote une adresse au Général de Gaulle auquel Julien Weill est prié de demander audience pour lui exposer les problèmes de la communauté.

Elle organise, le Pour un témoignage sur cette cérémonie, voir le récit du rabbin américain, Judah Nadich, conseiller du Général Dwight David Eisenhower pour les affaires juives, après la Seconde Guerre mondiale. Le rabbin Nadich prit la parole en français et en anglais lors de cette cérémonie. Voir September 1944. Shabbat in Paris. Rabbi Judah Nadich., une cérémonie d'actions de grâces pour la libération de Paris (-), sans y inviter les autorités publiques, mais à laquelle les militaires juifs présents dans la capitale sont invités. Julien Weill estime indécent de se réjouir alors que l'on est sans nouvelles de dizaines de milliers de déportés.

Vu l'état du judaïsme français à la fin de la guerre, Julien Weill fait partie d'un groupe qui se penche sur la question de l'introduction du français dans les prières. Ce groupe inclut : Georges Wormser, le grand rabbin Maurice Liber, le rabbin Henri-Léon Champagne, Robert Gamzon, Edmond Fleg et Léon MeissVoir, Le judaïsme religieux au lendemain de la Libération. C. Nataf. Les Cahiers de la Shoah. 2001...

Témoignages à des procès d'après-guerre Sur Adrien Marquet, l'ancien maire collaborationniste de Bordeaux, Julien Weill déclare :

Voir Adrien Marquet, maire de Bordeaux : un collaborateur nationaliste

Lors du procès de Georges Scapini, ambassadeur des prisonniers, Julien Weill note que grâce à la mission que dirigeait Scapini, « nous avions pu éviter le pire en ce qui concerne ceux d'entre nous qui se trouvèrent en captivité »Voir Lettre ouverte à M. Nicolas Sarkozy sur l'Histoire à l'endroit par le Général (c.r.) Jacques Le Groignec Président de l'Association pour défendre la mémoire du maréchal Pétain..

Julien Weill meurt à Paris en 1950. Le grand rabbin Jacob Kaplan lui succède comme grand rabbin de ParisVoir Dossier: L'affaire Finaly : pistes nouvelles. Catherine Pujol. 2004..

Honneurs Il est nommé, en 1946, Officier de la Légion d'honneur.

Il représente le judaïsme français à l'occasion de la manifestation saluant la création de l'État d'Israël. Il se rend en Israël pour y représenter le Consistoire central israélite de France, lors du second anniversaire de l'État.

Prix Prix Jules Janin 1926 de l’Académie française, pour la traduction des Œuvres complètes de Flavius Josèphe. Antiquités judaïques

Œuvres de Julien Weill Zadoc Kahn. Félix Alcan : Paris, 1912Voir, Zadoc Kahn (1839-1905). Barbara Weill.. Traduction des Antiquités Judaïques de Flavius Josèphe, 1900 (I partie), 1920 ()Théodore Reinach lui confie la traduction de cette œuvre.. La Foi d'IsraëlVoir, Articles Of Faith. Jewish Virtual Library.. (En collaboration). Paul-Louis Couchoud, Joseph de Tonquédec, Yves de la Brière, l'Abbé J. Viollet, l'Abbé HénocqueAbbé Georges Hénocque (1870-1959)., Paul Claudel, Georges Goyau, Albert Dufourcq, Louis Massignon, le rabbin Julien Weill, André Jundt, Fernand Ménégez, Henri Monnier, Salomon Reinach, Maurice Maeterlinck, Sylvain Lévi, Charles Henry, Robert Mirabaud, Paul Souday, Paul Vulliand, E. Caslant, André Lebey, Ce que je sais de Dieu, Éditions Montaigne, Les cahiers contemporains 1, Paris, 1926, 223 p. Le Judaïsme, Éditions Félix Alcan, 1931, collection « Les Religions »

Préfaces Arsène Darmesteter, Les Gloses françaises de Raschi (Rachi) dans la Bible, accompagnées de notes par Louis Brandin, et précédées d'une introduction par Julien Weill (, 1909). Texte en ligne (vol. 1 de l'édition de 1929 : Texte des gloses) M. Ventura. La Philosophie de Saadia Gaon. Préface de Julien Weill. J.Vrin, Paris. 1934Voir, M. Ventura. La philosophie de Saadia Gaon..

Divers Dans le téléfilm de Félix Olivier, La Résistance (2008), le rôle du rabbin Julien Weill est joué par Christophe GrundmannVoir, "La résistance" 2008. Film de Félix Olivier..

Bibliographie

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Notes et références

Articles connexes Revue des études juives Marcel Sachs Alliance israélite universelle Laaz Israël Lévi Adrien Marquet Henry Bulawko Étoile jaune Arsène Darmesteter Paul-Louis Couchoud Jacques-Henri Dreyfuss

Liens externes

Une vision dérangeante de Vichy. David Ruzié. Zadoc Kahn et le sionisme (vidéo-conférence 28 min). Akadem vido. Voir, No. 3. Le Grand Rabbin Julien Weill. Catherine Nicault, Historienne.

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