Otto Strasser, né le à Bad Windsheim et mort le à Munich, est un homme politique allemand d'extrême-droite.

Il est considéré comme l'idéologue de l'« aile gauche » du Parti nazi (NSDAP) dans les années 1920. Après avoir quitté le NSDAP en 1930, il fonde le Front noir et devient critique à l’égard du pouvoir d’Adolf Hitler. Après la guerre, il rentre en Allemagne de l'Ouest en 1954, où il démarre un nouveau parti politique strasseriste en 1956 mais avec peu de succès.

Biographie Enfance Né en 1897 à Windsheim en Bavière de Peter Strasser, fonctionnaire de justice de l’État bavarois, socialiste, et chrétien, Otto Strasser fut initié très tôt à la politique par le biais de soirées consacrées à des discussions à ce sujet.

Pendant la Première Guerre mondiale À dix-sept ans, il fut volontaire comme simple soldat en 1914. Il fut blessé deux fois et finit la guerre avec le grade d’officier, lieutenant d'artillerie dans l'armée bavaroise. Il fut proposé à l'ordre de Max Joseph, une distinction qui conférait la noblesse mais que l'armistice l'empêcha de recevoirFrédéric Kisters, « Otto Strasser et le Front noir », dans Devenir, 21, été 2002, p. 6.. Son engagement au front nourrira ses expériences de la guerre et constitua le premier cheminement de sa carrière politique, en particulier à cause de l’ampleur de la défaite.

Pendant l'entre-deux-guerres En 1919, alors que son frère Gregor s'engageait dans l'action nationaliste et militait avec Adolf Hitler, Otto Strasser, lui, partit pour Berlin où, étudiant en sciences politiques, il adhère au Parti social-démocrate (SPD). Collaborateur du Vorwärts, le quotidien du SPD, et fondateur de l'Association universitaire des anciens combattants socialistes, il combattit le putsch réactionnaire de Kapp à la tête d’un groupe paramilitaire, Proletarische Hundertschaften. Il participera à la répression de la révolution communiste à Munich (république des conseils de Bavière) au sein du corps franc du général Ritter von Epp, ce qui manifeste une certaine méfiance du bolchevisme. En , Strasser quitte le SPD qu'il accuse d'avoir trahi les ouvriers lors d'une révolte, et adhère au Parti social-démocrate indépendant, où il rencontre Zinoviev qui le convainc du succès du modèle bolchevique en tant que tel et comme modèle d'action pour l'Allemagne. Il rencontre Hitler pour la première fois en . Parallèlement, Strasser étudie le droit et l'économie à l'université de Berlin, tout en étudiant la pensée d'Oswald Spengler et de Moeller van den Bruck, dont il fait sienne l'idée d'un Reich englobant l'Europe centrale. Il fréquente également les cercles jeunes-conservateurs et nationalistes, et rompt peu à peu avec le parti socialiste.

Gregor Strasser, de son côté, s'était installé en Allemagne du Nord comme organisateur régional du Parti national-socialiste (NSDAP). Il y avait pris conscience de la difficulté d'y développer un mouvement essentiellement raciste et nationaliste dans les conditions économiques et sociales de cette partie de l'Allemagne et du fait de l'importante implantation dans les masses du SPD et du Parti communiste d'Allemagne (KPD). Pour lui, les 25 points du programme du NSDAP sont inadaptés, et il demanda à son frère de l'aider dans un travail d'élaboration d'une idéologie nationale-socialiste transformée et rénovée. Otto Strasser accepta avec enthousiasme. Les deux frères se répartissent alors les tâches en fonction de leurs talents : Otto devient l'idéologue et Gregor l'organisateur et le propagandiste. Otto met au point en 1929 les Quatorze thèses sur la Révolution allemande en opposition ou en complément au programme officiel du parti.

En , ils convoquèrent un congrès à Hagen, en Westphalie, afin d'acquérir une certaine autonomie vis-à-vis de la direction de Munich. Cela se concrétisa par la création de la Communauté de travail des Gau Nord et Ouest-Allemands du NSDAP, dirigée par les Strasser, le futur chef de la SA Lutze et Goebbels. Cette équipe se dote d’une revue théorique, les Nationalsozialistische Briefe.

Lors du congrès national du NSDAP de 1926, les Strasser présentèrent un programme social-révolutionnaire alternatif à celui d'Adolf Hitler, qui insistait sur la nationalisation des moyens de production, sur une réduction de la propriété privée et sur une alliance avec l'URSS malgré leur anti-marxisme.

Le , les deux frères fondent les éditions Kampf-Verlag, qui deviendront la tribune publique de l'aile gauche du NSDAP.

Hitler, gêné par ces opposants dans sa propre stratégie (notamment : alliance avec l'industrie, prise du pouvoir par voie légale), entreprit alors de disloquer leur bloc dirigeant. Il réussit, à la fin de 1926, à obtenir le ralliement de Joseph Goebbels, puis neutralise Gregor Strasser en en le nommant chef de l’organisation du NSDAP pour le Reich. Parallèlement, tous les cadres supérieurs du NSDAP favorables à la « gauche » du parti comme les Gauleiter de Silésie, de Poméranie et de Saxe furent exclus. Otto Strasser se retrouva donc seul avec une poignée de cadres à défendre son programme dans un Gau berlinois de surcroît dirigé par Goebbels.

Après le Krach de 1929 La crise économique de 1929 radicalisa les positions. Hitler donna comme axes stratégiques au NSDAP le respect de la légalité institutionnelle et du principe électif, la fin de la propagande « anti-capitaliste », un rapprochement avec les conservateurs et l’Église catholique romaine et une intensification de la lutte anti-marxiste et antisémite. Otto Strasser, lui, affirmait que la fondation du passait nécessairement par une révolution nationale faite aux côtés des communistes. Hitler tente de racheter aux frères Strasser leur maison d'édition pour Marks mais Otto refusa. La rupture était inévitable, et le , Strasser quitta le NSDAP pour fonder la Communauté de combat nationale-socialiste ou NSKD, aussi appelée le Front noir et l'hebdomadaire Die Deutsche Revolution. Il fut rejoint par membres du parti nazi (dont les gauleiter de Brandebourg et de Dantzig), de la SA et de la Hitler Jugend. Il publie un manifeste de combat, Les Socialistes, et rejette totalement la politique menée par la direction munichoise, . Sa capacité d'action reste cependant très limitée car son frère Gregor est resté dans le parti.

Parallèlement il cherche à se rallier les adhérents et sympathisants du Parti communiste allemand (KPD) et entame des discussions en ce sens. Celles-ci se révèlent totalement contreproductives puisqu'au lieu de se gagner les communistes sensibles aux idées nationalistes, il perd plus de la moitié de ses sympathisants au profit du KPD.

Du fait de la perte de poids de ses publications, Otto Strasser est contraint de fermer sa maison d'édition le . Il cherche alors à publier divers journaux (Der Nationale Sozialist, Die Deutsche Revolution, Die Schwarze Front), mais sans grand succès : malgré le soutien d'autres groupes de droite, leur tirage ne dépassera jamais exemplaires.

La SA manifeste de plus en plus son opposition au légalisme et le non-paiement des soldes en mars-avril 1931, entraînant une crise grave dans la SA du nord de l’Allemagne. Leur chef régional, Stennes, son état-major, suivis par de ses membres, rompirent avec le NSDAP. En mai, ils fusionnèrent avec les partisans de Strasser au sein de la nouvelle Communauté de combat nationale-socialiste d’Allemagne. Parallèlement à cela, le chef de Corps-francs Hermann Ehrhardt, agissant en secret pour le gouvernement, tente de regrouper de son côté tous les opposants à Hitler ; la tentative échoue du fait de la difficulté à combattre les communistes sur le plan idéologique et les nazis sur le plan militaire de la violencePatrick Moreau, « « Socialisme » national contre hitlérisme : Le Cas Otto Strasser », dans la Revue d’Allemagne, vol. 16, 3, juillet-septembre 1984, . Également ibid in La révolution conservatrice dans l'Allemagne de Weimar, p. 377-389, Collectif (dir. Louis Dupeux), éd. Kimé.. La communauté se disloqua dès l’automne et connut une importante hémorragie de ses membres, qui rejoignirent directement le Parti communiste d'Allemagne. Strasser reconstitua alors la Communauté de combat révolutionnaire des nationaux-socialistes et lança en parallèle un front : le Front noir. Celui-ci regroupait, outre les strasseriens, des membres du Mouvement paysan, le corps franc « Les Loups Garous », la Ligue Oberland et les cercles de lecteurs de la revue Die Tat. Au niveau international, les strasseriens se lièrent, en France et en Grande-Bretagne, aux « non-conformistes des années 30 » (Ordre nouveau et la revue Plan de Philippe Lamour en France, le mouvement New Britain en Grande-Bretagne), en Espagne à Lesdesma Ramos et à ses JONS. Dans la plupart des autres pays européens, ils prirent contacts avec les mouvements indépendantistes ethniques.

Après la prise du pouvoir d'Adolf Hitler Dès la prise du pouvoir par Hitler, le Front noir fut réprimé. Certains membres furent envoyés dans les camps de concentration nouvellement ouverts (Harro Schulze-Boysen, jugé à tort proche du Front noir, y fut brièvement détenu avant d'être libéré par une intervention de sa mère auprès de GöringGilbert Badia, Ces Allemands qui affrontèrent Hitler, éd. de l'Atelier, 2000 p. 103). Il perd sa nationalité allemande sur ordre de Hitler en 1933 et devient apatride. Son frère Gregor est assassiné lors de la nuit des Longs Couteaux en 1934. Pour sa part, de 1934 à 1938, Otto put maintenir une activité clandestine qui allait de la distribution de tracts et de journaux à la mise en place d’une radio pirate et à une tentative d’assassinat contre Hitler. Ayant émigré dès 1933 en Autriche, puis en Tchécoslovaquie, il fut victime de plusieurs tentatives d’enlèvement et d’assassinat de la part de la Gestapo.

Mais son organisation se défait ; dès 1933, la centrale pragoise où Strasser s'est réfugié est menacée par l'extérieur. De plus, elle est le théâtre d'affrontements internes que le commandant de l'organisation, Friedrich Beer-Grunow, attribue principalement à l'attitude très infatuée d'Otto Strasser. Ils se séparent en 1938. Otto Strasser publie avec Kurt Hiller « l'explication de Prague », un manifeste national-révolutionnaire, qui exprime leurs vues sur l'État hitlérien et sur une nouvelle Allemagne. Beer-Grunow est arrêté par la Gestapo et interné dans le camp de concentration de Sachsenhausen (où il meurt en ). Cela sonne le glas de l'organisation.

En 1939, Otto Strasser est accusé à tort par les nationaux-socialistes d'avoir fomenté de concert avec les services secrets britanniques l'attentat de Georg Elser contre Adolf Hitler Peter Koblank, Waren Secret Service und Otto Strasser die Geldgeber von Georg Elser?, Online-Edition Mythos Elser 2005. En 1940, à la veille de l'offensive allemande à l’ouest, il fait paraître ses souvenirs de son combat au sein du parti jusqu'à la déclaration de guerre franco-britannique, d'abord en français chez Grasset sous le titre Hitler et moi, puis en allemand.

Il s’enfuit au Portugal, puis aux États-Unis et au Canada en 1943.

L'exil au Canada