vignette|250px|Expansion de l'Empire inca (1438-1527), selon la « chronologie absolue » de John Howland Rowe, développée en 1944-1945. vignette|Les Incas sont considérés comme des précurseurs de la chirurgie du cerveau. LEmpire inca (appelé , ou en quechua, signifiant « quatre en un » ou « le tout des quatre parts »La graphie « Tahuantinsuyo » est la transcription traditionnelle hispanisante du quechua ; « Tawantin Suyu » est une graphie moderne plus proche de la phonologie du quechua, qu'on doit alors écrire « kichwa ». Tawa signifie "quatre" et l'infixe -ntin- exprime la totalité, l'intégralité ; šuyu en quechua signifie "région" ou "partie" selon González_Holguín (1608) : Vocabvlario de la lengua qquichua (vocabulaire de la langue quechua). Pour lui donner du relief, le terme est traduit par le chroniqueur Garcilaso de la Vega comme « les quatre parties du monde ». Tahuantinsuyu est traduit généralement en français par « l'empire des quatre quartiers » ; ce terme est particulièrement bien choisi, à condition de l'entendre dans le double sens accordé au mot "quartier" : d'abord au sens de partition en quatre, soit 4 provinces équivalentes en un empire unitaire, car 4/4=1 ; et aussi "quartier" au sens de zone bien identifiée et circonscrite dans une ville ; en effet, la capitale de l'Empire, le Cuzco, voyait justement sa zone d'habitat populaire divisée en quatre quartiers habités chacun par les ressortissants des quatre šuyu de l'Empire : voir notamment .), également appelé Empire incaïque (de l'espagnol Imperio incaico, qui définit également lincario comme la période de l'Empire inca), ou État inca (par les historiens ne considérant pas la monarchie inca comme un « Empire »), fut, du , un des États de la civilisation andine, issu de la civilisation inca, et le plus vaste empire de l'Amérique précolombienne. Son territoire s'est en effet étendu, à son extension maximale, sur près de de long, depuis le Sud-Ouest de l'actuelle Colombie (vallée de l'Ancasmayo., et même un moment au río Patía, région de San Juan de Pasto), au nord, jusqu'au milieu de l'actuel Chili (au río Maule), au sud, et comprenait la quasi-totalité des territoires actuels du Pérou et de l'Équateur, ainsi qu'une partie importante de la Bolivie, du Chili, et une fraction de l'Argentine du Nord-Ouest, ., soit une superficie de plus de trois fois celle de la France d'aujourd'huiEn fait, l'estimation de la superficie maximum de l'Empire Inca à son apogée varie, en fonction des sources, de (, ) à près de deux millions de kilomètres carrés, ainsi que le propose l'article du Wikipédia en espagnol.. Héritier des civilisations andines préexistantes, il était maillé par un important réseau de routes d'environ selon les sources et selon le niveau des chemins (primaire, secondaire ou tertiaire) pris en compte, voir notamment : , . convergeant vers sa capitale, Cuzco. vignette|Vase andine.
Impérialisme Il existe un débat ethno-historique concernant la nature impériale de l'État inca, et la conception d'unité socio-territoriale de la caste inca.
Le pouvoir inca se voyait, dans le cadre de la cosmovision andine, comme un espace-temps cosmique, ordonnateur chargé du monde, et représentant du passage du chaos vers l'ordre généralisé, se dotant d'une pensée idéologique originelle, justifiant la domination inca. Le modèle organisationnel inca se fondant sur les croyances spatio-temporelles andines, certains historiens doutent de la diffusion d'un modèle unique, estimant que l'apparat d'État gardait le pouvoir par la force, ou par des alliances fragiles avec les macro-ethnies locales. En effet le contrôle de l'ethnie cuzquénienne, nommée « inca », restait principalement indirect, et les structures politiques et militaires pré-impériale restaient intacts.
Le chroniqueur colonial Pedro Cieza de León fut le premier historien, en 1553, à qualifier l'entité socio-territoriale d'« Empire inca ». Cette appellation, et plus largement le lexique administratif européen, est repris par les autres chroniqueurs de l'époque coloniale à cause des similitudes entre la société andine et les royaumes européens de la Renaissance. Le terme Quechua Tahua-ntin-Suyu (du pluriel collectif ntin, et de Tahua, « quatre », et Suyu, « région, province, quartier ») désignait le fait que le conglomérat des territoires contrôlés par les incas est divisé en quatre parties.
Selon l'historienne et archéologue María Rostworowski, reconnaissant cependant l'impérialisme de l'État inca, le terme « Tahuantinsuyu » désigne l'unité territoriale et l'entièreté des quatre parties, dotées d'un chef au sein d'une hiérarchie du pouvoir, évitant le terme « empire », qui selon lui relève de la conception européenne du gouvernement. En revanche l'historien nord-américain Terence N. D'Altroy, détaillant les caractéristiques impérialistes de l'entité andine, qualifie cette dernière d'« Empire inca ». De manière similaire, l'historien péruvien Waldemar Espinoza Soriano estime que l'organisation administrative inca, éloignée des structures antiques et médiévales européennes, se rapproche de celle des États asiatiques. L'ethno-historien Juan Ossio Acuña indique que la majorité des textes coloniaux du ne mentionne pas la notion de Tahuantinsuyu, censée décrire le système d'organisation inca fondé sur la dualité et la quadripartition du pouvoir.
La stratégie impérialiste de l'État était basée sur l'organisation socio-économique préexistante des communautés andines, appliquée à une échelle impériale, peut-être en s'inspirant de la civilisation Huari, qui gouverne les Andes centrales du au . Selon les chroniques coloniales considérées fiables, la chefferie inca de Cuzco est un pouvoir insignifiant, entouré de puissantes entités (au sud la chefferie Kolla, à l'ouest les Chinchas, au nord le peuple Chanka, et à l'est la forêt amazonienne) à l'aube de l'expansion, initiée par le premier empereur Pachacútec, lequel, d'après María Rostworowski, consolide les territoires des environs de la capitale, avant de conquérir les régions de Soras et Vilcas, alliés de la chefferie Chanka, avant d'envahir l’entité Chincha, puis les Kollas, et enfin la région septentrionale du Chinchay Suyu. Sous le règne du souverain précédent, Viracocha Inca, le pouvoir Inca passe déjà de simples raids à des annexions territoriales.
La politique expansionniste inca se manifeste également dans la construction de centres administratifs, afin d'esquiver les obligations imposées par les liens personnels institutionnalisés des empereurs incas avec les souverains des macro-ethnies. Selon Hugo Burgos Guevara, les empereurs Tupac Yupanqui, Huayna Capac, et Atahualpa sont nés respectivement au centre de Vilcashuaman, à Tomebamba et à Quito, dans le cadre d'une politique expansionniste.
La mission civilisatrice et ordonnatrice incaïque était légitimée par la diffusion du modèle sociétal inca, et la modification des mythes régionaux, qui fondaient l’identité des ethnies andines.
Organisation géographique et sociale
À la confluence des géographies physique et humaine L'Empire inca a une forme très allongée. Il s'étendait en effet, à son apogée, sur près des deux tiers de l'immense Cordillère des Andes et de la côte Pacifique de l'Amérique du Sud.
Altitude versus latitude vignette|gauche|Une fontaine datant de l'époque incaïque à Písac, point d'aboutissement d'une canalisation ancienne taillée dans la pierre vive. Beaucoup de contraintes sont cependant liées à cette forme, à cette étendue et à ce caractère montagneux : pente, froid, altitude, sans oublier les côtes pacifiques souvent désertiques.
Irrigation Malgré leur climat, « ces immenses étendues désertiques […] étaient à cette époque [des Incas] des champs bien cultivés »., alors qu'elles sont souvent revenues au désert de nos jours. C'était grâce au « vaste système d'irrigation artificielle utilisé par les Incas, qu'ils n'avaient probablement pas inventé, mais qu'ils avaient développé ». De la même manière que pour les côtes au climat désertique, la mise en valeur agricole des hautes terres dépend elle aussi en grande partie de l'irrigation, « en raison de la durée de la saison sèche et de la rapide évaporation des eaux pluviales ». Car, malgré l'altitude qui tempère d'abord puis, plus haut, « continentalise » le climat, le cœur de l'Empire inca est entièrement inclus dans la zone tropicale de l'hémisphère sud, avec l'alternance des saisons sèche / humide. En revanche, le climat désertique des côtes pacifiques est dû aux courants océaniques froids qui remontent du sud (voir la section climat de l'article Pérou).
Ce savant système d'irrigation développé par les Incas comprenait un gigantesque « réseau de canaux pavés en pierre » ou sculptés dans le granit des cordillères, infiniment ramifié, ainsi que de grands réservoirs d'altitude cimentés dont on a découvert les restes, et encore des barrages, des rivières endiguées, détournées., des « tunnels creusés dans des éperons montagneux », « des écluses permettant de contrôler le volume d'eau », et « un réseau d'aqueducs [en maçonnerie] qui fut étendu à de très vastes territoires », le tout malgré les difficultés considérables liées à l'environnement montagnard auquel se sont heurtés les ingénieurs incas. Ces canaux ont parfois donné lieu à une véritable virtuosité d'ingénierie ; par exemple : « à Cajamarca, un canal a été taillé dans la roche vive sur plus d'un kilomètre, et les ingénieurs ont donné à son cours une forme zigzagante pour ralentir le débit de l'eau. À Huandoval, deux canaux [et même trois selon Wiener] se croisent perpendiculairement entre deux montagnes » sur plusieurs étages ; souvent taillés à même le granit le plus dur et donc toujours en parfait état de nos jours, « les canaux construits par les Incas constituent l'un des nombreux « miracles » architecturaux de cette civilisation »., et la meilleure illustration du « génie »« génie » dans son double sens de génie civil et d'ingéniosité. inca. L'ethno-anthropologue et archéologue Alfred Métraux partage cette admiration de Carmen Bernand pour les travaux hydrauliques des Incas, et reprend à son compte en fait, bien qu'avec un léger recul amusé, l'enthousiasme de l'Inca Garcilaso de la Vega :
Certains de ces canaux et aqueducs , plus de cinq cents ans après leur construction.
Cultures en terrasses De même, dès le Sapa Inca VIII, Viracocha Inca, les Incas (et les Chimús avant eux) comprirent « combien il importait, dans un pays très montagneux, où la population était relativement dense, de mettre à profit le moindre endroit cultivable ». D'où la mise en valeur des terres arides par l'irrigation, comme on l'a vu, mais aussi l'exploitation des pentes de montagne même les plus abruptes par la technique des cultures en terrasses (ou andenes), qui a donné lieu à des ouvrages monumentaux et spectaculaires comme on peut en voir par exemple sur les sites archéologiques de Písac et d'Ollantaytambo dans la Vallée sacrée des Incas, ainsi que sur les sites du Machu Picchu et de Choquequirao, terrasses et murailles parfois qualifiées de cyclopéennesMarcelle Weissen-Szumlanska, « A propos des Incas », in Notices et Mémoires de la société archéologique, historique et géographique du département de Constantine, , Éditions du Braham, Constantine, 1929, , 430 p..
vignette|Terrasse incaïque sur le site archéologique de Moray, à cinquante kilomètres au Nord-Ouest de Cuzco, sur l'Altiplano à plus de juste à l'Ouest du village de Maras. Terrasse circulaire (parmi d'autres à différentes hauteurs) d'environ de profondeur, conçue ainsi afin d'optimiser au maximum l'ensoleillement et créer un microclimat permettant des cultures tropicales malgré la haute altitude, et peut-être aussi des expérimentations et innovations agronomiques. ; elle présente aussi un système d'irrigation complexe.|alt=
Étagement de l'agriculture et implications sociales