Le cimetière musulman de Bobigny (Seine-Saint-Denis, France) est, avec celui de Strasbourg, l'unique cimetière entièrement réservé aux défunts musulmans de France métropolitaine. Inauguré le , il abrite un carré militaire.
Le porche d'entrée avec les deux pavillons , la mosquée, le sol de la parcelle qui leur correspond et le carré militaire font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques par arrêté du .
Statut
Créé par décret présidentiel du ., il doit son statut musulman au fait d'être juridiquement une annexe de l'Hôpital franco-musulman ouvert en , actuel Hôpital Avicenne de Bobigny. En effet, la loi du supprime le caractère confessionnel des cimetières. Y sont inhumées les personnes décédées à l'hôpital.
Peu après son inauguration le en présence des seuls résident général de France à Tunis et d'un délégué du préfet de la Seine, un nouveau décret élargit le droit d'inhumation aux personnes proposées par le recteur de la Grande mosquée de Paris. La saturation de l'espace arrivant plus vite que prévu, le carré musulman de Thiais est ouvert en , qui compte en près de . En , l'hôpital franco-musulman intègre l'AP-HP, qui néglige son entretien. L'imam Ouanissi Guenad le gère sans grands moyens ni ordre.
Au fil des ans, l'entretien du cimetière est négligé, ce qui impulse la décision de l'AP-HP d'en transférer en la gestion au Syndicat intercommunal du cimetière des villes d'Aubervilliers, La Courneuve, Drancy et Bobigny dit cimetière intercommunal de La Courneuve. Depuis cette date, seules les personnes de confession musulmane de ces quatre villes, ainsi que les personnes ayant des liens familiaux avec d'autres personnes déjà inhumées dans ce cimetière y sont enterrées. De facto, il forme le carré musulman du cimetière intercommunal de ces villes, régi par les circulaires de et (depuis remplacées par la circulaire du .), mais en est distant de deux kilomètres.
En , le ministère de la Culture inscrit ces éléments au titre des monuments historiques. Finalement, le porche d'entrée avec les deux pavillons (bureau et pavillon de l'imam), la mosquée, le carré militaire, ainsi que toutes les parcelles correspondantes, font l'objet d'une inscription au titre des monuments historiques depuis le ..
Cimetière vignette|redresse|Carré militaire musulman du cimetière de Nogent-sur-Marne. Qoubba reconstruite en sur le modèle et à l'emplacement de celle de .
Pendant la Première Guerre mondiale, près de musulmans d'Afrique du Nord combattent en France métropolitaine.. Pour les blessés, dès la fin de l'année , un hôpital de campagne est installé dans le jardin colonial de Nogent-sur-Marne, dans le bois de Vincennes. Les soldats qui y meurent sont enterrés dans le carré militaire du cimetière de Nogent-sur-Marne, où une qoubba est inaugurée en .. Pour l'aumônerie militaire est inaugurée le la mosquée du bois de Vincennes, la toute première mosquée construite en France métropolitaine. Elle est démolie en , après l'inauguration de la Grande mosquée de Paris. L'hôpital franco-musulman de Bobigny prend la suite de l'hôpital du jardin colonial, et son cimetière la suite de celui de Nogent.
vignette|redresse|Salle de prière.
Avec la Grande mosquée de Paris et l'hôpital franco-musulman, le cimetière fait donc partie des réalisations effectuées en hommage au sacrifice des milliers de soldats coloniaux mobilisés pendant la Première Guerre mondiale. C'est aussi un gage donné aux populations coloniales déjà tentées par l'indépendance. Dès le , le Conseil général de la Seine avait voté pour la création en annexe à l'hôpital d'un cimetière, dont le statut confessionnel était permis du fait de son caractère privé en tant qu'annexe de l'établissement hospitalier. Distant de quelques kilomètres de l'hôpital, il se situe alors dans une zone maraîchère, non loin du canal de l'Ourcq, sur le lieu-dit de « la Haute Borne » appartenant alors au Conseil général de la Seine, ce qui permit de passer outre aux réticences de la commune de Bobigny. Aujourd'hui, les cultures (hormis quelques jardins ouvriers) ont été supplantées par une zone industrielle.
Conçu par l'architecte Édouard Crevel, son style est inspiré de l'architecture arabe telle qu'illustrée lors de l'Exposition coloniale de : murs blancs, toits plats, tuiles vertes, portes en bois, cabochons métalliques, plantes méditerranéennes (thuyas, chênes verts, micocouliers, mûriers, cyprès...).
On entre dans le cimetière par un porche. Dans l'axe se trouve la salle de prière, qui est un bâtiment carré surmonté d'une coupole dorée. Sur les côtés se trouve la résidence du gardien. À droite une grille donne accès au cimetière proprement dit. Au fond du cimetière une seconde issue donne accès à un parking pour les visiteurs.
Il compte environ orientées vers le sud-ouest, de sorte que la dépouille orientée vers la droite regarde La Mecque (Qibla). À la fin du , de nombreuses tombes à concessions perpétuelles sont abandonnées. La mise en place d'un régime de concessions limitées dans le temps permet le transfert des dépouilles abandonnés dans un reliquaire, déposé dans l'ossuaire situé à proximité du carré militaire. En , des familles mal informées de ces transferts protestent et agressent l'imam Ramdame Douhi. Toutefois, la reprise en main d'un lieu un temps mal entretenu fait aujourd'hui consensus.
Tombes vignette|Tombes modernes au style plus occidental.
Le cimetière ne reçoit maintenant plus des personnes nées aux colonies mais décédant en métropole sans proches pour les rapatrier, mais surtout des personnes nées en France et qui n'envisagent plus de faire transférer leur corps dans le pays d'origine de leurs parents. L'architecture minimaliste des premiers temps évolue pour se rapprocher des tombes traditionnelles françaises en marbre. Le fleurissement des tombes est notable à la période de l'Aïd, mais aussi à la Toussaint. Depuis les années 1970, on trouve également des tombes mixtes où les deux époux sont ensevelis ensemble.
Parmi les tombes caractéristiques, on note celles de personnes originaires de l'Océan Indien avec une sorte d'escalier à cinq marches sur le sommet de la tombe. Cinq carrés ouverts entre et sont réservés aux enfants décédés en bas âge, à une époque de forte mortalité infantile.
Carré militaire vignette|Tombes du carré militaire.
De à , le cimetière reçoit les dépouilles d'une soixantaine de soldats de l'Armée française. Dix-sept d'entre eux ont reçu la mention Mort pour la France. Une dizaine serait issue de la blindée, libératrice de Paris, ainsi Derrar el Hadj, affecté au , blessé au nord de Paris et cité à l'ordre de son régiment.. D'autres ont combattu dans la française du maréchal de Lattre de Tassigny, comme Mimoun El Hadj, mort pour la France, Marocain décédé à après ses blessures lors du franchissement du Rhin. Mohamed Ben Salah (Croix de guerre avec étoile de bronze, cité à l'ordre du régiment et de la brigade) a lui été blessé en Allemagne deux semaines avant la capitulation, et est mort à l'hôpital Villemin de Liancourt.
Il est à noter que le classement historique du cimetière devance de quelques mois la sortie du film Indigènes de Rachid Bouchareb, originaire de Bobigny, sorti en , qui a ravivé la mémoire de l'engagement des soldats coloniaux pendant la Seconde Guerre mondiale.
Personnalités inhumées
Mohamed Adjani (), père de l'actrice Isabelle Adjani. Louafi Bouguera (), gravé Boughéra El Ouafi sur sa tombe, champion du marathon olympique de .. Akber aga Cheikh-ul-Islam (), Ministre de l'Agriculture et du Travail de l'Azerbaïdjan entre le et le , et membre de la délégation qui représentait son pays lors de la conférence de paix de Versailles en , mais la révolution russe précipita la disparition de la République montagnarde du Caucase du Nord et les membres de la délégation restèrent bloqués en France. (division 15bis) Ahmed El Glaoui (), fils du pacha de Marrakech, Thami El Glaoui. Djabaguieff Mahomed (), président du conseil national de la région d'Ingouchie Russie entre et . La tombe porte l'inscription « illuminateur, publiciste et linguiste ». Ahmed Merabet (), policier assassiné à Paris le lors de l'attentat contre Charlie Hebdo. Omar Zaki Pacha Afiouni (), porte l'inscription arabe « Ceci à la tombe d'un grand résistant arabe », un jordanien qui avait combattu la puissance coloniale française en Syrie dans les années 1920. La mère de l'humoriste Smaïn.. Chérif Sid Cara (), médecin et homme politique français. (division 33)
L'abolition du califat en par Mustafa Kemal Atatürk entraîne l’expulsion de tous les membres de la dynastie ottomane. Plusieurs princes et princesses, dont le dernier calife (qui sera lui inhumé à Médine) choisissent la France comme terre d'exil. La première personnalité ottomane à y être enterrée a été Mehmed Ali Rauf, l’époux d’Ayse Sultan, fille du sultan . Et les dernières inhumations furent celles du prince Osman Fouad et de sa sœur la princesse Adile Sultan, petits-enfants de , en . Le prince Ahmed Nureddin (), fils du sultan ottoman . En , son frère le prince Abdurrahim Hayri, mort à Paris en , est inhumé à ses côtés..
La personnalité la plus connue de la famille ottomane est la princesse Selma Hanımsultan Raouf () est connue par le livre édité à plusieurs millions d'exemplaires écrit par sa fille Kenizé Mourad, dans son célèbre roman De la part de la princesse morte publié en . Petite-fille par sa mère du sultan et calife renversé en par son frère , elle est élevée dans les harems impériaux de Constantinople avant de connaître l'exil au Liban, le mariage avec un raja indien pendant les derniers jours de l'Empire britannique, puis la misère de Paris sous l'Occupation, où elle meurt précocement d'une septicémie..
Film tourné au cimetière musulman de Bobigny : Les Hommes libres d'Ismaël Ferroukhi
Bibliographie
et éditions de l'OPU - université d'Oran, . . .
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Carré musulman Cimetière musulman de Strasbourg Liste de cimetières du monde Cimetières et laïcité en France Mosquée du bois de Vincennes
Liens externes
Galerie Flickr Présentation de Philippe Landru
Bobigny Bobigny Catégorie:Monument historique inscrit en 2006 Catégorie:Monument historique dans la Seine-Saint-Denis Catégorie:Mosquée monument historique en France Bobigny Catégorie:Fondation en 1937 Catégorie:Bobigny Catégorie:Islam en Île-de-France Catégorie:Édifice labellisé « Patrimoine du XXe siècle » dans la Seine-Saint-Denis Catégorie:2e division blindée (France)