La crise congolaise est une période de troubles politiques et de conflit ayant eu lieu en république du Congo (aujourd'hui république démocratique du Congo) entre et . La crise commence presque immédiatement après l'indépendance du pays et prend fin avec l'accession à la présidence de Mobutu.
Consistant en plusieurs crises gouvernementales et guerres civiles, la crise congolaise fait partie des nombreuses guerres par procuration de la guerre froide au cours desquelles les États-Unis et l'Union soviétique apportent leur soutien matériel, financier et logistique à des groupes militaires opposés. Plus de trouvent la mort pendant la crise.
L'émergence d'un mouvement national dans le Congo belge exigeant la fin de la domination coloniale belge mène le pays vers son indépendance acquise le . Peu de préparatifs ont lieu, et des questions primordiales relatives au nouvel État comme le statut des ethnies ou l'organisation du fédéralisme restent sans solution. Au cours de la première semaine de juillet, une mutinerie éclate dans l'armée, suivie d'une escalade de la violence entre civils blancs et noirs. En réaction, la Belgique envoie des troupes pour protéger la population blanche. Soutenues par la Belgique, deux régions du Congo font sécession : le Katanga (État du Katanga) et le Sud-Kasaï. L'état d'instabilité et de violence pousse l'Organisation des Nations unies (ONU) à déployer des casques bleus pour maintenir la situation sous contrôle, mais le secrétaire général Dag Hammarskjöld refuse d'utiliser ces troupes pour aider le gouvernement central de Léopoldville à combattre les séparatistes. Patrice Lumumba, le Premier ministre et chef charismatique du groupe nationaliste le plus influent, réagit à cela en demandant une assistance de l'Union soviétique, qui répond promptement en envoyant des conseillers militaires et en fournissant un soutien logistique.
L'implication des Soviétiques est très controversée au sein du gouvernement congolais et aboutit à un désaccord majeur entre Lumumba et le président Joseph Kasa-Vubu. Le général Mobutu, commandant des armées, réagit à cette situation par un coup d'État. Il expulse alors les conseillers soviétiques et forme un nouveau gouvernement, qu'il place sous son contrôle. Un gouvernement rival, fondé par Antoine Gizenga et les partisans de Lumumba dans la ville de Stanleyville, à l'est, recueille le soutien soviétique mais est rapidement battu en . Pendant ce temps, l'ONU adopte une position plus agressive envers les séparatistes après la mort de Hammarskjöld dans un accident d'avion en . Grâce au soutien des casques bleus, Léopoldville réussit à vaincre les mouvements séparatistes du Katanga et du Sud-Kasaï en .
Après l'affirmation du contrôle du gouvernement central sur les régions du Katanga et du Sud-Kasaï, une constitution conciliante de compromis est adoptée. Le leader du Katanga exilé, Moïse Tshombe, est rappelé pour diriger le gouvernement d'intérim en l'attente de nouvelles élections. Avant l'organisation de ces dernières, une rébellion éclate dans l'est du pays. Des révolutionnaires d'inspiration marxiste, les Simbas, s'emparent de l'est du pays et proclament une « république populaire du Congo » communiste à Stanleyville. Alors que les forces gouvernementales gagnent peu à peu du terrain face aux Simbas, l'intervention militaire de la Belgique et des États-Unis en pour secourir des otages capturés par les rebelles, scelle la défaite définitive de la rébellion Simba et la dissolution du mouvement.
Après les élections de , une lutte pour le pouvoir émerge entre Tshombe et Kasa-Vubu et cause la paralysie du gouvernement. Le général Mobutu organise alors un second coup d'État en , qui lui permet de rétablir un contrôle personnel sur le pays. Sous le régime de Mobutu, le Congo (renommé Zaïre en ) demeure une dictature personnelle jusqu'à son renversement, en .
Contexte Avant l'établissement de la première république en , les élites congolaises ont formé des organisations semi-politiques qui se constituent progressivement en partis politiques réels militant pour l'indépendance. Ces organisations ont généralement pour base l'une de ces trois origines : communauté ethnique, communauté d'études, intellectualisme urbain.
La plus importante de ces organisations est l'Alliance des Bakongo (ABAKO), fondée en 1950, qui est une association ethnique fondée pour promouvoir les intérêts et la langue des Bakongo (ou Kongo). L'ABAKO, dirigée par Joseph Kasa-Vubu au cours de la crise, est à la tête des demandes les plus insistantes pour l'indépendance et le fédéralisme. D'autres organisations moins connues sont Liboke lya Bangala et la Fédékaléo – qui comprennent des personnes originaires du Kasaï. Cette dernière se scinde par après en différentes organisations plus petites. Bien que ces organisations défendent des intérêts issus des provinces, elles sont cependant basées à Léopoldville, une des raisons d'être de leur création étant la nécessité de maintenir des liens entre les groupes d'origine et les nombreux immigrés dans la capitale.
D'autres groupes sont les différentes associations Alumni — dont les membres se recrutent parmi les anciens étudiants des écoles catholiques congolaises. De nombreux dirigeants politiques viennent de ces associations, dont les réseaux sont fort développés.
La troisième origine de ces groupes politiques sont les Cercles, des associations qui se développent dans les villes congolaises, qui ont l'ambition de développer la solidarité entre les évolués (élites éduquées). Selon Patrice Lumumba, le dirigeant des cercles de Stanleyville, les cercles sont créés pour « développer la formation intellectuelle, sociale, morale et physique » des évolués.
Le plan de 30 ans Au début des années 1950, la Belgique est progressivement mise sous pression pour transformer le Congo belge en un État souverain. La Belgique a en effet signé l'article 73 de la Charte des Nations unies, qui encourage l'autodétermination des peuples, et les superpuissances poussent également à une révision du statut du Congo. Les gouvernements belges ne s'aventurent pas davantage en cette direction. Cependant, le professeur A.J. Van Bilsen publie en 1955 une étude intitulée Plan de 30 ans pour l'émancipation politique de l'Afrique belge. La durée attendue pour le déroulement de ce plan, est la durée qu'escomptait Van Bilsen pour la formation et la mise en place d'élites locales capables d'assurer la gestion de l'État. Le gouvernement belge et de nombreux évolués sont sceptiques à propos de ce plan, les premiers refroidis par la perspective d'abandonner le pays, et les seconds par l'importance de la durée de cette transition. Un groupe d'évolués catholiques répond cependant positivement à ce plan par un manifeste publié dans un journal congolais, la Conscience africaine, le seul point contesté étant la faiblesse de la participation locale dans la mise en place de ce plan. L'association ethnique ABAKO décide de prendre ses marques à l'égard de ce plan, en partie à cause du fait que nombre de ces évolués catholiques ne sont pas d'origine ethnique Bakongo dont l'ABAKO défend les intérêts, mais aussi parce qu'elle défend des positions plus radicales, et moins graduelles quant à la fin du colonialisme. L'ABAKO demande la mise en place immédiate d'un pouvoir indépendant pour le Congo.
L'indépendance À partir de , la Belgique prend l’initiative de décoloniser le Congo. Initialement, dans l'esprit de l'administration belge, l’indépendance doit avoir lieu entre 1980 et 2000 ; mais l’indépendance des colonies françaises et les émeutes du 4 janvier 1959 accélèrent le processus. Au cours de la table ronde de Bruxelles, l’indépendance est fixée au . Il n'y a alors que trente universitaires diplômés dans le pays, mais 466 étudiants congolais dans les deux premières universités d'Afrique centrale (à Léopoldville et à Elisabethville) et 76 dans certaines universités européennes. De plus, le Congo compte plus d'un millier de diplômés en médecine, pédagogie, agronomie, science vétérinaire, en technologie et en théologie, et le taux de scolarisation (55 %) y est le plus haut de tous les pays « tropicaux », ainsi que le nombre d'écoles par rapport à la population (une pour 75 élèves), le plus haut niveau d'instruction (50 à 55 %) et les plus fortes dépenses pour l'enseignement (en 1958 et 1959, de francs annuellement, soit 15 % du budget) George Martelli, Leopold to Lumumba : a history of the Belgian Congo, 1877-1960..
Le , une tentative de proclamer l’indépendance du Katanga est déjouée par les services secrets belges. L’indépendance de la république du Congo (Congo-Léopoldville) est proclamée le , avec Joseph Kasa-Vubu comme Président et Patrice Lumumba comme Premier ministre. Le pays partage son nom avec celui de la république du Congo à l'ouest, une colonie française ayant gagné son indépendance en 1960 également ; elles sont distinguées par le nom de leur capitale, Congo (Léopoldville) et Congo (Brazzaville).
Déroulement de la crise vignette|droite|250px|Carte des parties contrôlées par les acteurs de la crise congolaise : en bleu, le gouvernement de Léopoldville ; en rouge le gouvernement de rébellion basé à Stanleyville ; en vert le Katanga autonome ; en jaune le Kasaï indépendant.
La première république
Des élections législatives, sénatoriales et provinciales se déroulent du 11 au au Congo belge, actuelle république démocratique du Congo. Les élections précèdent de peu l'indépendance prise sur la Belgique le . Les élections ont pour résultats des assemblées nationales et provinciales fortement fragmentées, les partis politiques s'établissant presque tous uniquement dans leurs fiefs électoraux. De ce morcellement, une coalition menée par le Mouvement national congolais de Patrice Lumumba parvient à réunir une majorité dans les deux chambres. Lumumba est ainsi nommé Premier Ministre et forme le premier gouvernement du Congo indépendant, tandis que Joseph Kasa-Vubu de l'Alliance des Bakongo en est élu le premier président par le parlement.
Mutineries Malgré la proclamation de l'indépendance politique, le nouvel État ne dispose que de peu d'officiers nationaux, et des officiers étrangers restent en place en l'attente de la formation des élites nationales. Le , l'armée (la Force Publique) basée à proximité de Léopoldville se mutine contre les officiers blancs et attaque différentes cibles européennes. Il y eut de nombreuses exactions, dont des meurtres et des viols. Ceci cause une grande inquiétude, car Européens vivent au Congo, la plupart dans la capitale, et cet événement brise la crédibilité du nouveau gouvernement qui se montre incapable de contrôler sa propre armée.
Ceci conduit immédiatement à une intervention militaire au Congo par la Belgique pour assurer la sécurité de ses citoyens. Le retour des forces militaires belges est une violation claire de la souveraineté nationale du nouvel État, l'aide de la Belgique n'ayant pas été demandée.
La sécession du Katanga
vignette|5 janvier 1963 : les troupes suédoises de l’Opération des Nations unies au Congo préparent l’attaque de Kamina au Katanga.
La province méridionale du Katanga, riche en minerais de toute nature, déclare son indépendance sous le nom d'État du Katanga. Son dirigeant, Moïse Tshombe, est un ennemi de longue date de Patrice Lumumba. Tshombe est un proche des compagnies industrielles et minières qui exploitent notamment dans la province le cuivre, l'or et l'uranium, et qui craignent de voir disparaître la source même de leur existence, car il croit que Lumumba allait nationaliser les mines du pays. Sans le Katanga, le Congo voit son économie amputée.