L'histoire de la culture du coton en Afrique subsaharienne est marquée par une expansion dans la zone franc au cours des années suivant la deuxième guerre mondiale, précédée par des cultures plus artisanales dans de nombreux pays et des tentatives d'implantation à plus grande échelle au milieu du .

Au Cameroun, bien avant la colonisation, les Dii connaissaient le coton arbustif, sùgud, et en faisaient un usage différent selon les régions. Le coton fait vivre aujourd'hui plus de 15 millions de petits paysans en Afrique subsahariennehttp://www4.ac-lille.fr/~heg/spip.php?article299.

Une origine assez discutée

L'histoire de la culture en Afrique tropicale, zone de pousse naturelle, est assez peu documentée en français. Le livre de référence de l'administrateur de la France d'Outre-mer, Charles MonteilLe Coton chez les noirs, par Charles Monteil, 1927, traitant des périodes médiévale et moderne fait souvent référence. Selon l'ingénieur agronome J. Vuillet, directeur au ministère de l'Agriculture, et auteur d'un « Historique des essais cotonniers dans la vallée du Niger de l905 à l923 », dans la Revue de botanique appliquée, on doit aux Judéo-Syriens, considérés comme les ancêtres des Peul, l'introduction de la fibre blanche en AfriqueL'Introduction de la culture du cotonnier en Afrique occidentale, par J. Vuillet(1920).

La thèse de l'origine asiatique des cotonniers africains a été longtemps défendue par Auguste Chevalier (1873-1956), botaniste français enrôlé dans deux missions de recherche en Afrique, puis directeur du laboratoire d'agronomie tropicale du muséum national d'histoire naturelle. Mais les botanistes considèrent en général maintenant qu'il y a eu plusieurs origines de cette culture: Asie, Amérique et Afriquehttp://www.coton-acp.org/docs/study/LEVRAT/1_Un%20exemple%20de%20la%20politique%20coloniale%20de%20la%20France.pdf.

Selon Elsa Yvanez et Magdalena M. Wozniak, le coton était connu dès l'époque du royaume de Méroé, où on le trouve couramment dans les tombes à partir du : vers 70, Pline l'Ancien mentionne des dans le pays que les Anciens appelaient Éthiopie, le Soudan actuel (Histoire naturelle, XIII, 28). L'étude paléogénétique des échantillons de Qasr Ibrim indique qu'il s'agissait de la variété Gossypium herbaceum, d'origine africaine, et non de Gossypium arboreum, d'origine indienne, qui dominera par la suite. Il n'était probablement pas cultivé dans la vallée du Nil, où la crue annuelle coïncidait avec la période de maturation de la plante, mais sur le plateau du Butana, entre le Nil et l'Atbara, où les oueds permettaient une irrigation temporaireElsa Yvanez et Magdalena M. Wozniak, « Cotton in ancient Sudan and Nubia », Revue d’ethnoécologie, 15 | 2019, mis en ligne le 30 juin 2019, consulté le 22 octobre 2019.

D'autres sources assurent que des souches du coton ont été introduites en Afrique par les Portugais. Il était déjà connu des populations d'une partie du Tchad avant la colonisation. L'ethnie des Foulbé, installés au pied des monts du Mandara, filait et tissait le coton, en particulier d'étroites bandes de coton servant de cache-sexe. Avec la colonisation, l'aire originelle du cotonnier, la zone tropicale, a été élargie en adaptant les variétés et les méthodes de culture.

Les échecs au Sénégal en 1720, 1817, 1850 et 1868 À partir du milieu du , les Européens bâtissent des forts sur le littoral, pour la traite négrière mais ne rentrèrent dans l'intérieur des terres que deux siècles et demi plus tard. La Compagnie royale d'Afrique échoua totalement dans une première tentative en envoyant des esclaves de Jamaïque en 1720 pour développer le coton sénégalaisLe Sahel demain : catastrophe ou renaissance ? , par Jacques Giri, page 107.

En 1816, alors que la hausse des cours mondiaux du coton déclenche l'Alabama fever, le baron Pierre-Barthélémy Portal d'Albarèdes, ministre de la Marine et des Colonies nomme le colonel Julien Schmaltz (1771-1827) gouverneur français du Sénégal. Mission, lancer un vaste plan de colonisation agricoleLe Kajoor au : pouvoir ceddo et conquête coloniale, par Mamadou Diouf, page 123. On essaya les espèces de coton indigène venant du Fouta-Toro, où les Soninkés disposent d’une longue tradition cotonnière, mais l'hostilité des Toucouleurs aux français durant l'empire lui commanda d'aller plutôt chez les Waalo. La Société coloniale africaine, rebaptisée Société coloniale philanthropique de Sénégambie, tenta une colonisation privée par d'anciens officiers napoléoniens, du type de la Vine and Olive Colony, mais fut interdite sept mois aprèsSaint-Louis du Sénégal : mort ou naissance, par Régine Bonnardel, page 62. Pour faire échouer Julien Schmaltz, les négriers maures multiplièrent les raids destructeurs..

Le botaniste français Jean Michel Claude Richard(1787-1868), arrivé avec Julien Schmaltz, a tenté d'acclimater certaines espèces végétales dans le jardin d'essai que le baron Jacques François Roger(1787-1849) lui demande de créer en 1822 à Richard-Toll, petit fort à l'embouchure du fleuve Sénégal. Le cotonnier de Daka, acheminé de Chandernagor n'eut aucun succès, le coton Jumel, découvert en Égypte au même moment un peu plus. Entre 1822 et 1825, Richard-Toll produisait de coton brut par anLe Royaume du Waalo : le Sénégal avant la conquête, par Boubacar Barry, page 222, mais en 1831, tout était terminé et Jean Michel Claude Richard partit en Guyane, terre de production cotonnière française au ..

thumb|left|300px|Le fort de Richard-Toll, au confluent du Sénégal et de la Taouey (illustration de Côte occidentale d'Afrique, 1890) La forte croissance économique mondiale des années 1850 créé une demande importante de l'industrie textile ce qui incite la France à expérimenter à nouveau la culture irriguée du coton et de l’indigo à Richard-Toll., puis en Casamance, et dans la vallée du fleuve Sénégal, des expérimentations qui resteront sans suite.

Pendant la pénurie de fibre blanche causée par la guerre de Sécession américaine à partir de 1863, Louis Faidherbe, militaire français chargé d'administrer le Sénégal favorise à nouveau les plantations. Les expériences de Théodore Lecard directeur du jardin botanique de Richard Toll, ont montré en 1865 que les rendements étaient plus que décuplés en culture d'irrigation, atteignant 200 à 300 kilos de coton par hectareLes Irrigations du Niger et la culture du coton, par René Chudeau, 1922 mais pouvant dépasser pour les bonnes terresLa Compagnie générale des oléagineux tropicaux en Casamance de 1948 à 1962, par Marina Diallo Cô-Trung, page 151

Ces expériences furent reprises en 1903Two worlds of cotton: colonialism and the regional economy in the French Soudan (1800-1946), par Richard L. Roberts, page 146 par Henry Rabaud.un négociant de Saint-Louis, du Sénégal, sous l'impulsion de l'Association cotonnière coloniale. C'est surtout le bassin du fleuve Niger qui est alors jugé éventuellement porteur par les Français en Afrique occidentale et c'est dans cette optique que l'irrigation est envisagée. II n'y a pas à tenir compte des anciennes tentatives de culture du coton faites au Sénégal vers 1825 (...) que 1a mauvaise foi des colons a fait échouer", écrit alors l'inspecteur général de l'Agriculture aux Colonies Yves HenryIrrigations et cultures irriguées en Afrique tropicale, par Yves Henry. Paris, 1918, page 252

Au début du siècle, les associations coloniales, allemandes, anglaises puis françaises

À la fin du , la Côte d'Ivoire connaissait déjà le coton, cultivé en petites quantités avec des rendements très faibles. En 1902, les filateurs français, créèrent l'Association cotonnière coloniale(ACC) qui, pour l'Afrique de l'Ouest, s'installa à Bouaké. La production ivoirienne s'élevait à seulement de coton-graine en 1912.

Fondée le et dirigée par l'industriel textile Robert Albert Charles Esnault-Pelterie (1881–1957), président du Syndicat général de l'industrie cotonnière française, l'Association cotonnière coloniale a pour mission de développer la culture du coton dans les colonies françaises. Dès 1905, elle suit les « essais industriels entrepris avec les cotons indigènes du Soudan, du Dahomey et du Cambodge » et les observations recueillies par la mission Niger-Bénoué-Tchad"Géographie économique, Colonisation, dans les Annales de géographie. 1905, pages 58 à 69.. Elle estime alors qu'il « ne sera possible de tirer parti des vastes terrains du moyen Niger et du haut Sénégal (...) qu'au jour où les voies ferrées de pénétration seront achevées ». Le premier tronçon du chemin de fer de Dakar au Niger, promu trente ans auparavant par Louis Faidherbe vient seulement de voir le jour et la ligne ne sera achevée qu'en 1924.

Dans le bassin du Niger, les essais de l'Association cotonnière coloniale ont débuté en 1903 et duré près de dix ans, mais échoué car au Mali, alors appelé « Soudan français », l'automne est une saison très sèche que les cotonniers américains implantés ne purent supporter. En 1914, une nouvelle direction fut imprimée aux études : des cultures irriguées ont donné d'excellents résultats mais furent interrompues immédiatement par la Première Guerre mondiale.

L'exemple venait d'Allemagne : le Kolonial Wirtschaftliches Komitee se fixait les mêmes buts dès mai 1900 au Togo, pour des résultats jugés « assez médiocres » en raison de l'humidité de la côte, avec seulement 26 balles de 500 livres chacune, provenant de la récolte 1902-1003, livrées au port de Brême. Née en 1902, à Manchester, la British Cotton Growing Association (BCGA), héritière de la Cotton Supply Association, lançait au monde industriel et commercial du Lancashire un appel de fonds pour organiser des missions d'études et distribuer des semences dans de nouveaux pays producteurs, en particulier dans la région du Kano, célèbre par ses tissus, au Nigeria récemment conquis, ou encore dans le Nyassaland, protectorat anglais du sud-est africain qui deviendra le Malawi en 1964.

Ces pays cherchent à limiter la dépendance de leur industrie textile, envers les États-Unis, qui ont forgé l'histoire de la culture du coton. Côté français, les résultats furent décevants, sauf en Oubangui-Chari et au Tchad à partir des années 1920, où l'Administration française recourut à des sociétés à charte établies au Congo belge.

Le Tchad et la Centrafrique, pionniers dans les années 1920

La création d'une filière organisée du coton au Tchad est due à la présence française, mais n'intervient pas tout de suite. Une loi de 1900 interdit d'abord à la métropole de dépenser de l'argent dans ses colonies.. En 1905, la colonie de l'Oubangui-Chari, correspondant à la Centrafrique actuelle, fut constituée. En 1910, les territoires français d'Afrique centrale furent organisés en une fédération : l'AEF, dont faisait partie l'Oubangui-Chari avec le Tchad, le Moyen-Congo et le Gabon. Les Français contrôlaient très partiellement ce territoire et de grandes compagnies concessionnaires reçurent la charge d'exploiter les richesses naturelles de la colonie, en premier lieu l'hévéa.

Le Tchad en fut détaché en 1920. Les premiers essais officiels de la culture du coton y furent tentés par les Français en 1921 et s'avèrent concluants. En 1924, l'administration coloniale imposa aux paysans la culture du coton, pour un prix dérisoire, en Oubangui-Chari. En 1926 des sociétés d'égrenage s'installent au Tchad. La campagne de 1927 marque dans ce territoire le véritable départ d'une culture« La culture du coton au Tchad », par Jean Cabot, dans Annales de géographie, page 502., encouragée par le gouverneur général français Raphaël Antonetti, et accompagnée par le développement de stations d'égrenage en 1928. Mais dans les années 1930, seulement de coton-graine sont produites. Vingt-cinq ans plus tard, ce sera tonnes de coton-graine, chiffre qui va atteindre. tonnes en 1971 Tchad, vingt ans de crise par Guy Jérémie Ngansop, page 19 puis monter à tonnes en 1975 et culminer à tonnes en 1998.