320px|vignette|Un des modèles de Palloy. Pierre-François Palloy, né à Paris le et mort à Sceaux le , dit « le Patriote », est un maître-maçon et entrepreneur de travaux publics, célèbre pour s'être auto instauré et avoir obtenu le statut de véritable entrepreneur chargé de coordonner les travaux de démolition qui suivirent la prise de la forteresse de la Bastille.

Biographie Jeunesse et formation 250px|vignette|gauche|Les hommes de Palloy démontent la Bastille au lendemain de sa prise.

Pierre-François Palloy naît à Paris, rue du Petit Reposoir, le . Fils d'un marchand de vin, il est élevé par son grand-père. Il fait ses études au collège d'Harcourt (futur lycée Saint-Louis) puis s'engage dans l'infanterie où il finira comme sous-officier au régiment Royal-dragons. Ayant quitté l'armée après 6 ans et demi de service., il démarre dans le commerce en 1775, avant d'entrer comme commis chez le maître-maçon Nobillot, architecte-entrepreneur, dont il épouse la fille le et prend la succession.

De maître-maçon, il devient « entrepreneur de bâtiments », preuve de l'évolution de son statut social. Il installe son atelier au 20 rue des Fossés-Saint-Bernard.

1789 : Le démolisseur de la Bastille Bien qu'il n'ait reçu aucun mandat par l'assemblée des électeurs de Paris de démolir la Bastille après sa prise le Son courrier de demande d'autorisation ne date que du 16 juillet., il cherche à prendre le contrôle des opérations immédiates de démolition qui suivent la prise de la Bastille en coordonnant les opérations.. En effet, il démarre le , de sa seule initiative, le chantier de démolition de la Bastille avec la venue de 400 ouvriers qui arrivent sur le site dans la nuit du 14 au . Bénéficiant de son statut social et économique, Palloy, homme du métier possède de plus un argument de poids : la solidité financière de son entreprise est en mesure de régler les salaires des ouvriers. En effet, les dépenses hebdomadaires sont d'environ 10 000 livres pour une moyenne de 700 ouvriers.

Le , il est désigné démolisseur officiel de l'ouvrage. par l'Assemblée constituante. Le chantier, sur lequel œuvrèrent ouvriers, dont 400 permanents, est à peu près achevé à la fin de novembre. et totalement terminé en . Les pierres sont stockées dans un de ses entrepôts parisiens.

Le chantier de démolition de la Bastille est un véritable tremplin pour l'entrepreneur, soucieux d'ascension sociale.

1790 - 1792 : « Palloy Patriote » Avide d'une stature et d'une reconnaissance nationale à la hauteur de son acte, il devient le promoteur avisé des souvenirs de la Bastille. Palloy décide à partir des pierres issues de la destruction même de la forteresse, de faire fabriquer des modèles réduits en pierre de la Bastille, puis par la suite, en plâtre mêlé de mortier de la Bastille. Il y fait également sculpter sur d'autres pièces la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen et des harangues patriotiques.

Ces pièces sont envoyées auprès des instances représentatives de l'époque : les députés, les clubs politiques, la ville de Paris, la commune de New York et dans les chefs-lieux des nouveaux départements français à partir de . Ces envois sont soutenus grâce aux « Apôtres de Palloy », un réseau d'hommes qui assure la promotion de ses projets. Chaque création est munie de la mention « Palloy Patriote ».

À titre d'exemple, on peut d'ailleurs voir à Saint-Julien-du-Sault (Yonne) une de ces pierres incrustée dans une des portes de la ville avec l'inscription « je certifie que cette pièce vient de la Bastille » signée « Palloy patriote ».

Il fait également forger des clefs à partir des chaînes en fer du pont-levis, des barreaux des verrous de la forteresse, et fabriquer de nombreux objets de pacotille (bijoux, tabatières, cartes à jouer) et frapper des médailles commémoratives des grands événements de la Révolution, à commencer par celle de la prise de la Bastille, nommée aussi « médaille Palloy »Franck Ferrand, « Que fête-t-on le 14 juillet ? », émission L'Ombre d'un doute sur France 3, 11 juillet 2012.. Ces médailles, d'un style fruste, sont couvertes d'inscriptions rédigées dans un français amphigourique et émaillées de fautes d'orthographes. Elles sont constituées le plus souvent de deux plaques de fer ou d'étain réunies et assemblées par un cerclage de laiton. Pour autant, il ne s'agit pas de « médailles populaires », car les tirages n'ont jamais dépassé .

Grâce aux matériaux de la Bastille, Palloy se fait également construire deux résidences à titre personnel, l'une en face de l'Assemblée Nationale et la seconde à Sceaux, au 37 de la rue des Imbergères, encore visible de nos jours.. Le reste des pierres non employées sont vendues pour la construction de nombreuses maisons de Paris, dont la localisation est aujourd'hui perdue pour la plupart et également pour le pont de la Concorde, terminé en 1791.

En , il est promu « Héros de la Révolution » pour sa participation à la prise de la Bastille, honneur qu'il partage avec 953 citoyens.

Palloy est chargé, le , de travaux d'aménagement à la tour du Temple pour y emprisonner et sa famille.

1793 : La chute et l'oubli En 1793, les autorités estiment après enquête qu'il a détourné une partie des fonds remis pour la destruction de la forteresse. En effet, payé pendant 30 mois, le chantier a été assuré en 12 mois. En outre, les autorités reprochent à Palloy d'avoir encaissé les bénéfices directs et indirects de la démolition. Le coût total de la destruction de la forteresse est évalué à 1 million de livres., quand le salaire d'un journalier est de 3 francs« La vie des français sous la Restauration et La Monarchie de Juillet », lire l'introduction.. À titre d'exemple de prévarication, Palloy qui, bien que gravant les pièces gratuitement, demande la participation des communes pour l'envoi des ouvrages.

Palloy est emprisonné du au . À l'issue de son incarcération, il se retire dans sa résidence de Sceaux où il emploie ses ressources à donner de grandes réceptions. Financièrement affaibli, il sollicite par la suite des autorités une rente pour services rendus à la Nation.

Alors qu'il fête avec d'autres l'exécution de , tous les , jusqu'à la Restauration, par un banquet avec au menu une tête de cochon farcie (qui est plus tard remplacée par une tête de veau), il reçoit en 1814 la décoration de l'Ordre du Lys fondée par le futur .

Il meurt, définitivement ruiné en 1835. Sur sa tombe, disparue de nos jours, figuraient les mots suivants :

Conservation des souvenirs édités par Palloy Une importante collection de médailles et insignes réalisés à l'initiative du « patriote Palloy » est conservée au musée Carnavalet. Par ailleurs, une pierre de la Bastille provenant du patriote Palloy et supportant un plan de cette forteresse est exposée au musée de la Révolution française.

Références

Voir aussi Bibliographie Héloïse Bocher, Démolir la Bastille, L'édification d'un lieu de mémoire, Vendémiaire, Paris, 2012 Henri Lemoine, Le démolisseur de la Bastille, Paris, 1930. Livre de raison du patriote Palloy, démolisseur de la Bastille, présenté et commenté par Romi, Éditions de Paris, 1956

Articles connexes Modèles réduits de la Bastille

Liens externes

Archives conservées à la Bibliothèque historique de la ville de Paris

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