François de Malherbe (1555 - 1628) réalisa au cours du une réforme de la langue française, qui l'a rendu, pour certains, populaire et célèbre, et, pour d’autres, tyrannique. Malherbe présenta sans option sa réforme comme seule et unique vérité, et ses disciples défendirent ardemment ses principes auprès de leurs contemporains.

Repères biographiques

Sa vie avant la Cour

En l'an 1555, Malherbe naquit en Normandie à Caen. Il grandit rue Belle-Croix dans la maison familiale. Malherbe était issu d'une branche puînée d'une ancienne famille de la noblesse normande. Son père siégeait au présidial de Caen et attendait de son fils aîné qu'il poursuivît dans la même voie.

Mais Malherbe, qui avait d'autres projets en tête, quitta la maison familiale pour la cour en pour entrer au service du Grand Prieur, Henri d’Angoulême, fils d’. Ce dernier, suivi de son secrétaire Malherbe, quitta Paris pour se rendre dans son gouvernement de Provence. Malherbe se maria à Aix le .

À la mort du Grand Prieur en 1586, Malherbe perdit tout. N’ayant plus aucun revenu, il retourna à Caen dans la maison familiale, accompagné de sa famille de Provence. Pendant son séjour, il traduira les œuvres de Sénèque, traductions qui représentent l’essentiel de sa production. Dans cette ville paisible de la Normandie, Malherbe eut le temps de penser à une doctrine. Depuis les années 1575 jusqu’à cette période, il essaya de trouver dans la poésie une méthode systématique, régulière, rationnelle. Pendant cette période il ne composa qu’une œuvre majeure en 1592 : Les Larmes de Saint Pierre, un long poème de pénitence.

En 1595, il retourna à Aix. Malherbe, à partir de ce moment-là, avait déjà élaboré sa doctrine. Il corrigea Sophonisbe de Montchrestien (Malherbe réalisa plusieurs corrections de l’œuvre entre 1596 et 1601). Il se fit remarquer positivement par le roi et par son assistance en dédiant à la reine une ode : La bien-venuë en France, une œuvre qu’il réalisa pour accueillir la nouvelle reine, Marie de Médicis, épouse d’ et qui lui permit de gagner en influence ; dès lors, on l’admira pour ses qualités de poète. Malherbe enseigna même à la nouvelle génération de poètes (il avait parmi ses disciples Racan et Mainard).

Son entrée à la Cour de France

À l’âge de cinquante ans (en 1605), Malherbe arriva à Paris. Il n’était ni riche, ni très connu. En effet, sa modeste production littéraire de quinze pièces complètes, n’avait pu le dresser au rang des plus grands. Selon sa doctrine, il savait que ses œuvres de jeunesse, qu'il désavouait pour certaines comme les Larmes de saint Pierre, ne l’aideraient pas à se démarquer.

Lors de ce séjour à Paris, il fréquenta les cercles des érudits et la société des lettrés. Henri IV se souvenant de son nom, Malherbe eut l’occasion de se présenter au roi, tout en lui adressant une œuvre : Priere pour le Roy. Cette œuvre le combla, et le roi le garda à son service en tant qu’écuyer.

Malherbe maintenant installé essaya par tous les moyens de se hisser au-dessus des autres poètes de la Cour : il voulait prouver qu’il était « d’une qualité supérieure ». Il rédigea son Commentaire sur Desportes, qui marqua clairement le début de son combat pour la langue, et sa supériorité face aux autres poètes. Au fil du temps, Malherbe augmenta son prestige à la Cour, et il réussit à éclipser tous ses rivaux. Il écrira des œuvres au roi, et des ballets à la reine.

En 1610, Malherbe occupa une place de premier rang dans la Cour d’Henri IV. Bien qu’il ne fût pas le poète officiel du Roi, Malherbe fut très proche du roi, qui fit de lui son conseiller.

Il mourut en 1628 sous le règne de Louis XIII, survivant à son fils unique.

La langue française avant la doctrine de Malherbe

Historique de la langue française au

C’est au cours du que s’installa à Paris. Et sous son règne fut créée l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), imposant le français dans les tribunaux et non plus le latin ou les langues régionales.

À partir de cette date la France a pour langue officielle le français qui connaît des variantes régionales. De plus, différentes variantes du français coexistaient dans une même région. Ainsi à Paris, la langue française était différente selon les milieux où on la pratiquait (la Cour, le peuple, les magistrats…).

Pendant la Renaissance, la langue française était donc en général bien différente de celle que nous parlons aujourd’hui. Et comme aujourd'hui, elle était en constante mouvance. La puissance culturelle de l’Italie de la Renaissance rayonnait sur cette langue française. Celle-ci va s’italianiser, en ajoutant à son lexique des mots d’origine italienne : 8000 mots emprunts à des termes relatifs à la guerre, l’architecture, la peinture… En plus de l’Italie, le nouveau monde permit d’introduire des mots d’origine espagnole, portugaise et anglaise, et enfin, une nouvelle vague de latinisation vint également enrichir le lexique français.

C’est au (et à aucune autre époque) que le vocabulaire a été le plus largement modifié. Pour enrichir le vocabulaire il y avait deux méthodes qui pouvaient être utilisées. Premièrement dans les termes scientifiques, techniques, des mots savants ou empruntés aux artisans entraient dans le français. Deuxièmement, des poètes, ceux du groupe de la Pléiade guidés par Joachim Du Bellay (auteur de la Deffense, et Illustration de la Langue Francoyse), en réaction au latin, firent entrer dans le langage poétique, du vocabulaire qu’ils considéraient comme riche : des mots de leur cru, et d’autres mots provenant des dialectes, ou des langues étrangères.

Mais alors que la future langue de Molière s'enrichissait, les professionnels de la plume l’allégeaient de nombreux néologismes, d'archaïsmes, de provincialismes, d'inversions, et d'adjectifs composés. La Cour elle-même de son côté supprima des synonymes, trouvant pédant d’avoir autant de doubles emplois. Cet allégement avait pour but de donner un style direct, que les contemporains préféraient à une répétition qui alourdissait la langue. Des idées de réformes déjà pensées Les réformes de la doctrine de Malherbe n’étaient pas une action novatrice. Quelques groupes de personnes avaient déjà essayé de rénover la langue française. Ce changement, allant dans une volonté d’unification, était dans « l’air du temps ». Dans une France divisée qui avait vécu les tourments des conflits religieux entre les catholiques et les protestants (dont les massacres de la Saint-Barthélemy en 1572), les autorités françaises voulaient unifier le royaume autour d’une même religion et d’une même langue. Par rapport à l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539, la nouveauté était qu'on imposerait maintenant une langue commune dans tous les milieux, et non plus une série de dialectes français. Cette envie de changement débuta sous la restauration d’Henri IV.

Outre la Cour de France, plusieurs auteurs tentèrent de réformer et d’unifier le français. Il existait trois grandes écoles de pensée, et chacune avait des idées bien précises sur la marche à suivre : la Pléiade usant des néologismes ; les poètes de l’ancienne école (Desportes, Bertaud et du Perron) ; et la nouvelle école organisée autour de MalherbeAnonyme, loc. cit., ..

La Pléiade rejetait le latin, et introduisait des mots étrangers ou provenant des dialectes. Ces poètes usaient de néologismes divers.

Les poètes de l’ancienne école se situaient dans la continuité du style de Ronsard. Ils recherchaient une première logique. Ronsard et Desportes, pour ne citer qu'eux, excluaient déjà certains mots et se battaient contre certaines formes du lexique (comme les archaïsmes).

Malherbe qui au début suivait les idées de Ronsard, décida progressivement d'aller dans une tout autre direction. Il lui fallut cinquante ans pour sortir de l’ombre. Il créa, avec ses disciples et le soutien du Roi, la troisième école. Certains auteurs comparent l’avancée de Malherbe avec celle de son prédécesseur Ronsard, en des termes peu élogieux pour ce dernier, situant Ronsard dans la phase « préhistorique », et situant Malherbe dans « l’aurore des temps modernes ».

Il faut également ajouter que l’Académie française, créée dans la continuité des institutions royales gérant la culture, travaillait également dans cette voie, à savoir rendre la langue française pure et éloquente.

Malherbe et sa doctrine

Des échos de sa doctrine

Voici les mots du poète Nicolas Boileau qui parla de Malherbe comme d’un précurseur des réformes, des normes et du devoir. Malherbe permit à la langue française de trouver un semblant de pureté.

Selon d’autres mots d’auteurs, comme ceux de la Bruyère : « on fit du style ce qu'on faisait de l’architecture, on abandonna l'ordre gothique que la barbarie avait introduit ». Cette phrase peut être expliquée de la manière suivante : la langue française n’ayant pas d’unité, elle n’avait pas d’ordre, pas de limite, et elle était considérée comme barbare. « Il ne faut pas oublier qu’une idée prenant son origine de la Renaissance, classait le Moyen Âge comme une période barbare ».. Puis vint Malherbe, qui figea la forme de la langue française.

Le français de Malherbe Bien sûr, Malherbe n’inventa pas une nouvelle langue française, à l’opposé de la Pléiade qui usait de néologismes, Malherbe choisit des idées, des parties dans les différents français existants. Pour ne pas créer de nouveaux mots, il rechercha les plus purs dans ce que le français avait de meilleur à offrir.

Dans la partie historique était abordé le français et son manque d’homogénéité. Il y avait différentes façons de parler français : selon les lieux (Paris, la province…), et selon le milieu social (la Cour, le peuple, le parlement, les savants…). Depuis le , on reconnaissait la suprématie de Paris, pour ce qui était du parler français correct. Ce langage parisien excluait naturellement tous les régionalismes (qu’employait Desportes), et rejetait les gasconismes apportés à Paris par l'entourage d' et de ses descendants. Malherbe suivit cet exemple, mais il ajouta, pour un bon usage de la langue française, celui du langage populaire de Paris. Le parler populaire parisien que recherchait Malherbe était celui de l’usage courant (celui de la vie de tous les jours). Assurément, il voulait que chaque français, quelle que fût sa classe sociale, pût comprendre des textes en prose, ce qui, par conséquent, excluait le français technique, le langage précieux, et les néologismes.

Malherbe, dit-il, a voulu dire surtout que le peuple ne pouvant atteindre aux subtilités de la langue des beaux esprits, MM. les beaux esprits doivent se mettre à la portée du peuple. Et le mot ainsi entendu se concilie parfaitement avec l’ensemble des idées de Malherbe.

À ce vocabulaire d’usage parisien, il rajouta encore un français qui était alors très élaboré et construit : celui de la Cour. Il prit soin d’en enlever les archaïsmes et les mots techniques que le palais employait à ce moment.

La situation de sa doctrine Sa doctrine s’apparentait à une norme de la langue française. Une régulation, pour empêcher la langue de créer tous les vingt ans de nouveaux mots, ou d’emprunter sans cesse des mots d’origine étrangère. Bref sa doctrine consistait à « mettre le holà » à des changements incessants. En pratique, sa doctrine autorisait la suppression des mots du langage, à limiter le français actuel, et son usage. Les principes que Malherbe recherchait dans sa doctrine étaient : « [la] Correction, [la] clarté, [la] plénitude, [l’] harmonie, [et la] sobriété de la forme ». Sa doctrine portait donc sur le lexique, la grammaire, et l’usage.