vignette|Gaston Cheq haranguant la foule, place de l'Hôtel de ville, à Troyes le .

La révolte des vignerons de la Champagne en 1911 est la seconde grande manifestation du début du liée à la production de vin : elle fait suite à la révolte de 1907 dans le Languedoc, bien que les viticulteurs champenois, les « cossiers » (en patois champenois), manifestent pour des raisons différentes. Le motif était la délimitation de l', en débat de 1907 (première commission d'enquête) à 1927 (compromis final).

En 1911, des manifestations, plusieurs tournant à l'émeute, marquent le début de l'année ainsi que le printemps, dans les vignobles et villes (notamment à Épernay et Troyes) de la Marne et de l'Aube. Cette révolte fait la une de la presse nationale, avec des répercussions immédiates au Sénat et à la Chambre.

Déroulement Un début de révolte marnais vignette|La tension entre les producteurs de la Marne (en haut, en rouge) et ceux de l'Aube (en dessous, en rouge) a été la source de la révolte qui a suivi et causée par les débats sur les limites de l'aire d'appellation du champagne. vignette|gauche|La maison Ducoin à Aÿ incendiée le . Les volumes vendangés dans la Marne sont faibles entre 1907 et 1910, en particulier à cause du phylloxéra, du gel et des orages qui détruisent les vignes. Les négociants en vin, plutôt que d'augmenter le prix du raisin, préfèrent s'approvisionner dans l'Aube, pourtant située en dehors de la délimitation de l'appellation champagne depuis le .

La « Fédération des syndicats viticoles de la Champagne » (marnais), face à la colère de ses adhérents, organise un grand meeting le à Épernay, rassemblant . Le suivant, une grève de l'impôt est proclamée dans plusieurs communes de la Marne.. Des sont organisées détruisant caves et celliers de plusieurs négociants dits , notamment à Aÿ et Épernay. Le , les vignerons révoltés jettent plus de dans la Marne depuis le pont de Damery et saccagent les celliers du négociant Perrier. Le gouvernement, à la demande du préfet de la Marne, fait déployer le de dragons (caserné à Épernay) ainsi que quatre autres bataillons en renfort ( de Châlons et de Reims), protégeant les accès, la gare et les caves d'Épernay, avec détachements dans les villages. Le préfet s'engage le à « obtenir l'arrêt de l'achat de vins étrangers », calmant ainsi la révolte. Le , l’État interdit l'utilisation de vins ne provenant pas de l'aire d'appellation pour bénéficier du nom « champagne ».

La riposte auboise Le président du Conseil, Ernest Monis, déclare le que la délimitation du vignoble de Champagne , provoquant la colère du côté aubois. Gaston Cheq notamment, dont il existe toujours une statue à Bar-sur-Aube, prend la tête de la Ligue de défense des vignerons de l'Aube. Cette dernière décide la grève du recensement, de la conscription et de l'impôt, ainsi que la tenue de grandes manifestations, tandis que (62 % de ceux du département) annoncent au préfet leur démission de mars à mai. La sous-préfecture de Bar-sur-Seine est envahie le .

La mobilisation des viticulteurs aubois est plus forte et culmine le à Troyes. Le comité d'organisation, conduit par Gaston Cheq, prend la tête du cortège, arborant des « insignes aux allures de médailles distribuées lors des comices agricoles ». Il est suivi par les femmes en tenue de travail, puis par les hommes en habits du dimanche. Les manifestants brandissent des pancartes rappelant leurs villages d'origine, avec les slogans , , , ., etc. Des groupes de vignerons volontaires et armés de leurs outils ont pris le nom de « bataillons de fer ». Face à la troupe à cheval sont agités autant de drapeaux rouges que de drapeaux tricolores. Tout comme en 1907 dans le Languedoc, les photographes prennent des clichés pour éditer des cartes postales généralement favorables aux manifestants. Beaucoup d'ailleurs prennent la pose en dépit du risque évident, puisque qualifiés de « mutins ».

Deux départements s'opposent vignette|Soldats à Épernay contre la révolte, . vignette|L'armée garde la verrerie Charbonneaux à Reims.

En réaction à cette grande manifestation, le ministre de l'Agriculture Jules Pams demande le au Conseil d'État de revoir la délimitation, en proposant de l'étendre à toute l'ancienne province ; le le Sénat invite le gouvernement à supprimer .. Y voyant une volonté de supprimer la délimitation de l'appellation champagne, les vignerons marnais provoquent la nuit même à Aÿ, Épernay et Damery ce qu'Étienne Clémentel appelle une « Saint-Barthélémy des vins ». Le lendemain à Aÿ, on compte pour une ville de ., ceux-ci mettant le feu et pillant plusieurs maisons de Champagne, notamment Ayala et Bissinger. La presse titre et signale des bandes de vignerons portant des pancartes et ..

L'armée est de nouveau déployée dans le vignoble marnais jusqu'aux vendanges pour éviter tout autre débordement. Pour éviter de nouvelles manifestations aussi dans l'Aube, elle est également envoyée dans les villes et villages de ce département (le de Langres, relevé ensuite par le de Bourg-en-Bresse, ainsi que le de Dijon).

Suites Une délimitation « Champagne deuxième zone » est instituée par décret le , pour donner satisfaction aux viticulteurs aubois, qui bénéficient désormais d'une appellation (mais de seconde zone), et les vignerons marnais, qui sont les seuls à garder l', .. Cependant, il crée des frustrations des deux côtés de la Champagne. Un projet de loi est déposé à la fin du mois, proposant de condamner la « délimitation judiciaire » sans l'abolir. Après trois ans de navette parlementaire, la situation reste en suspens à cause du déclenchement de la Grande Guerre.

Par la loi du , après sept années de batailles judiciaires, un compromis est accepté : la majorité du vignoble aubois, dont la côte des Bar, revient dans la délimitation de la Champagne viticole. En 2013, l'aire d'appellation s'étale sur cinq départements : la Marne (66,38 %)site du CIVC, Les chiffres clés pour 2013, consulté le 22 septembre 2014, le tiers restant réparti sur l'Aube et l'Aisne, avec quelques communes de la Haute-Marne et de la Seine-et-Marne.

Gaston Couté, un chansonnier des cabarets parisiens, prit fait et cause pour les Champenois aubois et composa quatre chansons, de à , soutenant les viticulteurs. Elles furent publiées dans le journal La Guerre Sociale. La première saluait Le beau geste du sous-préfet, la seconde était un Cantique à l'usage des vignerons champenois, la troisième fut intitulée Ces choses-là. Au Vigneron Champenois, enfin la dernière parue le et fut baptisée Nouveau crédo du paysan.

À Bar-sur-Aube, la statue de Gaston Cheq atteste toujours de l'importance de cette révolte dans l’histoire régionale afin que les vignobles aubois conservent l'appellation champagne. La coopérative de vignerons de Meurville vinifie une cuvée en son honneur., puis a pris son nom comme marque (Champagne Gaston Cheq)..

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Jean Nollevalle, 1911. L'agitation dans le vignoble champenois, La Champagne Viticole, numéro spécial, 1961. Réédité dans les numéros de janvier à de La Champagne Viticole, 32 p. Consultable sur Il y a 100 ans, les révoltes de 1911. Yann Harlaut et Fabrice Perron, Les révoltes du champagne, Éditions Dominique Guéniot, Langres, 2010, 120 p. Marcel Lachiver, Vins, vignes et vignerons. Histoire du vignoble français, Éd. Fayard, Paris, 1988, Alexandre Niess, « Champagne rouge, Champagne sang. De l’épineuse question de la définition du vigneron champenois (1908-1914) », in Philippe Lacombrade, Fabien Nicolas (dir.), Vin et République, Paris, Pepper/L’Harmattan, « Cliopolis », 2009, . Claire Desbois-Thibault, Aurélie Melin, 1911-2011 du déséquilibre au consensus. Histoire & Souvenirs, La Champagne Viticole, Hors-série, , 64 p. Thierry Delmotte, 1911, la révolte des cossiers champenois., Association Informer par la carte postale ancienne , Boulogne-Billancourt, , 336 p., 600 reproductions de cartes postales.

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