Le Peuple breton est un magazine d'actualité mensuel fondé à Rennes en . Média généraliste, il se présente comme un magazine d'opinion qui propose à ses lecteurs de « regarder et comprendre le monde à partir de la Bretagne ».
Il est créé par 16 jeunes militants alors qu'ils fondaient l'Union démocratique bretonne (UDB), un parti politique autonomiste aux valeurs sociales et écologistes. Encore aujourd'hui, le magazine dépend financièrement du parti politique, mais la majeure partie de sa rédaction – contributeurs bénévoles comme journalistes professionnels – n'en est pas membre et ses colonnes sont ouvertes à d'autres courants de pensée.
Classé en presse périodique régionale, Le Peuple breton couvre l'information de la région depuis plus de cinquante ans. Il a publié son en . D'un quatre pages noir et blanc au format tabloïd à ses débuts, il est passé au format A4 dans les années 1970, à la couleur dans les années 1990 et comporte 36 pages. Imprimé à au plus fort de son succès, son tirage mensuel moyen s'élève en 2023 à .
Le mensuel a pour sous-titre la traduction du titre en breton : . Ce sous-titre provient d'un autre mensuel, entièrement brittophone, et publié parallèlement au Peuple breton entre 1970 et 1982. Cessant sa parution en raison de problèmes financiers, est réapparu en 1984 sous la forme d'un cahier encarté chaque mois dans la publication francophone.
Ligne éditoriale Le Peuple breton est un magazine généraliste : il aborde l'ensemble des questions pouvant concerner la société bretonne, en Bretagne et dans le monde, qu'elles soient politiques, économiques, sociales ou environnementales. D'après la journaliste de l'AFP Clarisse Lucas, .
C'est aussi un magazine d'opinion, qui présente et analyse l'actualité selon un angle breton : d'après le journaliste et élu autonomiste Georges Cadiou, le mensuel a pour ambition de « servir la cause de la Bretagne de manière démocratique et progressiste » en proposant à ses lecteurs de « regarder et comprendre le monde à partir de la Bretagne ». L'écrivain Jean-Jacques Monnier, autre élu autonomiste, parle lui d'un périodique qui , un point de vue qui fait écho au slogan inscrit sur chaque une du mensuel : .
Le Peuple breton est donc un magazine engagé. Lancé en 1964 par de jeunes étudiants alors qu'ils fondent l'Union démocratique bretonne (UDB), un parti politique socialiste et autonomiste breton, le mensuel incarne pour l'historien Michel Nicolas . L'historien et son confrère universitaire Jean-Claude Le Corre se livrent néanmoins à une critique, et ce dès 1973 : le mensuel ne fait . D'après lui, en ne présentant que , le mensuel , sans rendre .
Le titre est par ailleurs révélateur de l'angle choisi et son choix est expliqué dans le premier éditorial du journal en : . Dès ces premiers mots, la toute jeune rédaction affirme l'existence du peuple breton et exprime la dimension sociale de son engagement. En mentionnant Nantes et Saint-Nazaire, ce premier éditorial affiche aussi la position du journal en faveur du rattachement de la Loire-Atlantique à la région Bretagne : numéro après numéro, l'actualité de la Loire-Atlantique y recevra une égalité de traitement vis-à-vis des autres départements de la Bretagne historique.
Histoire À l'origine : les À l'automne 1959, un groupe d'étudiants rennais, adhérents du Mouvement pour l'organisation de la Bretagne (MOB, première structure politique de l' d'après-guerre), se constitue en cercle de réflexion autour d'une modeste revue ronéotée : , les « cahiers du jeune militant ». L'objectif est pour eux d'acquérir une formation théorique qui leur permettra de répondre au militantisme « ni droite, ni gauche » en vigueur dans le mouvement breton de l'époque. Les thèmes économiques et sociaux y font par exemple l'objet d'une attention toute particulière. Les textes que l'on peut y lire préfigurent l'état d'esprit qui présidera quatre ans plus tard à la création du journal Le Peuple breton. Car parmi les dix animateurs des se trouve le noyau fondateur du futur parti Union démocratique bretonne.
, qui fait partie de ces étudiants, exprime sa vision de la revue dans le du : .
Lancement du journal Le Peuple breton Le a lieu à Rennes la réunion constitutive de l'Union démocratique bretonne. Le nouveau parti politique compte seize jeunes adhérents dont les premières cotisations d'adhésions sont toutes mobilisées pour la sortie, quelques jours plus tard, d'un journal mensuel qu'ils choisissent d'intituler Le Peuple breton. Ce titre est repris du journal éponyme trimestriel qui était paru entre 1947 et 1948 sous la direction de Joseph Martray. Celui-ci cède le titre Le peuple breton à l'UDB en 1964.
Le plomb typographique, modèle qui permet l'impression du nom du journal dans la manchette de une, est réalisé à la main par Ronan Leprohon. Ce plomb d'imprimerie servira jusqu'en , où il sera légèrement redessiné. La composition du journal est faite par l'entreprise de linotypie Linarmor, à Rennes. Ce travail ne coûte rien : l'entreprise appartient à un certain , militant breton et accessoirement père de Jean-Marie, l'un des fondateurs du nouveau parti. Le Peuple breton est imprimé à plat, sur un papier légèrement satiné, chez M. Becdelièvre, .
Ce premier numéro comprend seulement quatre pages et n'a aucune illustration. Il livre quelques signatures des fondateurs de l'UDB, notamment Jean-Yves Veillard qui signe « Yann-Cheun », Ronan Leprohon dont le nom sera mal orthographié pendant des années et R. Dinan, pseudonyme de l'étudiant rennais Robert « Roparz » Debroise. Jean-Yves Veillard est nommé directeur de publication et restera à la tête du journal jusqu'en . Le titre est domicilié chez sa mère, couturière à façon à Rennes, au de la Liberté. Il n'a pas de compte bancaire propre pendant deux ans : celui utilisé appartient au trésorier du parti, Hervé Grall, qui est lui aussi domicilié chez sa mère, veuve de guerre, au 51 rue Inkermann à Brest. Le premier « PB » est tiré à exemplaires et est vendu , quelques jours après ce , à l'entrée du restaurant universitaire de la rue de Fougères à Rennes.
Ce numéro symbolique sera un peu plus tard — à l'occasion d'un anniversaire du journal — reproduit en fac-similé légèrement réduit, sur un papier mat. C'est cette reproduction qui est parfois présentée, à tort, comme premier numéro dans les ventes de bibliophilie bretonne.
Du journal au magazine d'aujourd'hui Pour ces étudiants engagés, de milieu modeste et souvent désargentés, ce quatre pages représente le principal instrument d'action. C'est même autour de lui que se fixe la pratique militante. Ronan Leprohon et Louis « Loeiz » Le Bec proposent des conférences dans toutes les grandes villes de Bretagne et amènent de nouveaux abonnés. Le journal est vendu à la criée le plus souvent possible, notamment à Rennes et Brest, ce qui permet d'écouler presque tous les exemplaires. Le traitement de l'actualité dans un mensuel autorisant plus de temps pour consacrer de la place à des enquêtes ou des dossiers thématiques, l'équipe rédactionnelle publie à partir de 1965 des intitulées entre autres « Droite et gauche en Bretagne », « Clergé et Bretagne », « Ouest ou Bretagne ». Après un démarrage laborieux, Le Peuple breton arrive ainsi à l'équilibre financier puis il voit ses ventes décoller à la faveur des événements de : sont désormais imprimés chaque mois. Ses lecteurs sont techniciens, ouvriers. Ils appartiennent comme aujourd'hui à la classe moyenne.
Dès 1971 et jusqu'en 1975, la rédaction publie une série de dossiers consacrés à la protection de la nature en Bretagne. Rédigés par Jakez Lefêvre et Jean-Yves Monnat de l'université de Brest, ces articles de vulgarisation scientifique abordent en une double-page les problèmes d'écologie et d'environnement. À partir de , le journal propose seize pages à ses lecteurs. Avec les progrès techniques de l'impression, l'introduction partielle de la couleur et l'usage d'illustrations abondantes, il gagne en qualité et poursuit la progression de son tirage : en 1976. L'année 1976, c'est aussi le passage du format tabloïd au format magazine A4 comprenant . 1973, 1977, 1978… pour le magazine d'opinion, chaque consultation électorale est l'occasion de monter en puissance. Il offre au lecteur à partir de l'été 1977 et, en , il tire à . Même s'il ne se lit que , le magazine a alors un impact certain. En , l'éditeur belge Casterman imprime Bran Ruz, un album de bande dessinée dans lequel le dessinateur Claude Auclair et le scénariste Alain Deschamps mentionnent « le mensuel Le Peuple breton (Pobl Vreizh) » dans leurs remerciements particuliers.
Après la victoire de la gauche en 1981 et la présence hégémonique du Parti socialiste dans la vie politique régionale, l'Union démocratique bretonne subi une baisse de ses effectifs militants et des difficultés financières importantes qui entraînent avec elles le « PB » dans une période que les observateurs appelleront la de l'UDB. Le magazine chute en lectorat et ne vend plus que en 1983. Marc Andro, le secrétaire du bureau politique de l'UDB, propose en 1984 que le magazine devienne, non plus uniquement celui du parti autonomiste, mais celui de la gauche bretonne dans son ensemble. Une proposition qui restera sans effet. Puis, à partir des années 1990 mais surtout depuis les années 2000, cette fois-ci en profitant de l'accroissement de la popularité de l'UDB, Le Peuple breton voit son audience remonter. En , l'impression du mensuel passe en quadrichromie. En 2013, son tirage s'élève à mensuels. Dix ans plus tard, en 2023, son tirage se maintient entre et selon les sources.
Le , à l'occasion de son soixantième anniversaire, Le Peuple breton titre « Un peuple vivant » avec, en Une, la photographie d’un enfant métis souriant, en habit traditionnel glazik et le drapeau breton sur l’épaule. Ce titre et ce cliché, du photographe Bruno Ansker pris en 2015 à Quimper lors du festival de Cornouaille, suscitent un flot de commentaires racistes et haineux après la promotion du nouveau numéro sur les réseaux sociaux. Des centaines de messages xénophobes et extrémistes sont postés et relayés par les réseaux d'extrême droite sur Internet, une attaque dont se fait écho la presse nationale et internationale. En quelques jours, la couverture du magazine devient virale sur le web (plus de 5 millions de vues sur le seul réseau social TwitterTweet publié le 2 janvier 2024 : https://twitter.com/Peuplebreton/status/1742197954205700302.) et provoque une vague de messages de soutien au magazine et au choix de sa Une....
Équipe rédactionnelle
thumb|upright=1.2|alt=Photo de Ronan Leprohon et Gael Briand, ancien et actuel rédacteurs en chef du magazine Le Peuple breton|Ronan Leprohon et Gael Briand lors d'un colloque de Sciences-Po Rennes consacré à l'UDB en avril 2013. L'équipe de la rédaction est entièrement bénévole et composée d'une centaine de collaborateurs réguliers dont certains sont journalistes de métier. Plus de la moitié ne sont pas adhérents de l’UDB. D'un point de vue de l'illustration, si le mensuel fait appel occasionnellement à des agences ou à des photographes professionnels, la plupart des images proviennent des militants eux-mêmes, par nature sur le terrain et par conséquent .
Les dessins de presse sont, pour la majorité d'entre eux, de la main de Joël Auvin, alias Nono. Caricaturiste reconnu — il travaille quotidiennement pour Le Télégramme et a illustré de nombreux ouvrages —, il croque l'actualité pour Le Peuple breton depuis plus de trente ans. Son premier dessin dans le mensuel est paru en 1975.
+ Liste des rédacteurs en chef Période Nom Période Nom - Jean-Yves « Yann-Cheun » Veillard - Jean-Jacques Monnier - Jean-Paul Gourmel - Joël Guégan - - Roger « Ronan » Leprohon - Jean Guegueniat - en cours Gael Briand