La Toyota TF101 est un prototype de monoplace de Formule 1 conçu en par Jean-Claude Martens et André de Cortanze pour l'écurie japonaise Toyota F1 Team. Elle est testée par l'Écossais Allan McNish et le Finlandais Mika Salo en vue de préparer la venue du constructeur nippon lors du championnat du monde de Formule 1 2002. La TF101, d'abord nommée AM01 en interne, est propulsée par un moteur V10 Toyota et équipée de pneumatiques Michelin.
La TF101 est développée et construite par le personnel de Toyota Motorsport basé à Cologne, en Allemagne, sur une période de dix-neuf mois dans le but de préparer le championnat du monde de Formule 1 . Les pilotes Allan McNish et Mika Salo effectuent, entre et , un programme d'essais intensif, réalisant un total de et sur dix circuits accueillant une manche du championnat du monde de Formule 1. Des essais ont aussi eu lieu sur le circuit Paul-Ricard qui sert de base à l'écurie.
En , André de Cortanze, le directeur technique de Toyota, quitte l'équipe à cause des problèmes de manque de performance de la TF101, et est remplacé par l'Autrichien Gustav Brunner en provenance de la Scuderia Minardi. Malgré les améliorations apportées à la monoplace, notamment de nouvelles spécifications moteur et de nouvelles pièces aérodynamiques, la TF101 s'avère être une monoplace lente qui, si elle avait été engagée en Grand Prix, aurait rarement réussi à se qualifier pour la course.
Contexte et développement Des projets pour motoriser une écurie de Formule 1 Les liens entre Toyota et la Formule 1 se tissent dès , lorsque TOM'S, une entreprise japonaise spécialisée dans la préparation des voitures de courses Toyota, engage l'ingénieur John Barnard pour concevoir une monoplace de Formule 1, dans l'espoir que le constructeur nippon soutiendrait le projet lorsque la voiture serait prête, notamment en fournissant un moteur V10. Or, les bons résultats obtenus en championnat du monde des voitures de sport poussent Toyota à ne pas soutenir ce projet. Barnard rejoint alors la Scuderia Ferrari et l'ingénieur Frank Coppuck est finalement chargé d'achever la monoplace, dotée d'un moteur V8 Ford-Cosworth HB de 700 chevaux...
À la fin de l'année , Toyota, alors engagée en championnat du monde des rallyes et préparant son arrivée aux 24 Heures du Mans 1998, annonce son intention de s'engager en Formule 1 en tant que motoriste d'ici 2000. L'objectif est double : d'un point de vue commercial, Toyota souhaite se servir de la Formule 1 pour affirmer son développement international, puisque les restrictions commerciales concernant l'automobile dans l'Union européenne seront levées en et que Toyota prévoit d'implanter une usine automobile à Valenciennes ; sportivement, l'entreprise souhaite profiter du retrait de Renault, programmé pour la fin de la saison , pour motoriser une écurie de pointe comme Williams F1 Team, la meilleure écurie du plateau, qui obtient alors un partenariat avec Castrol, qui sponsorise déjà l'équipe Toyota engagée en championnat du monde des rallyes. Enfin, Toyota souhaite concurrencer son rival historique, Honda, qui prévoit également de faire son retour en Formule 1... La décision de s'engager en Formule 1 est entérinée au printemps .
Vers un engagement en tant que constructeur vignette|gauche|alt=Photographie d'un homme debout, en chemise blanche et portant des lunettes de soleil|Ove Andersson (ici en ), directeur de Toyota Motorsport depuis sa fondation dans les années , est chargé de préparer l'arrivée du constructeur japonais en Formule 1. Dans le courant de l'année , des ingénieurs de Toyota Team Europe (qui engage la Toyota GT-One au Mans) visitent l'usine du motoriste Judd, en Angleterre, alors que l'écurie Sauber, son partenaire principal, Petronas, se rapproche du constructeur nippon dans l'optique d'une fourniture en moteurs, voire d'une entrée dans le capital de l'écurie suisse ou même d'un rachat. En , Hiroshi Okuda, le PDG de Toyota, annonce l'arrivée de son entreprise en Formule 1, en tant que constructeur et motoriste, pour ou , dans le but de rajeunir l'image de Toyota auprès du public notamment en promouvant .. Les dirigeants japonais annoncent s'engager en Formule 1 pour au moins dix ans. Financièrement, l'investissement consenti par Toyota pour mener à bien sa campagne en Formule 1 est le plus important jamais engagé par un constructeur puisqu'il se monte à un milliard de dollars sur trois ans.. La nouvelle structure est placée sous l'égide de Toyota Team Europe, à Cologne, déjà chargée du programme de Toyota en endurance et en rallye et qui a engagé André de Cortanze et l'ingénieur Rene Hilorst. La structure commence également à recruter des ingénieurs pour rejoindre l'écurie de Formule 1. Or, il est prévu que le châssis soit conçu par Toyota Technocraft, une filiale du constructeur basée à Tokyo...
En des rumeurs affirment que Toyota pourrait racheter l'écurie italienne Benetton Formula : en effet, les Accords Concorde stipulent que seules douze équipes peuvent participer au championnat du monde de Formule 1. Or, l'arrivée de Honda en tant que constructeur, prévue pour 2000, oblige le constructeur japonais à racheter une écurie existante. Rocco Benetton dément toute volonté de revendre son équipe bien qu'il se dise ouvert à la revente d'une partie du capital de l'écurie afin de s'associer avec un grand constructeur dans le cadre d'une fourniture de moteurs..
En juin, Dietrich Mateschitz, le fondateur de l’entreprise de boissons énergisantes Red Bull et actionnaire majoritaire de l'écurie Sauber depuis , annonce être en discussion avec Toyota pour revendre ses parts, estimés à de dollars. Toutefois, Peter Sauber, le fondateur de l’équipe, ne souhaite pas vendre ses actions ce qui entrave le souhait du constructeur nippon de contrôler la totalité d'une écurie déjà existante. Finalement, le retrait du projet Honda lui permet de s'engager en Formule 1 à partir d'une feuille blanche...
En octobre, Toyota annonce la fin immédiate de son programme en championnat du monde des rallyes et en endurance dans l'optique de concentrer toutes ses ressources en Formule 1 pour un engagement en ou . Toyota Team Europe, qui songe à déménager au Royaume-Uni pour attirer les meilleurs ingénieurs, projette d'utiliser un moteur V10 Yamaha, le temps de développer son propre moteur d'ici .. Pour ce faire, Toyota embauche Max de Novelis, en partance d'Ilmor et Luca Marmorini, un ancien ingénieur de la Scuderia Ferrari, tandis que le poste de directeur sportif reviendrait à l'ancien pilote Martin Brundle ou au champion du monde Damon Hill... Fin , Toyota verse une caution de de dollars à la FIA pour garantir sa place de douzième écurie inscrite au championnat du monde de Formule 1, une somme que l'écurie doit récupérer en totalité si elle s'engage dès ou à hauteur de 75 % si elle n'intègre le championnat qu'en , ce qui semble la solution la plus probable puisque Toyota pourrait consacrer l'année à tester sa monoplace et son moteur..
Au début de l'an , Toyota entame, à Cologne, la construction de son usine de Formule 1 qui doit accueillir une soufflerie, d'un coût estimé à , permettant d'effectuer des essais aérodynamiques à l'échelle 1/2. Cette soufflerie ne sera opérationnelle, au mieux, qu'au début de l'année , trop tard pour influencer la conception de la monoplace d'essai et de la première monoplace de course. Les observateurs critiquent la décision de Toyota d'installer cette usine en Allemagne alors que les toutes les écuries de pointe ont leur siège au Royaume-Uni, notamment pour profiter des dernières avancées technologiques et des meilleurs ingénieurs qui ne veulent généralement pas travailler sur le continent. Or, depuis sa fondation en 1979, Toyota Team Europe emploie à Cologne, une ville de Rhénanie-du-Nord-Westphalie où de nombreux emplois ont été détruits avec la fin de l'industrie minière et de l'acier. Le fait que Toyota reste à Cologne fait naître les rumeurs selon lesquelles le constructeur nippon bénéficierait de subventions du gouvernement local pour construire son usine, ce qu'elle dément... En mars, Toyota acquiert 5 % du capital de Yamaha, présent en Formule 1 en tant que motoriste entre et , pour profiter de son expérience passée dans la discipline.. Dans le même temps, un département marketing est ouvert afin de commencer les négociations avec d'éventuels partenaires commerciaux..
Durant l'été , Toyota Motorsport GmbH voit arriver à sa tête Tsutomu Tomita, auparavant chargé des programmes moteur de Toyota en endurance et en rallye... Toyota recrute également l'ingénieur Norio Aoki, qui a travaillé au développement des moteurs Yamaha entre et puis au département moteur de l'écurie Arrows à partir de . Des rumeurs affirment également que Toyota cherche à recruter les ingénieurs de Honda Racing Developments, qui projetait de s'engager en Formule 1 en ainsi que Steve Nielsen, le directeur sportif d'Arrows, en vain...
En , des rumeurs affirment que la société américaine Coca-Cola pourrait être le commanditaire principal de Toyota en Formule 1. Malgré le souhait du géant des boissons gazeuses de rejoindre la discipline, le constructeur japonais dément tout projet d'accord commercial avec ce dernier..
Conception de la monoplace Une préparation qui surprend les acteurs de la Formule 1 vignette|droite|alt=Photographie de l’arrière trois quarts de la Toyota GT-One|La Toyota GT-One, engagée aux 24 Heures du Mans en et en , est modifiée pour incorporer les premières pièces de la future TF101. En , Toyota affine ses plans et espère désormais pouvoir concourir dès . L'écurie décide finalement de reporter son arrivée à , préférant profiter de l'année pour mener des essais avec une monoplace de développement. Cette décision s'explique par le fait que Toyota avait prévu de concevoir un moteur V12 pour propulser la TF101, or la FIA modifie le règlement technique de la Formule 1, obligeant toutes les écuries à utiliser un moteur V10 à compter de et jusqu'en . Ce report d'un an contraint Toyota à perdre 12 de ses de dollars de caution versés à la FIA pour son engagement en Formule 1...
Au moment du recrutement de Mika Salo, Toyota annonce qu'elle s'engage en Formule 1 sous son nom propre et non sous la dénomination Lexus, la marque de luxe du groupe japonais très présente en Europe et en Amérique du Nord mais confidentielle au Japon. L'équipe de course envisage de porter son nombre d'employés à 550 d'ici et est dirigée par le Corse Ange Pasquali qui, bien qu'inexpérimenté en Formule 1, a travaillé dans les programmes d'endurance et de rallye du constructeur japonais. Pasquali est secondé par Gianfranco Fantuzzi, l'ancien ingénieur de piste d'Ivan Capelli et de Gerhard Berger au sein de la Scuderia Ferrari au début des années , et ancien ingénieur de piste de Luca Badoer et de Gaston Mazzacane chez Minardi en et ..
La TF101, dont le châssis est développé en interne dans la soufflerie de de Lola Cars, en Grande-Bretagne, doit alors arborer les couleurs de Toyota, soit le rouge et le blanc, et être présentée au début de l'année tandis que son moteur V10 de trois litres, conçu par l'ingénieur allemand Norbert Kreyer, passe sur le banc d'essai à Cologne en , sans connaître aucun problème, avant de subir d'autres tests jusqu'à l'arrivée de la TF101. À ce moment-là, Allan McNish a parcouru à bord d'une GT-One équipée des futurs composants de la monoplace de Formule 1. Mais les observateurs et professionnels de la discipline, dont le patron de McLaren Racing, Ron Dennis, déjà interloqués que Toyota n'installe pas son écurie au Royaume-Uni, accordent peu de crédit au projet, tout comme aux essais menés par le pilote britannique.... Pour Eddie Jordan, le patron de l'écurie Jordan Grand Prix, Toyota à son arrivée en Formule 1 car même si le constructeur a le deuxième effectif le plus important de toutes les écuries du plateau et un budget important, il n'a pas l'expérience des écuries historiques comme Ferrari ou McLaren..