Richard John Beattie-Seaman dit Richard Seaman et surnommé Dick Seaman, né le à Chichester (Angleterre, Royaume-Uni) et mort le à Spa (province de Liège, Belgique), est un pilote automobile britannique. Considéré comme l'un des meilleurs, sinon comme le meilleur pilote de Grand Prix britannique de l'entre-deux-guerres, il s'impose comme le meilleur coureur de l'année 1936 sur voiturettes puis rejoint Daimler-Benz AG entre 1937 et 1939 avec qui il remporte une Grande Épreuve, le Grand Prix d'Allemagne en 1938. Il trouve la mort lors du Grand Prix de Belgique 1939.
Issu de la haute bourgeoisie britannique, il s'écarte de la carrière que lui prévoient ses parents pour courir aux côtés de son collègue d'école, Whitney Straight. Quittant progressivement les études, il s'engage en voiturettes au sein de l'écurie de son ami en 1934. La retraite sportive prématurée de ce dernier à la fin de l'année conduit Seaman à monter une structure semi-indépendante. En 1935, il conclut un accord avec la firme britannique ERA. En milieu d'année, découvrant que l'écurie s'est jouée de lui, il se libère de ses engagements, conserve la voiture et change de stratégie. Avec sa propre structure et des mécaniciens indépendants, il renoue avec le succès avec notamment trois victoires de rang.
Décidé à en 1936, il acquiert une Delage vieille de dix ans que ses mécaniciens optimisent massivement. Avec, il remporte presque toutes les courses auxquelles il participe et est le meilleur pilote de voiturettes de la saison, ce qui lui ouvre les portes de l'écurie Mercedes. Recruté comme pilote Junior en 1937, c'est-à-dire comme remplaçant, il gagne la confiance de ses pairs avec une belle deuxième place à la Coupe Vanderbilt. L'année suivante, il remporte une Grande Épreuve comptant pour le championnat d'Europe des pilotes, le Grand Prix d'Allemagne. Cette même année, il rencontre et se marie avec Erica Popp, fille du président et cofondateur de BMW, ce qui entraîne une complète rupture de ban avec sa famille.
En 1939, il subit la concurrence des pilotes allemands et se voit privé de départ à Pau, car les voitures reviennent en priorité aux pilotes allemands en dépit de ses performances aux essais. Richard Seaman entend décrocher la victoire en Belgique et revenir sur le devant de la scène. Alors qu'il est en tête, sous la pluie de Spa, sa monoplace part en glisse, s'encastre dans un arbre et s'embrase. Retiré gravement brûlé du véhicule, Richard Seaman succombe à ses blessures peu après minuit.
Biographie Une jeunesse dorée Prime jeunesse : naissance et éducation
William Beattie-Seaman (ancien directeur de la compagnie W.P. Lowrie & C et de la distillerie James Buchanan) et Lilian Graham Pearce, tous deux veufs, se rencontrent en . Il est alors âgé de quarante-neuf ans, a déjà une fille issue de son premier mariage (Dorothy, alors âgée de dix-sept ans) et connaît déjà les premiers signes de la faiblesse cardiaque qui le handicaperont pour le restant de ses jours. Elle, éduquée selon les préceptes de la société victorienne malgré les vingt-et-un ans qui les séparent, est alors promise à un autre, mais leur amour les conduit à rapidement s'épouser le ... Leur unique enfant, intensément voulu, Richard John Beattie-Seaman, naît le à Chichester....
thumb|left|alt=Photo actuelle d'une rue d'Ennismore Garden, avec des maisons victoriennes à façade blanche.|Ennismore Gardens Mews, le quartier de Londres où la famille Beattie-Seaman habite.
Le prénom est choisi en hommage à un ami du père, mort à vingt-sept ans. Il est aussi décidé de placer en banque d'importantes sommes sur deux comptes bloqués qui seront débloquées pour le vingt-septième anniversaire de leur enfant (respectivement ).. La fortune de la famille Beattie-Seaman, issue de propriétés en Écosse et du whisky revint à son père après la mort des autres héritiers potentiels sans descendance puis de la propre mère (Agnes) et des deux sœurs (Anne et May) de ce dernier.
Réduit par une crise cardiaque, William laisse peu à peu le choix des importantes décisions pour la famille à sa femme Lilian qui décide notamment, en 1915, de déménager de leur demeure, trop proche de la base navale de Portsmouth et des baraquements de Southsea pour une autre, moins exposée aux dangers de la Première Guerre mondiale, dans le Suffolk. En , c'est encore elle qui décide de déménager pour le 3 Ennismore Gardens à Londres, dans le district de Prince Gate's.
Richard grandit à Ennismore Gardens. À cette époque, il commence sa scolarité qui le conduit vers des écoles pour garçons issus de familles aisées. Conduit à l'école par le chauffeur de la famille, il développe son intérêt pour l'automobile. L'état de santé son père empirant, la famille part en croisière, de la Scandinavie jusqu'à Venise, ce qui permet au jeune Richard de rouler à bord de voitures étrangères. Plus tard, en 1925, alors qu'il se languit de retrouver la campagne anglaise, il presse ses parents de louer une maison. Une demeure est trouvée à Weald Hall dans l'Essex dont le propriétaire, âgé de dix ans et orphelin de son père (tué pendant la Grande Guerre), devient l'ami du jeune Beattie-Seaman. C'est sur les petites routes de la propriété que Richard aurait appris à conduire. Sa mère, Lilian . En vue de le préparer à long terme à une carrière dans la diplomatie (qui pourrait dans le meilleur des cas se poursuivre au Parlement comme député) son père lui fait intégrer en 1926, non pas la même école que lui (Harrow) mais celle de Rugby où les différentes tentatives de le faire participer à des sports collectifs mettent en évidence son caractère individualiste, sinon de leader de groupe.
Adolescence : un intérêt croissant pour la course automobile thumb|right|alt=Photo de la Rubgy School avec, son terrain de rugby en premier plan et ses bâtiments, au deuxième plan.|À la , où il est scolarisé, Richard Seaman se distingue par son inaptitude à participer à des sports collectifs.
L'intérêt de Richard Seaman pour l'automobile commence à prendre concrètement le pas vers 1929. Avec son camarade d'école Anthony Cliff, il entame une collection de magazines sur l'automobile ; son idole est alors le pilote de vitesse Sir Henry Segrave. Il se met à rêver d'une voiture de course, la « Seaman » dont il réalise des dessins. Au sein de l'école où la pratique du vélo est encouragée, le trio des « Trois mousquetaires » formé par Richard, Anthony et Rainald Lewthwaite, un troisième écolier, possède illégalement deux motos (un assemblage sur base de side-car Rover et BSA) qu'ils utilisent pour se rendre en ville. La transgression est découverte lorsque Richard se brise la clavicule dans un accident à son bord.
Après les vacances scolaires de 1929 passées en France près de Tours pour étudier le français, Richard Seaman, qui a entre-temps obtenu son permis de conduire, sillonne la France, le nord de l'Espagne et l'Italie dans l'espoir de participer à des courses. Il ne cache pas à ses parents son souhait de devenir pilote de course mais ceux-ci n'y prêtent pas une grande attention, croyant à une lubie passagère.
En 1931, à dix-huit ans, Richard Seaman est en passe d'intégrer l'université. Ses résultats trop faibles le contraignent à suivre des cours particuliers en vue d'un examen complémentaire pour déterminer son admission. Pour qu'il puisse se rendre chez son professeur particulier, situé à Orpington dans le Kent, William Beattie-Seaman offre à son fils une voiture de sport Riley Nine Brooklands. Le , ce dernier s'en sert pour se rendre à Shelsley-Walsh disputer la course de côte qui s'y tient, l'épreuve sportive la plus ancienne alors organisée au Royaume-Uni. Seaman s'inscrit ainsi à sa première course et termine deuxième de sa catégorie, celle des amateurs sur voitures de sport de moins de . Le vainqueur de la catégorie est Whitney Straight, un jeune homme originaire des États-Unis d'Amérique qui fait lui aussi ses débuts en course.
Majorité : étudiant à Cambridge thumb|upright|alt=Photo d'un bâtiment d'apparence moyenâgeuse avec une horloge sur la façade| à Cambridge est une école de l'excellence pour une jeunesse fortunée où évoluent de nombreux amateurs de courses automobiles. À la fin de l'été, en , Richard Seaman intègre l'université de Cambridge au sein de . Sous la houlette d'un tuteur, il y étudie dans sa première année le français et passe la première partie de son diplôme en langues modernes et médiévales en . Après cela, il se détourne des langues pour un diplôme en politique et passe, dès l'année suivante, les épreuves d'économie et de géographie.
Moins assidu à l'école que ne l'était son père , il s'ouvre au théâtre, au cinéma et au jazz (il commence alors une collection de disques). Au , en 1932, il trouve aussi l'occasion de pratiquer plusieurs activités sportives comme le vélo ou l'aviron avec le . Le club d'aviron le retient même pour faire partie de l'équipage qui doit prendre part à la régate de Henley mais il se voit barrer la route par le Prince Abhas de Siam, cousin du Prince Chula Chakrabongse de Siam, à qui la place revient.
À cette même époque, il rejoint le qui lui donne l'opportunité de retrouver Whithney Straight. Le jeune américain, lui aussi en attente d'obtenir son diplôme, prévoit de courir à bord d'une Maserati Tipo 26 M comme le fit en son temps Sir Henry Birkin.
Étudiant et pilote amateur 1933 : premiers engagements avec ses amis de faculté
Dans le courant de l'année 1933, il commence à prendre part à de plus en plus de courses, ce qu'il cache à ses parents. Ces derniers s'en rendent compte, un soir par accident ; interrogé sur ce qu'il entreprend de faire, il leur répond . Pour William Beattie-Seaman, dont l'état de santé demeure fragile, cette activité est une source de grande inquiétude. Il s'en ouvre à son épouse, ce à quoi elle répond pour le rassurer qu'il s'ennuiera bientôt de ce hobby et passera bientôt à autre chose.
thumb|left|alt=Photo d'une voiture bleue avec une roue de secours sur le côté, des jantes ajourées pour le sport et une sellerie cuir.|Avant qu'ils ne se rendent compte de l'importance que la course automobile revêt pour leur fils, financent et offrent à leur fils des voitures, comme une Bugatti Type 35.
Sans toutefois en parler davantage à ses parents, Richard engrange plusieurs succès au vu des coupes et autres trophées apparaissant dans sa chambre. Il passe alors de moins en moins de temps avec eux au bénéfice de l'Automobile Club de Cambridge et remplace rapidement la Riley par une MG Magna qui doit lui permettre de participer à des courses de régularité. Il s'en sert au mois d'août, à l, une série de courses dans les Alpes en France, en Italie, en Suisse et en Autriche. Une performance surprenante pour un jeune homme avec aussi peu d'expérience mais sans coup d'éclat. Pour 1933, sa deuxième année à Cambridge, Richard Seaman souhaite aborder le calendrier des courses comme un concurrent sérieux. Il persuade ses parents de lui acheter une Bugatti Type 35 deux litres préparée par un mécanicien compétent mais qui finit détruite contre un bus à la gare routière Victoria, à Londres.