L'église Saint-Pierre est une ancienne église catholique située à Senlis (Oise), en France.. Elle a été désacralisée à la Révolution et connut différentes affectations, notamment celle de marché couvert. Salle polyvalente municipale depuis 1979, elle a été fermée au public en 2009 en raison de son mauvais état, puis rouverte en après huit années de travaux..

Localisation thumb|upright|left|Vue depuis le palais épiscopal, à l'ouest.

L'ancienne église est située en région Hauts-de-France, dans le sud du département de l'Oise, dans la ville de Senlis, à la limite nord-est du centre-ville médiéval. La façade occidentale donne sur la place Saint-Pierre, qui est un site inscrit par arrêté du sur le site .. Cette place correspond à une partie de l'ancien cimetière Saint-Pierre, et regarde, côté ouest, sur le jardin de l'ancien évêché. Celui-ci abrite le musée d'art et d'archéologie de Senlis. Le bâtiment dont l'une des ailes est établie presque sur la même ligne que la façade, et dont l'autre aile, en retour d'équerre, ferme la place au sud, est l'ancien séminaire du diocèse de Senlis. Il fut construit au à l'emplacement du presbytère Saint-Pierre. Ce bâtiment est inscrit monument historique. et accueille aujourd'hui la bibliothèque municipale. Un étroit passage relie la place Saint-Pierre à l'avenue du général Leclerc, qui arrive depuis le sud (carrefour avec la rue Bellon), longe l'autre côté de la bibliothèque, puis dévie vers l'est au niveau du clocher de l'église, passe le long du croisillon sud et du chœur, et s'éloigne vers le nord-est. L'espace compris entre le bas-côté sud l'église et la rue sert de parking. L'espace compris entre le chevet et la rue est aménagé en espace vert. Une ruelle permet de regagner la place Saint-Pierre en longeant l'élévation nord de l'église. Elle offre une vue sur le clocher nord du dernier quart du . Sa limite nord correspond à l'enceinte de Philippe-Auguste..

Historique L'histoire de la paroisse thumb|La façade occidentale avant la restauration des années 2010.

La paroisse Saint-Pierre est vraisemblablement la deuxième ou troisième paroisse de Senlis fondée en dehors de l'enceinte gallo-romaine, au même titre que Saint-Aignan, et après Saint-Pierre-et-Saint-Paul, devenue Saint-Rieul après la mort du premier évêque de Senlis, et dite aussi Saint-Pierre-et-Saint-Rieul avant la fondation de la paroisse Saint-Pierre.. Celle-ci semble constituer un démembrement de Saint-Rieul. Il faut donc se tenir aux découvertes archéologiques. En 1977/78, l'église Saint-Pierre a fait l'objet d'une fouille assez exhaustive sur le secteur occupé par l'église primitive (voir le chapitre ci-dessous), mais si l'on connaît maintenant son plan, les archéologues n'ont pas non plus pu déterminer la date approximative d'une première occupation par un lieu de culte chrétien, et retiennent d'une manière assez aléatoire l'année 1029. La paroisse Saint-Pierre est importante., peut-être la plus importante de Senlis en nombre d'habitants, sachant que la paroisse de la cathédrale Notre-Dame se limite au périmètre de la cité épiscopale et du quartier canonial. En 1232, la chapelle Saint-Étienne, dans le faubourg du même nom, à l'est de la ville, est érigée en paroisse pour décharger Saint-Pierre.. Mais cette paroisse se limite à la rue de la Bretonnerie (en partie) et le hameau de Villemétrie..

Ce qu'il reste comme témoignages de la vie paroissiale à partir du ne sont que quelques feuillets des livres de comptes et recettes, qui fournissent des indices intéressants sur les usages et traditions de l'époque. L'abbé Eugène Müller en cite des extraits : . Aux fêtes solennelles de la Trinité, du Saint-Sacrement, de Saint-Pierre, de Saint-Rieul, de Saint-Jean, etc., les églises de Senlis sont jonchées d'herbe verte et parées de . C'est le rituel de la jonchée, dite aussi de la feuillée ou de la ramée. Le jeudi saint, deux mille oublies et six douzaines d'échaudés sont achetés pour vingt sols parisis afin d'être distribués aux gens. Ces pâtisseries symbolisent une alimentation supérieure et seront remplacées ultérieurement par le pain bénit. Une notice de 1432 permet de savoir que les oublies sont jetées par les trous d'en haut de l'église le jour de la Pentecôte avec du feu et de l'eau, afin de représenter la descente du Saint-Esprit. Les registres criminels du Châtelet mentionnent vers 1390 le mariage à Saint-Pierre d'un Florent de Saint-Leu, né à Bailleval, criminel et imposteur, avec une fille de joie. En 1395, un reliquaire de saint Fiacre est commandé à l'orfèvre Jean Roussel pour un prix de quatre sous. (de même en 1462).. Les autres faits relatés par les documents d'archives du portent essentiellement sur les travaux de réparation et de gros entretien, et il en va de même des premières décennies du . Dans le contexte du présent chapitre, on peut seulement retenir que le presbytère est rebâti en 1479, et que la grange dîmière de Notre-Dame est louée en 1521 pour agrandir le cimetière..

Les noms des curés sont connus à partir de 1237, mais probablement avec des lacunes, et souvent sans les prénoms. Sans autres renseignements sur leur personne (dates de naissance, origines, formation, parcours…)., ces données sont toutefois d'un intérêt restreint. En 1539, l'état civil est instauré par une ordonnance de François . Dans un premier temps, seulement les baptêmes sont concernés. À Senlis, leur enregistrement débute le . Les mariages et enterrements ne suivent qu'en 1567. Mais en dehors des noms, prénoms et dates de naissance (y compris pour les parents pour les baptêmes, et les parrains ou témoins pour les baptêmes et mariages), les actes d'état civil ne fournissent guère de renseignements sur les paroissiens. Les professions des pères ne sont que rarement mentionnées, moins souvent encore que ceux des parrains. Les exceptions annoncent presque toujours un rang social élevé. On peut cependant recueillir quelques prénoms devenus totalement obsolètes, tels qu'Aminadab, Anecle, Architiclin, Dismerc, Freymin, Médor, Pharon, Prothiste, Vésible (puis Oysible), Vespasien, Vigor et Zérème, pour les garçons, et Alizon, Damarys, Meurette, Préjecte et Spire, pour les filles. Si les enfants sont nés il y a plus de vingt-quatre heures, leur âge est mentionné. Parfois, il arrive que des personnes sont baptisées tardivement. Il s'agit alors de huguenots qui se convertissent au catholicisme, ce qui requiert un nouveau baptême. Le , à cinq heures du soir, environ six cents personnes, vêtues de blanc et les pieds nus, participent à une procession au départ de l'église Saint-Pierre, afin d'implorer la miséricorde de Dieu en vue de l'extirpation de l’« hérésie ». Des processions « générales », avec jeûne et cessation de travail, sont également organisées pour demander à Dieu de débarrasser Senlis de la peste. Entre le début des registres des baptêmes et le , enfants sont baptisés en l'église Saint-Pierre. En tenant compte des mois pour lesquels les registres se sont perdus, le nombre de naissances annuelles se chiffrerait à 88 sur la paroisse. Grâce au comptage des hosties distribuées à Pâques au début du siècle suivant, on peut estimer le nombre d'habitants de la paroisse à (sachant que la communion à Pâques est obligatoire, et en tenant compte des enfants qui n'ont pas encore fait leur première communion, et des paroissiens qui communient dans l'une des églises des nombreuses congrégations religieuses).. thumb|Les limites de la paroisse Saint-Pierre depuis 1706 et jusqu'en 1706.

Sur les vingt-deux ans pour lesquels l'on dispose des transcriptions des registres de décès (1567-1589), 13 % des habitants se sont fait inhumer dans l'église. 54,4 % ont fait le legs commun de cinq sous pour couvrir les frais de cérémonie ; 16 % ont légué davantage sans créer d'obits. 8,4 % ont fondé des obits. Seulement trois paroissiens ont effectué des dons en nature à leur mort. Les données sur la mortalité lors des épidémies de peste sont incomplètes, car les pestiférés jetés dans les fosses communes ne sont pas toujours comptabilisés. Cela concerne notamment la grande épidémie en 1580. Lors de la récidive en 1585, il semble y avoir onze morts imputables à la peste sur les vingt-deux morts au total.. Une épidémie de nature inconnue sévit en 1590. .. — En 1706, la paroisse Saint-Hilaire, la plus petite parmi les six paroisses intra-muros, est supprimée, et son secteur rattaché à la paroisse Saint-Pierre. Pour les quatre-vingt-cinq dernières années de son existence, celle-ci comporte ainsi les rues suivantes : rue Bellon, des Bordeaux, de la Chauffrette (en partie), de l'Étape au Vin, des Halles (en partie), de Meaux, de la Poterne, Rougemaille, Sainctissime à l'Argent ou des Capucins, Saint-Hilaire, Saint-Pierre, Sainte-Geneviève (en partie) et des Vignes.

Les campagnes de construction de l'église Le Moyen Âge thumb|Plan de l'église actuelle avec les fondations de l'église pré-romane.

Les origines de l'église Saint-Pierre remontent au Moyen Âge central. Elles sont postérieures à l'époque mérovingienne, puisque l'emprise de l'église était occupée par un cimetière mérovingien découvert lors de fouilles archéologiques. Selon les historiens du , l'église Saint-Pierre aurait été bâtie en 1029 sous l'impulsion du roi Robert II le Pieux, mais tous les actes en rapport avec une fondation en cette année se rapportent en réalité à la reconstruction de l'église Saint-Rieul voisine, dévastée par un incendie auparavant. Du vivant de Saint-Rieul, premier évêque de Senlis, cette église était en effet placée sous les vocables des saints Pierre et Paul, et fut parfois appelée monastère de Saint-Pierre et de Saint-Rieul. Ensuite le vocable de Saint-Pierre a dû être transféré sur l'église dont il est question ici.. Des fouilles très complètes à l'intérieur de l'édifice en 1977-78 ont permis de savoir davantage sur cette église préromane du milieu du , dont les substructions ont été mises au jour. Elles correspondent à une église de plan basilical de de longueur sur à de largeur, qui occupait exactement l'emplacement de la nef et du bas-côté nord actuels. Le chevet était plat, et se situait au niveau de l'arc-doubleau ouvrant sur la croisée du transept de l'église actuelle. Le clocher était déjà celui toujours en place au-dessus de la dernière travée du bas-côté nord. L'espace au sud du clocher, aujourd'hui rattaché à la nef, était donc le sanctuaire primitif. Il était délimité de la nef par un arc diaphragme, identifié au sol par les pilastres sur lesquels il retombait. Un deuxième arc diaphragme semblait exister en avant, à l'ouest, pour définir une sorte d'avant-chœur, comme à Montchâlons (Aisne). Le reste de l'église ne comportait pas de pilastres, et donc pas d'autres arcades. On a constaté aussi que le clocher fut bâti, à la fin du , avec un décalage de 5° par rapport à l'annexe liturgique qui se trouvait primitivement à son emplacement. L'annexe liturgique ou chapelle, reconnaissable par un plan carré au sol, avait son pendant au sud, et ses fondations avaient été renforcés postérieurement à la construction. Aucun indice ne permet de savoir s'il s'agissait de préparer la construction d'un second clocher, comme jadis à Rhuis, et toujours à Morienval ou Saint-Aignan de Senlis, où le second clocher est réduit à l'état de vestige... thumb|Vue depuis le nord-est, avec l'abside des années 1240.

La nef préromane, ses deux bas-côtés et le clocher au-dessus de la dernière travée du bas-côté nord sont conservés lorsque l'on édifie un spacieux transept, un chœur de deux travées au chevet à pans coupés, et deux chapelles carrées dans les angles entre le transept et le chœur, entre 1240 et 1250. Les sources sont muettes quant à cette importante campagne de travaux, mais le transept et le chœur sont toujours debout, et peuvent se livrer à l'étude stylistique. Les dimensions des chapelles ont été révélées par des fouilles archéologiques..