vignette|Ouvrage de Louis-Sébastien Mercier, interdit en France - Londres 1772.

Louis-Sébastien Mercier, né le à Paris et mort dans la même ville le , est un écrivain français du mouvement des Lumières, à la fois romancier, dramaturge, essayiste, philosophe, critique littéraire et journaliste.

Auteur prolifique, il est l’un des hommes dont la vie littéraire a été la plus active au , qui s’appelait lui-même ; il reste essentiellement connu aujourd'hui pour son roman d'anticipation l’An 2440 (1771) et pour son Tableau de Paris (1781), publiés avant la Révolution. Il est également l’auteur d'une trentaine de pièces de théâtre, de dizaines de pièces en vers et de nombreux essais critiques, et le fondateur des Annales patriotiques et littéraires.

Biographie Sa famille Louis-Sébastien Mercier était issu d’une famille de la petite bourgeoisie, Mercier naquit le à Paris, quai de l’École, entre le Pont Neuf et le Louvre, où son père, Jean-Louis Mercier, tenait boutique de marchand fourbisseur, et baptisé deux jours plus tard en l’église Saint-Germain l’Auxerrois.

Originaire de Metz et veuf d’une première femme, Claude Galloy, Jean-Louis Mercier signa le un contrat de mariage avec Élisabeth Andrée Le Pas, fille de feu Martin Le Pas, maître maçon, et l'épousa le lendemain en l'église Saint-Sauveur de Paris. Louis-Sébastien naquit l'année suivante. Un cadet, Charles André, qui devait plus tard tenir l’hôtel des Trois-Villes, rue de Tournon, vit le jour en 1741. Un troisième enfant, Jean-Baptiste, mourut au berceau. Sa mère mourut à son tour le , et son père se remaria une troisième fois, le en l'église Saint-Eustache de Paris, avec Charlotte Spol, qui lui donna une fille, Anne CharlotteLéon Béclard, Sébastien Mercier sa vie, son œuvre, son temps, Paris, Champion, 1903, 810 .Voir la chronologie de Louis-Sébastien Mercier, Nicolas Edme Restif de La Bretonne, Paris le jour, Paris la nuit, Paris, Robert Laffont, 1990, ..

Ses études Après avoir appris quelques rudiments de latin d’un maître de pension, Louis-Sebastien Mercier entra comme élève externe au collège des Quatre-Nations en 1749. Ayant découvert en 1757 le Théâtre-Français, son goût pour le théâtre et les romans, ainsi que son amitié avec Crébillon fils, le décidèrent vers 1765, à vivre de sa plume. Il publia d’abord des héroïdes qui eurent un succès discret, ce qui l'amena sans doute à préférer plus tard la prose aux vers. Il écrivit alors quelques essais critiques sur le milieu littéraire et des récits.

Les débuts professionnels et littéraires vignette|Journal de Louis-Sébastien Mercier Les Annales Patriotiques, du 11 avril 1793. En , alors qu’il n’était pas maître ès arts, il fut nommé régent de cinquième au collège de la Madeleine, à Bordeaux, avec mille livres d’appointements, après l’expulsion des Jésuites, prononcé par un arrêt du Parlement de Bordeaux le . Ses obligations lui laissèrent assez de loisirs pour écrire des vers, publiés dans l’Iris de Guyenne, un journal éphémère fondé à Bordeaux en imitation du Mercure de France. Ayant quitté cette place, il revint à Paris et forma en 1765 le projet de se rendre en Russie. Toutefois, son passeport lui fut refusé, et une visite au duc de Choiseul n’y changea rien. Il fit des romans et des traductions qui restèrent dans l’obscurité, et il ne commença à acquérir quelque réputation que par des drames imités en partie de l’anglais et de l’allemand. Le Théâtre-Français ayant ajourné la représentation d’une de ses pièces, intitulée Natalie, il rédigea un factum, à la suite duquel ses entrées lui furent retirées. Il poursuivit alors les comédiens devant les tribunaux et, pour soutenir lui-même sa cause, se fit recevoir avocat. Ses adversaires trouvant le moyen d’entraver la procédure, le procès n’aboutit pas et Mercier dut faire imprimer ses pièces qui furent alors pour la plupart jouées en province et avec succès ; elles revinrent ensuite au Théâtre-Italien, où quelques-unes d’entre elles obtinrent une grande vogue.

En 1770, la publication de l’uchronie l’An 2440 (Amsterdam, 1770, in-8°, 1786, 3 vol. in-8°), est la réalisation des utopies dont rêvait Mercier en matière d'éducation, de morale et de politique. On reconnut de la verve dans cet ouvrage d’anticipation, mais on le traita de folie ; et cependant la Révolution allait bientôt réaliser plusieurs des prophéties de Mercier. Dans cet ouvrage, Mercier défend les idées des Philosophes et déclare dans son avant-propos :

Il publia ensuite de nombreuses pièces de théâtre, drames historiques ou bourgeois, dont quelques-unes eurent un certain succès, notamment provincial. Dès lors, ses essais se firent plus polémiques.

En 1781, Mercier commença la publication, sans nom d’auteur, des deux premiers volumes de son Tableau de Paris, document irremplaçable et témoignage pittoresque sur les mœurs de l’époque. Quelques personnes ayant été inquiétées à ce sujet par la police, il alla se déclarer lui-même au lieutenant général Lenoir, puis il quitta Paris le et se réfugia dans la principauté de Neuchâtel, en Suisse, où il arriva le et séjourna, de crainte d’être poursuivi en justice, de 1781 à 1785. D’abord installé chez Samuel Fauche, il se brouilla avec lui à la fin d’. En septembre, il signa un traité avec la Société typographique de Neuchâtel, qui prépara l’impression d’une seconde édition du Tableau de Paris. Mercier y travailla à son Tableau, dont les derniers volumes furent publiés en 1788, et qui comptèrent finalement plus de mille chapitres en douze volumes. Dans l’intervalle, il fit encore paraître plusieurs ouvrages dramatiques et politiques, entre autres Mon bonnet de nuit, et Mon bonnet du matin, ouvrages composites qui mêlent les rêveries philosophiques aux morceaux critiques principalement portés contre la littérature ancienne et contre les écrivains français du .

Malade, il entreprit après son rétablissement un voyage qui le conduisit à Paris en 1782, avant de retrouver la Suisse en novembre. Reçu le dans la Compagnie des mousquetaires, société neuchâteloise, il séjourna durant l’année à Genève et Lausanne, visita Berne, Lucerne, Soleure et Zurich. En automne 1787, il entreprend un voyage en Allemagne; dans le Palatinat d'abord pour rendre visite à la fille de son éditeur Osterwald qui dirige un institut pour jeunes filles à Frankenthal, le "Kurfürstliche Erziehungshaus" de Frankenthal et puis très probablement pour entrer en contact avec son traducteur Carl Friedrich Cramer de Kiel.

De retour à Paris fin 1785 ou début 1786, Mercier collabora, au commencement de la Révolution, à plusieurs journaux, le Spectacle national, la Tribune des hommes libres ou La Sentinelle de Jean-Baptiste Louvet de Couvray. En , il fonda avec Jean-Louis Carra les Annales patriotiques, destinées à propager les idées révolutionnaires, qu’il rédigea jusqu’en 1791. Il fut l’ami de François de Pange.

Bientôt, rompant avec les Jacobins, il ne craignit pas de les attaquer dans la feuille girondine la Chronique du mois éditée par le Cercle social.

thumb|Madame Mercier (par Jean-Baptiste Greuze).

En 1792, Mercier se lie à Louise Marie Anne Machard, née le , qu'il épouse en 1814. De leur union naissent Héloïse en , et Sébastienne en pluviôse an II ()Archives de Paris, état-civil reconstitué, V3E / N / 1595..

En , lors des élections à la Convention nationale, Louis-Sébastien Mercier est élu député du département de la Seine-et-Oise, le onzième sur quatorze, et député suppléant du Loir-et-Cher, le premier sur cinq. Il opte pour la Seine-et-OiseArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 52, p. 46 et p. 58.. Dès le début de son mandat, il entre au Comité d'instruction.

Mercier siège sur les bancs de la Gironde. Lors du procès de Louis XVI, il vote « la détention perpétuelle », rejette l'appel au peuple mais vote en faveur du sursis à l'exécution. En , il vote en faveur de la mise en accusation de Jean-Paul MaratArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 62, séance du 13 avril 1793, p. 43., qui le dénonce un mois plus tard dans son journal comme « membre de la faction des hommes d’État ». À la fin du même mois, il vote en faveur du rétablissement de la Commission des DouzeArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 65, séance du 28 mai 1793, p. 534.. En octobre, pour avoir signé, ainsi que soixante-douze de ses collègues, une protestation contre l'arrestation des députés girondins le , Mercier est décrété d'arrestation sur motion d'Amar, membre du Comité de Sûreté généraleArchives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 75, séance du 3 octobre 1793, p. 521.. Ils sont libérés et réintégrés à la Convention en frimaire an III ()Archives parlementaires de 1787 à 1860, Première série, tome 103, séance du 18 frimaire an III (8 décembre 1794), p. 213..

Le 23 vendémiaire an IV, il fut élu au Conseil des Cinq-Cents par les Côtes-du-Nord par sur et le Nord par sur . Optant pour le second département, il s’opposa au décret qui décernait les honneurs du Panthéon à Descartes, qu’il accusait d’erreurs et dont il avait pourtant publié un éloge dans sa jeunesse. Il considère que Descartes, en inventant la liberté de pensée, est à l’origine des courants révolutionnaire et contre-révolutionnaires et donc coupable de la TerreurFrançois Azouvi, Descartes et la France : histoire d’une passion nationale, Paris, Éd. Fayard , 2002, 360 .. Il s’emporta aussi contre Voltaire, qu’il accusa d’avoir détruit la morale en attaquant la religion. Enfin, dans une autre occasion, il fit le procès à la philosophie et s’éleva contre la diffusion de l’instruction dans les masses, ce qui lui valut le surnom de « singe de Jean-Jacques ». À partir de 1798, il se tint à l’écart de la politique.

Ces contradictions ne furent pas les seules de Mercier : alors qu’il avait écrit contre la loterie, lorsqu’elle fut rétablie, il accepta, en 1797, une place de contrôleur de cette administration. Il s’en tira par un mot spirituel : « Depuis quand, dit-il, n’est-il plus permis de vivre aux dépens de l’ennemi ? » Il avait également écrit des diatribes contre les cercles et les académies et n’en devint pas moins membre de la seconde classe de l’Institut (Sciences morales et politiques) lors de sa création, aux côtés de l'abbé Grégoire et de Bernardin de Saint-Pierre. Ayant autrefois critiqué le formalisme stérile de l’Académie française d'Ancien Régime, il accueillit avec bienveillance la formation de cette section appelée à travailler à l'élévation morale de la nation. « Placé plus haut, disait-il, j’y vois mieux. ». Mais lors de la réorganisation de l’Institut, en 1803, la classe de Morale, jugée subversive par le régime bonapartiste, fut dissoute et Mercier fut placé dans la classe d’histoire et de littérature ancienne. Il disait que le premier consul l’y avait déporté.