Constantin Manassès (grec : ) est un écrivain byzantin du , né probablement vers 1130 ou peu avant, et mort dans les années 1180.

Éléments biographiques

Le peu d'informations qu'on a sur lui viennent surtout de ses œuvres. Il était très probablement apparenté, on ne sait comment, à son contemporain le patriarche melkite d'Antioche Athanase I Manassès (1157-1170), leur patronyme étant rareVoir A. Failler, « Le patriarche d'Antioche Athanase I Manassès (1157-1171) », Revue des Études Byzantines 51 (1993), 63-75.. Les allusions à des personnages ou des événements contemporains contenues dans ses ouvrages renvoient au troisième quart du , sous le règne de l'empereur Manuel I Comnène.

Autant qu'on puisse le savoir, il n'exerça jamais de fonctions officielles dans l'État ou dans l'Église: la tradition selon laquelle il aurait fini métropolite de Naupacte a été réfutée par O. Lampsides. Il vivait en mettant sa plume au service de riches personnages et en sollicitant leurs faveurs« He seems to have been a professional parasite who spent all his time frequenting the houses and soliciting the favors of the magnates of the extended imperial family », écrit Paul Magdalino.. Ses principaux patrons furent: la sebastokratorissa Irène, belle-sœur de l'empereur et protectrice de plusieurs lettrés de l'époque; le général Jean Kontostéphanos, neveu de l'empereur; Alexis Doukas, petit-fils d'Anne Comnène qui fut notamment gouverneur de Chypre; le megas hetaireiarches Georges Paléologue; et l'empereur lui-même.

Œuvres secondaires

Parmi les discours qu'il composa au service de ces puissants personnages, on peut citer: deux oraisons funèbres consacrées à Théodora, femme de Jean KontostéphanosEd. E. Kurtz, « Dva proizvedeniya Konstantina Manassi », Viz Vrem 7 (1900), 630-645.; une déploration de la mort de Nicéphore Comnène, autre petit-fils d'AnneE. Kurtz, « Evstathiya Thessaloniiskogo i Konstantina Manassi monodii na konchinu Nikifora Komnina », Viz Vrem 17 (1910), 302-322.; plusieurs discours à la gloire de l'empereur, notamment un panégyrique daté de 1173Ed. E. Kurtz, « Eshche dva neizdannych proizvedeniya Konstantina Manassi », Viz Vrem 12 (1905), 88-98.. A une certaine époque, il perdit la faveur de l'empereur à cause de rumeurs malveillantes qui circulaient à son sujet, et il tenta de la regagner en composant un Éloge du logothète du drome Michel Hagiothéodoritès, qu'il fit parvenir au ministreEd. K. Horna, « Eine unedierte Rede des Konstantin Manasses », Wiener Studien 28 (1906), 173-184, et 185 pour la lettre à un sebastos Georges que Manassès prie de faire parvenir le texte à son destinataire..

On possède également de lui cinq textes descriptifs isolés (έκφράσεις), sans doute composés pour être récités dans des réunions littéraires: le piégeage d'oiseaux sur la rive asiatique du BosphoreEd. L. Sternbach, Analecta Manassea, Cracovie, 1902.; une chasse à la grue avec l'empereur Manuel et son faucon préféréEd. E. Kurtz, « Eshche dva neizdannych proizvedeniya », Viz Vrem 12 (1905), 79-88.; une mosaïque représentant la terre dans le palais impérialEd. O. Lampsides, « Der vollständige Text der Έκφρασις γής des Konstantinos Manasses », Jahrbuch der Österreichischen Byzantinistik 41 (1991), 189-205.; une œuvre d'art dans le palais de Georges PaléologueEd. L. Sternbach, « Beiträge zur Kunstgeschichte », Jahreshefte des Österreichischen Archäologischen Instituts 5 (1902), Beiblatt, cols 83-85.; un nain amené de Chios pour être exhibé devant la cour impérialeEd. L. Sternbach, « Constantini Manassae ecphrasis inedita », Symbolae in honorem Prof. Dr. L. Cwilinski, Lemberg, 1902, 6 sqq..

On lui attribue aussi parfois un poème sur l'astrologie en vers pentédécasyllabiques, dédié à la sebastokratorissa Irène, et qui nous est parvenu dans les manuscrits sous le nom de Théodore ProdromeEd. E. Miller, « Poèmes astronomiques de Théodore Prodrome et de Jean Camatère d'après les manuscrits de la Bibliothèque Nationale de Paris », Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque Nationale et autres bibliothèques 23/2, 1872, 1-39.; W. Hörandner, éditeur de la poésie de ce dernier auteur, observe que l'attribution de ce poème à Manassès est plus probable« Theodoros Prodromos, Historische Gedichte », Wiener Byzantinische Studien 11, Vienne (Autriche), 1974..

Ouvrages principaux

Mais Constantin Manassès est surtout connu pour trois ouvrages: une Chronique universelle (Χρονική σύνοψις), racontant l'histoire du monde depuis la Création jusqu'en 1081 (avènement d'Alexis I Comnène), et formée de 6733 vers pentédécasyllabiques (le « vers politique » de la poésie byzantine)Ed. I. Bekker, Constantini Manassis Breviarium historiae metricum, Bonn, 1837 (en ligne sur le site Histoire de Byzance-Les cigales éloquentes).; composée vers 1150, elle est dédiée à Irène Comnène; elle rencontra un très grand succès et on en fit aussi une version en prose; elle fut traduite en bulgareEd. I. Bogdan, Die slavische Manasses-Chronik, Munich, 1966. dans les premières années du règne du tsar Ivan Alexandre (1331-1371), et cette traduction fit l'objet vers 1345 d'un splendide manuscrit illustré, chef-d'œuvre de l'enluminure médiévale (actuellement conservé au Vatican: le Codex Vaticano Slavo 2, avec 69 miniatures représentant plus de 100 scènes historiques362 fac-similés, dont 360 numérotés, les deux autres offerts au pape et au président de la République de Bulgarie, ont été réalisés en 2007 par les Éditions Miletus.); un roman également écrit en « vers politiques » et intitulé Aristandre et Callithéa; l'ensemble du texte est perdu, mais 36 fragments sont conservés dans un recueil d'extraits dû à Maxime PlanudeEd. O. Mazal, Der Roman des Konstantinos Manasses, Vienne (Autriche), 1967.; un Récit de voyage (Όδοιπορικόν) rendant compte de sa participation à l'ambassade menée par Jean Kontostéphanos, en 1160, auprès du roi Baudouin III de Jérusalem afin d'obtenir une épouse pour l'empereur Manuel; c'est un récit poétique en quatre livres (: trajet d'aller par voie de terre de Constantinople à Samarie; 2: ambassade, et première maladie de Manassès; 3: deuxième maladie de l'auteur, et sa nostalgie de Constantinople; 4: retour par la mer, et évocation de l'échec de l'ambassade); un récit très subjectif et centré sur le narrateur lui-même, qui ne jouait aucun rôle officiel dans l'ambassade et semble avoir contracté le paludismeEd. K. Horna, « Das Hodoiporikon des Konstantinos Manasses », Byzantinische Zeitschrift 13 (1904), 313-355..

Bibliographie

M. Markovich, « The Itinerarium of Constantine Manasses », Illinois Classical Studies 12 (1987), 277-291. O. Lampsides, « Zur Biographie von Konstantinos Manasses und zu seiner Chronike Synopsis », Byzantion 58 (1988), 97-111. Paul Magdalino, « In search of the Byzantine Courtier », dans Henry Maguire (dir.), Byzantine Court Culture from 829 to 1204, Dumbarton Oaks, Washington, 1997.

Notes et références

Catégorie:Écrivain de l'Empire byzantin du XIIe siècle Catégorie:Historien byzantin du XIIe siècle Catégorie:Date de naissance non renseignée (XIIe siècle) Catégorie:Date de décès non renseignée (XIIe siècle)