L'orchestre de l'Opéra national de Paris est un orchestre symphonique français créé en 1672. L'orchestre de l'Opéra national de Paris fait partie avec l'orchestre de l'Opéra national de Lyon des deux orchestres en France à être rattachés à un théâtre lyrique.
L'orchestre de l'Opéra de Paris fait partie des plus vieilles institutions musicales européennes avec la Staatskapelle de Dresde encore en activité.
Historique
En , l'opéra de Paris et son orchestre, dénommé alors l'Académie royale de musiqueL'Opéra de Paris changera 27 fois de nom et 15 fois de théâtre au cours de son histoire., sont fondés par Jean-Baptiste LullyEscroqué et emprisonné pour dettes, Pierre Perrin est contraint de céder en 1672 à Lully son privilège acquis par lettre patente du roi Louis XIV en 1669 d'organiser la « représentation des opéras en musique et en vers français » à Paris et dans tout le royaume pour une durée d'exclusivité de douze ans. pour un opéra chanté en français tourné vers la tragédie lyrique en rupture avec l'opéra italien. L'orchestre est alors constitué de quatorze musiciens. Dans les années 1670, l'orchestre sous sa direction joue une première d'œuvre et également une à deux reprises par saison. Au , l'orchestre jouait deux à huit premières et une douzaine de productions différentes par saison. Dans le cas des reprises, les compositions étaient souvent modifiées car les œuvres n'étaient pas protégées à cette époque. En 1752 a lieu la première représentation d'une compagnie étrangère qui donnera lieu à la controverse dénommée la Querelle des Bouffons. En 1774, pour la première fois, une œuvre étrangère est présentée dans une traduction française : Orphée et Eurydice de Gluck.
Autour de 1770, l'effectif de l'orchestre de l'Opéra de Paris est de l'ordre de 70 musiciens dont 28 violons, 6 altos appelés "parties", 4 meilleurs violoncelles au côté du clavecin, 8 violoncelles en fosse, 4 contrebasses en fosse et une petite harmonie composée de 6 flûtes et hautbois, 8 bassons et 2 clarinettes. L'orchestre recevra un nouveau règlement pour pérenniser son financement et est rattaché à Denis Pierre Jean Papillon de La Ferté, l'intendant des Menus-Plaisirs du roi Louis XVI. .
En 1774, Christoph Willibald Gluck est invité par la reine Marie Antoinette à diriger l’Opéra de Paris et il modernise les pratiques de l'institution : il impose une réforme et édicte un règlement interdisant, entre autres, aux musiciens de ne pas quitter leur pupitre pendant la représentation pour aller au restaurant.
Pendant la Commune de Paris en 1870, les artistes et employés de l’Opéra sont exemptés du service de la Garde Nationale, néanmoins de nombreux musiciens quittent Paris et il apparaît difficile de garantir les représentations..
Au , une grande partie de l'œuvre des compositeurs étrangers est jouée en langue francaise. L'État détermine le nombre de versions et exerce la censure. Il y avait de une à sept premières et 30 productions par saison. vignette|Fosse d'orchestre de l'Opéra Garnier. En 1870, la compagnie s'installe dans le nouveau bâtiment de l'Opéra, l'actuel Palais Garnier. Une bibliothèque y est installée.
A la fin du , la musique moderne renouvelle la musique classique et le langage musical qui profite du développement de la virtuosité de chaque pupitre de l’orchestre français préfigurée par le Prélude à l'Après-midi d'un faune. Les chorégraphies des Ballets Russes créés en 1907 par Serge de Diaghilev inspirent de grands compositeurs dans un monde bousculé par la révolution russe qui seront créées par l’Opéra de Paris : Debussy, Ravel, Stravinsky créent des œuvres de référence pour orchestres symphoniques, de ballet et lyriques comme L'Oiseau de feu (1910), Daphnis et Chloé (1912), L'Après-midi d'un faune (1912), Le Sacre du Printemps (1913), Boléro (1928)...
Pendant la première guerre mondiale, deux tiers des musiciens de l’orchestre partent sous les drapeaux et les théâtres subventionnés sont fermés à partir du . Les activités de l'Opéra Garnier, en dépit de l'hostilité de la majorité des Parlementaires, des hommes de presse et des abonnés, reprendront fin 1915 avec un programme réduit à un répertoire patriotique sous la direction de Jacques Rouché; les précédents co-directeurs Leimistin Broussan et André Messager ont démissionné pour faillite le .. Il sera fait recours à des musiciens auxiliaires pour garantir la qualité de la première scène lyrique française pour compléter les pupitres particulièrement sinistrés, tels ceux des cordes frottées ou des bois. Entre 1915 et 1919, Jacques Rouché recrute également de nombreux artistes du chant. Cette activité artistique réduite permet de faire travailler un millier de personnes en temps de guerre.
Pendant la seconde guerre mondiale, le , le lendemain de l’Armistice, Adolf Hitler visite l’Opéra de Paris. Les autorités utilisent la musique classique à des fins de propagande et certains musiciens entrent en résistance en jouant des œuvres censurées ou interdites : œuvres composées par les musiciens juifs , œuvres créées par des artistes en exil ou encore celles jugées ‘'décadentes'’, comme le jazz ou la musique de Stravinsky.. En , le controversé Serge Lifar chorégraphie un ballet de Francis Poulenc, Les Animaux modèles, pour lequel Poulenc a glissé par insoumission dans la partition quelques clins d’oeils patriotiques et notamment la mélodie d’un célèbre chant français, L’Alsace et la Lorraine. Certains musiciens en résistance jouent des fragments d’air patriotiques dans l’exécution d’œuvres autorisées devant un public souvent rempli d’officiers allemands dans le palais Garnier et
Au , à partir des années 1950, une plus grande attention est accordée à la musique étrangère, de plus en plus souvent en langue maternelle, et les compagnies et musiciens étrangers sont plus souvent invités.
En 1970, à la fermeture du théâtre de l’Opéra Comique, ses musiciens rejoignent l'orchestre de l'Opéra de Paris.
Le répertoire de la musique baroque a été redécouvert, mais adapté à l'orchestre moderne. En 1987, l'orchestre interprète pour la première fois le Giulio Cesare in Egitto de Händel sur des instruments authentiques, sous la direction de Jean-Claude Malgoire. En 1997, l'orchestre jouait une à deux premières et 30 productions par saison, sous les auspices de l'Opéra de Paris.
De nombreux musiciens d'orchestre ont enseigné au Conservatoire de Paris qui a été localisé rue Bergère à Paris de 1795 à 1911, puis rue de Madrid avant son déménagement avenue Jean-Jaurès (Paris) en 1990, comme Pierre Thibaud (trompette), Pierre Pierlot (hautbois), Maurice Allard (basson), Guy Deplus (clarinette) et Pierre Doukan (violon) au .
L'orchestre se produit également à l'Opéra Bastille depuis son ouverture en 1989, le deuxième site de l'Opéra de Paris.
La rencontre de l'orchestre avec certains chefs invités n'est pas toujours heureuse, par exemple avec la cheffe Emmanuelle Haïm, spécialiste du répertoire baroque et invitée par le directeur de l'opéra Nicolas Joel de l'époque ; l'orchestre conclut une réponse à un communiqué de presse par :
Alors qu'avec le jeune chef Fabien Gabel pour une série de représentations de Carmen de Bizet, la symbiose fonctionne:
Au cours des saisons 2009-2013, le jeune chef d'orchestre et directeur musical de l'opéra Philippe Jordan a donné les quatre parties du Der Ring des Nibelungen de Richard Wagner pour lesquelles l'effectif de l'orchestre a été élargi ; à l'occasion du 200e anniversaire de Wagner, les quatre parties du Festival du Ring ont été redonnées sur huit jours du 18 au . À cette occasion, , qui interprétait le rôle de Brünnhilde, a été nommée au tableau français de la Légion d'honneur le .
En 2011, l'orchestre comptait 174 musiciens ; en 2017 c’était 168 musiciens..
À partir du , les employés et artistes de l'opéra de Paris entrent en grève pour une durée de sept semaines afin de conserver leur régime spécial de retraite. qui est l'un des plus anciens en France, créé en 1698 par Louis XIV et qui est menacé par la réforme de retraite. Une seule autre institution culturelle possède son propre régime spécial : la Comédie-Française. Ce régime permet à un certain nombre de salariés de partir à la retraite avant 62 ans, comme le détaille le site de leur caisse de retraite : 60 ans pour les "artistes de l'orchestre", 57 ans pour les "artistes des chœurs", ainsi que pour certains techniciens "aux emplois comprenant des fatigues exceptionnelles", et 40 ans pour les "artistes du ballet"..
Comme tous les secteurs du spectacle vivant, l'Opéra de Paris a souffert de la pandémie de Covid-19. Très peu de spectacles ont pu être données durant les années 2020 et 2021, et souvent avec des jauges de spectateurs, qui se sont accompagnées de pertes financières importantes pour l'institution.
Directeurs musicaux Jusqu’à la fin du , la notion de chef d'orchestre au sens moderne n'existe pas vraiment et la charge de la responsabilité musicale incombait davantage au violon solo; le chef d'orchestre se contentait de battre la mesure avec un bâton dos à l'orchestre.. Le nom du chef ne sera mentionné sur les programmes de l’Opéra qu’au début du . On notera que Rodolphe Kreutzer est nommé premier chef en 1817 et que Raoul Madier de Montjau obtient le poste de directeur de l'orchestre créé en .
À partir du , la mission du directeur musical de l'orchestre de l'Opéra de Paris existe et permet de travailler en profondeur l'identité artistique de l'institution en s'appuyant sur la spécificité de ses musiciens (ayant essentiellement un cursus de formation dans les Conservatoires français comme le CNSMDP ...). Il est également chargé des recrutements. On peut considérer que certains chefs d'orchestre comme Philippe Gaubert font office de directeur musical au début du . Philippe Gaubert a été premier chef à l'Opéra en 1920, chef de la Musique en et directeur de la Musique le . 1669 (création de l'Académie d'opéra par Colbert)-1672 : Robert Cambert 1672 (création de l'Académie royale de musique)-1677 : Jean-François Lalouette sous la direction de Jean-Baptiste Lully (1632-1687) 1677-1709? : Pascal Collasse sous la direction de Jean-Baptiste Lully [...] 1774-1779 : Christoph Willibald Gluck, directeur de l'opéra, imposant un règlement au musiciens et chef d'orchestre [...] 1817-1826 : Rodolphe Kreutzer, premier chef d'orchestre 1824-1826 : Rodolphe Kreutzer, directeur 1824-1846 : François-Antoine Habeneck, chef d'orchestrechef d'orchestre adjoint puis principal, après avoir été premier violon solo. [...] 1893-?: Raoul Madier de Montjau, premier directeur musical de l'orchestre [...] 1920-1941 : Philippe Gaubert, de chef d'orchestre à Directeur de la Musique [...] 1969-1973 : Maurice Le Roux, conseiller artistique de l'Opéra de Paris 1970-1971 : Georges Prêtre [...] 1980-1983 : Alain Lombard 1981-1985 : Silvio Varviso 1986-1989 : Lothar Zagrosek 1989 : Daniel Barenboïm 1989-1994 : Myung-Whun Chung 1991 : Jonathan Darlington (adjoint) 1996-2004 : James Conlon 2001 : Philippe Hui (assistant) 2004-2009 : pas de directeur musical 2009-2021 : Philippe Jordan. 2021-2023 : Gustavo Dudamel. 2023-2028 : pas de directeur musical à partir de 2028 : Semyon Bychkov (directeur musical désigné dès 2026)« Semyon Bychkov nommé directeur musical de l’Opéra national de Paris », Le Monde, 6 janvier 2026 vignette|Rodolphe Kreutzer, dessiné par Riedel (1809). vignette|Philippe Gaubert (vers 1920). vignette|Philippe Jordan (2015). vignette|Gustavo Dudamel (2011).
Chefs d'orchestre L'institution travaille avec de nombreux chefs aussi bien français qu'étrangers : directeurs artistiques, chefs permanents et leurs assistants, chefs invités. Elle invite également de jeunes chefs à la diriger et leur permet d'acquérir une expérience professionnelle de renom.