Jean-François Reubell ou Rewbell (il signait Reubell), né le à Colmar, en Alsace, et mort le dans la même ville, est un homme politique et diplomate français, une figure républicaine modérée mais intransigeante de la Révolution et un de ses principaux acteursJ. R. Surrateau, « Jean-François Reubell, l'Alsacien qui aurait pu sauver la République », in Les Saisons d'Alsace, , , La Nuée bleue, Strasbourg, 1989..

Constituant député à la Convention, feuillant, puis montagnard, il est favorable au régicide de Louis XVI et à la guerre contre la Coalition. Il est nommé directeur exécutif de la République et président du Directoire le . Face au flamboyant Barras, il y mène avec constance une diplomatie d'anéantissement des soutiens étrangers à la contre-révolution qui le conduit à réinventer une politique de conquête. Persécuteur du jacobinisme meurtrier en butte aux insurrections royalistes et à la banqueroute publique, il est un des chefs du gouvernement qui, le , se maintient par le coup d'État de fructidor, en dépit du résultat des élections au suffrage censitaire favorables au retour de l'ordre monarchique. Fragilisé par la Seconde Coalition, accusé par la calomnieG. D. Homan, « The Alleged Corruptness of Jean-Franyois Reubell », in , XXV, , Blackwell, Hoboken, 1962 . d'enrichissement personnel, il termine son mandat le puis est remplacé par son ex-ministre Sieyès, lequel portera Bonaparte au pouvoir le 9 novembre suivant.

Son bilan, éclipsé par les bouleversements de l'Empire, porte à l'actif la fixation de la frontière sur le Rhin, la départementalisation des colonies, la création de la République batave et de la République helvétique, l'union douanière avec les républiques sœurs, le système continental reprisM. Dunan, Histoire intérieure du Directoire, , Centre de documentation universitaire, Paris, 1953. mal à propos par Napoléon, mais reste entaché par le recours aux putschs et la « guillotine sèche », ainsi que par son opposition à l'émancipation des Juifs. Le sentiment croissant au sein d'une armée populaire d'être trahie par le politique, favorisant le césarisme, lui aura été fatal.

Biographie Notable alsacien vignette|gauche|Jean-François Reubell, son épouse et leurs enfants Jean-Jacques (en bleu) et Xavier (en rouge). Dessin de François-Joseph Hohr, vers 1784, musée d'Unterlinden. Jean-François Reubell est le fils de Jean Reubell, avocat né à Sélestat, devenu secrétaire interprète au Conseil souverain d'Alsace, dont le siège est à Colmar, puis notaire dans la même ville, qui est un bastion du catholicisme face à la luthérienne Strasbourg. Sa mère, Marie, est la fille d'un des prosécuteurs fiscaux près le Conseil souverain, Claude Simottel.

Jean-François Reubell a une sœur, Françoise Charlotte, et deux frères, François Xavier et Henri, l'aîné qui fera une brillante carrière dans l'armée. Lui-même suit les traces de son père, fait des études de droit à l'Université de Strasbourg, où il a pu croiser en 1771 le futur auteur de Werther, et devient avocat au Conseil souverain d'Alsace en 1775. Sa langue de travail est sa langue natale, le « Lettres de Louis de BEER Gouverneur de Bénévent à sa famille. », in L. Herbelin, Revue d'Alsace, série 9, t. LXV, , Belfort, 1914., le décret de imposant le français pour la rédaction des actes n'ayant jamais été appliqué.

Il se marie à une fille et petite-fille de procureur, Anne Marie Mouhat, qu'un soir de 1797 Barras, galant, assimilera à la mère de la patrie en la comparant à Marianne. Bourgeois fortuné, il a vingt-neuf ans, en 1777, quand lui nait le premier de ses deux fils, Jean Jacques. Celui-ci mènera une carrière militaire dans les brisées de son oncle.

Dans sa pratique, il est amené à défendre des Juifs de Berne. Il perd le procès face au Grand Conseil du canton et conservera de la prévention à l'encontre du système judiciaire et politique de la Suisse. Une cause le marquera particulièrement, celle des paysans de Horbourg, près de Ribeauvillé, qu'il défend contre leurs créanciers juifs.

Un de ses clients est la succession de Louis Paul Pinon, vicomte d’Avor et président de la chambre de la Tournelle décédé en 1779 à l'âge de quatre vingt dix ans, qui fut le magistrat qui le premier inculpa Sade, son voisin scandaleux, le . Reubell acquiert de la veuve et des deux fils leur propriété de campagne à Arcueil, un château et son parc situé entre les actuelles gare et rue Marius-Sidobre sur un domaine qui a appartenu à Pierre de RonsardC.S., « La maison Rewbell-Laplace », in arcueilhistoire.fr, Arcueil, avril 2008.. L'un des petits-fils, Anne Louis Pinon (1720-1806), marquis de Saint-Georges, est lieutenant général des armées du Roi, et l'autre, Jean Pinon, sera promu général dans l'armée du Rhin alors que Jean François Reubell siègera au Comité de sûreté générale.

Révolutionnaire Député du Tiers de Colmar (1789) vignette|Le Serment du Jeu de Paume, peint en 1791 par David. Le député qui fraternise avec le représentant du clergé Thibaut, au centre, est Reubell. En réalité, un ralliement préalable c'est fait le aux Menus-Plaisirs. Président du Conseil local de l'ordre des avocats, Reubell est élu le député du Tiers état du bailliage Colmar et Sélestat aux États généraux, qui s'ouvrent à Versailles le . Il y rejoint les rangs du Parti des Patriotes, qui a milité pour le règlement de la faillite de l'état par les États généraux et que depuis un an Target réunit chez lui avec les aristocrates libéraux de la Société des Trente, Mirabeau, La Fayette, Aiguillon, Duport, francs maçons appartenant à différentes loges, mais aussi Condorcet, les frères Lameth, Pont de Nemours, Talleyrand, Sièyes... Son éloquence et ses attaques contre le régime en place le font distinguer d'emblée.

Il est le premier, le , six semaines avant le Serment du Jeu de paume, à appeler le Tiers état à se réunir avec les deux autres ordres et à se constituer en Nation. Il est par deux fois porté à la présidence de l'assemblée en tant qu'adjoint, le au côté de Dailly, le 8 au côté de Bailly, ce qui lui donne l'occasion de fustiger les protestataires emmenés par le duc de Caylus. Le , il salue la proposition de Sieyès de créer une Assemblée nationale.

Le , quarante-deux jours après que le roi ait renoncé à obtenir le renvoi des membres insurgés des États généraux, il adhère au Club breton, qui rassemble au sein de la nouvelle Assemblée constituante les plus ardents partisans d'une monarchie constitutionnelle où le parlement serait prééminent. Il intervient pour soutenir l'abolition des privilèges proposée le . Il participe de près au travail intense de la rédaction de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, rédaction qui se parachève le .

Constituant (1789-1791) Quand le , l'Assemblée constituante se transfère à Paris, dans la salle du Manège, il rallie le nouveau Club des Jacobins, qu'il préside du au . Dès , il monte à la tribune pour soutenir la proposition de suppression des Parlements et Conseils souverains puis le décret de départementalisation, qui est adopté le . Toutefois, il dénonce à la tribune le nouveau maire de Strasbourg, Philippe-Frédéric de DietrichH. Welschinger, « Le premier maire constitutionnel de Strasbourg – Frédéric de Dietrich 1748-1793. », in Revue des Deux Mondes, t. XLVII, , Paris, 1918., aristocrate franc-maçon et ami de Rouget de Lisle.

Il vote pour les réformes, notamment en pour la Constitution civile du clergé, mais finit par se faire remarquer par son opposition aux dérives démagogiques, comme le vote de la démolition du château de VincennesL'Ami des patriotes ou le défenseur de la révolution, vol. I, à 16, , Demonville, Paris, 1791. ou les dénonciations publiquesL'Ami des patriotes ou le défenseur de la révolution, vol. I, à 16, , Demonville, Paris, 1791. des députés par leurs collègues.

Le , favorable à la libération de la Principauté de Bâle, il dénonce à la tribune la collusion du ministre du Comité diplomatique Montmorin avec une Autriche qui abrite les contre révolutionnairesG. Gautherot, La Révolution française dans l'ancien évêché de Bâle, t. I, , Honoré Champion, Paris, 190S.. Le , il est porté à la présidence de l'Assemblée, qu'il doit réglementairement céder le .

La conception de la nationalité et la question des Juifs vignette|gauche|Reubell, porte parole d'une opinion publique alsacienne antisémite, que la postérité stigmatisera comme le Adrien Duquesnoy, Journal d'Adrien Duquesnoy, t. II, , Picard & fils, Paris, 1894.. vignette|L'abbé Grégoire. Paris, BnF, département des estampes, 1801. Quand la question des droits civiques des Juifs, soulevée une première fois le par l'abbé GrégoireD. Feuerwerker, L'Emancipation des Juifs en France de l'Ancien Régime à la fin du Second Empire, , Albin Michel, Paris, 1976 . et mise à l'ordre du jour le par le mêmeArchives parlementaires, vol. VIII, ., arrive en débat, à NoëlArchives parlementaires, vol. X, ., Reubell s'oppose virulemment à la pétition apportée par Berr Isaac Berr, qui appelle à l'émancipation des quelque vingt-cinq à vingt-sept mille Juifs alsaciens et des Trois-Évêchés. Opposé vigoureusement à ses collègues alsaciens sur plusieurs autres points, dont la question de la loyauté des Protestants, il est rejoint sur ces questionsZ. Szajkowski, Jews and the French Revolutions of 1789, 1830 and 1848., , , Brooklyn, 1970. par les députés de Strasbourg, Koch, Dietrich et Schwendt. Dans son argumentation, relayée par l'abbé Maury et de La FareTh. Reinach, Histoire des Israélites depuis l'époque de leur dispersion jusqu'à nos jours, , Hachette, Paris, 1884., se mêlent les préjugés antisémites les plus archaïques aux rationalisations de l'époque, qui ont été de dérivées de travaux scientifiques, tels ceux de Petrus Camper, et qui ont été partagées par de nombreuses personnalités éminentes, dont Voltaire, l'usure, la duperie des paysans, l'internationalisme financier, la race africaine, le refus héréditaire de se fondre dans la Nation, le séparatisme congénital, la suspicion d'être agents de l'étrangerD. Gerson, « Französische Revolution », in dir. W. Benz, Handbuch des Antisemitismus, vol. IV "Ereignisse, Dekrete, Kontroversen.", , De Gruyter Saur, Berlin 2011 .. Il préconise explicitement la prohibition du prosélytisme juif.