thumb|right|280px|Entrée de l'Armée française à Lisbonne, 30 novembre 1807 La première invasion napoléonienne du Portugal s'inscrit dans la volonté de Napoléon Bonaparte d'imposer un blocus continental au Royaume-Uni dont le Portugal est un allié et partenaire commercial. Menée par le général Junot, elle débute le : les Français avancent jusqu'à Lisbonne tandis que la cour royale se réfugie au Brésil. Mais la résistance des Portugais dans les provinces, le soulèvement de l'Espagne contre les Français et le débarquement d'un corps expéditionnaire britannique amènent Junot, en , à négocier son retrait par la signature de la convention de Cintra. Cet échec fera de la guerre péninsulaire une guerre d'attrition où la France usera ses forces.

Antécédents La Révolution française et l'avènement de Napoléon Bonaparte en France bouleversent l'histoire de l'Europe, provoquant l'union des monarchies contre les idées nouvelles. Si le Portugal tente de rester neutre afin de préserver ses affaires commerciales et de conserver ses colonies, sa vieille alliance avec l'Angleterre va l'obliger à prendre position dans le conflit qui oppose la France à l'Angleterre et aux autres monarchies européennes.

Le Portugal participera ainsi à la guerre du Roussillon qui se conclura par la signature du traité de Bâle, à l'issue duquel le Portugal espère se maintenir à l'écart de l'opposition franco-anglaise. thumb|redresse=0.7|Projet de partage du Portugal par le traité de Fontainebleau, 27 octobre 1807. Avec la convention d'Aranjuez, en , la France et l'Espagne, devenus alliées, s'accordent pour envoyer un ultimatum au Portugal : le pays doit notamment fermer ses ports au commerce britannique et se mettre à dos un allié précieux. Son refus va lui valoir une série de représailles de la part de la France entre 1801 et 1814, représailles qui auront un impact considérable sur l'histoire du pays et de son empire.

C'est d'abord la guerre des Oranges () pendant laquelle le pays est envahi par l'Espagne pressée par la France. Le Portugal finit par signer le traité de Badajoz par lequel il accepte, entre autres choses, de fermer tous ses ports au commerce britannique. Le Portugal ne peut cependant respecter cet accord sans mettre en danger ses colonies d'outre-mer essentielles à son économie. Il tente alors à un moment de ménager chacune des parties.

Après la défaite de Trafalgar, la France doit renoncer à inquiéter le Royaume-Uni sur mer. Avec le décret de Berlin (), la France instaure le blocus Continental portant le conflit sur le terrain économique. Celui-ci vise à interdire au commerce britannique l'accès aux ports des pays soumis à la domination française et ainsi asphyxier économiquement son ennemi. Pour le Portugal, appliquer le blocus c'est se mettre à dos le Royaume-Uni et perdre ses colonies. Pour autant, cette mesure ne mettrait pas à l'abri ses colonies des ambitions espagnoles. La diplomatie portugaise va donc osciller entre les pressions britanniques et françaises.

En , Napoléon signe le traité de Tilsit avec la Russie et la Prusse. Les conséquences sont décisives pour le Portugal : non seulement, les deux pays adhèrent au Blocus continental, mais le traité met fin à la guerre de la Quatrième Coalition et laisse les mains libres à Napoléon pour intervenir au Portugal. Son objectif à terme est en vérité de dominer toute la péninsule Ibérique. L'Espagne se rassure encore en signant le traité de Fontainebleau (). Elle y accorde à la France l'autorisation de traverser son territoire et un soutien militaire pour envahir le Portugal. À terme, le royaume portugais et ses colonies seraient divisés entre les deux pays.

Préparatifs Français et Espagnols Avant même que le traité ne soit signé, le corps d'observation de la Gironde, sous le commandement de Junot, se regroupe à Bayonne, près de la frontière espagnole (). Fidèle compagnon de Napoléon depuis le siège de Toulon en 1793, soldat courageux, Junot n'a pas encore exercé de grand commandement en campagne et, jusque-là, il était gouverneur militaire de Paris ; cependant, il connaît le Portugal où il a été ambassadeur. Pour renforcer l'encadrement, on rappelle les officiers qui avaient été formés pour constituer un corps expéditionnaire au Portugal sous Leclerc en 1799.

Par une convention secrète franco-espagnole, ce corps doit compter auxquels se joindront trois divisions espagnoles, en tout, et un second corps français de si le Portugal est renforcé par des troupes britanniques.

thumb|Tambour-major et musicien militaire français en 1810. La préparation logistique laisse beaucoup à désirer : il a fallu prélever des troupes sur les garnisons des côtes de l'Atlantique et de la Méditerranée en évitant de les dégarnir complètement car elles sont exposées aux descentes britanniques. Les effectifs doivent être complétés à la dernière minute par des convalescents de la Grande Armée ou des conscrits sans entraînement. Sur prévues en 1806, seulement se sont présentées à l'appel. Les chevaux sont difficiles à réunir, le ravitaillement des hommes est convenable mais le fourrage manque car les fournisseurs exigent d'être payés d'avance et l'argent n'arrive pas. Les unités de cavalerie doivent changer sans cesse de cantonnements pour se ravitailler. Pour les approvisionnements en Espagne, Napoléon compte sur le gouvernement espagnol de Manuel Godoy qui affiche le plus total dévouement à la France : les militaires les mieux informés, comme Dejean, connaissent la gabegie de l'administration espagnole mais se gardent bien de discuter les ordres de l'empereur.

La division Delaborde, qui entre la première en Espagne, est presque au complet avec ; à la division Laroche (qui, malade, sera remplacé fin octobre par Loison), il manque 400 hommes du léger et 140 des autres régiments ; la division (général Travot) n'a que sur un effectif théorique de ; la cavalerie, commandée par Kellermann le jeune, compte 7 escadrons ; chaque division est dotée de 12 canons ; un bataillon du génie et une compagnie d'ouvriers complètent la marche.

Le , Napoléon, répondant au rapport envoyé par Junot le 10, lui écrit :

thumb|gauche|redresse=0.7|Soldat portugais des chasseurs à pied, 1811. Napoléon donne des instructions à Junot pour se saisir des forteresses et de la flotte portugaise, s'emparer du Prince Régent, de la famille royale et des personnalités marquantes pour les envoyer en France, éviter toute vexation contre les habitants ; l'armée portugaise doit être désarmée sauf un corps de qui sera envoyé en France. L'empereur ne se fait pas d'illusions sur l'état d'esprit des Portugais : . Il ne fait pas davantage confiance aux Espagnols et recommande de ne leur confier aucune forteresse.

Portugais L' est fondée, depuis le Moyen Âge, sur le principe de la levée en masse par province ; chaque canton fournit une compagnie d'ordonnance () commandée par un . L'armée compte 24 régiments d'infanterie, 14 de cavalerie, 4 d'artillerie et 48 de milice, en tout de troupes régulières et de milice qui, en cas d'invasion, peuvent se grossir d'un nombre double de paysans armés. Le corps des officiers est pléthorique mais mal payé, souvent âgé et de formation insuffisante ; les officiers du génie, au nombre de 140, s'emploient surtout à des ouvrages civils car il n'y a pas d'argent pour entretenir les forteresses. L'armement d'infanterie, acheté aux Britanniques, est hétérogène ; les pièces d'artillerie sont aussi de modèles et calibres variés ; la cavalerie, faute d'entraînement, combat à pied. Les officiers, très irrégulièrement payés, déclarent souvent au rôle des hommes absents ou inexistants afin d'empocher leur solde et leurs rationsCharles William Chadwick Oman, A History of the Peninsular War, t. 2, Oxford: Clarendon Press, 1902, ..

Marche vers Lisbonne thumb|Jean-Andoche Junot, duc d'Abrantès.

Le , le général Junot à la tête de entre en Espagne. Près de 500 km sont parcourus en 25 jours. Le , arrivé à Salamanca, il reçoit l'ordre de presser le pas ; chaque jour qui passe semble, en effet, augmenter l'influence britannique et le risque de voir arriver leur armée au Portugal et la résistance s'y organiser. Les ordres de Napoléon sont clairs : Junot doit entrer au Portugal en suivant la vallée du Tage, cet axe de progression étant le plus court. Il a également l'avantage de traverser les régions les moins susceptibles de résister, c'est-à-dire celles dépourvues de forteresse. Junot doit parvenir rapidement à Lisbonne et emprisonner la famille royale portugaise.

Junot se dirige vers Alcántara à la frontière portugaise. Il y reçoit des renforts sous la forme de espagnols commandés par le général Caraffa. Deux autres troupes espagnoles participent à l'invasion : la première de commandés par le général se dirigera vers Porto et la région du Bas-Douro ; la seconde de commandés par le général se dirigera vers Elvas avant de poursuivre vers Lisbonne par la rive sud du Tage. Le , Junot entre au Portugal par Segura près de Castelo Branco : il proclame au peuple son intention de délivrer le royaume de l'occupation anglaise, compromettant ainsi le prince régent. Il menace dès lors tous ceux qui chercheraient à résister. Le prince régent demandera lui-même au peuple d'abandonner toute idée de résistance afin de ne pas aggraver la situation du pays. Il s'agit néanmoins de préserver la couronne et l'indépendance portugaise. C'est pourquoi la décision est prise de mettre le roi à l'abri. Après de longues délibérations, il est décidé que le régent, sa famille et ses ministres s'embarqueraient pour le Brésil. Un accord secret passé avec l'Angleterre, dès le , prévoit même d'escorter la famille royale et le gouvernement.

L'armée avance à marche rapide, multipliant les exactions et les pillages. Tout a été prévu, si ce n'est le fait que les routes qui doivent permettre ce mouvement rapide n'existent que sur le papier. Le terrain, les mauvaises voies de communications, les mauvaises conditions atmosphériques et la quasi impossibilité de se ravitailler parmi la population, qui préfère incendier les champs, viennent presque à bout de l'armée d'invasion et rendent sa marche très pénible.

redresse=1.7|thumb|Plan de la première invasion.

D'Alcántara, Junot parvient à Castelo Branco puis à Abrantes entre le 23 et le . La traversée des régions montagneuses de Beira, les pluies torrentielles, la rareté des vivres, l'état des routes laissent de nombreux militaires sur le chemin. On doit abandonner des pièces d'artillerie et des chevaux sur la route. La moitié de l'infanterie se trouve hors des routes, se reposant ou pillant les quelques villages traversés. Le 28, Junot est à Santarém. Les forces portugaises ne s'interposent pas. La décision de transférer la couronne au Brésil est prise le , malgré des avis divergents : une représentation diplomatique tentera même de retarder l'avancée vers la capitale en négociant les exigences françaises. Cela n'arrête pas les Français qui poursuivent leur route, à marche forcée cette fois, avec une troupe réduite à .

La cour embarque le 27, mais doit se résoudre à attendre le 29 pour prendre la mer. Les troupes françaises entrent dans la capitale le lendemain au petit matin. Junot aurait eu le temps d'apercevoir au loin les navires emportant la famille royale. Le reste de la troupe arrive, en piteux état, durant les jours suivants. Trois semaines plus tard, Junot compte à peine sur les du début. Lisbonne, qui vient de subir un nouveau tremblement de terre (), est traumatisée par ce nouveau coup du sort.