La désigne la période de l'histoire japonaise qui s'écoule du milieu du jusqu'à 710. Elle fait suite à la période Kofun — bien que son début puisse se chevaucher avec la période Kofun — et précède l'époque de Nara. La période Kofun (milieu du - milieu du ) et la période Asuka qui la suit sont parfois désignées collectivement comme la période Yamato (v. 250-710). L'époque d'Asuka est marquée par l'arrivée du bouddhisme dans l'archipel japonais, ainsi que par l'influence des cultures coréenne et chinoise dans l'archipel.

Cette période doit son nom au village d'Asuka où les souverains installaient parfois leur capitale. En effet, la période se caractérise par de fréquents déménagements de la Cour, qui ne commencera à se fixer durablement qu'avec son installation à Heijō, la future Nara, en 710.

Introduction du bouddhisme

C'est en 538 ou 552On débat encore sur la date d'introduction du bouddhisme mahayana (plus exactement, le bouddhisme son, coréen) c'est-à-dire de son acceptation par le souverain et les vassaux. En fait il s'agit d'une confusion concernant la date de couronnement de l'empereur Kinmei, couronnement qui est soit daté de 540 soit de 531. Les documents s'accordent pour que cet évènement ait eu lieu sous son règne. La très grande confusion politique au moment du couronnement a causé ces écrits contradictoires : . que le roi du Baekje aurait fait porter à son homologue japonais une statue de Bouddha en bronze doré. Cette date marque l'introduction symbolique du bouddhisme mahayana au Japon. Le roi du Baekje cherchait, par ce don, à former une alliance contre le royaume de Silla. Mais les gens de l'archipel basaient encore leur vie religieuse sur les multiples kami, qui, en principe, ne donnaient lieu à aucune représentation figurative et encore moins à une représentation anthropomorphique. De plus, les familles aristocratiques associaient leurs statuts à leur affiliation avec ces dieux.

L'enracinement du bouddhisme dans les couches supérieures de la société de l'époque modifie les pratiques funéraires de l'élite qui commence à privilégier l'incinération aux fastes des grandes tombes (kofun) caractéristiques de la période Kofun précédente, même si la construction de ceux-ci se poursuit jusqu'à la fin du et seulement dans la région du Kansai.

Cet enracinement rapide peut correspondre à plusieurs faits de société. Du point de vue des élites, tout d'abord, il faut remarquer que ses membres étaient, depuis la fin du , de plus en plus détachés de leurs communautés respectives, moins impliqués dans leur bien-être, comme il ressort de l'évolution des pratiques funéraires de l'élite dont les gens du commun ne sont plus utilisés que comme main-d'œuvre pour les derniers tumuli géants du Kansai, et les rituels pour le bien-être commun ont disparu au profit de la glorification des souverains. D'autre part, il faut prendre en compte que les individus appartenant à l'élite sont, dès lors, assignés à des tâches spécifiques par le souverain. Des recherches historiques de 2001 montrent que, dans la région du Kansai, l'élite de différents clans ont des fonctions spécialisées dans la gouvernance et dans le fonctionnement de la cour; ils sont plus soucieux que jamais de leur survie au sein des luttes qui ont lieu à la cour.

Du point de vue de la classe dirigeante, l'accueil du bouddhisme a été désiré afin d'imiter les Sui en Chine, ainsi que Koguryo et Silla dans la péninsule coréenne, donc les rivaux de Wa à la périphérie de l'empire chinois. Tenter de prendre le contrôle de ces petits royaumes de la péninsule et rivaliser avec eux, exigeait des autorités qu'elles puissent évaluer (et discréditer) les actes de ces rois en se référant à un système unifié de valeurs universelles. Or le bouddhisme pouvait servir de système de valeurs universelles. L'accueil du bouddhisme était, par ailleurs, en accord avec la nécessité nouvelle qui imposait de nouer des relations dans un monde qui s'était considérablement ouvert, surtout pour ces élites seulement soucieuses de leurs préoccupations communautaires à la période Yayoi. Le bouddhisme pouvait aussi enseigner aux individus de cette élite comment agir en tant qu'individu, vivant une vie individuelle dans le monde. Sculptures bouddhiques L'image de Maitreya (Miroku Bosatsu), une sculpture en bois qui a perdu son revêtement doré d'origine et conservée au temple du Kōryū-ji, à Kyoto, semble, aux yeux des experts, dater du début du . La communauté scientifique s'accorde sur le fait qu'elle a été conçue selon un prototype coréen, probablement semblable à la statue de Maitreya en bronze doré du Musée national de Corée, et qui daterait de la fin du ou du début du Voir aussi : Sculptures japonaises concernée par l'influence de la Corée. Selon le « Dictionnaire historique du Japon » (Année 1987 Volume 13 Numéro 1 p. 83)  il est fort possible que cette statue soit en rapport avec l'article du Nihon shoki daté 623, où le royaume de Silla aurait offert l'image bouddhique installée au Kōryū-ji.. Une comparaison avec un motif semblable en Chine des Tang, du début , permet de percevoir ce qui distingue et ce qui rapproche ces sculptures : arcades sourcilières en arc, arête du nez droit à angles vifs, lèvres en accent circonflexe à l'époque Tang. Cet aperçu permet de souligner la très grande proximité de ces trois cultures au début du .

Par ailleurs la triade de Shākyamuni au Hōryū-ji, datée de 623, est le reflet de la sculpture bouddhiste chinoise à l'époque de la dynastie Wei du Nord (386-534), transposée dans l'archipel par un sculpteur japonais de lointaine origine chinoise. Elle a été, en effet, réalisée par un sculpteur célèbre et apprécié, Tori Busshi, actif de la fin du au début du et dont le grand-père était un chinois immigré en 522, du temps de la dynastie des Wei du Nord.

En 624 les Annales du Japon mentionnent 46 monastères bouddhiques sur le territoire. Ils favorisent le développement très rapide de l'art bouddhique. Certaines peintures conservées sont exécutées en plusieurs couleurs sur un fond de laque noire. Le temple le plus ancien est l'Asuka-dera, construit entre la fin du . Il fut suivi par le Shi Tennō-ji (ou Shinten'no-ji), puis le Horyu-ji, le Hokki-ji et par le Yakushi-ji.

Autres influences étrangères

En 538 ou 552 arrivent du royaume coréen de Paekche des spécialistes de la médecine, de la divination et du calendrier. Les nouvelles croyances apportent avec elles d'autres innovations originaires du continent, telles qu'une métallurgie plus développée, des laques, des peintures et surtout des textes. L'usage de l'écriture au Japon, jusqu'alors réduit à quelques inscriptions sur des objets rituels, s'intensifie. Avec l’influence du bouddhisme et l’arrivée de la culture coréenne et chinoise, le Japon entre dans l’histoire. À Asuka, dans l’actuelle préfecture de Nara, s’élèvent les premiers palais officiels et les premiers temples bouddhiques, imitant les compositions architecturales de la Chine alors réunifiée sous les Sui.

Dans le domaine de la céramique, celle-ci continue d'évoluer dans le prolongement de la période précédente et de ses rapports étroits avec la péninsule. Depuis la période du Kofun moyen, le grès (une matière nouvelle au Japon) de couleur grise et sans revêtement, le grès sue d'origine coréenne, a été assimilé dans l'ouest et le centre de l'archipel et donne l'occasion de formes nouvelles. C'est le début d'une très longue histoire dans l'intérêt que les habitants de l'archipel vont avoir pour cette matière, au cœur de la céramique japonaise.

Le Tamamushi no zushi est un meuble en forme de sanctuaire du milieu du . Les peintures, à l'huile de litharge mitsuda-eTamamushi no zushi / litharge : Tsuji, 2019, , p. 62. Huile de litharge mitsuda-e : . qui en ornent les panneaux, mêlent à merveille plusieurs styles chinois anciens, depuis la dynastie Han (206 AEC-220 EC) jusqu'aux Six Dynasties (220-589). La végétation peut rappeler celle du relief des Sept Sages de la forêt de bambous (Song du Sud, sec. moitié du Ve). De même la scène d'adoration, sur le panneau central du piédestal, offre quelques similitudes avec les sept sages. Grâce à ces modèles chinois des personnages aux formes étonnamment stylisées, très fines, expriment cependant bien des corps en action, et le "paysage" rocheux est néanmoins évoqué en quelques formes cristallines arquées qui accompagnent de manière suggestive le saut dans l'espace du héros. Le reste du paysage est réduit à quelques végétaux et collines, aux courbes tendues, qui jalonnent l'espace.

Archéologie et société

Tumuli Sur le plan archéologique cette période prolonge et amplifie les transformations qui se sont opérées à la période du Kofun final.. La fin du est marquée par l'arrêt dans la construction de tumuli en trou de serrure, à l'exception de certaines parties de la région du Kansai jusqu'au tournant du . Ces derniers tumuli atteignent encore des proportions gigantesques. La disparition des Haniwa cylindriques suppose que les populations sont mobilisées pour ces réalisations colossales sans que cela implique le moindre rituel par les communautés. Il s'agit simplement d'un geste politique qui affirme le pouvoir du chef suprême. Suivant cette logique, l'ordre hiérarchique du monde des vivants est considéré comme ayant une suite dans le monde des morts de l'élite. On peut supposer que c'est à ce moment que s'est construit le mythe expliquant l'origine du pouvoir du ten'no qui est décrit dans le Kojiki et dans le Nihonshoki. C'est aussi le moment où des « dieux » individuels et hiérarchisés, auxquels on assignait différents rôles dans la création, le développement et la conduite du pays, commencent à être associés avec différents clans de l'élite en tant qu'« ancêtres ».

Au les tout petits tumuli ronds ne protègent plus qu'un seul corps. Leur construction se poursuit encore longtemps après la disparition des grands tertres en trou de serrure mais ils disparaissent au cours du siècle.. Ce sont les tombes de chefs des groupes chargés d'un certain type de production (riz, bronze, sel...). Les autres membres de ces communautés n'étant pas enterrés dans ces tumuli.

Le lieu où reposent les empereurs Ten'no est devenu soit un tertre octogonal - comme Noguchi Onohaka (ou Noguchi Ō-no-haka), Asuka (Nara), mausolée attribué au couple impérial, l'empereur Tenmu (天武天皇 631?-686) et l'impératrice Jitō (持統天皇 645-703) - soit un tertre composite avec une base carrée et un sommet rond. Ces formes pourraient avoir été influencées par la philosophie politique chinoise, qui se réfère à Taichirō Shiraishi, Kofun to Yamato seiken (The Kofun tumulus and the Yamato polity), Tokyo: Hanawa shobo 1999., mais leur forme semble aussi incarner la forme du monde, l'empereur mort ou vivant étant le centre du monde et son incarnation.

Palais vignette|Disposition du palais d'Oharida achevé en 603 à Asuka À l'époque précédente les enceintes, les murs et les fossés enfermaient en un seul espace : le secteur résidentiel de l'élite, un secteur consacré aux rituels, et plusieurs zones de production et de réserves ainsi que, probablement, une zone réservée aux membres subalternes du clan. Mais tout n'était pas nécessairement regroupé, plus simplement distribué de manière hiérarchisée sur une grande surface en fonction des activités des groupes de parentés. Même dans la partie centrale de la région du Kansai - le cœur de l'État naissant - jusqu'à la fin de la période Kofun, ce type de structure s'est reproduit sans grand changement, en dehors de sa taille qui n'a cessé de croitre. Ces élites servaient de lien inter et intra-communautaires. Elles devaient ainsi contrôler la production et la distribution des biens, tout en servant de médiateurs entre les communautés et le monde de la transcendance : tout ce qui pouvait mettre en danger la communauté.