Samuel Adams, né le à Boston et mort le dans la même ville, est un homme politique, écrivain et philosophe américain.

Considéré comme un patriote et l’un des Pères fondateurs des États-Unis, il mène la fronde anti-britannique avant et pendant la révolution américaine. Ses talents d’orateur et d’écrivain lui permettent de s’imposer dans les assemblées et les réunions ; il rédige des pétitions et des résolutions qui font avancer le processus révolutionnaire et l’organisation politique du pays.

Samuel Adams signe la Déclaration d'indépendance des États-Unis et collabore à la rédaction de la constitution du Massachusetts et des Articles de la Confédération. De 1793 à 1797, il termine sa carrière comme gouverneur du Massachusetts.

Il est considéré comme l’un des principaux architectes du républicanisme et fut l’une des grandes figures politiques du Massachusetts et des États-Unis au .

Biographie Origines familiales et jeunesse Samuel Adams nait le dimanche à Boston. Sa date de naissance varie selon les sources : pour certaines, il est né le , pour d’autres le . Cet écart de onze jours s’explique par la différence entre le calendrier julien et le calendrier grégorien, dont l’application en Angleterre et dans les colonies britanniques fut tardive (milieu du ).

Ses parents, Samuel Adams Sr. et Mary Fifield, ont de nombreux enfants, mais Samuel est le deuxième qui réussit à dépasser l’âge de trois ans, la mortalité infantile étant en effet très élevée à l’époque moderneLire Mark Puls, Samuel Adams…, 2006, . Son père officie comme diacre et est un notable influent. Il est étroitement lié à la Old South Congregation Church de Boston, qu’il aida d’ailleurs à construire en 1715Mark Puls, Samuel Adams…, 2006, . Mary Fifield, fille d’un homme d’affaires nommé Richard Fifield, était très pieuse et éleva Samuel dans la tradition puritaine. Samuel Adams est baptisé à l'Old South Church de Boston, et c'est depuis la tour de la Old South Meeting House de cette congrégation qu'il lancera ses appels à la résistance, peu avant le début de la Boston Tea Party.

Le père de Samuel Adams exerçait une grande influence sur la vie de Boston, une cité portuaire de la colonie du Massachusetts, et siégeait au Board of selectmen, l’assemblée coloniale. Il s’engagea également dans plusieurs organisations à vocation politique et critiqua la politique impérialiste menée par la Grande-Bretagne dans les Treize coloniesMark Puls, Samuel Adams…, 2006, .

Formation

Samuel Adams fait ses études à la prestigieuse Boston Latin School, d'où il se distingue par son goût pour la littérature antique grecque et latine, dont les influences apparaitront dans ses futurs écritsJames K. Hosmer, Samuel Adams, 1888, . Grâce à l’éducation religieuse qu’il reçoit, Samuel Adams est attentif à l’impact des offices religieux et des sermons sur les paroissiens. Il se rend compte du pouvoir que les discours peuvent avoir et veut d’abord devenir prêtre.

En 1736, il entre à l'université Harvard, à l’âge de quatorze ans, afin de suivre des études de théologie. C’est dans ce collège que Samuel Adams commence à s’intéresser aux théories politiquesMark Puls, Samuel Adams…, 2006, . Il continue son cursus dans l’enseignement supérieur après avoir reçu son diplôme Baccalauréat ès arts en 1740. Il développe alors ses idées sur les droits des colons et sur le contrôle britannique sur les Treize colonies. Comme bien d’autres Pères fondateurs des États-Unis, il est influencé par les œuvres de John Locke, en particulier par son Traité du gouvernement civil (Two Treatises of GovernmentJohn Locke, Two Treatises of Government, 1689, Londres), dans lesquels le philosophe anglais justifie la révolution anglaise de 1688. Selon les écrits de John Locke, tous les hommes naissent égaux avec des droits naturels : John Locke, Two Treatises of Government, 1689, Londres, . Les gouvernements doivent protéger ces droits pour le bien commun et sont liés au peuple par un contrat.

Après avoir obtenu sa maîtrise en arts, sa mère souhaite qu’il s’investisse dans la vie de son église. Il tombe alors amoureux d’Elizabeth Checkley, la fille du révérend de sa paroisse. Le père de Samuel Adams souhaite qu’il poursuive des études de droit, et s’arrange pour qu’il travaille dans le bureau des comptables de Thomas Cushing, mais ce dernier le renvoie, parce qu’il était manifestement plus intéressé par la politique que par les affairesThomas Fleming, Samuel Adams, 2005, . Samuel reçoit de son père afin qu’il fonde sa propre affaire, mais celui-ci prête la moitié de cette somme à un ami en difficulté et ne sera jamais remboursé. Il dilapide l’autre moitié et travaille dans la brasserie familiale sur Purchase Street, à Boston. En 1746, Samuel est employé au marché de Boston et travaille au service de deux futurs membres de la Chambre des Représentants du MassachusettsJohn C. Miller, Sam Adams… , 1936, .

à ce que prétendent certaines sources, Samuel Adams ne fut pas membre de la franc-maçonnerieExplore the History of the Masons. .

Premiers écrits politiques En janvier 1748, Samuel Adams lance avec quelques amis un hebdomadaire d’opinion, The Public AdvertiserJames K. Hosmer, Samuel Adams, 1888, . Cette publication contient essentiellement des éditoriaux et des commentaires politiques de tendance whig, favorables à la liberté dans les treize colonies. Samuel Adams y critique le parlement anglais, qui ne respecte pas selon lui les droits des colons américains. Il pense que la Charte du Massachusetts (1691) octroyait davantage de droits qu’en avaient les sujets du roi en Angleterre. Il se fonde sur ce texte pour exiger la démission du gouverneur royal de l’époque, William Shirley, qui outrepasse ses pouvoirs et limite ceux de l’assemblée coloniale. Il est par ailleurs convaincu que si la Nouvelle-Angleterre abandonne ses valeurs puritaines, elle finira comme l’empire romain. Il compare même les débuts de la colonie de la baie du Massachusetts au à l’apogée de l’Empire romainJohn C. Miller, Sam Adams…, 1936, .

Vie familiale À la mort de son père en 1748, Samuel Adams hérite de la brasserie familiale et d’une partie des propriétés foncières, qu’il partage avec sa sœur et son frère cadet Joseph. Il est libéré par le testament de sa dette de livres.

Le , il épouse Elizabeth CheckleyMark Puls, Samuel Adams…, 2006, ; en septembre 1750, le couple a son premier enfant, baptisé Samuel, mais celui-ci meurt quelques jours après sa naissance. Ils ont par la suite d’autres enfants, parmi lesquels survécurent Samuel (né le ) et une fille, prénommée Hannah. Elizabeth Adams meurt le à l’âge de . À cette époque, Samuel Adams a dilapidé le patrimoine familial et est couvert de dettes. Il vit dans l’indigence et travaille comme percepteur (1756-1764) ; il se sert de cette fonction pour faire valoir ses idées politiques sur les taxes imposées par Londres. En 1761, il fait la rencontre d’Elizabeth Wells, une jeune femme de sa cadetteMark Puls, Samuel Adams…, 2006, , qu’il épouse le .

Période pré-révolutionnaire (1763-1774) Engagement contre les taxes britanniques Dans les années 1760, Samuel Adams se distingue déjà par son activité dans les town meetings et au Caucus Club de BostonClaude Fohlen, Les Pères de la Révolution américaine, Paris, Albin Michel, 1989, , . Il s’illustre dans l’opposition aux taxes imposées par Londres dans les treize colonies. En effet, l’Angleterre, s’étant endettée pour gagner la guerre de Sept Ans, compte faire payer les colons américains.

Le , le Sugar Act est voté par le parlement anglais : il étend les taxes à des produits comme le sucre, certains vins, le café, les textiles, etc. La réglementation sur les exportations de bois et de fer est également renforcée. Il s’agit pour le gouvernement britannique de contrôler le commerce dans les colonies et d'accroître les revenus de la Couronne britannique. Cette loi a aussi pour but de favoriser l'importation de mélasse provenant des colonies britanniques, en vertu du monopole économique et du mercantilisme alors en vigueur. Cette décision amène le mécontentement d'Adams, qui entre en contact avec deux délégués de l’assemblée du Massachusetts, James Otis et Oxenbridge Thacher.

Adams essaye alors de les convaincre que le Sugar Act constitue une violation des droits des colonies, qui n'ont pas été consultées. Il pense aussi que le manque de réaction en Amérique conduirait l’Angleterre à imposer de nouvelles taxes et un contrôle plus étroit des colonies. Il cherche ensuite à gagner d’autres soutiens dans les town meetings et rédige un texte de protestation présenté à l’assemblée du Massachusetts. Ce document est le premier à mettre en cause l’autorité du parlement anglais sur la question des taxes. Il y appelle pour la première fois à l’unité des colons américains contre leur métropole. Le document est publié dans la presse et repris dans de nombreux pamphlets. James Otis remet le document à l’assemblée du Massachusetts, où il est approuvé le Mark Puls, Samuel Adams…, 2006, .

L’assemblée propose de réunir les délégués des treize colonies en Congrès, mais elle en est empêchée par le gouverneur royal, Francis Bernard, qui prononce sa suspension. Cependant le texte de Samuel Adams est largement diffusé en dehors du Massachusetts et contribue à la rébellion contre le Sugar Act. À Boston, Samuel Adams réussit à convaincre les marchands de boycotter les produits anglais. Le Sugar Act est finalement abrogé, mais la politique de taxation n'est pas abandonnée. En effet, en 1765, le Stamp Act impose un droit de timbre sur tous les documents officiels et imprimés (permis, contrats, journaux, testaments, etc.). Samuel Adams appelle alors à nouveau les colons à défendre leurs droits et libertés. Avec d’autres représentants, il lance l’idée d’un Stamp Act Congress, une réunion des délégués des Treize colonies, afin de discuter de la nouvelle taxe.

L’assemblée du Massachusetts approuve cette décision. Neuf colonies sur treize envoient des représentants au Stamp Act Congress, qui se tient en octobre 1765 à New York. Les 27 délégués des colonies adoptent une « Déclaration des Droits et des Griefs » (Declaration of Rights and Grievances) et envoient des lettres ainsi que des pétitions en AngleterreMark Puls, Samuel Adams…, 2006, . En réalité, le boycott des produits anglais a plus d’efficacité que les pétitions et la loi est finalement abrogée le , sous la pression des marchands britanniques. Mais la question de la représentation politique des Américains n’est pas réglée.

Après la mort d’Oxenbridge, Samuel Adams se présente à l’assemblée pour le remplacer, et est élu à l’issue du second tour par contre 18James K. Hosmer, Samuel Adams…, 1888, . Il acquiert ainsi une position de leader politique. Il reste fermement opposé à l’autorité du parlement anglais, et ses décisions sont entérinées par les représentants de la colonie sous le nom de « Massachusetts Resolves » (Résolutions du Massachusetts). Ses adversaires, comme le loyaliste Thomas Hutchinson, commencent à dénoncer l’emprise de Samuel Adams sur l’assemblée coloniale. Adams est réélu en mars 1766, avec James Otis et Thomas Cushing.