Le baptistère de Parme est un monument chrétien dédié à saint Jean-Baptiste et destiné au rite baptismal ; disposant d’un autel il est également une église. Il se trouve sur la place commune à la cathédrale et au palais épiscopal de Parme, dans la région italienne de l’Émilie-Romagne.

Il est l’œuvre de Benedetto Antelami et un magnifique exemple de la transition entre l’art roman et l’art gothique italien.

Histoire L’auteur et la date de début des travaux du baptistère nous sont parvenus grâce à une inscription gravée sur trois lignes aux deux extrémités de l’architrave du portail septentrional, appelé le portail de la Vierge. Le texte en vers léonins se présente de la manière suivante :

Bis binis demptis annis de mille ducentis Incepit dictus opus hoc scultor Benedictus

Traduction: « Deux fois deux étant ôtés de 1200 [autrement dit : en 1196], le sculpteur appelé Benedetto [Antelami] a commencé cet ouvrage. »

Cette date se trouve confirmée par les annales de la ville.

L’ensemble des critiques s’accorde aujourd’hui à attribuer à Antelami la totalité de l’œuvre, c’est-à-dire le projet et sa réalisation. Mais la question est fort complexe car le monument subit diverses interventions et interruptions.

Une autre source d’informations nous est parvenue sous la forme des mémoires du franciscain Salimbene de Adam, témoin des faits.

Le chroniqueur nous informe que ses parents vendirent des maisons afin que le baptistère soit construit à leurs emplacements et son père, pendant la réalisation des fondations, y déposa des pierres commémoratives. Il nous indique aussi être né le et avoir été porté cette année là sur les fonts baptismaux dans le baptistère de Parme qui était à côté de sa maison. Cette date est cohérente avec les Annales de Parme qui ont noté que l’on commença à baptiser au baptistère le samedi saint . Cela signifie qu’à cette date le gros œuvre de la partie basse du baptistère était achevé. De plus, Salimbene rapporte une anecdote précieuse que sa mère lui racontait souvent : le de l’année 1222, alors qu’il était dans son berceau, il y eut un . Sa mère prit ses enfants et courut vers la maison de ses père, mère et frères, car elle craignait que le baptistère ne lui tombât dessus, puisqu’il était juste à côté de sa maison. Ce témoignage confirme qu’à cette époque, le baptistère n’était pas achevé et que les murs, probablement non encore bloqués par quelque voûte, étaient particulièrement instables et dangereux durant les séismes.

La chronique précise encore que durant la longue période d’hostilité (de 1229 à 1259) entre la Parme guelfe et Frédéric II, et au-delà même jusqu’à la mort de l’allié de l’empereur Ezzelino da Romano, maître de la Marche Trévisane,  fut interrompue faute de matériel la réalisation du revêtement en marbre blanc et rose provenant des carrières de Vérone sous la domination de ce Seigneur.

Enfin, l’analyse de la structure du bâtiment permet de définir trois phases constructives distinctesIl s’agit en particulier, de l’analyse dimensionnelle et qualitative des briques et des mortiers utilisés et qui présentent des différences d’une époque à l’autre, d'un four à l'autre. :

Une première phase des travaux, de 1196 à 1216 environ, conduite par Antelami qui quittera le chantier à son issue (sans que l’on sache s’il fut appelé à d’autres tâches ou s’il décéda à cette époque). Le baptistère s’élève alors à environ de hauteur, c’est-à-dire jusqu’à la première galerie extérieure incluse et, à l’intérieur, au niveau de la corniche à la base de la coupole (à ce niveau un toit plat provisoire, avait été mis en place, en témoignent la présence de trous de boulin). Entre 1260 et 1270, les Maestri campionesi interviendront pour achever la coupole interne à nervures et les trois autres niveaux de galeries externes. Au début du le bâtiment sera complété par l’adjonction de la cinquième galerie aveugle, la toiture sera refaite et seront ajoutés les clochetons (dont un médian qui sera ensuite déposé).

Le baptistère fut solennellement consacré le en présence de tous les  évêques de l’Émilie.

À l’époque médiévale, le canal Maggiore passait sous le baptistère et en alimentait la vasque baptismale.

Description Remarque préliminaire

Le baptistère offert aujourd’hui à notre regard n’est probablement pas exactement celui que projetait Antelami. Les résultats des études archéologiques montrent en effet que les arcs saillants gothiques de la coupole intérieure ont été ajoutés à une structure qui à l’origine ne les prévoyait pas. De même, les portails prévus par Antelami étaient moins ébrasés qu’aujourd’hui ; ils devaient comporter moins de colonnes. L’aspect actuel du baptistère de Crémone, qui à l’origine était recouvert de fresques, est certainement assez fidèle à ce que devait être le projet antelamique.

vignette|upright|Pour comparaison, l'intérieur beaucoup plus sobre du baptistère de Crémone.

La raison de cette déviance provient de l’intervention des magistri campionesi qui, entre 1260 et 1270, reprirent le chantier du baptistère de Parme en modernisant la structure selon la nouvelle culture gothique de l’époque. En fait le baptistère d’Antelami devait apparaître beaucoup plus proche des modèles paléochrétiens.

Une analyse des éléments se trouvant dans les tympans internes a permis de déterminer, par leur méthode de fixation, que les sculptures des anges qui s’y trouvent ont été ajoutées ultérieurement, elles n’étaient pas prévues à cet emplacement par Antelami à l’origine. Les seules sculptures du projet du Maître sont les six tympans internes et externes au-dessus des trois portes, alors que celui au-dessus de l’autel à l’intérieur et représentant le Christ pantocrator avec les quatre symboles des évangélistes et les deux angesCet ensemble a été réalisé par un auteur anonyme que faute de mieux, Quintavalle appelle : le maître du sépulcre d’Abdon et Sennen (il s’agit du maître-autel de la cathédrale de Parme)., semble avoir été placé ici ultérieurement et devait lui aussi être destiné à une autre usage.

De même, les éléments séparés des mois de l’année placés juste en-dessous du plancher de la première galerie interne et qui représentent les signes du zodiaque, semblent avoir été disposés là ultérieurementCes éléments qui étaient placés sous les mois de l’année ont été enlevés depuis quelques années,  peut-être seront-ils remis en place ailleurs un jour (ils sont visibles sur les photos ci-après dans l’article).. À l’extérieur, c’est également le cas pour les sculptures des deux prophètes David et Nathan, les deux archanges Gabriel et Michel, Salomon et la reine de Saba. Elles se trouvent toutes avoir été réadaptées et placées durant la campagne campionese de 1260-1270 dans les niches où on les voit aujourd’hui, autour du portail septentrional.

Description externe vignette|Disposition des six statues autour de la porte nord.

Le baptistère est un édifice à plan centré, de forme octogonalePlan en coupe du baptistère, voir le site (consulté le 2/04/2019) : http://web-b.ltt.it/portali/duomoparma/duomo/page.asp?IDCategoria=501&IDSezione=2449. La rigueur de sa céleste élévation est adoucie par le jeu de la lumière sur l’alternance des marbres blancs et roses de Vérone et le clair-obscur produit par les quatre couronnes de loggias-ouvertes qui le ceignentIl s’agit plus précisément de marbre Breccia Pernice.. Au sommet, les clochetons aux allures de pinacle interpellent dans ce décor roman.

La base, correspondant à la première phase exécutée par Antelami, est la zone qui regroupe la majeure partie des sculptures extérieures de l’édifice. Trois faces sont percées d’un portail, les cinq autres côtés sont composés chacun d’un grand arc en plein cintre aveugle dont une architrave soutenue par deux demi-colonnes posées sur un haut socle délimite un tympan lisse. Il convient de remarquer les chapiteaux qui coiffent ces demi-colonnes, certains, classiques, sont d’ordre corinthien, mais d’autres en forme d’ondes aquatiques font allusion au rite baptismal et sont une pure invention d’Antelami.

Symbolisme chrétien de l'octogone : L’Église célèbre toujours le baptême en référence à la Résurrection.

L’octogone, le nombre huit, désigne le premier jour de la nouvelle semaine après les six jours et le sabbat de la création du SeigneurGenèse 2, 2.. Ce jour, comme l’indique clairement Jean l’évangéliste, se rapporte à la Résurrection, à la nouvelle création initiée par le Christ ressuscité :

Jn 20, 1 : Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Jn 20, 26 : Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! ».

Par ailleurs en symbolique géométrique, l’octogone réalise la jonction entre la terre (représentée par le carré) et le ciel (représenté par le cercle).

On remarquera fréquemment dans les églises actuelles, des fonts baptismaux de forme octogonale, il en va de même d’un grand nombre de baptistères paléochrétiens.

La frise zoophore Environ à mi hauteur des demi-colonnes, une frise composée de 75 bas-reliefs sculptés dans des panneaux de marbre rouge de Vérone par l’atelier de Benedetto Antelami, parcourt tout le périmètre du bâtiment à l’exception d’un tronçon du côté sud resté inachevé (cette interruption laisse également penser qu’à l’origine,  ces panneaux n’étaient peut-être pas destinés au baptistère). Elle n’est interrompue que par les trois portails de l’édifice et s’intègre à quatre autres reliefs placés de part et d’autre de deux des portails. Ces reliefs représentent les vertus : chasteté et charité ; foi et espérance, ils fournissent la clef de lecture de l’ensemble : les passions humaines, les vices et les habitudes aberrantes, rendent l’homme semblable aux animaux et aux monstres et l’éloigne du salut que toutefois l’on peut reconquérir par un comportement vertueux.

vignette|centré|upright=2.7|Section de la frise zoophore

La succession des reliefs est la suivante :

1 Un chien, 2 et 3 Un homme en buste, 4 Un âne, 5 Une tête masculine coiffée d’une tête de lion ; peut-être Hercule, 6 et 7 Une rosace, 8 Un dragon ailé avec une tête humaine casquée, 9 Un singe dressé sur ses pattes antérieures, 10 Un griffon, 11 Une tête d’homme casquée, 12 Un dragon ailé avec une tête masculine, 13 Un dragon ailé avec une tête féminine ; peut-être une harpie, 14 Un centaure tirant à l’arc, 15 Un cerf dressé sur ses pattes antérieures, 16 Un âne, 17 et 18 Un dromadaire qui fait face à l’autre, 19 Un éléphant portant une nacelle sur le dos avec deux hommes dedans, 20 et 21 Un bœuf accroupi, 22 Un foulque ou un cygne, 23 Un griffon, 24 Un satyre tirant à l’arc, 25 Un lion blessé, peut-être par la flèche du satyre , 26 et 27 Un basilic qui fait face à l’autre, 28 Un coq, 29 Une oie, 30 Un bouc, 31 Un bélier, 32 Un chien casqué, 33 Un taureau ou un bœuf, ou un veau… 34 Une licorne tournée vers , 35 Un personnage féminin une fleur à la main, peut-être une vierge, 36 Une licorne tournée vers , 37 Un lièvre, 38 Un chien, 39 Une panthère ou un léopard casqué, 40 Une sirène, 41 Une lionne blessée, peut-être par la flèche  du satyre , 42 Un satyre tirant à l’arc, 43 Une hydre à sept têtes, 44 Une paonne, 45 Un paon, 46 et 47 Un quadrupède ailé, peut-être un chien, 48 Un quadrupède ailé, peut-être un chat, 49 Un chien, 50 Un centaure féminin tirant à l’arc, qui fait face à , 51 Un centaure masculin tirant à l’arc, qui fait face à , 52 Un aigle, 53 et 54 Un cheval qui fait face à l’autre, 55 et 56 Un quadrupède qui fait face à l’autre, peut-être un loup et une hyène, 57 et 58 Un chien marin (tête de chien, queue de poisson) opposé à l’autre, 59 Un chat marin (tête de chat, queue de poisson),