L'église Saint-Pierre est une église catholique paroissiale située à Genainville, en France. C'est l'une des rares églises à double nef de la région, et elle possède l'unique chœur-halle dans le du Vexin français, les autres étant, pour la plupart, localisés autour de la moyenne vallée de l'Oise. La façade Renaissance parfaitement symétrique est attribuée à Jean Grappin, et date du milieu du . C'est la dernière partie construite, après l'achèvement de la nef. Bien que seulement légèrement plus ancienne, celle-ci affiche encore le style gothique flamboyant, hormis certaines clés de voûte. Les chapiteaux des arcades datent en revanche du début du , et subsistent de la précédente église. C'est sans doute également le cas des piles et arcades du clocher, qui pourraient même remonter au , et ont seulement été mises au goût du jour au deuxième quart du . Quant au chœur carré de deux fois deux travées, il représente la partie la plus remarquable de l'église, et constitue le principal témoignage de l'architecture gothique rayonnante dans ce secteur du département. L'église Saint-Pierre est classée monument historique depuis 1920.. Elle est aujourd'hui affiliée au secteur pastoral du Vexin ouest avec siège à Magny-en-Vexin, et les messes dominicales n'y sont plus célébrées que deux fois par an.
Localisation thumb|left|Vue depuis le sud-ouest.
L'église est située en France, en région Île-de-France et dans le département du Val-d'Oise, dans le Parc naturel régional du Vexin français, sur la commune de Genainville, au centre du village, place de l'Église. Issue de l'aménagement de l'ancien cimetière en place publique entre 1855 et 1860., cette place est desservie par la rue de la croix Chevrier, qui correspond à la route venant de Magny-en-Vexin. Seule la façade, exposée au nord-ouest, donne sur la place. À sa gauche, soit au nord-est, se situent la mairie et les services techniques de la commune. À sa droite, une ancienne exploitation agricole issue de la transformation d'un prieuré masque la vue sur l'élévation méridionale de l'église. Un étroit passage, accessible depuis l'église, sépare toutefois celle-ci du bâtiment contigu de l'ancien prieuré. En revanche, le chevet est enclavé dans le jardin le la propriété de l'ancien prieuré, et non visible depuis le domaine public, sauf de très loin. La présence, à proximité, de deux autres monuments historiques en lien avec l'église est à souligner. L'un sont les restes de l'ancien prieuré du , dont notamment un escalier d'accès, un portail roman, une fenêtre géminée du et deux salles à l'étage. Ces vestiges ont été inscrits aux monuments historiques par arrêté du .. Englobés dans une ancienne exploitation agricole issue du remaniement successif de l'ancien prieuré, qui sert aujourd'hui d'habitation, ils ne sont pas accessibles, ni visibles depuis le domaine public. L'autre monument historique est la croix de cimetière, qui a été classée par arrêté du .. Cette croix de la Renaissance, dont l'emplacement initial était au cimetière devant l'église, a été transférée au cimetière actuel après la cessation des enterrements sur ce dernier, en 1846. Endommagée lors d'un orage, elle y a été remplacée par une réplique, et l'original a été érigé à l'intérieur de l'église, sous l'arcade nord de la base du clocher (voir le chapitre Mobilier).
Histoire Les origines
Genainville est surtout connu pour son édifice de spectacle et son sanctuaire de sources gallo-romains. La christianisation du Vexin remonte seulement à l'époque mérovingienne. La première preuve de l'existence d'une église dans le Vexin figure dans le testament de l'inconnu d'Arthies, daté des environs de 690, et mentionne une église à Chaussy. Les nombreuses nécropoles mérovingiennes remises au jour dans la région ne sont guère plus anciennes. — Selon plusieurs sources du Moyen Âge central, la reine Bathilde, veuve de Clovis II, aurait partagé en trois sa villa de Genainville, en 658. Les bénéficiaires auraient été l'abbaye de Jumièges, l'abbaye Saint-Père de Chartres et l'église Saint-Remi de Reims. L'acte authentique est introuvable. Les deux premiers établissements religieux ont effectivement possédé des terres à Genainville, et ont obtenu des confirmations de la part de plusieurs rois et papes. Mais la Vitæ Sanctæ Bathildis, qui comporte une énumération de toutes les donations de la reine, ne mentionne point Genainville, et l'église Saint-Remi n'a jamais eu de possessions à Genainville. Roland Vasseur et Françoise Waro sont parvenus à la conclusion que toutes les copies de l'acte authentique versées dans les cartulaires des abbayes sont des faux, destinés à légitimer des propriétés dont l'on ne savait plus comment elles étaient entrées dans leur temporel. Une troisième abbaye a possédé des terres à Genainville, en l'occurrence l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Le principal propriétaire foncier et seigneur de Genainville est, jusqu'au milieu du , l'abbaye de Jumièges. Également collateur de la cure, elle est très probablement à l'origine de la fondation de la paroisse.. Elle aurait été érigée en 949 selon l'abbé Vital Jean Gautier.. Roland Vasseur et Françoise Waro ne sont pas parvenus à situer l'époque de fondation de la paroisse. Le patron de son église est saint Pierre, Apôtre et premier pape de la chrétienneté. C'est le vocable de l'abbaye Saint-Père de Chartres.
Le prieuré et la paroisse sous l'Ancien Régime thumb|L'ancien prieuré.
Sous l'Ancien Régime, Genainville relève du doyenné de Magny-en-Vexin, de l'archidiaconé du Vexin français avec siège à Pontoise et de l'archidiocèse de Rouen. Depuis des temps immémorables, l'abbaye de Jumièges dispose d'un prieuré à Genainville. Ses édifices se situent au sud de l'église, et ont toujours comporté une exploitation agricole, avec grange et colombier. Le logis est le bâtiment en équerre qui jouxte immédiatement l'église. Le rez-de-chaussée servait probablement de cellier. L'escalier extérieur permet d'accéder directement à l'étage. L'une des portes est un vieux portail roman du second quart du , dont l'on suppose qu'il n'occupe pas son emplacement d'origine. Il pourrait s'agir du portail de la précédente église de Genainville. Des fenêtres à meneaux du témoignent des premiers remaniements. Les deux grandes salles de l'étage, dites la chambre du prieur et la chambre des pères, ont été subdivisées en plusieurs pièces, et transformées en grenier au . Roland Vasseur et Françoise Waro ont rassemblé un grand nombre de documents d'archives concernant le prieuré, mais ils concernent presque uniquement l'évolution du domaine foncier, les rapports avec les fermiers, et les sentences de justice. Les noms de la plupart des prieurs ne sont plus connus. Selon la règle de l'ordre, il ne fallait pas que les prieurs vivent seuls dans les prieurés ruraux, à la fois pour des raisons de sécurité, et pour mieux assurer l'observance de la discipline. Des correspondances retrouvées permettent de savoir qu'un deuxième père n'a pas toujours été présent, et que l'effectif n'a plus dépassé les deux moines après l'apogée du prieuré, au . Tant que le prieuré fonctionne, son prieur assume également le ministère du curé, ce qui souligne l'étroit lien entre le prieuré et la paroisse..
Cette situation change avec la réunion du prieuré à la chartreuse de Bourbon-lès-Gaillon, à Aubevoye, dans l'actuel département de l'Eure, entre 1575 et 1581. Le fondateur de la chartreuse, Charles de Bourbon, archevêque de Rouen et abbé commendataire de Jumièges, est l'instigateur de cette réunion, qui vise à doter de revenus la nouvelle chartreuse. Malgré sa position hiérarchique, il faut l'approbation des moines de Jumièges, du grand-vicaire de Pontoise, et du roi Henri III. En raison de vices de procédure, l'acte est cassé par le pape Grégoire XIII en 1577, et les formalités doivent être accomplies pour une seconde fois, ce qui explique le long délai. Les moines de Jumièges se réservent le droit d'hospitalité au prieuré, pour eux, leurs serviteurs et leurs chevaux. Ce droit a tout son intérêt lors de leurs déplacements pour affaires ou pèlerinage. L'acte de réunion définitive et à perpétuité est signée le par sentence de Robert Dufay, official de Rouen. La chartreuse devient ainsi principal seigneur de Genainville, et collateur de la cure. L'influence de la chartreuse sur la vie spirituelle de la paroisse semble nulle.. Un fermier-receveur, choisi par appel à candidatures et engagé pour une période de dix ans renouvelable, est installé au prieuré, qui devient ainsi une exploitation agricole à part entière. La chambre du prieur et la chambre des pères restent réservées à l'usage des religieux, mais faute d'entretien, elles finissent par ne plus répondre aux exigences de confort de l'époque. Un presbytère est mis à disposition du curé. Le dernier presbytère avant la Révolution est l'actuelle mairie. Des curés sous l'Ancien Régime, ne restent le plus souvent que les signatures en bas des comptes-rendus de prise de possession de la cure, des actes de baptême, de mariage et de décès. Les informations disponibles sur les revenus des curés sont contradictoires. Le curé jouit du presbytère avec grange, écurie, deux étables et une cave externe, et touche un tiers de la dîme, qui n'est toutefois pas prélevée sur les terres de la chartreuse, les personnes de mainmorte étant exemptes de la dîme. Sur ces propres deniers, comme à l'accoutumée, le curé rémunère un vicaire, qui touche cinquante livres par an. Il doit également payer les frais du culte, payer des valets pour exploiter ses terres, verser une contribution à l'archidiacre, et pratiquer la charité. En 1726, le curé Berthault écrit qu'il ne pourrait vivre dans le bénéfice sans l'héritage laissé par ses parents. Il faut éviter toute confusion entre les biens de la cure et les biens de la fabrique, qui sont gérés par un marguillier élu par l'assemblée des habitants..
La vie de la paroisse au thumb|upright|Fonts baptismaux, fin . thumb|upright|Confessionnal, non daté.