thumb|Veste et jupe plissée. Soie brodée. Vers 1900. Chine du centre. Honolulu Academy of Arts. thumb|La poétesse Su Hui brodant. Gravure sur bois, fin , tirée du Baimei tupu (Catalogue des Cent Beautés).
La broderie chinoise, art artisanal traditionnel de la Chine, occupe une place importante dans l’histoire de l'art chinois, et, au sein de l'industrie textile, dans l'économie chinoise. Elle est pratiquée dans toute la Chine et porte des caractères distincts selon les lieux. Au cours de son histoire et encore aujourd'hui elle se perfectionne sur le plan technique et se renouvelle dans ses choix esthétiques.
Depuis quelques années un intérêt croissant se développe en Chine pour l'étude des broderies anciennes et modernes, chinoises et étrangères.
Caractères spécifiques à la broderie chinoise
La Chine a été le premier pays à produire de la soie (au moins depuis le troisième millénaire avant notre ère) et la broderie sur soie a été dès l'Antiquité très recherchée au-delà du monde chinois. La Chine ancienne produisait aussi de magnifiques tissus de chanvre, de ramie, de coton et à partir du pueraria. Elle produisait de la gaze, des brocarts, des satins et des velours. Nombre de ces supports textiles ont reçu des broderies. Dans la Chine ancienne, les soies se classaient en deux qualités : la soie épaisse, appelée lo, et la soie fine, appelée ling. Les principaux supports pour la broderie furent le textile de soie à armure carrée (taffetas), nommé tch'eou, et le satin, appelé touan.
La structure du dessin, dans la mesure où une part importante de la broderie chinoise se réfère à la peinture est un élément essentiel dans la broderie chinoise, de même que l'étude des méthodes propres à chaque point, le choix d'un effet de coloration d'ensemble, la combinaison des effets de matière et la composition des formes et des couleurs. Ceci concerne les techniques de broderie spécifiques à la représentation de figures, d'objets, d'animaux, des arrière-plans et des paysages et à la constitution des ornements géométriques.
L'art de la broderie fut pratiqué, en Chine, par des femmes, quel que soit leur rang au sein de la société chinoise, et par des hommes. Tous étaient nommés « les gens de la fenêtre verte ». L'une des brodeuses les plus célèbres se nomme Han Ximeng, de l'école Gu. Ting Pei et Shen Zhou, qui vécurent au , sont deux hommes très connus en Chine, dans cet art.
Points de la broderie chinoise Toute l'histoire de la broderie, en Chine, est liée à une recherche d'enrichissement de la palette des manières de broderDessins représentant les points de broderie dans l'article de Laurence Tiard (Indiqué dans la bibliographie) page 54..
Les points les plus anciens à la broderie chinoise Points de chaînette ou suoxiu. Points passés ou qizhenxiu. En Chine, avec le point passé plat les points sont proches les uns des autres pour donner un aspect satiné.
Points de remplissage ou puwenxiu
Autres points de broderie Point de nœud ou huanzixiu, jiezixiu et dazixiu. Broderie d'application, ou tiexiu, tiejuanxiu, tierongxiu et tieyuxiu. Point de fixation ou dingxianxiu et dingxiu. Point d'écaille ou kelinxiu. Point de croix.
Sujets de broderie / usages des objets brodés Les œuvres de broderie se classent en séries différentes en fonction du sujet : fleurs, animaux "propices" (ou "de bon augure"), paysages, ornements non figuratifs etc. La broderie s'applique pour les articles d’usage courant comme les vêtements, les bourses et pochettes, les chaussures, les mouchoirs, les drapeaux, les décorations d'autel, les cartes de vœux et jusqu'au cache-poussière des appareils ménagers.
À l'origine les motifs étaient dictés par l'impératif de marquage de ces objets par des signes d'appartenance à un groupe et par l'inscription d'emblèmes et de symboles bénéfiques. Il y a donc une très grande richesse et complexité dans la lecture, aujourd'hui, de ces sujets et motifs selon leur époque et selon le lieu de leur exécution, comme toute œuvre d'art.
Les symboles impériaux
Sous l'empire les vêtements officiels et de Cour se distinguaient en fonction de leur statut plus ou moins formel par des emblèmes et symboles Article de Jérôme Ducor La griffe du Dragon brodés (ou sous forme de tapisserie) notices 8 et 9… selon un code fixé. Le nouveau rôle des femmes, sous les Qing dans les rituels de Cour, se manifeste ainsi dans les broderies de leurs vêtements.
L'Empereur avait seul le droit de porter une robe jaune éclatant ornée de neuf dragons, à partir de la dynastie Qing Article de Myrna Myers La robe dragon, notre modèle, (souvent inscrits dans de grands médaillons) et d'une série de douze symboles. Le dragon étant l'emblème impérial par excellence, il dit la capacité universelle du souverain et sa faculté d'adaptation à toutes situations; quant au chiffre neuf, il traduit la virilité et le pouvoir. Sur ces vêtements d'autres symboles apparaissent régulièrement Article de Myrna Myers La robe dragon, notre modèle qui développe, , ce résumé : "La mer Primordiale, située en bas, est couverte de vagues qui se jettent contre les Montagnes sacrées, qui symbolisent la Terre. Dans les cieux nuageux les dragons peuvent se saisir des perles enflammées, symboles des vertus à poursuivre." Et : "Le schéma axial de la composition exprime la place centrale de l'empereur, au sein du cosmos et au sommet du gouvernement.". Le soleil, la lune et les étoiles (en constellations) : la sagesse de l'empereur inspirée par le ciel. Les Montagnes sacréesVoir à propos des Monts sacrés, les monts des Immortels, dans les brûle-parfums de la dynastie Han.. (des volumes en forme de prismes emboîtés, superposés ou juxtaposés) enveloppées de nuées pluvieuses : la Terre et la pluie qui la fertilise. La mer Primordiale par des bandes ondoyantes. Le double caractère fu : l'empereur et ses ministres travaillant ensemble. La hache : aptitude à trancher dans les situations difficiles. Le vase rituel : faire respecter les rites… Lors des anniversaires impériaux et dans les occasions jugées « semi-formelles » le manteau aux insignes n'était pas porté et la robe se présentait dans l'intensité pure de sa couleur jaune.
Les symboles des fonctionnaires
Le manteau des fonctionnaires Article de Antoine Gournay Le vêtement en Chine sous la dynastie Qing, sq. et notices 17, sq. pouvait être marqué sur la poitrine et sur le dos d'un insigne carré cousu après avoir été brodé (le « carré de mandarin ») qui indiquait le grade du fonctionnaire, sur une échelle de neuf classes. Les fonctionnaires civils se distinguaient par des motifs d'oiseaux, les militaires par des quadrupèdes, brodés sur le manteau uni. Ce carré de broderie était simplement cousu afin de pouvoir être remplacé en fonction de l'avancement ou de la rétrogradation du fonctionnaire. Il fut aussi, exceptionnellement, tissé.
Les signes prophylactiques sur les vêtements d'enfants
Des signes prophylactiques brodés apparaissent sur les vêtements des nouveau-nés et sur ceux des enfants Article de Pauline Le Moigne, "La fonction prophylactique du costume d'enfant en Chine", sq.. Selon l'ancienne tradition l'âme de l'enfant risque d'être chassée de son enveloppe corporelle par des fantômes de morts insatisfaits, gui. Divers accessoires comme des grelots servent à les écarter, mais aussi des figures de chats, de chiens ou de tigres, voire de crapaud Voir à propos des figures prophylactiques les représentations accompagnant les morts sur la bannière Han de Mawangdui Mawangdui., brodés sur les chaussures, sur les chapeaux ou sur une collerette, en épousant les formes de l'animal, évoquées parfois par des éléments en relief quasi-sculpturaux. Ces broderies censées effrayer les fantômes, sont en fait tout à fait réjouissantes pour les hommes, avec de grands yeux en relief, de petites oreilles saillantes et toutes rondes, contenant des petits pompons à figures… et cela dans les couleurs les plus vives.
Histoire de la broderie en Chine Depuis la plus haute Antiquité : points de chaînette et passé plat Sous les Zhou le tissu était généralement coloré avant d'être brodé. En 1982, au cours de fouilles à Jiangling sur une tombe datant de la dynastie Zhou, à l'époque des Royaumes Combattants, vingt et une pièces brodées de motifs variés ont été découvertes. Les couleurs sont en parfait état. Des motifs de dragons et des animaux symboliques sont ainsi réalisés au point de chaînette en jouant (comme sur l'exemple du tigre reproduit dans la galerie d'images, ci-dessous) sur l'alternance de chaînette rouge et noire. Leur astucieuse disposition exprime la courbure de l'animal et l'énergie qui circule dans toute cette composition comme c'était aussi le cas dans d'autres médiums à cette époque, en particulier dans les laques, qui, comme la broderie d'alors, servaient de modèles aux autres pratiques artistiques et surtout aux bronziersCes relations entre les pratiques artistiques se manifestent particulièrement dans l'art chinois à l'époque des Royaumes Combattants, sous toutes ses formes, et l'art de la laque à côté de la broderie est un couple tout à fait singulier, propre à la culture chinoise.
L'époque de la dynastie Han de l'Ouest nous a laissé de nombreux textiles dans les tombes de Mawangdui Plusieurs textiles d'époque Han de l'Ouest à Mawangdui, Loulan au Xinjiang, et de Mongolie sont reproduites et analysées par Krishna Riboud dans le catalogue « Chine antique. Voyage de l'âme » indiqué en bibliographie, aux numéros 128, 129, 130, 147 à 150, (bonnes reproductions sur Wikimedia Commons à la catégorie « Mawangdui », lien ci-dessus encadré). Ces 50 pièces de soie (dont l'une est reproduite ci-dessous) sont brodées au point de chaînette et au point passé à effet de satin sur un dessin tracé à l'encre noireTraduction du cartel du musée photographié par Gary Todd (198 sur 275)., avec des formes contournées et tendues, qui se replient sur elles-mêmes, quasi abstraites, à tel point que le sujet n'est plus identifiable aujourd'hui : fleurs, oiseaux, nuages ou vagues?
L'époque de la dynastie Han de l'Est, époque de constitution de la Route de la soie, voit se développer la commercialisation de ces soies brodées au point de chaînetteLa broderie au point de chaînette, de Mongolie et d'époque Han (sans précision de l'Ouest ou de l'Est) est reproduite et analysée par Krishna Riboud dans le catalogue « Chine antique. Voyage de l'âme » indiqué en bibliographie, au numéro 149. et au point passé plat d'égale et d'inégale longueur pour leur aspect satiné et pour la représentation de feuillages, plumes d'oiseaux et la reproduction de la peinture religieuse, comme ce fut surtout le cas plus tard, sous les dynasties Tang, puis SongVoir aussi: Culture sous la dynastie Song. et YuanVoir les broderies (dont : Textile with Animals, Birds, and Flowers ; Eastern Central Asia ; late 12th–14th century . Silk embroidery on plain–weave silk) exposée à l'occasion de The world of Khubilai Khan, Metropolitan Museum of Art, New York 2010, à la page de : ..
Sous la dynastie Ming : la broderie de l'école Gu Ce type de broderie tient son nom de la famille Gu dont les femmes excellaient dans la broderie et dont les innovations furent beaucoup reprises ensuite. Leur haute qualité réside dans la combinaison de la peinture sur soie et de la broderie. Le choix des points et des matières intégrées à la soie dépendant des tons et des valeurs donnés aux parties du tableau de broderie. Han Ximeng, de cette famille Gu, serait la première brodeuse à avoir utilisé de véritables cheveux, enroulés autour du fil de soie, pour reproduire les cheveux des personnages. La paille de certains végétaux a été aussi utilisée de la même façon, ainsi que des fils d'or et d'autres métaux découpés dans de fines plaques de métal.
Les styles locaux principaux sous la dynastie Qing