Jean Crusol, né le à Sainte-Luce (Martinique), est un économiste et homme politique français.
Biographie
Biographie résumée
Économiste de formation, Jean est un intellectuel et homme politique français. Il est né dans une famille nombreuse (six enfants) et modeste du sud de la Martinique.
Après avoir fréquenté l'école primaire à Sainte Luce, alors un petit village de pêcheurs, il poursuit ses études secondaires à Fort-de-France, où il obtient son bac en 1961. Il commence ses études de Sciences Économiques à l’Institut Henri Vizioz (Annexe de l’Université de Bordeaux), seul établissement d’enseignement supérieur existant à cette époque aux Antilles Françaises. Il continue ses études, aux Universités de Bordeaux, Paris 1 Panthéon-Sorbonne puis Paris IX Dauphine. Il obtient deux doctorats en Sciences Économiques, puis l’agrégation du supérieur en 1990.
Parallèlement, Jean Crusol développe une importante activité de militant associatif et politique. D’abord membre de mouvements lycéens de gauche, il est, dans les années 1960, l’un des principaux animateurs de l’Association Générale des Étudiants Martiniquais (AGEM) à Bordeaux, puis à Paris.
Rentré à la Martinique après ses études, il enseigne à l’Université des Antilles et de la Guyane (UAG) et dans les Universités de la Caraïbe, tout en participant activement à la vie politique aux Antilles et Guyane Françaises, ainsi que dans la Caraïbe. Il occupe plusieurs postes électifs : Conseiller Régional, Conseiller Municipal de Fort-de-France, Député Européen. Il est aussi membre du Conseil Économique et Social (Paris) et président du groupe Outre-mer dans cette assemblée.
Il est professeur à l’UAG et, depuis , membre du Conseil Régional de la Martinique. À ce titre, il préside la Commission des Affaires Économiques (CAE), l’Agence de Développement Économique de la Martinique (ADEM) et la Société de Développement Économique de la Martinique (SODEM).
Parcours intellectuel
Études secondaires et universitaires Jean Crusol fait ses études secondaires au lycée Victor-Schœlcher de Fort-de-France, établissement où ont été formés nombre d’intellectuels martiniquais comme Aimé Césaire, Frantz Fanon, Edouard Glissant. Il obtient son bac en 1961 avec mention. Dès cette époque, il est frappé par l’insuffisance, voire l’absence de culture économique, scientifique et technique de la majorité des intellectuels et de la classe politique martiniquaise, tout autant que sa méconnaissance des réalités économiques locales et caribéennes. Ils ont pour la plupart une culture strictement littéraire. Ceci lui paraît très préoccupant. En effet, pense-t-il, comment trouver des solutions au développement d’une petite île, si l’on n’a pas la connaissance concrète et précise de ses réalités économiques, de ses contraintes et de ses potentialités ? Et si l’on ignore les principes de base des sciences économiques et des sciences sociales en général? Avec un groupe de jeunes martiniquais qui partagent cette même préoccupation…ainsi que des chercheurs métropolitains dont Roland Jouhandet-Bernadat, jeune professeur d’économie de l’Université de Bordeaux, il participe à la création au sein de l’Institut Vizioz, de la première année de licence en économie et du Centre d’Études Régionales Antilles Guyane (CERAG). Au cours des années 1960 à 1990, ce centre de recherche publiera dans ses « Cahiers » des articles qui marqueront l’histoire de la connaissance économique, sociale et culturelle des Antilles et de la Caraïbe.
Jean Crusol poursuit ses études d’économie à l’Université de Bordeaux, puis à l’Université de Paris-1-Panthéon-Sorbonne. C’est dans cette université qu’il obtient brillamment en 1965, son Diplôme d’Études Supérieures (DES) en Sciences Économiques, sous la direction du célèbre économiste brésilien, Celso Furtado, maître à penser de la CEPAL. Comme d’autres intellectuels progressistes latino-américains, il était alors en exil politique à Paris, après le coup d’État du Maréchal Castelo Branco et l’instauration du régime militaire au Brésil. Il suit aussi les séminaires et conférence de Fernando Henrique Cardoso, celui qui deviendra plus tard le Président de la République Fédérale du Brésil. Quelques années plus tard, il s’inscrira aussi au séminaire que tient Jacques Attali à l’Université de Paris IX.
Avide de connaissances et de culture, il s’inscrit chaque année, parallèlement à ses études de Sciences Économiques, à des certificats relevant d’autres disciplines : Sociologie Générale, Psychologie Générale, Anglais, Espagnol. Voyageant à travers l’Europe dès qu’il peut s’en procurer les moyens (en débarrassant des caves l’été, en faisant les vendanges, en faisant du stop…), il visitera de nombreux pays : Angleterre, Suisse, Italie, Espagne, Belgique, Yougoslavie… Cela lui permettra de comparer les cultures et de pratiquer les langues étrangères. À telle enseigne qu’à la fin de son cursus universitaire, il parle couramment l’anglais et l’espagnol.
Animateur de l’AGEM, Jean Crusol contribue fortement à la réflexion politique et sociale de la jeune élite antillaise, ainsi qu’à la vitalité culturelle de cette association estudiantine. Il fonde avec d’autres camarades un petit groupe de théâtre qui jouera des pièces d’Aimé Césaire, de Vincent Placoly, et des adaptations des œuvres d’autres auteurs de la Négritude, comme Guy Tirolien, Léon-Gontran Damas et Léopold Sédar Senghor.
Retour au pays et découverte de la Caraïbe
Rentré à la Martinique en 1968, il enseigne à l’Institut Vizioz. Tout en préparant sa première thèse pour le doctorat d’État et en animant le CERAG, il introduit des enseignements nouveaux, portant sur les réalités locales et régionales, dans le cursus de l’enseignement de l’économie aux Antilles-Guyane. Il contribue activement à la création et au développement de l’Université des Antilles et de la Guyane.
En 1970, il est invité à l’Université des Indes Occidentales (UWI), université des pays anglophones de la Caraïbe. Il enseignera à l’Institut des Relations Internationales de Trinidad et interviendra sur les différents campus de la Caraïbe (Jamaïque, Barbade, Haïti…) pendant plusieurs années. Cette première ouverture vers la Caraïbe sera amplifiée dans les années suivantes. Parlant couramment l’anglais et l’espagnol, il sera invité à des conférences et des séminaires dans de nombreux pays de la région. Les pays de la Caraïbe anglophone bien sûr, mais aussi, les autres pays Caribéens : Porto Rico, la République dominicaine, Haïti, Cuba, les îles Hollandaises…Sa notoriété grandissant, il est invité dans des universités américaines : Université Internationale de Floride (FIU), l’Université de Miami, Howard University, Université de Nouvelle-Orléans, etc.
Pendant cette période, Jean Crusol rencontre les membres de la nouvelle génération d’économistes et de spécialistes des sciences sociales qui marquent le développement de ces disciplines dans la région caraïbe : William Demas, Gordon Lewis, Lloyd Best, Kari Levitt… Il étudie de près les différences et les similitudes caractérisant l’histoire, les économies et les sociétés actuelles de la Caraïbe et des Amériques. Il accorde une attention toute particulière à l’étude des États-Unis d’Amérique.
En 1977, Jean Crusol obtient son doctorat d’État en sciences économiques à l’Université de Paris IX Dauphine. Sa thèse pionnière sur les économies insulaires est publiée en 1980 sous le titre « Économie Insulaire de la Caraïbe ». Il décide alors de préparer l’Agrégation des universités, et pour ce faire, présente un doctorat d’université à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne en 1985. Cette seconde thèse porte sur « Les aspects théoriques et pratiques de l’intégration régionale ». Il obtient l’Agrégation du Supérieur en 1990. Depuis cette date, il exerce en tant que professeur des universités à la Faculté de Droit et d’Économie de la Martinique, à l’Université des Antilles et de la Guyane.
S’intéressant aussi à la littérature, il lit les écrivains et poètes de la Caraïbe et d’Amérique Latine (Vargas LLosa, Alejo Carpentier, Pablo Neruda, Luis Pales Matos, Price Mars, Derek Walcott, Edward Brathwaite…) Passionné de musique, en particulier de percussion, il pratique les rythmes traditionnels fondamentaux de la Caraïbe : de la Jamaïque (Cumina, Rasta…) ; de Cuba (Guaguanco, Rumba, Son…); des Antilles françaises (Bèlè, Gwoka, Léwoz…); de Trinidad (Rada…); d’Haïti (Vaudou, Meringue…). Il a fait plusieurs enregistrements de rythmes traditionnels sous des pseudonymes et ne rate jamais l’occasion de faire une «bœuf » avec son ami d’enfance, le musicien antillais Alain Jean-Marie, lorsqu’il lui rend visite!
Engagement et responsabilités politiques
Premiers combats politiques
Dès la fin des années 1970, Jean Crusol milite au sein du Parti Socialiste. Il se présente pour la première fois aux élections cantonales en 1976, à Sainte Luce dans, sa ville natale. Il obtient près d'un tiers des voix. Mais il préfère à cette époque poursuivre la préparation de sa première thèse, puis entamer le long cursus de l’agrégation.
En 1984, Jean Crusol est nommé membre du Conseil Economique et Social, troisième assemblée de la République française, dans le corps de «Personnalités Qualifiées ». Il représente la Martinique durant deux mandatures (1984-1994) au sein du groupe des Départements et Territoires d’Outre-mer, dont il est le président.
Député européen
Désigné pour représenter la Martinique sur la liste du Parti Socialiste conduite par Lionel Jospin, il entre au Parlement Européen en 1988. Son action est importante pour sauver et réformer la taxe de l’Octroi de mer, obtenir le classement des Régions d’Outre-mer dans la catégorie de régions d’objectif1 (régions bénéficiant de mesures spécifiques et d’un renforcement des fonds structurels pour le développement), préparer le Programme d'options spécifiques à l'éloignement et à l'insularité (POSEIDOM) et négocier la création de l’Organisation Commune de Marché de la Banane (OCMB) qui sera mise en œuvre en 1993.
Premier secrétaire fédéral du PS
En 1990, porté par la « Nouvelle Génération Socialiste » qu’il a lancée deux ans plus tôt, il devient Premier Secrétaire de la Fédération Socialiste de la Martinique. Dès son accession aux responsabilités, la vieille garde du parti fait sécession. Elle crée un nouveau parti : le Parti Martiniquais Socialiste (PMS). La Fédération Socialiste de la Martinique perd ainsi les 3/4 de ses adhérents. Il faudra 14 ans d’efforts au nouveau premier secrétaire pour reconstruire le parti et lui redonner sa place sur l’échiquier politique martiniquais. Conduisant la liste Socialiste aux élections régionales, il obtient trois sièges aux élections de 1992 et 1998. En 2003, la Fédération Socialiste de la Martinique, compte plus d’un millier d’adhérents, trois conseillers régionaux, trois généraux, deux maires et un député!
Jean Crusol défend l’idée que les Fédérations Socialistes des Départements d’Outre-mer ont vocation à représenter le Parti Socialiste, au sein de l’Internationale Socialiste, dans leur zone géographique. Pierre Guidoni, alors Secrétaire national pour les relations internationales, lui confiera à plusieurs reprises la mission de représenter le PS aux congrès des partis membres de l’Internationale Socialiste dans la zone Caraïbe-Amérique-Latine (People National Party de la Jamaïque, Partido Revolucionario Dominicano de République dominicaine, Partido Liberal de Colombie…etc) et aux réunions de l’Internationale Socialiste.