L’AcadieL'Acadie est parfois appelée l’Acadie contemporaine, pour la différencier de l’Acadie historique. D'autres expressions circulent, voir à ce sujet l'article Histoire du terme Acadie. est une région nord-américaine, comptant environ habitants, majoritairement des Acadiens, dont la principale langue est le français. L'Acadie comprend grosso modo le nord et l'est de la province canadienne du Nouveau-Brunswick ainsi que des localités plus isolées à l'Île-du-Prince-Édouard, en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve-et-Labrador. Au sens large, l'Acadie fait aussi référence aux communautés de la diaspora acadienne situées au Québec et aux États-Unis ; des personnes d'ascendance acadienne se retrouvent également en France, aux îles Malouines et dans les Antilles. L'Acadie possède donc une géographie complexe.

Définitions Vision d'Adrien Bérubé L'Acadie, dans son acception la plus courante, désigne un territoire situé dans les provinces de l'Atlantique, au Canada. Étant donné que les Acadiens ne vivent pas seulement dans les provinces de l'Atlantique, l'Acadie du Nord fait référence à toutes les localités au Canada et en Nouvelle-Angleterre, alors que l'Acadie du Sud fait référence à l'Acadiane, en Louisiane.. L'Acadie des terres et des forêts est un ensemble de régions éloignées de la mer, comprenant les Hauts-Plateaux, au Nouveau-Brunswick, le Madawaska, séparé entre cette province et le Maine ainsi que le Témiscouata, au Québec.. Une « Cadie » ou « Petite Cadie » est une ville ou une région québécoise où vivent les Acadiens.. En Louisiane, « Cadie » est un synonyme de l'Acadiane. Finalement, certains lieux sont liés à l'Acadie pour des raisons historiques, tels que le fort Beauséjour, la forteresse de Louisbourg, l'île Sainte-Croix et Grand-Pré.

C'est en 1979 que le géographe Adrien Bérubé propose les quatre définitions les plus courantes de l'Acadie : l'Acadie historique, l'Acadie généalogique ou Acadie de la diaspora, l'Acadie fonctionnelle ou opérationnelle, plus couramment appelée l'Acadie de l'Atlantique – incluant uniquement les secteurs francophones des provinces de l'Atlantique – ainsi que l'Acadie prospective, englobant toutes les localités francophones du Nouveau-Brunswick; c'est ce territoire qui est parfois appelé la Nouvelle-Acadie. Ces définitions ont plus qu’une portée géographique car, selon Bérubé, elles découlent de quatre idéologies qui influencent la plupart du temps l’usage ou non du drapeau de l'Acadie, des mots Acadie et Acadiens ainsi que le nationalisme acadien.

Le territoire de l'Acadie, de même que sa perception, ont évolué au fil de l'Histoire.. L'Acadie historique, ayant existé officiellement jusqu'à sa conquête en 1713, correspond aujourd'hui aux provinces Maritimes ainsi qu'à l'est du Maine et à la Gaspésie. À la suite de la Déportation des Acadiens, s'étant déroulée entre 1755 et 1763, de nombreuses familles s'établissent à l'extérieur de ce territoire, formant parfois des communautés comme au Québec, à Terre-Neuve-et-Labrador, aux États-Unis, en France, à Haïti et aux îles Malouines. La société se reforme après la déportation et les Acadiens en viennent à former une communauté distincte dans les provinces de l'Atlantique. Selon Joseph Yvon Thériault, les Acadiens s'identifient à ce territoire à partir de la publication de la version francophone du poème Evangéline par Pamphile Le May en 1865. Par sa politique de colonisation à la fin du et au début du , le clergé catholique finit par élargir ce territoire.. Le clergé met en fait en valeur le territoire de l'Acadie historique, ce que des auteurs comme Jean-Paul Hautecoeur et Michel Roy dénoncent comme un fantasme à partir des années 1960; c'est d'ailleurs à cette époque que le concept de l'Acadie de l'Atlantique gagne en popularité. L'Acadie devient ensuite associée davantage à une province, dans ce cas-ci le Nouveau-Brunswick, autrement dit l'Acadie prospective; c'est le territoire revendiqué durant les années 1970 pour la formation d'une province acadienne par le Parti acadien. Les travaux d'Adrien Bérubé sont critiqués notamment par Cécyle Trépanier, pour qui l'Acadie des Maritimes est un mythe. L'Acadie généalogique est mise en valeur depuis le premier Congrès mondial acadien, où l'attention est portée sur tous les Acadiens, incluant ceux de la diaspora, donnant l'impression d'un territoire flou selon J.-Y. Thériault.

Plusieurs géographes ont tenté de produire une carte géographique de l'Acadie, en se basant notamment sur le recensement de Statistique Canada puisque la plupart des francophones des provinces de l'Atlantique sont des Acadiens.. La plupart des cartes surestiment ou sous-estiment pourtant le territoire, un problème causé en partie par l'anglicisation et un sentiment d'appartenance variant d'une localité à l'autre de même que par l'absence de reconnaissance officielle. L'inclusion du Québec – ou plutôt de ses localités acadiennes – dans l'Acadie est un sujet controversé. Il en est de même pour Terre-Neuve-et-Labrador bien que l'appellation d'Acadie de l'Atlantique ait remplacé celle d'Acadie des Maritimes afin de reconnaître la culture acadienne de cette province.. Pourtant, l'existence même de l'Acadie n'est jamais remise sérieusement en question, que ce soit par les Acadiens comme par les anglophones.

Autres définitions Plusieurs géographes ont tenté de donner une définition de l'Acadie, en suivant quatre méthodes différentes. Certains, comme Allan Rayburn, tentent de se fier aux limites historiques de l'Acadie. D'autres, comme R.A. Leblanc, se basent sur la répartition des Acadiens après la Déportation. C. Williams tente quant à lui de faire une « carte mentale », c'est-à-dire le territoire que les gens perçoivent comme étant l'Acadie. Il en vient à la conclusion que les anglophones des territoires touchés définissent généralement l'Acadie selon des critères historiques, alors que les francophones ont une perception de l'Acadie s'approchant plus de la répartition de la langue française.J.-C. Vernex note plutôt une grande diversité de perceptions, parfois même dans des villes voisines. Adrien Bérubé a tenté de déterminer les limites de l'Acadie en comparant 46 comtés de l'est du Canada aux moyens de 48 critères socio-économiques. Il en est venu à la conclusion que 8 comtés des Provinces maritimes s'approchent plus à l'est du Québec qu'au reste des Maritimes, tout en ajoutant que cela démontre l'homogénéité des comtés dit acadiens.

En 1994, à la suite de nombreuses entrevues effectuées aux quatre coins des Maritimes, Cécyle Trépanier en est venue à une conclusion différente de celle de Bérubé, reprenant ses quatre définitions de l'Acadie et en ajoutant trois autres. L'Acadie généalogique ne serait ainsi pas seulement liée aux descendants des survivants du Grand Dérangement et n'aurait pas vraiment de rapport avec un territoireCécyle Trépanier, « À la recherche de l'Acadie et des perceptions identitaires des Acadiens des provinces maritimes du Canada ». L'Acadie opérationnelle serait plutôt l'« Acadie officieuse », car 49 % des répondants considèrent que l'Acadie regroupe quelques rares secteurs des Maritimes, où les gens parlent français ou non. L'Acadie prospective serait perdue car peu de gens s'intéressaient au départ à l'indépendance. Des trois autres définitions apportées par l'auteur, la première est l'« Acadie sentie et vécue », autrement dit que 45 % des Acadiens des Maritimes considéreraient l'Acadie non pas selon l'endroit où l'on vit, la généalogie ou l'histoire, mais par sa manière de vivre et ses sentiments envers son identité et son « pays ». La deuxième est l'« Acadie déconcertante », autrement dit le fait que 5 % des gens, selon l'auteur, ne peuvent tout simplement pas donner une définition de l'Acadie. Finalement, l'« Acadie folklorique » serait un mirage que l'on vend aux touristes, dont le lieu le plus symbolique est le Village historique acadien, un village reconstituant la vie des Acadiens de 1770 à 1939, situé près de Caraquet.

Selon un autre article de Cécyle Trépanier publié en 1996, l'Acadie des Maritimes est un mythe et il y aurait en fait six Acadies : l'« Acadie torturée » du Cap-Breton, appelée ainsi car ses habitants ont été réduits au servage pendant plus d'un siècle, qu'ils ont eu de la difficulté à avoir des services en français et qu'ils sont toujours peu présents en politique.; l'« Acadie silencieuse » de l'ouest de la Nouvelle-Écosse, où les habitants font peu d'efforts pour développer leur économie et protéger leur culture, à cause d'un sentiment d'infériorité selon l'auteur; l'« Acadie solidaire », autrement dit la Région Évangéline où, car malgré leur statut minoritaire, les Acadiens ont su réduire l'effet de l'anglicisation, développer la coopération et promouvoir leur culture; l'« Acadie frileuse » du sud-est du Nouveau-Brunswick, où la population est peu politisée et peu consciente de son histoire alors que le français est peu présent; l'« Acadie prétentieuse » est la péninsule acadienne, où les Acadiens sont généralement très fiers de leur culture, de leur histoire et de leur langue, ce qui les fait souvent comparer aux Québécois; finalement, l'« Acadie brayonne » du Madawaska est appelée ainsi à cause du sentiment de différence de sa population et de son attachement à la région.

Certaines personnalités ont décrit l'Acadie comme « n'ayant pas de frontières » (Édith Butler), comme un « archipel » (Joseph Yvon Thériault) ou comme une « géographie de l'âme » (Pierre Perrault).

Situation Les principales localités et régions de l'Acadie sont réparties dans les quatre provinces de l'Atlantique : l'Île-du-Prince-Édouard, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve-et-Labrador. La région doit son nom à l'océan Atlantique, qui la borde au sud et à l'est. Ces provinces sont situées au nord-est de l'Amérique du Nord. Le Nouveau-Brunswick se trouve sur le continent ; il touche à l'État américain du Maine à l'ouest et au Québec au nord-ouest, que la baie des Chaleurs sépare ensuite au nord. Le Nouveau-Brunswick est rattaché par l'isthme de Chignectou à la Nouvelle-Écosse, au sud-est ; la baie de Fundy les sépare à l'ouest. La principale île de la Nouvelle-Écosse est l'île du Cap-Breton, au nord-est de celle-ci. Terre-Neuve-et-Labrador est situé au nord-est, séparé de l'île du Cap-Breton par le détroit de Cabot. Cette province est en fait constituée de deux parties, l'île de Terre-Neuve, au sud, et le Labrador, au nord, séparé par le détroit de Belle-Isle et limitrophe du Québec à l'ouest. L'Île-du-Prince-Édouard est située à l'est du Nouveau-Brunswick et au nord de la Nouvelle-Écosse ; le détroit de Northumberland les sépare. Le golfe du Saint-Laurent, le principal plan d'eau, se trouve au nord et borde toutes les provinces. Les îles de la Madeleine, faisant partie du Québec, sont situées dans le golfe tandis que Saint-Pierre-et-Miquelon, une possession française, est située dans l'océan, au sud de Terre-Neuve.