La culture de l'AcadieL'Acadie comprend grosso modo le Nord et l'Est de la province canadienne du Nouveau-Brunswick ainsi que des localités plus isolées à l'Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador et en Nouvelle-Écosse. Au sens large, l'Acadie fait aussi référence aux communautés de la diaspora acadienne situées au Québec et aux États-Unis ; des personnes d'ascendance acadienne se retrouvent également en France, aux îles Malouines et dans les Antilles. L'Acadie n'est pas reconnue officiellement mais formerait une nation par sa langue, sa culture, ses institutions et ses symboles. a plusieurs caractéristiques qui la différencient de celle d'autres régions du Canada.

Symboles thumb|upright=0.7|Marcel-François Richard, l’instigateur de plusieurs des symboles nationaux. Sainte patronne et fête nationale

La sainte-patronne de l’Acadie, Notre-Dame-de-l'Assomption, fut le premier symbole choisi, lors de la première Convention nationale acadienne, organisée en 1881 à Memramcook.. Ce choix n’est pas étonnant car la France était sous la protection de la Vierge Marie lors de la fondation de l’Acadie. La fête nationale de l’Acadie fut aussi choisie lors de la première Convention nationale acadienne. Le débat fut chaudement disputé entre le , jour de la Saint-Jean-Baptiste et fête nationale des Canadiens français, et le , jour de l’Assomption. Face à l’insistance de Marcel-François Richard, les délégués votèrent en faveur du .

Drapeau

thumb|left|Le drapeau de l’Acadie. Le drapeau de l’Acadie, ou tricolore étoilé, fut proposé par le curé Marcel-François Richard le , lors de la seconde Convention nationale acadienne se déroulant à Miscouche, à l’Île-du-Prince-ÉdouardLandry et Lang (2001), , 192.. Le drapeau fut adopté le lendemain. Il consiste au drapeau français avec une étoile dorée, ou Stella Maris, dans la partie bleue. L’étoile représente la Vierge Marie et sa couleur est associée à la papauté, signifiant l’attachement des Acadiens à la religion catholique et l’importance de l’Église dans l’histoire de l’Acadie.. Le drapeau original, brodé par Marie Babineau, est conservé au Musée acadien de l’Université de Moncton. Le drapeau est aujourd’hui le plus populaire des symboles de l’Acadie.

Hymne

L’hymne national de l’Acadie fut choisi lors de la Convention de 1884. Il consiste en un texte latin, l’Ave Maris Stella. Entonné par Marcel-François Richard lors de la première levée du drapeau acadien, le chant fut proposé par Pierre-Amand Landry comme symbole national peu après puis adopté à l’unanimité par les délégués. Il remplaçait les divers chants patriotiques utilisés à l’époque, dont La Marseillaise. Cet hymne est controversé depuis son adoption car certains n’acceptent pas qu’un chant religieux soit utilisé lors de fêtes où l’on sert de l’alcool. Un concours fut organisé par la Société nationale de l'Acadie en 1994 afin de créer des paroles en français; la gagnante fut Jacinthe Laforest et la nouvelle version fut chantée pour la première fois par Lina Boudreau.

Autres fêtes Depuis 2005, au Canada, le est officiellement la « Journée de commémoration du Grand Dérangement », en célébration de ce jour de 1755 où fut décidée la déportation des Acadiens. Le , Jour du souvenir acadien, célèbre la mémoire des Acadiens qui ont péri dans l'Atlantique Nord de faim, de maladie, et de noyade durant la déportation. Les gens commémorent l'évènement en portant une étoile noire Pioneer Journal, Summerside, Prince Edward Island, 9 December 2009..

Autres symboles thumb|Les saules de Grand-Pré au début du . La devise de l'Acadie est L'union fait la force. L'insigne acadienne consiste en une bandelette de soie bleue en haut de laquelle apparaît une étoile entourée de rayons, surmontant un bateau voguant à pleines voiles, dont le pavillon porte le mot « Acadie ». La devise nationale est écrite en dessous du bateau et le tout est surmonté d'une rosette rouge et blanche. L'insigne doit être porté à la boutonnière durant les jours fériés. Ces deux symboles ont été choisis lors de la Convention nationale acadienne de 1884. Il est possible que les délégués présents aient voulu imiter les symboles choisis lors d'un Congrès de la Saint-Jean-Baptiste organisé à Québec quatre ans plus tôt.. La devise est rarement utilisée. Quant à elle, l'insigne n'a pas été populaire et est pratiquement oubliée de nos jours; il en existe un seul exemplaire conservé au Musée acadien de l'Université de Moncton. L'insigne a par contre inspiré les armoiries de la Société nationale de l'Acadie, dévoilées en 1996 à Miscouche..

thumb|left|Françoise-Marie Jacquelin défendant le fort La Tour. Il existe plusieurs autres symboles non officiels. L'un des plus anciens est le poème Evangéline de l'auteur américain Henry Longfellow, publié en 1847. Des concours annuels sont organisés dans plusieurs communautés afin de choisir un Gabriel et une Évangéline, les deux personnages principaux du poème. Le phare est une très ancienne forme utilisée dans l'architecture, l'artisanat et l'art acadien; le monument de l'Acadie à Québec représente un phare surmonté d'une étoile. Le saule représente selon la légende le site d'un ancien établissement acadien; Grand-Pré compte des saules vieux de plusieurs siècles, qui ont inspiré le roman Le saule de Grand-Pré de René Verville.

L'Acadie compte plusieurs héros. Certains sont connus pour leurs faits d'armes, comme Françoise-Marie Jacquelin pour sa défense du fort La Tour contre Charles de Menou d'Aulnay, Joseph Brossard (ou Broussard) dit Beausoleil pour sa résistance durant la Déportation des Acadiens et Louis Mailloux tué lors d'une fusillade pour la défense des écoles catholiques et francophones à Caraquet. D'autres, comme Tante Blanche et Henriette Pelletier au Madawaska ainsi que Édith Pinet et Stanislas-Joseph Doucet dans la Péninsule acadienne, sont reconnus pour leur soutien médical ou humanitaire. Yvon Durelle est considéré comme un héros pour ses exploits sportifs.

Religion

thumb|upright=0.5|Église Saint-Jean-Baptiste de Miscouche Les Acadiens sont majoritairement catholiques.. L'interprétation du christianisme en Acadie mêle des croyances au surnaturel, en particulier les esprits et la sorcellerie, mais ces pratiques sont en baisse. L'archidiocèse de Saint-Jean recouvre tout le territoire de Terre-Neuve-et-Labrador, l'archidiocèse de Moncton comprend tout le Nouveau-Brunswick alors que l'archidiocèse de Halifax couvre à la fois la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard.

Les Acadiens sont à l'origine tolérants envers les autres religions et confessions car certains des fondateurs sont protestants. Le clergé n'est d'ailleurs pas très présent et s'intéresse surtout à l'évangélisation des Micmacs ; en fait, la pratique de la religion est surtout une affaire familiale à cause de la pénurie de prêtres. Les Acadiens conservent la liberté de religion après la signature du traité d'Utrecht en 1713. À la suite de la déportation des Acadiens, les relations deviennent tendues entre la population et les prêtres et évêques, qui sont désormais majoritairement Écossais ou Irlandais, et anglophones. Des prêtres acadiens sont formés au Collège Saint-Joseph dès 1865 mais ceux-ci sont envoyés principalement dans des régions anglophones. Un débat pour l'acadianisation du clergé commence dans les années 1880 et un premier évêque, Alfred-Édouard Leblanc, est nommé en 1913. Un mouvement s'organise ensuite pour demander au pape une meilleure représentation dans le clergé, malgré l'opposition des anglophones, avec succès. La demande de créer un archidiocèse à Moncton cause encore plus d'opposition mais est aussi acceptée en 1936Griffiths (1999), , 130.. Le diocèse d'Edmundston en est détaché en 1944 alors que le diocèse de Yarmouth est séparé de celui d'Halifax en 1953. La foi catholique reste liée à l'acadianité jusque dans les années 1940, où une majorité des membres de l'élite sont soit des religieux, soit ont été formés dans des collèges catholiques. Les communautés religieuses occupent une place fondamentale dans les secteurs de l'éducation et de la santé jusqu'aux années 1970. Comme dans plusieurs régions du monde, la pratique religieuse baisse ensuite alors que le nombre de prêtres est en baisse et que certaines paroisses ne sont même plus desservies. La foi catholique reste toutefois importante pour une bonne partie de la population mais son lien avec l'acadianité devrait être différent dans l'avenir selon l'historienne Naomi Griffiths.

L'interprétation du catholicisme en Acadie accorde une place importante aux femmes, une situation démontrée par le grand nombre d'églises dédiées à une sainte, aux cathédrales qui sont dédiées à Marie ou à Sainte Anne et au fait que deux communautés religieuses féminines ont été fondées en Acadie, soit la Congrégation des Filles de Marie de l'Assomption et la Congrégation des Religieuses de Notre-Dame du Sacré-Cœur, contrairement aux communautés masculines, qui proviennent toutes du Québec ou de France. Le culte de Sainte-Anne est en fait très important et l'imposition de Marie de l'Assomption comme sainte-patronne n'y a rien changé. La mer occupe aussi une place importante dans la religion, notamment par la célébration toujours très populaire du dimanche des pêcheurs et de la bénédiction des bateaux.

Langues Il existe plusieurs dialectes acadiens. Le français acadien est le principal dialecte du français, parlé dans toute l'Acadie, sauf au Madawaska, où le français de la vallée, ou brayon, est beaucoup plus influencé par le français québécois. Par ailleurs, les Acadiens du Québec parlent surtout le français québécois, bien que le français acadien soit très courant dans certaines régions comme les îles de la Madeleine. Le chiac, parlé aussi dans la région de Moncton, est parfois décrit comme un dialecte du français fortement influencé par l'anglais, parfois comme une langue à part entière. Les populations anglicisés parlent généralement l'anglais américain ou l'anglais des Maritimes.

Il n'existe par d'organisme de normalisation en Acadie mais l'Office québécois de la langue française y joue une influence indéniable, particulièrement dans le langage technique. Certains organismes provinciaux jouent par contre un rôle restreint, par exemple dans la toponymie. Plusieurs auteurs se sont penchés sur l'étude du français acadien. Le glossaire acadien a été publié par Pascal Poirier en 1925 et réédité en 1993. Yves Cormier a présenté son Dictionnaire du français acadien en 2009. Ces dictionnaires se concentrent uniquement sur les acadianismes. Les principaux dictionnaires français en incluent par contre quelques-uns, mais il existe de nombreux oublis notoires, par exemple de mots n'ayant pas d'équivalents dans la francophonie, ainsi que certaines erreurs.

Éducation

thumb|upright=1.5|L'Université de Moncton.