L'abbé Jean-Marie Perrot, en breton Yann-Vari Perrot, né le à Plouarzel et mort le à Scrignac est un prêtre catholique français et militant culturel breton.
Il est tué par un membre de l'organisation spéciale du Parti communiste français qui l'accusait de collaboration avec l'Allemagne nazieThierry Guidet, Qui a tué Yann-Vari Perrot ?, nouvelle édition revue et mise à jour, 2002, Coop Breizh, et suivantes..
Il est un des acteurs de premier plan du mouvement breton dès le début du , notamment via l'association culturelle catholique Bleun-Brug qu'il créé en 1905.
Biographie Enfance et formation Jean-Marie Perrot est élevé dans une famille de paysans parlant le breton.
Il écrit régulièrement dans Feiz ha Breiz.
Après une année passée à Brest au sein du d’infanterie, il entre en 1899 au Grand séminaire de Quimper, où il se fait l'apôtre de la langue et de la culture de son pays breton auprès de ses confrères séminaristes, notamment en relançant l'Académie bretonne (ou Kenvreuriez ar Brezoneg) fondée quelques années plus tôt pour y défendre et enseigner la langue et l'histoire de la Bretagne..
Il est ordonné prêtre le et reçoit sa nomination officielle comme vicaire à Saint-Vougay. Il est très marqué par l'interdiction faite au clergé de prêcher en breton puis par les lois de séparation.
Il monte une troupe de théâtre en breton qui joue des pièces hagiographiques ou historiques.
De 1905 à la Seconde Guerre mondiale Il fonde 1905 l'association Bleun-Brug.
En 1906 Jean-Marie Perrot lance un concours dans le journal Le Courrier du Finistère pour recueillir directement auprès des chanteurs et conteurs des textes issus de la tradition orale du pays de Léon. Ce fonds important (964 pièces) n'a fait l'objet d'une publication complète qu'en 2013 sous le nom de Barzaz Bro Leon..
Il est en 1922 vicaire à Plouguerneau..
En 1930, il est nommé recteur de Scrignac.
À partir de 1932, son secrétaire est Herry Caouissin.
En 1938, Jean-Marie Perrot témoigne en faveur de militants nationalistes bretons inculpés pour détérioration de biens publics, après avoir peint des slogans sur les murs des préfectures pour dénoncer « la guerre en faveur des Tchèques » lors de la crise des SudètesGeorges Cadiou, L'Hermine et la Croix gammée. Le mouvement breton et la Collaboration, Éditions Mango, Paris, 2001 (réed. 2006), ..
Selon Célestin Lainé, l'Abbé Perrot lui avait donné la clé du jardin de l'abbaye pour y déposer des armes issue du débarquement de Plestin..
Seconde Guerre mondiale Pendant l'occupation, l'abbé Perrot reçoit régulièrement les nationalistes bretons les plus compromis avec l'occupant allemand.. En , il reçoit également la visite de Joseph Otto Plassmann, directeur du « bureau II des questions raciales de la SS » et chargé par Himmler , puis en celle de François Debeauvais accompagné d'un officier du Sicherheitsdienst de Rennes à qui l'Abbé Anna Youenou, Fransez Debauvais de Breiz Atao et les siens, Rennes 1977, , .. Il donne par ailleurs l’hospitalité aux Jeunes des Bagadou Stourm qui manœuvraient dans le Finistère et dont les deux chefs, Yann Goulet et L’Haridon, avaient été arrêtés par la police française avant d'être relâchés par les Allemands. Selon Kristian Hamon, .
Pendant la guerre, le recteur de Scrignac continue à faire paraître Feiz ha Breiz. Dès 1940, il y publie un article à l'occasion des de l'expulsion des Juifs par le duc de Bretagne Jean Le Roux, en 1240, article dans lequel il rappelle la législation édictée par le duc à l'égard des Juifs (alors que le statut des juifs vient d'être instauré par l'État Français) : une série de mesures discriminatoires qui s'achèvent par ces mots : « Nul ne doit être accusé ou traîné en justice pour les Juifs tués... ». L'abbé Perrot conclut en écrivant : « Setu dres ar pez a glasker ober d'ezo adarre breman, eun tamm, e holl broiou an Europ .. » qui se traduit par « Voilà précisément ce qu'on tente de leur faire à nouveau maintenant, sans exception, dans tous les pays d'Europe. »..
Cependant, l'abbé Perrot condamne toujours fermement le paganisme chez les nazis, comme le montrent, entre autres exemples, ses débats avec Olier MordrelVoir au § citations la lettre à une paroissienne de 1943.. Jean-Marie Perrot est très ferme dans une lettre à une paroissienne écrite le , peu avant son assassinat : J'ai l'honneur de vous faire savoir que le PNB dirigé, par M. Raymond Delaporte, est un parti qui n'a été et ne peut être, tant qu'il se maintiendra dans la voie qu'il suit maintenant, condamné par l'autorité ecclésiastique. Il n'en est pas de même de certains autres mouvements bretons tels que le groupement dit « Service spécial », dirigé par M. Célestin Lainé, de Ploudalmézeau, qui est nettement néo-païen, et le groupement Nemeton qui rêve de ressusciter la religion celtique. Ces groupements sont à fuir comme la peste. Vous me demandez ensuite s'il est permis de sympathiser avec les Allemands. Cela va sans dire puisque notre religion nous ordonne d'aimer même nos ennemis (le cardinal Baudrillart, qui était une autorité, prêchait la collaboration avec l'Allemagne). Néanmoins, il ne faut pas oublier qu'il y a Allemands et Allemands et que les Nazis sont des néo-païens dont il faut rejeter les doctrines parce que destructrices de tout l'ordre chrétienYann-Vari Perrot, par Henri Poisson, réédition Celtics Chadenn, 2006..
Dans une lettre adressée en à Yann Fouéré, il s'en prend en revanche aux jeunes de la commune qui refusent le recensement au STO : Cité par . L'abbé soutient par ailleurs l'invasion de l'Union soviétique et exalte dans un article de « An harlu » (« l'exil »), in Feiz Ha Breiz, juillet 1943..
L'abbé Perrot aurait aussi caché plusieurs aviateurs alliés, selon une déclaration citée dans l'ouvrage de Jean-Jacques Monnier Résistance et conscience bretonneL'abbé Aimé Le Breton affirme dans son témoignage qu'il a dîné en compagnie d'Anglais dans le presbytère de Scrignac pendant la guerre en tant qu'agent de liaison des maquis. réf. : Blaz Produktion "A-hed ar C'hantved, Tud Breizh Izel », « VII Treger-Goueloù, eus an eil brezel d'egile » , 2004, enregistré le .. A contrario, Kristian Hamon citeLes nationalistes bretons sous l'occupation, An Here, 2001, . un exemple d'une de ces lettres de dénonciation de ses paroissiens. D'après Hamon, qui a retrouvé le dossier, un jeune breton, interprète au SD de Quimper sous l'occupation, révèle lors de son interrogatoire comment procédaient les informateurs des Allemands pour communiquer leurs informations au SD. Parmi ceux-ci, de nombreux membres du PNB. Cet interprète (PV du 11/9/1944) cite les noms de Bricler, d'un « barde » de Carhaix, d'un instituteur révoqué de Quimper et du curé de ScrignacKristian Hamon, Forum le Monde en Guerre. www.39-45.org, ..
Le , des manœuvres des Bagadoù Stourm se terminent à ScrignacHenri Fréville, Archives secrètes de Bretagne 1940-1944, éditions Ouest-France, 2004..
Pendant 39-45, il se distingue par des prêches anticommunistes qui heurtent à Scrignac où la Résistance et les francs-tireurs partisans comptent de nombreux soutiens. Ses positions radicales et sa proximité avec le Parti nationaliste breton ou les régionalistes de Yann Fouéré - engagés dans la collaboration - en font une cible symbolique pour la Résistance. Il est tué le .
Mort L'abbé Perrot est abattu le par Jean Thépaut, résistant membre de l'Organisation spéciale du PCF de Scaër, membre du maquis de Saint-Goazec, pour certains auteurs sur l'ordre du Bureau central de renseignements et d'action de LondresFrançoise Morvan, « Qui a tué l'abbé Perrot ? » in Miliciens contre maquisards. Enquête sur un épisode de la Résistance en Centre-Bretagne, Éd. Ouest-France, 2010, . À partir de différents témoignages d'anciens membres de la résistance, Thierry Guidet met en doute cette hypothèse, sans la condamner définitivement. Voir « L'ombre des services gaullistes » in Qui a tué Yann-Vari Perrot, Coop Breizh, 1997, .. Le colonel Rémy et le colonel Passy (chef du BCRA) démentiront tous les deux toute implication du BCRA dans cette affaire.. Concernant les raisons de cette exécution, la polémique n'est pas close : a été évoquée la publication dans sa revue Feiz ha Breiz d'un article sur Katyń mais également sa collaboration avec l'occupant et des soupçons de délationDéclarations d'un traducteur de l'Abwehr note 13.. Déposition de Joseph Martray, , Institut de Documentation Bretonne et Européenne, carton « Documents La Bretagne-Fréville », cité par Sébastien Carney, Breiz Atao !, Presses universitaires de Rennes, 2015, ..
Ces différences d'interprétations varient selon que l'on condamne cette exécution, que l'on en fasse un acte criminel partisan ou un acte de résistance. Pour Yvon Tranvouez Yvon Tranvouez, Catholiques en Bretagne au , Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2006, .. Pour Philippe Bourdrel, l'anticommunisme et l'antisoviétisme des articles publiés dans Feiz ha Breiz le placent, qu'il le veuille ou non, dans le camp collaborationnistePhilippe Bourdrel, La grande débâcle de la Collaboration, Paris, Le Cherche-Midi, , 2006 ..
Les obsèques de l'abbé Perrot ont lieu à Scrignac le , en présence Georges Cadiou, L'hermine et la croix gammée…, . mais en l'absence de la plupart des habitants du village. Après l'oraison funèbre prononcée par Adolphe Duparc, évêque de Quimper, Célestin Lainé rend hommage à l'abbé « à la manière des anciens celtes » en passant une branche d'if au-dessus de son corps. puis déclare
Décorations
Postérité
Sépulture L'abbé Perrot repose à la chapelle de Koat-Keo, à Scrignac. La mémoire de Jean-Marie Perrot est toujours célébrée, notamment le Lundi de Pâques.
Le Bezen Perrot Après la mort de l'abbé Perrot, Célestin Lainé donne le nom de Bezen Perrot à une unité paramilitaire nationaliste bretonne faisant partie du https://www.ouest-france.fr/culture/histoire/recit-qui-etait-labbe-perrot-ce-militant-nationaliste-breton-abattu-par-la-resistance-en-1943-5715528c-95de-11ee-b5ab-4c9dbbc4ce19..
Historiographie Sa tombe à Koat-Keo est profanée à plusieurs reprises. Au début des années 1980, une croix est détruite, entrainant en réaction en un attentat signé du Front de libération de la Bretagne contre le monument aux morts de Scrignac. Sa tombe est de nouveau profanée en « Près de Carhaix. La tombe de l'abbé Perrot profanée à Scrignac », dans Ouest-France, le 2 avril 2018, consulté sur www.ouest-france.fr le 3 avril 2018..
Pièce de théâtre sur sa vie
En 1985 et 1986, Goulc'han Kervella et sa troupe de théâtre Ar Vro Bagan basée à Plouguerneau jouent leur pièce de théâtre "Yann-Vari Perrot, vie et mort d’un prêtre", par exemple en décembre 1985 à Morlaix ou en 1986 à Plouguerneau, à Huelgoat et à Carhaix. La pièce est rejetée à la fois par l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance (ANACR) mais aussi par des défenseurs de l'abbé en raison des aspects parodiques, en particulier sur le passage sur "La terre des prêtres.
Citations
Le résistant Fañch Gourvilcité par . en 1990 :
L'abbé Henri Poisson affirme dans son livre :
En effet, en , l'abbé Perrot avait écrit dans sa revue Feiz ha Breiz un article intitulé Karnel Katyn (« Le charnier de Katyn »), dans lequel il promet aux Bretons le même sort que les Polonais si les Soviétiques remportent la guerre : cité par ..
Écrits
Gwerz hag istor Koatkeo, Saint-Pol-de-Léon, Feiz ha Breiz, 1933, 23 p.
Vies des Saints Buez ar zent, Morlaix, Ar Gwaziou, 1911, 917 p. Bue ar Zent, pour le diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier, avec Erwan ar Moal, Morlaix, Ar Gwaziou, 1912, 955 p.
Théâtre Alanik al Louarn. Pe "n'euz den fin n'en deuz e goulz". Pez c'hoari plijadurus rimet e daou Arvest, Brest, Moullerez "Ar c'hourrier", 1905, 104 p. Adaptation en vers de la "Farce de maître Pathelin". Ar C'hornandoned (Les Korrigans), Rennes, Imprimerie Simon, 1907, 42 p.