Kwame Nkrumah, né le à Nkroful alors Côte-de-l'Or (colonie britannique) et actuel Ghana et mort le à Bucarest (république socialiste de Roumanie), est un homme d'État indépendantiste et panafricaniste ghanéen. Il a dirigé la Côte-de-l'Or britannique de 1954 à 1957, puis le Ghana indépendant, d'abord comme Premier ministre de 1957 à 1960, puis en qualité de président de la République de 1960 à 1966. Biographie Études et premiers engagements politiques Kwame Nkrumah est né en 1909 en « Côte-de-l'Or », nom donné initialement par l'Empire britannique au territoire du Ghana. En dépit de son origine sociale modeste, Kwame Nkrumah bénéficie d'une scolarisation pourtant payante et essentiellement destinée aux enfants des notables traditionnels, celle-ci devant permettre à l’administration coloniale britannique de s'appuyer sur une classe privilégiée d'indigènes dont seraient extraits ses agents locaux. Après avoir suivi ses premières années d'études chez les jésuites, Nkrumah devient à 17 ans moniteur-élève et est remarqué par un inspecteur qui l'envoie poursuivre ses études dans la banlieue d'Accra, à la prestigieuse Achimota School. En 1935, quelques années après sa sortie de l'université, il embarque pour les États-Unis afin de poursuivre ses études à l'université de Lincoln. Après avoir multiplié les petits boulots parallèlement à ses études (il décrit sa vie aux États-Unis comme des « années de misère »), il obtient une licence en économie et en sociologie en 1939.. En parallèle de son inscription dans un cursus de théologie à l'université de Lincoln, il s'inscrit en master à l'université de Pennsylvanie, de laquelle il obtiendra en 1943 un master en Philosophie.. vignette|redresse|gauche|Blue plaque sur le mur du 60 Burghley Road, Kentish Town à Londres, où Nkrumah a vécu entre 1945 et 1947. Il est également membre d'une association d'étudiants africains qu'il contribue à transformer en Association des étudiants africains des États-Unis et du Canada et en est le président entre 1942 et 1945. Le journal de l'association se fait le relais des idées panafricaines. Nkrumah s’intéresse en effet aux questions du colonialisme et de l’impérialisme. Si la lecture de Marx et Lénine l’impressionne car, dit-il, « j'avais la certitude qu'ils avaient développé une philosophie de caractère à résoudre ses problèmes », il est principalement intéressé par les théories du « Retour en Afrique » et de « l'Afrique aux Africains » de Marcus Garvey. Toutefois, il rejette le concept de « pureté de la race noire » avancé par Garvey ; et sa rencontre avec W. E. B. Du Bois, lors d'une conférence de la NAACP (organisation dirigée par Du Bois) à laquelle Nkrumah participe en tant que représentant de la Cote-de-l'Or, représente également une influence décisive. Peu avant de quitter les États-Unis pour la Grande-Bretagne, où doit se tenir le congrès panafricain de 1945, il rédige la brochure Vers la libération nationale dans laquelle il développe son analyse du colonialisme : celui-ci est décrit comme conséquence des besoins du capitalisme d’accéder à des matières premières au moindre coût, de disposer d'une main d’œuvre bon marché et d'écouler ses surproductions. Les discours sur la mission civilisatrice et sur l'éducation des indigènes ne sont pour lui que des prétextes pour dissimuler la réalité du colonialisme. À Londres, il adhère au syndicat des étudiants d'Afrique occidentale (la WASU) et entreprend brièvement d’étudier le droit mais se trouve rapidement absorbé par ses activités politiques. Il fonde avec Bankole Awoonor-Renner le Secrétariat national ouest-africain (WANS), organisation marxiste panafricaine et éditent le mensuel The New AfricanAntoine de Boyer, "Consciencisme et islam : un essai de synthèse dans l’expérience socialiste ghanéenne", Socialismes en Afrique, Éditions de la Maison des sciences de l’homme. Il est co-rédacteur, avec le militant communiste George Padmore, de la déclaration finale du congrès panafricain de Manchester.
Le père de l'indépendance du Ghana vignette|La reine accueillant les premiers ministres des pays du Commonwealth au château de Windsor en mai 1960. Kwame Nkrumah est en haut à droite. Il retourne en Côte-de-l'Or en 1947 et devient secrétaire général du parti indépendantiste, l'UGCC (United Gold Coast Convention). Le parti est cependant essentiellement constitué de notables indigènes, relativement désintéressés par les problèmes des plus pauvres et aux objectifs arrangeants avec les colonialistes. Nkrumah décide de transformer l'UGCC en parti de masse : trois journaux de propagande sont créés et rencontrent un succès croissant, le parti se dote d'une branche jeunesse et Nkrumah multiplie les conférences. L'administration coloniale réagit par la répression : six dirigeants du parti sont incarcérés, ses publications sont censurées. En , la police ouvre le feu sur des manifestants, provoquant une vingtaine de morts et des centaines de blessés. Les dirigeants de l'UGCC prennent peur et démettent Nkrumah de sa fonction de secrétaire général. Il est incarcéré pendant deux mois avec d'autres dirigeants de l'UGCC.. Le , avec le soutien de l'organisation de jeunesse de l'UGCC, Nkrumah annonce devant 60 000 personnes la fondation d'un nouveau parti : le Convention People's Party (CPP). Souhaitant l'indépendance, Nkrumah appelle au boycott et à la désobéissance civile, ce qui lui vaut d'être arrêté par les autorités britanniques en 1950 et condamné à trois ans de prison. Pourtant, les grèves et manifestations organisées par la CPP aboutissent cette même année à la promulgation d'une nouvelle Constitution prévoyant une assemblée législative dont 75 membres seront Africains et des élections municipales. Le , le CPP obtient 34 des 38 sièges du conseil municipal d'Accra et remporte également les législativesGhana. In Encyclopédie Universelle Larousse. Édition 2005.. En dépit de son incarcération, Nkrumah profite d'une faille juridique pour être candidat à Accra central et y obtient 95 % des voix. Il est finalement libéré et désigné pour constituer un gouvernement. Nkrumah multiplie les concessions pour rassurer l’administration britannique, contrainte de l'accepter comme son principal interlocuteur.. Se basant sur la politique d’« Africanisation de l’administration et de panafricanisme », il décide de développer les infrastructures de son pays grâce aux excédents de l’Office de commercialisation du cacao. Ainsi, le domaine de l’éducation et celui de la santé enregistrent de véritables progrès.. Les femmes obtiennent le droit de vote en 1954.. Président de la République Après les élections législatives de 1956, le CPP, qui compte plus de 700 000 membres, remporte les trois quarts des sièges. Nkrumah, fort de son succès, oblige alors le Royaume-Uni à concéder l’indépendance, qui est proclamée le . La Côte-de-l'Or devient ainsi la deuxième colonie à obtenir son indépendance après le Soudan (1956). Il se marie fin 1957 avec Fathia Rizk, une copte égyptienne.. Le jour même de l’indépendance, Nkrumah décide d’abandonner le nom colonial du pays au profit de l'actuel, en référence à l'Empire du GhanaLe Ghana devient indépendant.. En outre, contrairement à la Gold Coast (Cote de l'Or), ce nom n'est plus de nature à être traduit différemment en fonction des langues étrangères. Tout en demeurant dans le Commonwealth, le Ghana devient, le , une république. Artisan du panafricanisme vignette|redresse|gauche|Nkrumah faisant la une du Time, le . Nkrumah est convaincu qu'aucun État ne peut résister individuellement aux grandes puissances. L'arbitraire des frontières des pays anciennement colonisés peut par ailleurs provoquer des guerres. Ami personnel d'un membre éminent du panafricanisme, le Caribéen George Padmore, il organise avec lui les et panafricaines en 1953 à Kumasi et 1958 à Accra, qui est également la première conférence des États Indépendants d'Afrique. En plus de revendiquer l’indépendance immédiate de l’Afrique, il prône la formation d’une identité supranationale : les « États-Unis d’Afrique » qui permettrait au continent de devenir l’une des plus grandes forces du mondeKwame Nkrumah. In Encyclopédie Encarta.. Dans ce but, il s’engage en 1958, à poursuivre avec ses homologues africains « une politique africaine commune »Lusaka : Les habits neufs du panafricanisme.. La même année, il est le premier à apporter son soutien à la Guinée indépendante d'Ahmed Sékou Touré, en lui accordant un prêt de dix millions de livres sterlingKwamé Nkrumah (4 août 2006), Émission de RFI « Archives d'Afrique ».. Il tente un premier pas vers une réalisation concrète du panafricanisme en formant le une union avec la Guinée, rejointe le par le Mali. Mais si cette union n’est jamais dissoute, elle n’est que purement symboliqueLes initiatives d’intégration en Afrique.. En , il participe activement à la rédaction de la charte de l’Organisation de l’unité africaine, même si son idée de créer un gouvernement central africain n’est pas retenue. Il soutient, officieusement, le camp socialiste (bien que se déclarant non-aligné), en . Isolé à l’intérieur de son pays, il l’est également, de plus en plus, à l’extérieur. Ses initiatives lui valent l'hostilité des pays occidentaux (la CIA indique que « Nkrumah faisait plus pour saper nos intérêts qu'aucun autre noir africain ».) mais également certains dirigeants africains qui l'accusent, dans ses projets de panafricanisme, de vouloir propager le communisme en Afrique. Nkrumah encourage les autres nationalistes africains à rejeter les méthodes violentes et défend l'idée que les deux phases de désobéissance civile puis de collaboration gouvernementale avec les colons constituent la meilleure méthode pour gagner l'indépendance. Les guerres en Algérie, au Cameroun, dans les colonies portugaises et le coup d’État contre le gouvernement nationaliste de Patrice Lumumba au Congo ne le font pas changer d'avis et il continue de défendre cette vision non-violente de la lutte anticoloniale jusqu'en 1966. En 1970, il revient dans son ouvrage Les luttes de classes en Afrique sur ses « illusions » passées : « à moins de s'y voir contrainte, les élites privilégiées ne céderont pas le pouvoir, même si elles acceptent d'effectuer quelques réformes, elles ne céderont jamais, si elles savent leur position menacée. Il n'est pas de grand événement historique qui n'ait été accompli au prix d'efforts violents ». Politique économique vignette|redresse|Kwame Nkrumah visitant le barrage d'Akosombo en construction en février 1962. L’indépendance du pays n’apporte pas de changement radical au système hérité de l’ancien colonisateur. Le gouvernement tente de diversifier l'économie ghanéenne et de réduire sa dépendance extérieure avec le développement d'une industrie lourde ; une série de grands projets est donc lancée. Les infrastructures connaissent un développement significatif avec l'érection du barrage hydroélectrique d'Akosombo (912 MW), la réalisation à Tema d’un grand port en eau profonde relié à la capitale par une autorouteLaurent Gaba, L'état de droit, la démocratie et le développement économique en Afrique..., Éditions L'Harmattan. 2000, 399 p., mais les fruits de cette industrialisation naissante ne sont pas directement perceptibles par la population. De plus, cette modernisation du pays entraîne une détérioration de la situation économique : le déficit public et celui de la balance des paiements s’accroissent et, bien qu’ayant adopté une économie d’inspiration libérale, les investissements étrangers sont quasi nuls. Si jusque-là l’inflation est contenue, les salaires des planteurs de cacao ne font que régresser depuis 1954, accentuant ainsi la crise. Le soutien à la Guinée, étranglée économiquement par la France, pèse également sur les finances du Ghana.