Diogène (en grec médiéval : ), né vers 1030 et mort le , est un empereur byzantin qui accède au trône impérial entre 1068 et 1071 en épousant l'impératrice Eudocie Makrembolitissa.

Reconnu pour ses qualités militaires, il arrive au pouvoir à un moment de grandes difficultés pour l'Empire. L'extinction de la dynastie macédonienne entraîne une grave instabilité au plus haut sommet de l'État, tandis que les frontières commencent à être assaillies de toutes parts, en particulier par les Normands en Italie et les Seldjoukides en Orient. a donc pour principale mission de rétablir la puissance militaire de l'État byzantin et il tente de s'y consacrer au mieux.

Il mobilise l'essentiel de son attention en Orient, laissant ce qui reste de l'Italie byzantine être conquise par les Normands en 1071. Il mène différentes campagnes contre les raids des Turcs, sans réellement parvenir à les vaincre. Déterminé à remporter une victoire susceptible tout à la fois de légitimer son pouvoir encore fragile et de mettre un terme à la menace seldjoukide, il lève une grande armée en 1071 et marche jusqu'à Manzikert. Là, il affronte les troupes du sultan Alp Arslan mais est vaincu lors de la bataille de Manzikert, qui figure parmi les plus importantes de la longue histoire byzantine. Constitué prisonnier, il est néanmoins rapidement libéré en échange d'un traité de paix plutôt avantageux au regard de l'ampleur de la défaite. Néanmoins, sa légitimité est définitivement sapée par cette humiliation. La famille des Doukas, parmi les plus influentes de l'Empire et les plus hostiles à , fomente une rébellion et s'empare de Constantinople au profit de , le fils aîné d'Eudocie. tente de reprendre le contrôle de la situation mais est vaincu à nouveau. Il est exilé après avoir eu les yeux crevés et meurt rapidement des suites de ses blessures. Reconnu pour sa volonté de raffermir la puissance impériale à une époque de grands périls, son souvenir demeure marqué par le poids de la défaite de Manzikert, aux conséquences lourdes dans les années qui suivent sa mort.

Sources thumb|alt=Photographie d'un dessin représentant deux hommes de profil|Miniature représentant Michel Psellos instruisant . Codex 234, f. 245a, Mont Athos, monastère du Pantocrator. Les sources sur la période du règne de sont relativement abondantes puisqu'il intervient à un moment de floraison intellectuelle dans l'Empire. Les deux auteurs contemporains majeurs de ce temps sont Michel Attaleiatès et Michel Psellos, qui prônent des points de vue divergents. Le premier est un fervent partisan de , dont il loue les efforts de rétablissement de la puissance militaire impériale. Durant son règne, c'est l'un de ses proches conseillers et il fait de un héros tragique. Néanmoins, il fait preuve parfois d'un certain recul et n'a pas pour lui le même ton admiratif que pour , lui réservant parfois des critiques. Michel Psellos, proche de Jean Doukas et de la famille des Doukas en général, est la grande figure intellectuelle de son temps, tout en intervenant fréquemment dans les affaires politiques de l'Empire. À la différence de Michel Attaleiatès, son récit est hostile à Romain, qu'il rend responsable de la défaite de Manzikert, et critique le manque de talents militaires et la vanité qui l'amène à se lancer dans des campagnes pour sa seule gloire personnelle. Enfin, il semble avoir eu un rôle important dans le coup d'État qui le renverse.. Ces deux auteurs sont donc complémentaires mais leurs textes doivent être pris avec précaution du fait des partis pris.

D'autres écrits, parfois plus tardifs, sont régulièrement mobilisés, comme ceux de Théodore Skoutariotès qui écrit au ou de Nicéphore Bryenne. Celui-ci s'intéresse tout particulièrement à la bataille de Manzikert et à ses conséquences. S'il suit largement le récit de Psellos, il s'applique à embellir l'image de Jean Doukas, l'ennemi politique principal de Romain.. La chronique du continuateur de Jean Skylitzès reprend grandement celle d'Attaleiatès mais s'en distingue parfoisSur le sujet des sources écrites, voir .. Une autre source secondaire est celle du continuateur de Georges le Moine.

Les sources orientales, qu'elles soient arabes ou perses, sont souvent tardives et se concentrent sur la bataille de Manzikert, offrant peu d'informations fiables sur les événementsVoir notamment .. Enfin, les chroniqueurs arméniens et syriaques comme Matthieu d'Édesse ou Michel le Syrien sont généralement hostiles à , en raison de leur méfiance envers les Byzantins qu'ils soupçonnent parfois de vouloir les contraindre à adhérer au dogme chalcédonien. Plus généralement, la question des rapports entre et les Arméniens reste ouverte. Par sa politique, il a cherché à défendre les provinces les plus orientales de son empire, donc des régions plutôt arméniennes et il s'est largement appuyé sur des soldats arméniens mais il a aussi, semble-t-il, fait preuve de défiance envers ces derniersSur ce sujet, voir ou ..

Contexte général thumb|left|L'Empire byzantin au milieu du . Le monde byzantin de la deuxième moitié du est profondément troublé. À sa mort en 1025, a laissé un Empire puissant, presque au maximum de son expansion depuis Héraclius et bénéficiaire d'une prospérité économique ainsi que d'un renouveau intellectuel de premier plan. La dynastie macédonienne a su installer une légitimité dynastique inédite dans l'ordre politique romano-byzantin mais son extinction à la mort de puis de en 1028 met cet édifice en péril. Les querelles de pouvoir s'accélèrent dès lors que plus aucun prétendant légitime au trône n'existe. Elles se matérialisent d'abord par le phénomène des princes-époux, lors duquel plusieurs prétendants s'unissent avec les dernières survivantes de la dynastie macédonienne, que sont Zoé Porphyrogénète et Théodora Porphyrogénète. Cette compétition, parfois schématiquement décrite comme une opposition entre des familles aristocratiques aux fonctions militaires et d'autres aux fonctions civilesVoir à ce sujet les analyses de Georg Ostrogorsky., revêt en réalité une complexité assez grande. Ce sont des clans, constitués au gré d'alliances matrimoniales, de proximité géographique ou de préoccupations communes, qui s'affrontent. Ces grandes familles sont les Doukas, les Comnènes, les Diogènes ou encore les Mélissènes. Ainsi, en 1057, Isaac Comnène s'empare du trône en renversant mais il est confronté à une opposition déterminée, incarnée par les Doukas, qui aboutit à la prise du pouvoir par . Quand il meurt en 1067, il laisse sa veuve Eudocie Makrembolitissa comme régente de son jeune fils , ce qui ouvre la voie à de nouvelles ambitions. Ces rivalités fragilisent immanquablement l'Empire alors que des peuples nouveaux se massent à ses frontières, dont les Turcs en Orient, les Normands qui envahissent l'Italie byzantine ou les Petchénègues au nord du Danube. C'est dans ce contexte de plus en plus troublé qu'intervient l'ascension puis le règne de Diogène..

Arrivée au pouvoir

Ascension et rébellion d'un général Issu d'une ancienne famille de l'aristocratie militaire alliée à la plupart des autres grandes familles d'Asie mineure, grand propriétaire terrien en Cappadoce, Romain Diogène est le fils de Constantin Diogène (mort en 1032), général commandant les tagmata d'Occident. Ce dernier, marié à une nièce de et accusé de complot contre l'empereur, est mort en détention.. Sa mère est la fille de Basile Argyre, frère de l'empereur Argyre.. Le récit de la campagne de Manzikert permet de savoir qu'il possède d'importantes propriétés en Cappadoce mais aussi dans le thème des Anatoliques et du Charsianon..

La première mention connue de Romain figure sur un sceau daté des environs de 1060, qui le mentionne comme stratège et patrice, 76.. Les premiers stades de sa carrière sont méconnus. Par exemple, rien n'est connu de son rôle lors de la guerre civile de 1057 qui amène Isaac Comnène sur le trône. Militaire capable, Romain Diogène commence sa carrière sur la frontière danubienne où il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie militaire.. Il devient gouverneur (dux) de Sardica (ou Serdica) et reçoit la dignité de vestarque pour ses succès contre les Petchénègues, avant d'être accusé et reconnu coupable de vouloir usurper le trône des fils de en 1067... Dans quelle mesure a-t-il planifié ce coup d'état ? Selon Michel Psellos, en partie corroboré par Attaleiatès, il prévoit de prendre le pouvoir depuis quelque temps, probablement en réaction aux difficultés militaires de Doukas. Son plan aurait été dévoilé par un de ses proches, un Arménien selon Attaleiatès. D'autres sources, plus tardives, comme la chronique du continuateur de Georges le Moine, mentionnent qu'il est fait prisonnier par ses propres hommes peu après avoir lancé ses troupes vers Constantinople. Selon Jean-Claude Cheynet, il est envisageable que c'est son entente avec le royaume de Hongrie qui le discrédite auprès des soldats bulgares, ennemis traditionnels des Hongrois.. Quoi qu'il en soit, il est parvenu à faire bonne impression lors de son procès et il n'est pas exécuté, ce qui pourrait suggérer qu'il dispose de soutiens de poids dans la capitale..

L'arrivée sur le trône par le mariage Alors qu'il était encore gouverneur de Sardica et se trouvait dans une forêt éloignée pour une partie de chasse, Romain a croisé par hasard le chemin d'un moine ermite, Prohor, qui lui a prédit qu'il deviendrait bientôt empereurBernard Lory, LE MONASTERE DE SVETI PROHOR PČINSKI, Balkanologie VI (1-2), décembre 2002, p. 48 Svetlana Smolčić - Makuljević, Two Models of Sacred Space in the Byzantine and Medieval Visual Culture of the Balkans, Wien Österreichische Akademie der Wissenschaften, 2009, p.193. Après son accession au trône, Romain ordonnera la construction d'une église en l'honneur dudit religieux, qui deviendra le monastère de Prohor Pčinjski.

Banni sur ses terres de Cappadoce, Romain est convoqué par Eudocie Makrembolitissa pour apprendre que l'impératrice veut l'épouser et faire de lui le protecteur de ses trois fils, Michel (le futur ), Andronic Doukas et Constance Doukas. Il est possible que l'impératrice ait eu le coup de foudre pour l’élégant militaire, mais il est aussi probable qu'elle ait été convaincue que la seule façon de mettre le trône à l'abri d'un coup d'État est d'épouser un militaire disposant d'une grande autorité et capable de l'imposer. Elle songe d'ailleurs un temps à Nicéphore Botaniatès, autre militaire influent de son temps et les sources sont peu disertes sur les raisons exactes qui l'ont poussée à choisir Romain en dernière instance plutôt que d'autres officiers de valeur.. Quoi qu'il en soit, sa décision n'est guère contestée, les Seldjoukides s'étant emparés de l'importante ville de Césarée de Cappadoce et d'une grande partie de l'Anatolie, signe évident que l'armée impériale qui a subi échec après échec au cours des dernières années devait être placée sous la direction d'un général capable et énergique.. Le , Romain est élevé au rang de magistros et nommé stratélate. La nuit du , il est présenté à pour que celui-ci approuve sa nomination comme empereur et, le lendemain, Jean Doukas, frère du défunt et chef de la famille Doukas est placé devant le fait accompli.