thumb|right| (Le Banquet des fées), peinture de John Anster Fitzgerald, 1859. La fée, être légendaire issu des croyances populaires, est abondamment représentée dans l'art et la littérature. Les premières remontent à l'Occident médiéval, époque qui voit la naissance littéraire des fées Morgane, Viviane, ou encore Mélusine, toutes issues de traditions orales plus anciennes, grâce à des auteurs comme Marie de France et Chrétien de Troyes. Leur succès est éclipsé par les thèmes de la mythologie greco-romaine à l'arrivée de la Renaissance, mais les fées connaissent à nouveau une vague de popularité grâce au Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare à la fin du , puis dans les contes de fées des . Au , le romantisme littéraire, et la renaissance celtique () profitent à nouveau aux fées. La collecte des traditions folkloriques, l'intérêt pour les mythes, contes et légendes gagnent toute l'Europe, de même que les créations originales incluant des personnages féeriques. L'époque victorienne voit la naissance de la peinture féerique. Le et ses productions « d'une extraordinaire richesse » incluent notamment la fée Clochette, devenue une icône de la culture populaire, mais aussi de nombreux films des studios Disney. Les romans de Tolkien éveillent chez la génération étudiante de l'époque un intérêt tout particulier le petit peuple et à sa suite, les premiers ouvrages étudiant et illustrant ces créatures connaissent le succès éditorial en Angleterre avec Katharine Briggs, Brian Froud et Alan Lee. En France, c'est Pierre Dubois qui le premier remet les fées à l'honneur, suivi de nombreux auteurs parmi lesquels Édouard Brasey et Marie-Charlotte Delmas. Quelques auteurs des littératures de l'imaginaire et bon nombre d'illustrateurs de fantasy incluent désormais les fées à leur répertoire.
Premières fictions au Moyen Âge left|thumb|Mélusine allaitant Thierry, miniature pour Le Roman de Mélusine par les Maîtres de Guillebert de Mets vers 1420-1430.|alt=Sur la peinture, trois êtres se trouvent dans ce qui semble un château : un garde à la gauche, un noble au milieu et une femme prenant son bain dans une pièce fermée. La femme possède des ailes et une queue de serpent. La fée telle qu'on la connaît est une création de l'Occident médiévalLaurence Harf-Lancner dans . D'abord présente dans la littérature, sa figure a ensuite inspiré le théâtre, la peinture, la musique, et par extension toutes les formes d'art. Pour Claudine Glot, la fée car les premiers textes écrits à leur propos sont des manuscrits médiévaux occidentaux du , notamment ceux de Marie de France qui peut se revendiquer première femme auteur de féerie, et esquisse le portrait des belles dames venues d'autres mondes. Elle est suivie par Chrétien de Troyes qui, de 1170 à 1190, rédige des œuvres courtoises à l'ambiance féerique. Il annonce le succès de la matière de Bretagne et de la légende arthurienne comme sources d'inspiration pour les écrivains. La mythologie celtique, ses divinités païennes et ses valeurs chevaleresques forment le fond de ces premiers textes malgré le contrôle exercé par l'Église : les écrivains recueillent probablement des récits grâce à la tradition orale, longtemps véhiculée par les bardes, la littérature de fiction permettant de raconter ces légendes à leur façon.
Le succès littéraire des textes féeriques est probablement lié à l'étrangeté de la matière de Bretagne, telle qu'elle apparaît aux érudits franco-anglais vers 1200Claudine Glot dans . Selon Claudine Glot, il s'agit d'une réponse aux Claudine Glot dans , et Claudine Glot dans . Elles sont présentées dans les romances médiévales comme l'un des êtres que le chevalier errant est susceptible de rencontrer. Le monde féerique médiéval est une sorte de monde parallèle riche dont les mortels atteignent et franchissent les frontières parfois sans s'en rendre compte. Une fée joue un rôle important dans le lai de Lanval et exige, comme toutes les fées amantes, le respect d'un interdit qui sera brisé. La geste Huon de Bordeaux esquisse le portrait d'Aubéron, « roi de Féerie ». Les fées se font moins fréquentes dans la littérature après le , où elles sont à la fois diabolisées et rationalisées : la fée Oriande, de la légende des Quatre fils Aymon, ne possède que très peu de caractères féeriques « résiduels ». Des exceptions existent, comme le conte Perceforest qui met en scène de très nombreuses fées en 1340. Elles disparaissent avec la Renaissance et leur réapparition dans les contes de fées des se fait sous une forme différente.
Matière de Bretagne et légende arthurienne thumb|left|La Dame du Lac enlevant Lancelot, par George Wooliscroft et Louis Rhead, 1898.|alt=Sur le dessin, une femme tient un bébé dans ses bras alors qu'elle survole un cours d'eau et que la Lune éclaire la scène. Les romans bretons, surtout au , mettent en scène la légende arthurienneLaurence Harf-Lancner dans et deux grands personnages féeriques en la présence de Morgane et Viviane. D'autres personnages ont une nature féerique suggérée par la présence d'indices, telle la reine Guenièvre, qui demeure la plus belle dame du royaume durant des décenniesClaudine Glot dans . Bien qu'il diminue avec le temps, le caractère féerique des personnages de la légende arthurienne n'est pas complètement occulté de la tradition. Le conte tardif Sir Gauvain et le chevalier vert présente très clairement le chevalier vert comme un être issu de l'autre monde. Le poète du John Lydgate écrit que le roi Arthur fut couronné au pays des fées et emporté par quatre reines-fées sur l'île d'Avalon après sa mort, où il reposerait désormais sous une colline féerique jusqu'à ce que la Bretagne ait à nouveau besoin de lui.
Morgane thumb|La fée Morgane vue par Anthony Frederick Sandys, 1864.|alt=Une femme brune habillée de vêtements aux couleurs flamboyantes semble procéder à des rituels magiques. La fée Morgane, originellement une fée des eaux, est un dont le lien avec le royaume féerique est clair de par son nomAnne Berthelot dans . Elle apparaît d'abord sous un jour positif, comme une magicienne savante et une guérisseuse occupant une position importante à Avalon, par exemple dans le premier texte à son propos, la de Geoffroy de Monmouth écrit en 1150. À partir du , elle est qualifiée d', puis elle séduit et enlève les héros de la légende arthurienne dans l'Autre Monde. Dans Sire Gauvain et le chevalier vert et au , elle est présentée comme une femme dont les nombreux pouvoirs magiques ne sont pas le résultat d'une nature féerique, mais plutôt le fruit de longues études en compagnie de l'enchanteur MerlinLaurence Harf-Lancner dans , mais aussi comme haineuse envers le roi Arthur et la reine Guenièvre, hostile et séductrice vis-à-vis de Lancelot, et recherchant la mort de Gauvain par des actes fourbes et traîtres.
Viviane La fée Viviane, dont la figure semble issue des déesses aquatiques et de Diane, est un exemple de mélanges entre les traditions païennes et chrétiennes puisqu'elle élève Lancelot dans l'art de la chevalerie tel qu'enseigné par l'Église, mais ignore le pardon et se livre à la vengeanceClaudine Glot dans Anne Berthelot dans . Apparue tardivement au , c'est avant-tout une figure maternelle, qui vit au fond d'un lac magique en compagnie d'autres dames féeriques, et dont le côté inquiétant (lors de l'enlèvement de Lancelot par exemple) est autant atténué que possible afin d'en faire Anne Berthelot dans .
Mélusine thumb|left|La Fée Mélusine découverte par Raymond de Lusignan, gravure sur bois vers 1500.|alt=À la gauche du dessin, une femme ailée et possédant une queue de serpent se tient debout en présence d'un homme barbu en armure. Les deux semblent étonnés de l'allure de l'autre. La fée Mélusine est l'exemple même de la fée amante, à tel point que Georges Dumézil nomme les récits d'amour entre un homme mortel et une femme surnaturelle. Sa tradition est fortement ancrée à l'époque médiévale qui en fait à la fois un personnage de contes populaires et la patronne de la maison de Lusignan. On en trouve trace dès le , puis en 1392 dans le Livre de Mélusine de Jean d'Arras et en 1401 dans celui de Coudrette. Ils racontent comment la fée Mélusine, maudite par sa mère, est condamnée à se changer en serpente de la taille aux pieds chaque samedi et ne pourra être libérée que si un homme l'épouse et ne la voit jamais ce jour-là. Raymond de Lusignan tombe amoureux d'elle, l'épouse en acceptant l'interdit, et voit bientôt sa puissance et sa prospérité se décupler. Poussé par son frère à braver l'interdit, il fâche Mélusine qui retourne dans l'Autre Monde et dont la vengeance s'abat sur le château de LusignanLaurence Harf-Lancner dans .
Au thumb|Deux des principaux personnages de la pièce Le Songe d'une nuit d'été : Titania, reine des fées, et Obéron, roi des fées, se querellant (, Joseph Noel Paton, vers 1849).|alt=La peinture présente une fée et un homme peu vêtus qui se regardent et semblent s'interpeller. Circulant dans une forêt, ils sont entourés de plus petits êtres, plusieurs montrant leur joie. Avec l'arrivée de la Renaissance, les fées médiévales disparaissent des récits tandis que dieux et déesses de l'Antiquité gréco-romaine redeviennent une source d'inspiration artistique. En 1590, Edmund Spenser écrit le poème épique La Reine des fées, proche de la tradition arthurienne et qui promulgue la vertu mais dans bon nombre de fictions de cette époque, les attributs des fées sont mélangés librement à ceux des nymphes et des satyres de la tradition classique. Bien qu'elles soient présentes dans la littérature anglaise depuis le Jeremy Mars dans , les fées font leur réapparition la plus notable dans Le Songe d'une nuit d'été de William Shakespeare à la fin du , qui se déroule simultanément dans les bois et le royaume de Féerie, situé sous la lumière de la Lune et dans lequel une dispute entre des fées cause des désordres et des troubles. L'immense succès de cette pièce théâtrale est à l'origine de la des fées anglo-saxonnes, une idée qui devient répandue au et que John Lyly suggère aussi dans Endimion en 1591.
À la suite de Shakespeare, bon nombre de fées du folklore et de la littérature prennent les traits de Titania, d'Obéron et de PuckClaudine Glot dans . De même, le rôle de ces êtres est considérablement modifié, ils sont perçus comme beaucoup moins impitoyables et effrayants que ceux du folklore. Cette représentation des fées anglo-saxonnes perdure au , Michael Drayton continuant à les miniaturiser dans Nimphidia en 1627, et elle trouve son apogée au à travers la fairy paintingClaudine Glot dans .
Du au thumb|left|Le Prince Arthur et la reine des fées par Johann Heinrich Füssli, 1788.|alt=Une fée se tient debout au milieu du tableau. Agenouillé à la droite se tient un homme qui semble se reposer en sa présence. En arrière-plan à la gauche, un être se tient debout. Les voient l'émergence du conte de fées comme genre littéraire à part entière et de 1760 à 1763, les poèmes celtiques attribués au barde Ossian et traduits par le poète James Macpherson Michel Le Bris dans . Johann Heinrich Füssli, plus connu pour ses œuvres à l'atmosphère oppressante, a également peint des fées. La première de l'opéra La fée Urgèle est jouée à Fontainebleau le .
thumb|La fée doit se livrer à la reine et perdre son pouvoir pendant huit jours, illustration de Virginia Frances Sterret pour les , 1920.|alt=Le dessin montre une fée qui courbe la tête face à sa reine. La reine, à la gauche, s'appuie sur un champignon, alors que l'autre fée est située au milieu. Le conte merveilleux, ou « conte de fées », est un genre littéraire né au et qui prend son essor au dans les salons mondains. On y trouve des éléments surnaturels ou féeriques, des opérations magiques, et des événements miraculeux. Il popularise des personnages devenus récurrents comme la fée Carabosse (mauvaise fée ou sorcière) et les fées marraines telles que celle de Cendrillon, la fée des Lilas, et les marraines de la Belle au bois dormant .