Des vaccins contre l'ébolavirus du Zaïre sont développés depuis les années 1980, mais cette recherche s'est heurtée à différents obstacles scientifiques, techniques et socioéconomiques.
Depuis 2014, à la suite de l'épidémie de 2014-2016 en Afrique de l'Ouest déclarée urgence internationale, les travaux sont accélérés.
En 2023, quatre vaccins sont homologués : le premier en Chine (2017), le second en Russie (2019), les deux autres aux États-Unis (2019) et en Europe (2019 et 2020).
Ces vaccins, utiles en situation épidémique, nécessitent une évaluation continue de leur efficacité, de durée de protection, de coût-efficacité et bénéfices-risques, avec engagement international des industriels et des institutions sanitaires.
En 2026, il n'existe pas encore de vaccin validé contre l'espèce Ébolavirus de Bundibugyo qui sévit en république démocratique du Congo.
Contexte sanitaire Un Ebolavirus est un virus enveloppé à ARN simple brin de polarité négative appartenant à la famille des Filoviridae. Il cause des fièvres hémorragiques souvent mortelles, principalement dans certaines régions d’Afrique. Il infecte principalement les primates non humains et humains et pourrait éventuellement être utilisé dans des actes de bioterrorisme.
Il n’existe aucun traitement antiviral ni de prophylaxie contre la maladie à virus Ebola. Les traitements visent plutôt à diminuer les symptômes engendrés par ce virus et à améliorer la qualité de vie du patient. Des traitements symptomatiques sont administrés pour les cas graves qui doivent être réhydratés afin de maintenir les fonctions rénales et l’équilibre électrolytique. Ce traitement permet de mieux combattre l’infection et l’état de chocwww.virus-ebola.com/traitements.shtml. Ce virus pourrait faire l'objet d'usages bioterroristes. Ceci a été un argument de plus en faveur de la recherche d'un vaccin.
Les épidémies successives de fièvre Ebola peinent à être maîtrisées et sont sources de coûts humains, sanitaires et socioéconomiques élevés. Ceux-ci sont plus importants que pour d’autres types de fièvres hémorragiques souvent mortelles, causées par des virus proches des Ebolavirus comme le virus de Marburg et le virus de Lassa.
Un vaccin rapidement actif contre ce virus est donc activement recherché.
Difficultés La recherche vaccinale contre le virus Ebola s'est heurtée à plusieurs difficultés d'ordre biotechnologique et socio-économique.
Maladie à forte létalité La mise au point d'un vaccin doit s'appuyer sur l'identification des réponses immunitaires qui permettent à un individu d'éviter ou d'atténuer une infection à virus Ebola.thumb|upright=1.5|Intérieur d'un laboratoire P4. Or jusqu'en 2014, les épidémies Ebola étaient relativement restreintes et limitées en Afrique subsaharienne : quelques milliers de cas en une quarantaine d'années. La maladie Ebola ayant une forte létalité (de 50 à plus de 90 %), le nombre des survivants est d'autant réduit pour étudier et comprendre les mécanismes et les marqueurs immunologiques de protection (taux d'anticorps protecteurs par exemple).
De plus, les moyens biotechnologiques de ces pays sont insuffisants pour analyser les échantillons biologiques, et a fortiori pour un virus aussi dangereux, dans de bonnes conditions de sécurité pour le personnel de laboratoireVaccine for Ebola virus. Society for General Microbiology. (2008) www.eurekalert.org/pub_releases/2008-03/sfgm-vfe032808.php#.
La recherche vaccinale sur des modèles animaux (dans le cas d'Ebola, modèle rongeurs et modèles primates non humains) nécessite de nombreux critères et adaptations lors de transpositions de résultats aux humains (taux d'anticorps protecteurs, études d'efficacité…). Toutefois, même si la recherche sur rongeur est d'intérêt limité pour l'efficacité d'un vaccin, elle permet de démontrer qu'un vaccin-candidat est immunogène et susceptible d'être sélectionné pour être testé chez le singe.
La forte létalité d'Ebola est un obstacle à la mise en place d'essais cliniques d'efficacité vaccinale en population humaine, car il ne serait pas éthique d'imposer un groupe de contrôle (non-vaccinés ou vaccinés-placebo contre vaccinés). Les procédures de consentement éclairé sont plus difficiles à mettre en œuvre dans des populations exposées de pays ou régions à faibles ressources.
Virus vaccinaux L’usage d’un adénovirus pour concevoir le vaccin est très intéressant et fonctionne bien sur les modèles rongeurs ou primates non humains. En revanche, une partie de la population humaine possède une immunité innée contre ce type de virus. Cela limite les possibilités en ce qui concerne les souches d’adénovirus (une souche peu répandue est préférable) .
Les virus simplement tués, ou inactivés, sont inefficaces dans ce type de vaccin, parce qu’ils engendrent uniquement une réponse d’anticorps (immunité humorale). Les chercheurs ont démontré la nécessité d'une réaction médiée par la production de cellules T, qui génèrent une réponse immunitaire assez forte (immunité cellulaire) pour empêcher et même éliminer l’infection. C'est un virus atténué qu'il faut utiliser pour générer ce type de protection, mais là encore la létalité d'Ebola fait obstacle à cause d'un risque potentiel d'une atténuation insuffisante.
Économie de marché Le support industriel est aussi très important dans ce type de recherches et les coûts engendrés sont élevés. La limitation est que ce vaccin est développé sans perspective commerciale en raison d'un marché limité et non solvable. Les investissements à mener sont donc lourds, mais sans entrée d’argent attendue. Les recherches initiales s'effectuent alors sur fonds public ou philanthropique.
Plusieurs pays développés financent une recherche vaccinale expérimentale contre Ebola, en particulier les États-Unis dans le cadre d'une biodéfense contre le terrorisme (Ebola faisant partie des agents de catégorie A ou 1, dits hautement prioritaires). Mais ces travaux n'étaient pas encore utilisables ou applicables en clinique humaine.
Levée d'obstacles La plupart de ces difficultés sont surmontées dans les années 2010, surtout à l'occasion de l'épidémie d'Ebola de 2014, déclarée Urgence de santé publique de portée internationale par l'OMS le .
L'épidémie de 2014-2016 compte officiellement plus de et plus de , soit plus que lors des précédentes. Elle survient près de grands centres urbains, avec exportation de cas dans plusieurs pays développés. Ce fut l'occasion d'obtenir des données sur les rapports entre charge virale et mécanismes immunologiques de protection sur un nombre suffisant de patients survivants par des laboratoires hautement équipés, notamment aux États-Unis lors des études de suivi des importés. vignette|upright=1.5|Le président Obama s'informant auprès de Nancy Sullivan, du Vaccine Research Center's Biodefense, sur les résultats de la phase 1 d'un vaccin expérimental contre Ebola. Derrière lui, Sylvia Burwell et Anthony Fauci (2 décembre 2014). Ces évènements conduisent l'OMS à convoquer une réunion d'urgence à Genève, les 29 et sur la nécessité d'accélérer la mise au point de vaccins sûrs et efficaces contre Ebola. Y participent des experts scientifiques et de santé publique, des représentants des industriels, des agences de régulation, et des autorités sanitaires de plusieurs pays. Des éthiciens et des juristes sont aussi chargés de discuter de l'utilisation des divers traitements expérimentaux contre Ebola.
Deux vaccins sont présélectionnés (efficaces chez les primates non humains) pour entrer en phase 1 (aux États-Unis, en Europe et en Afrique sub-saharienne). D'autres candidats-vaccins sont prévus en phase préclinique.
Les participants à la réunion de Genève conviennent que la phase 1 doit être rapide avec des résultats largement partagés pour faciliter la progression en phase 2. En cas de résultat favorable, il est convenu que les essais de phase 2 en Afrique soient menés en population non-exposée (2a) et exposée (2b) (c'est-à-dire en zone non épidémique et épidémique) pour avoir de meilleures données d'efficacité et de sécurité. Les questions de faisabilité et d'acceptabilité sociale font l'objet d'un consensus avec les gouvernements locaux africains et les représentants des communautés concernées.
La même année, en 2014, l'administration Obama annonce la création d'un groupe spécial de travail, chargé d'élaborer une politique d'utilisation potentielle de traitements expérimentaux contre Ebola. Ce groupe est formé de scientifiques et d'administrateurs des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et du National Institute of Allergy and infectious Diseases (NIAD).
Recherches vaccinales Approches initiales Les recherches vaccinales contre le virus Ebola commencent dès les années 1970, à partir de virus entier inactivé. En 1980, un tel vaccin a été efficace chez le cobaye, mais non chez les primates non humains, ce qui a bloqué les essais cliniques sur les humains (les primates non humains ont un système immunitaire très semblable à celui de l’humain).
Dans la période 1980-2000, la recherche porte sur des vaccins sous-unitaires (utilisant des protéines recombinantes) et des vaccins à ADN, mais aussi sans succès lors du passage du modèle rongeur au modèle primates non humains.
En 2000, des chercheurs parviennent à élaborer une stratégie vaccinale générant une immunité tant cellulaire qu’humorale chez les macaques cynomolgus. Infectés par une forte dose du virus Ebola Zaïre de 1976, les animaux vaccinés furent tous asymptomatiques pendant plus de six mois et ce, sans qu’il n’y ait de virus détectable dans leur organisme après l’exposition initiale, contre des décès en une semaine dans le groupe contrôle Sullivan N.J. et al. (2000) Developpement of a preventive vaccine for Ebola virus infection in primate. Nature : 605-609. .
Cette approche dite , ou amorce-rappel en français, consiste à administrer un vaccin à ADN sous forme de plasmide, suivi de rappels sous forme d'adénovirus recombinant. Cette étude démontra qu’il est possible de développer un vaccin préventif contre le virus Ebola chez les primates non humains en quatre doses seulementSylvain Baize, Vincent Deubel, médecine sciences, vol.19, no12, 2003, p. 1183-1184 Fièvre hémorragique à virus Ebola : un vaccin en dose unique efficace chez le primate/ Accelerate vaccination for Ebola hemorrhagic fever. http://id.erudit.org/iderudit/007389ar.
Mises au point Primates non humains En 2003, les mêmes auteurs qu’en 2000, ont amélioré leur processus de vaccination chez le macaque pour qu’il puisse être administré en une seule dose. Le nouveau mélange d’adénovirus exprimant des protéines d'enveloppe du virus permettait une induction d’anticorps beaucoup plus rapide que précédemment. Quatre semaines après la nouvelle immunisation, les macaques infectés ont tous survécu et ce, toujours sans trace de virémie. thumb|Ouganda Ces études sont limitées par le manque de recul sur la durée de protection, mais elles indiquent que les glycoprotéines d'enveloppe du virus Ebola sont bien une cible vaccinale potentielle.
En 2005, de premiers résultats sont obtenus (de même que contre le virus de Marburg) chez des primates non humains avec un vaccin à vecteur viral, basé sur une souche atténuée recombinante de virus de la stomatite vésiculaire (VSV) exprimant une glycoprotéine d'enveloppe du virus Ebola.
Jusqu'ici, les vaccins expérimentaux ciblaient les deux souches principales de virus, les plus fréquentes et les plus dangereuses : Zaïre Ebolavirus (ZEBOV) et Sudan Ebolavirus (SUDV). Ceci sans savoir s'il existait une immunité croisée entre ces deux souches et les quatre autres existantes.
Cette question est réglée en 2007, lors de la découverte d’une nouvelle souche dans la région de Bundibugyo en Ouganda (BEBOV). Une stratégie de vaccination a permis d'observer une protection croisée contre BEBOV. D'autres protections croisées ont été constatées chez le modèle primate non humain.