vignette|250px|Houris chevauchant des dromadaires (chameaux d'Arabie) au Paradis (Jannah). Les houris (masc. arabe , ḥūr, fém. arabe , ḥūrīya, pl. ḥūrīyāt) sont, selon la foi musulmane, des vierges dans le paradis, qui seront la récompense des bienheureuxSourate 44, verset 54, voir la traduction de Kazimirski sur Wikisource.. Ce sont des personnages célestesMalek Chebel, Dictionnaire des symboles musulmans, Edition Albin Michel, 1995, p.205..
Étymologie L'adjectif arabe est dérivé de la racine ḥ-w-r qui dénote la blancheur. Il est employé pour qualifier les yeux d'une gazelle ou d'un oryx, dont la blancheur résulte du contraste de la sclère avec la noirceur de la pupille et de l'iris. L'adjectif substantivé désigne, par extension, une femme dont les grands yeux noirs contrastent avec le blanc de ses yeux et la blancheur de sa peau.
Des auteurs anciens ont suggéré une influence du mot pehlevi hurust, qui évoque de jeunes femmes du Paradis. Néanmoins, des différences avec leurs fonctions coraniques apparaissentA.S. Boisliveau, "Sourate 44", Le Coran des historiens, 2019, p. 1449.. Ce terme serait arrivé à Mahomet via des communautés chrétiennes araméophones. À l'inverse, Tor Andrae, dans les années 1930, voyait une influence davantage chrétienne que zoroastrienneP. Neuenkirchen, "Sourate 52", Le Coran des Historiens, 2019, p.1585 et suiv..
Les houris dans le Coran Le singulier ḥawrāʾ (« houri ») n'est pas attesté dans le Coran, mais le pluriel ḥūr (« houris ») y compte quatre occurrences . ., à savoir, selon l'ordre chronologique traditionnel de la révélation des sourates : les versets , , et .. Ces quatre occurrences sont complétées par trois mentions de personnes "aux chastes regards"M. Jarrar, "Houris", Encyclopedia of the Qur'an, vol 2, p 456 et suiv.. D'autres versets peuvent être associés aux houris, à savoir : , , , , , , , , , , , , ; , et .. Les sourates qui se rapportent aux houris sont des sourates mecquoises, antérieures à l'hégire (). Toutes ces mentions du terme, comme en 55:73, ne correspondent pourtant pas au sens classique de "vierge du Paradis"A.Neuwirth, "Paradise as a Quranic Discourse: Late Antique Foundations and Early Quranic Developments", Roads to Paradise ; Eschatology and Concepts of the Hereafter in Islam, 2017, p. 67 et suiv..
La véritable signification et le sens du mot dans le contexte du Coran est inconnue, mais le sens le plus souvent donné est celui de vierge. En particulier, la sourate 55 parle au verset 56Voir la traduction de Kazimirski sur Wikisource.. d'êtres féminins qui « n'ont été touchés ni par des hommes ni par des djinns ». Le texte coranique décrit les houris comme ayant des grands yeux noirs, des seins arrondis.... Elles sont parfaites et d'égale jeunesseSourate 38:52 et sourate 78:33.H.Toelle., "Houris, éphèbes", Dictionnaire du Coran, 2007, p. 402 et suiv.. Les descriptions correspondent aux codes de beauté physique et morale de la poésie classique et préislamique. Ainsi, le Coran décrit le paradis comme un monde "éternellement jeune" figé avant la vieillesse. Ce sont des adolescentes aux regards chastes, d'égale jeunesse, vierges vivant cloîtrées sous leurs tentes, épouses pures que ni les hommes ni les djinns n'auront touchées, et semblables au rubis, au corail et à des perles en coquillesA.S. Boisliveau, "Sourate 37, Le Coran des historiens, 2019, Paris, p. 1242 et suiv..
L'assertion selon laquelle elles n'ont été touchées ni par des hommes, ni par des djinn attribue indirectement aux houris une dimension sexuelle. Cette description paradisiaque semble donc avant tout mettre en avant un lieu céleste dédié aux jouissances masculines. Des sourates plus tardives ou des interpolations dans des sourates plus anciennes permettent au texte de nuancer cette vision et d'inclure les familles et les épouses dans le paradis musulman.
Interprétation traditionnelle L'interprétation de la tradition islamique en fait, a posteriori, des vierges destinées au plaisir sexuel des hommes croyants au paradis. Selon Cook, « il est impossible de trouver un exégète musulman classique qui comprenne les versets concernant les houris comme autre chose que des références à des femmes dont le but serait de procurer du plaisir sexuel aux bienheureux du paradis. »David Cook, Martyrdom in islam, 2007, p. 33..
La tradition musulmane possède ainsi de nombreux textes, comme ceux d'Ibn Habib, Muhasibi, Ibn Kathir... décrivant le paradis islamique et ses plaisirs de manière sensuelle et fantaisiste, chaque croyant recevant soit 2, soit 72, soit 500, soit 8000 houris et ajoutant des détails au texte coraniqueA. Wensinck, Ch. Pellat, "Hur", Encyclopedia of islam, Brill, p. 581 et suiv.. Selon certains théologiens médiévaux, comme Al-TirmidhîMuḥammad ibn ‘Īsā al-Tirmidhi, Sunan, hadith n° 1669.
Pour H. Berg, "une tradition qui mentionne 72 houris apparaît dans le Sunan de Tirmidhi, mais elle a une chaîne de transmetteurs faible et n'indique pas que les houris soient des récompenses pour les martyrs" : Herbert Berg, "The Essence of Essentializing: A Critical Discourse on “Critical Discourse in the Study of Islam”", Method & Theory in the Study of Religion, 24, p. 351., 72 houris sont promises à chaque musulman au paradis. Cette évocation des 72 houris est absente des autres grands recueils canoniques de hadithsJ. Halverson, H. Goodall Jr., St.Corman, "Chapter 13 : Seventy-Two Virgins", Master Narratives of Islamist Extremism, p. 165 et suiv.. Cette interprétation se retrouve dans de nombreuses civilisations de l'aire islamique, ce qui confirme, pour Toelle, sa compatibilité avec la logique interne du texte. Cette interprétation des houris comme « sextoys humains du paradis », se retrouve non seulement dans la littérature classique mais aujourd'hui encore chez des auteurs musulmansD. Cook, "Ibn Warraq. Virgins? What Virgins? and Other Essays. Amherst, NY: Prometheus Books, 2010.", Reason Papers Vol. 34, 2, 2012, p. 234 et suiv.. Certaines exagérations sensuelles de la littérature populaire ont fait l'objet de critiques.
Dès le , ces vierges sont utilisées pour motiver les combattants pour la guerre sainte. Le genre littéraire des Mérites du Jihad apparaît, en effet, au pour connaître une période florissante au , à l'époque des croisades. La mort est alors décrite comme un rite de passage vers un mariage éternelM. Cuypers, G. Gobillot, Idées reçues sur le Coran - entre tradition islamique et lecture moderne, 2014, p. 101 et suiv.. Pour Jarrar, « le motif des vierges paradisiaques associé avec le martyre pendant la guerre sainte ou jihād apparaît aussi bien dans des récits historiques médiévaux que dans la littérature islamique moderne sur le jihād, en particulier dans des pamphlets de propagande, dans les témoignages des martyrs et dans les commémorations de l'Iran et la bande de Gaza en Palestine ». Pour Brague, citant Avicenne, « le paradis promis aux chrétiens – la vision de Dieu – pourrait certes convenir à un peuple de philosophes, mais il est trop pâle pour motiver des guerriers et il faut au peuple du tangible »Rémi Brague, Le Coran : sortir du cercle ?, Critique 2003/4 (n° 671), p.232 et suiv..
Selon Abderrazak Halloumi (Le Livre de l'Eschiele Mahomet : un manuel d'islamologie au XIIIe siècle, Classiques Garnier, Paris, 2024), « contrairement aux anges et aux pages, le rôle des dames et des demoiselles du Paradis n'est pas de servir à boire et à manger. Elles sont perçues comme étant pures, mais en même temps comme des amantes lascives et sensuelles » (p. 373). Chez ces créatures miraculeuses, « à la beauté physique exceptionnelle, s'ajoutent leur rectitude et leur rigueur morale » (p. 376), dans « un espace merveilleux, enchanté et extraordinaire » (p. 382).
Si l'interprétation charnelle et littérale de ces descriptions est « de loin la plus répandue parmi les croyants musulmans jusqu'à nos jours », certains auteurs ont rejeté l'interprétation traditionnelle des houris. C'est le cas d'auteurs modernistes qui rejettent une vision sexuelle du Paradis et de ceux qui critiquent l'usage de cette interprétation dans le recrutement des kamikazes. Un autre groupe d'auteurs rejetant cette interprétation sont des apologistes de l'islam qui souhaitent retrouver le sens original des textes. Chez certains auteurs mystiques, comme Ibn Arabi, les houris font l'objet d'une interprétation symbolique ou allégoriqueM. Chebel, Dictionnaire des symboles musulmans: Rites, mystique et civilisation. Albin Michel, 1995, ... L'interprétation soufie a tenté de dépasser l'aspect littéral et sensuel du texte coranique pour en faire une lecture allégorique, les houris devenant des images des âmes célestes. Pour Gobillot, à l’exception d'al-Muhâsibî, les mystiques ont peu écrit sur les hourisG.Gobillot, « Les mystiques musulmans entre Coran et tradition prophétique. À propos de quelques thèmes chrétiens », Revue de l’histoire des religions, 1, 2005, p. 43-87..
Sources textuelles Le terme « Houri » pose question aux chercheurs puisque la compréhension classique « a quelque chose de saugrenu »M. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. passage QS 36 Q 44:43–57. Sous le pseudonyme de Christoph Luxenberg, pseudonyme d'un philologue allemand d'origine libanaise, publie en 2000 un livre intitulé Lecture syro-araméenne du Coran : une contribution pour décoder la langue du Coran dans lequel une lecture syro-araméenne du Coran le conduit à penser à une utilisation erronée du mot houri. Le texte original ferait, selon cette lecture, référence à des « raisins blancs » plutôt qu'à des « vierges » en guise de récompenses célestesChristoph Luxenberg, Die syro-aramäische Lesart des Koran. Ein Beitrag zur Entschlüsselung der Qur’ānsprache, Berlin, Das Arabische Buch, 2000. Les recherches de ce chercheurDéroche, Le Coran, 2017, p. 111 à 122Cl. Gilliot. "L’embarras d’un exégète musulman face à un palimpseste...." dans. R. Arnzen and J. Thielmann. Words, texts and concepts crusing the Mediterranean area. Studies on the sources, contents and influences of Islamic civilization and Arabic philosophy and science, Peeters, p.33-69De nombreux auteurs, comme Griffith en 2017 (Griffith, S. H.. "St. Ephraem the Syrian, the Quran, and the Grapevines of Paradise: An Essay in Comparative Eschatology". In Roads to Paradise. Leiden, 2017.) ont donné leur avis sur l'interprétation des Houri comme étant des raisins blancs ou sur le travail de Luxenberg, voir l'article Luxenberg et, en particulier, cette thèse a été débattue par les islamologues. El Badawi trouve l'interprétation de Luxenberg problématique et pense que le terme « Houri » désigne bien des femmes.
Guillaume Dye ne prend pas parti sur l'exactitude de la thèse de Luxenberg, mais trouve celle de Van Reeth plus convaincante. À la différence de Luxenberg, qui n'avait pas pour but premier de trouver le contexte exact du christianisme ayant pu influencer le Coran, Van Reeth considère que la recherche des sources précises permettrait de valider cette théorie. L'auteur considère que les hymnes d'Éphrem ne sont que partiellement à l'origine des descriptions coraniques paradisiaques mais que celles-ci s'inscrivent dans une longue tradition textuelle (incluant l'Apocalypse de Baruch, Papias...). L'auteur apporte plusieurs textes syriaques de comparaison. Pour ce dernier, ce verset évoquerait le banquet eucharistique, avec des références au fruit de la vigne, à la Perle cachée (signifiant une parcelle eucharistique dans le contexte syriaque), dans une conception proche du manichéisme...