Walter Jean Oscar Louis Marie Ganshof van der Meersch (Bruges, - Tintange, ) est un juriste, magistrat, professeur de droit et ministre belge.
Éléments biographiques Walter Ganshof était le petit-fils de François Ganshof (1842-1915) originaire de Werden (Allemagne), qui était devenu administrateur de la Bank van West-Vlaanderen et qui était marié avec Wilhelmine Birken (1835-1918) de Krefeld. Il était le fils de Arthur Ganshof (1867-1929), avocat au barreau de Bruges et commandant des 'Chasseurs Eclaireurs' (Garde civique) en cette ville. Sa mère était Louise Van der Meersch (1873-1947) qui tenait un salon littéraire fréquenté par de grands noms de la littérature française et franco-belge dans l’Hôtel Ganshof dans la Predikherenstraat (plus tard, cette maison fut appelée « Hotel d’Hanins de Moerkerke », d’après un habitant précédent).
Il entama ses études moyennes à l’Athénée royal à Bruges mais au début de la Première Guerre mondiale, la famille s’enfuit vers l’Angleterre. Il suivit des cours au King’s College à Wimbledon. Plus tard, la famille partit pour la France et Ganshof termina ses études moyennes au lycée Janson-de-Sailly à Paris.
En 1917 il obtint son baccalauréat en philosophie et entra au service de l’armée belge en tant que volontaire. Après la guerre, la famille ne retourna pas à Bruges et Arthur Ganshof devint avocat au barreau de Bruxelles. Walter étudia à l’Université libre de Bruxelles (ULB) et y obtint en 1921 le diplôme de docteur en droit suivant le cursus accéléré pour anciens combattants. Plus tard, Ganshof dira de sa formation qu’il la trouva « pauvre » justement à cause de ces circonstances.
Dans cette même année, il prêta serment en tant qu’avocat au barreau de Bruxelles, où il faisait son stage auprès de maître Paul-Émile Janson (1872-1944), qui fut ministre de la Justice à plusieurs reprises.
Le , Ganshof s’est marié avec Elisabeth Orts (1903-1996), fille du diplomate et professeur Pierre Orts (lui-même fils de Louis Orts, avocat à la Cour de cassation et petit-fils du ministre Auguste Orts) et de Georgina Peltzer. Sa belle famille est une famille bruxelloise, descendante des « Lignages de Bruxelles ».
Walter et Elisabeth eurent deux enfants: Jean-Louis van der Meersch (1924-1982) et Jacquemine Ganshof van der Meersch (1927-2005). Leur fils, bien qu’il se maria à trois reprises, n’eut pas de descendants. Quant à Jacquemine, elle se maria avec le Baron Simon Fredericq (1923-1999),lui même fils de Louis Fredericq, issu aussi d’une famille de juristes, professeur à l’ULB, avec qui elle eut 4 filles. Seule une eu un descendant toujours vivant actuellement : Kim Frédéricq Evangelista.
Par arrêté royal du , Arthur Ganshof obtint l’autorisation pour ses trois fils d’ajouter le nom de famille de son épouse (van der Meersch) au nom de famille Ganshof. Le fils aîné, le professeur François Louis Ganshof (1895-1980), déclina cette faculté parce qu’il avait déjà acquis une réputation en tant qu’historien, redoutant dès lors d’une possibilité de confusion en ce qui concernait ses publications à l’étranger. Les deux autres fils, le major Georges Ganshof (1898-après 1960) et Walter Ganshof acceptèrent de porter le nom de famille “Ganshof van der Meersch”.
En 1974, Ganshof fut anobli. Il accéda à la noblesse héréditaire avec le titre de vicomte. Sa devise était « Door Meersch en Walle ».
Ses funérailles eurent lieu le suivant le rite protestant. Ganshof ne fut pas enterré dans le mausolée de la famille au cimetière de Bruges mais dans une propre tombe à Tintange.
Le magistrat Ayant à peine terminé son stage d’avocat, Ganshof fut nommé substitut du procureur du Roi à Bruxelles. Dix ans plus tard, lorsque son "patron" Janson fut de nouveau devenu ministre de la Justice, il fut nommé procureur du Roi en 1933 et remplaça alors le vicomte Hayoit de Termicourt devenant ainsi le plus jeune Procureur de Belgique.
En , le ministre Janson lui proposa de devenir Auditeur général auprès de la Cour militaire. Seulement, après l’insistance du premier ministre Hubert Pierlot et après que le Roi intervint pour que les moyens nécessaires lui soient mis à disposition, il accepta, bien qu’il eût préféré une nomination à la Cour de cassation. Il fut installé le et occupa cette fonction jusqu’en 1947, il devint le plus jeune qu’il n’y ait eu en Belgique à occuper cette fonction.
Sous la menace d’une guerre, tout une série de mesures furent prises. Un Comité de coordination fut établi avec pour mission de préparer les mesures de sécurité qui devraient être prises en cas d’invasion. Ce Comité était composé de Paul-Émile Janson (ministre de la Justice), Alfred Remy, Camille Pholien et Alfred Destexhe (procureurs généraux auprès des cours d’appel de Gand, Bruxelles et Liège), Raoul Hayoit de Termicourt (avocat général à la Cour de cassation) et Robert de Foy (administrateur général de la Sûreté de l’État).
Temps de guerre Le , le ministre de la Justice Janson ordonna aux procureurs du Roi (et par leur biais à la police judiciaire, aux auditeurs militaires, à la gendarmerie et aux commissaires de police) d'établir des listes de personnes belges ou étrangères soupçonnées d’entretenir des liens avec les autorités allemandes ou dont la présence pourrait entraver les opérations militaires. Le , Janson donna l'ordre d’arrêter des suspects au cas où des hostilités éclateraient. Après l’invasion des Allemands en Belgique en date du , le gouvernement belge promulgua l’état de siège. Ce même jour, l’administrateur général de la Sûreté de l’État ordonna d’arrêter tous les Belges et étrangers suspects. Quelques milliers d’Allemands, parmi lesquels figuraient des espions mais aussi des juifs qui s’étaient enfuis de l’Allemagne, ainsi que quelques centaines de Belges furent appréhendés : des membres du Vlaams Nationaal Verbond (VNV), des dirigeants de Verdinaso et de Rex ainsi que des communistes.
Le , Ganshof fit envoyer un télégramme aux directeurs des prisons, leur demandant de prendre toutes mesures utiles en vue de l’évacuation des suspects internés. Dans ce télégramme figuraient notamment quelques nationalistes flamands connus, dont Staf de Clercq (qui fut immédiatement libéré après une intervention de quelques collègues parlementaires), Joris Van Severen, Wies Moens, et August Borms, ainsi que le dirigeant de Rex Léon Degrelle. En raison de la progression rapide des Allemands, le gouvernement faisait transférer un certain nombre des suspects par train vers la France le , où ils furent enfermés dans des camps. Le , des militaires français ont tué 21 d’entre eux, parmi lesquels le dirigeant de Verdinaso Joris Van Severen, dans le massacre d'Abbeville. D’autres suspects furent déportés vers la Grande-Bretagne. Après la capitulation de l’armée belge, il fut encore procédé à des arrestations de Belges en France, malgré les protestations de Ganshof auprès du ministre de l’Intérieur français. Dans des cercles nationalistes flamands, Walter Ganshof van der Meersch est considéré comme étant le responsable direct desdites arrestations et déportations et de la mort d’un nombre de suspects. Cependant, suivant le journaliste Maurice De Wilde dans son livre De Kollaboratie (), édité en 1985, la responsabilité personnelle de Ganshof dans l’établissement des listes des suspects, dans les arrestations et internements, et dans les déportations, n’est pas démontrée avec certitude.
Au cours du mois de , Ganshof voulut suivre le gouvernement belge vers la France, mais il fut arrêté par la progression rapide des troupes allemandes. En , il retourna vers la Belgique et fut immédiatement appréhendé par l’occupant allemand et enfermé à la prison de Saint-Gilles jusqu’à la fin de l’année. Après sa libération, il commença à organiser les services d’intelligence pour le gouvernement belge en exil. Par le biais des réseaux « Gilles » et « Tournay », au sein desquels il jouait un rôle important, des informations passèrent régulièrement vers Londres.
En , il fut de nouveau arrêté et enfermé dans la citadelle de Huy. Après trois mois, il fut libéré. En , un courrier venant de Londres fut arrêté en possession de lettres destinées à Ganshof. À ce moment, contraint de disparaître, il s’enfuit avec son épouse et son fils vers Londres (par le biais de la France et de l’Espagne).
En , il fut nommé Haut Commissaire à la Sécurité de l’État, chargé de coordonner la Résistance et de maintenir l’ordre et la sécurité après la Libération.
Entre-temps, à Londres, il était devenu le principal auteur des arrêtés-lois en rapport avec les Belges qui avaient collaboré avec l’occupant. Il se montra le défenseur de l’état de droit et il réussit à empêcher que des représentants de la Résistance soient nommés dans les juridictions. Il menaça de démissionner quand le ministre de la Justice Antoine Delfosse proposa de nommer des membres de la Résistance dans les conseils de guerre, avec pour résultat que la proposition fut retirée.
Après la Libération Le , le jour de la Libération de Bruxelles, Ganshof fut de retour en Belgique, promu au grade de Lieutenant Général et doté de la fonction de Haut Commissaire à la Sécurité de l’État. Il fut également chef de la de la mission militaire belge auprès du Quartier Général des forces armées alliées. Il reprit sa fonction d’auditeur général à la Cour militaire, chargé du désarmement de la résistance, de la poursuite des collaborateurs (pour « crimes et délits contre la sécurité externe de l’État » dont question dans les articles 113 et suivants du Code pénal) et de l’exclusion de personnes «inciviques» des services publics (sur base d’un arrêté-loi du sur l’épuration civique). Il se montra adversaire d’une justice de la rue et d’actes illégaux de (pseudo-)combattants de la résistance à l’occasion de la répression après la guerre.
En sa qualité de Haut Commissaire à la Sécurité de l’État, il réorganisa les services de la sûreté de l’État, de la police et du maintien de l’ordre.
En raison des fonctions qu’il exerçait, Ganshof était, dans ces temps-là, considéré comme un des fonctionnaires les plus puissants du pays et était parfois appelé « vice-roi de Belgique ».
L’Auditorat général près la Cour militaire traita au total "" dossiers sous sa direction. 85 % d'entre eux furent classés sans suite. C’est également en raison de son rôle dirigeant lors de la répression et lors de l’épuration (et notamment parce qu’il se montrait opposé aux tentatives du gouvernement – par des circulaires et enfin par une modification de l’article 115 du Code pénal – de poursuivre la collaboration économique moins sévèrement que la collaboration idéologique) que des milieux flamingants continuent à interpréter ses actions comme ayant eu pour objectif de mettre fin au nationalisme flamand en tant que facteur politique, ce qui s'avéra inexact dans les faits.
En effet, les chiffres d’aujourd’hui nous montrent qu’en réalité, puisqu’il y a plus de flamands que de wallons en Belgique, cette proportionnalité se retrouve aussi dans les arrestations. De plus, il était avéré que la volonté de collaborer était plus grande en Flandre (plus de partis nationalistes et plus d’adhérents) mais le contexte de l’époque, où la Flandre était encore une majorité dominée par une minorité semble expliquer ce phénomène, bien plus qu’une réelle volonté de s’allier au 3ème Reich. De plus, si on analyse le nombre de peines combinées à l’époque et leur type, l’on remarque que celles-ci étaient non seulement plus nombreuses mais aussi plus lourdes en Wallonie. La peine de mort ou la perpétuité étaient bien plus souvent prononcées en Belgique francophone.